C. Neuberg u. Karczag. Bioch. Zeits., 1909, (18), p
Lactobacilline et produits similaires.
I. — Les ferments putrides, qui jouent un rôle important dans la minéralisation de la matière organique, se retrouvent constamment dans le tube digestif de l’homme. Absorbés avec les aliments, ils rencontrent dans l’intestin un milieu favorable à leur développement. Leur prédominance et leur virulence sont alors la cause d’un grand nombre de maladies liées aux échanges nutritifs : implantés dans l’intestin, ils ne tardent pas à modifier les sécrétions glandulaires ; s’ils passent dans le pancréas et le foie, ils y déterminent, au bout d’un temps plus ou moins long, des troubles très graves. On doit à Metchnikoff une étude magistrale sur la flore intestinale de l’homme ; d’après ce savant, elle est constituée tout d’abord par plusieurs ferments de la putréfaction, parmi lesquels trois s’observent d’une façon constante : le bacille décrit pour la première fois par Welch et Nuttal, le B. sporogenes et le B. putrificus de Bienstock. A ceux-ci, il convient d’ajouter le B. proteus, qui, sans être toujours présent, est cependant très fréquent. Ces quatre espèces prédomineraient dans l’intestin.
D’une façon générale, ce sont les ferments putrides qui élaborent les différents produits dont l’action se manifeste quelquefois, bien que rarement, par un empoisonnement aigu, mais le plus souvent par un empoisonnement lent et chronique agissant sur les reins, le foie, le cerveau et les artères. Leur influence se reconnaît dans l’origine de l’entérite, de la néphrite, de l’artério-sclérose, et de quelques autres maladies dues à une intoxication interne. Les principaux agents toxiques sont le phénol et l’indol ; ils ne se produisent qu’en faibles quantités, mais comme cette formation est ininterrompue, leur présence finit cependant par être très funeste à l’organisme.
La flore intestinale contient, en outre, une série de microorganismes non nocifs qui, par la production d’enzymes agissant sur les hydrates de carbone, les matières grasses ou les matières albuminoïdes, contribuent à la digestion des
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aliments qui ont échappé à l’action des sécrétions gastrique et pancréatique. Devant le rôle joué par ces derniers microbes, on a même cru, à un moment donné, que leur concours était indispensable à la vie animale.
La mise au point de cette question a fait l’objet de nombreux travaux, qui, récemment, ont abouti à une solution définitive. On a acquis ainsi la certitude que des animaux nourris avec des aliments stériles peuvent se développer normalement, sans fermentation intestinale, de nature fétide ou gazeuse. Si donc il est vrai que la flore intestinale a son utilité, elle n’est pas absolument nécessaire ; et comme, d’ailleurs, son action favorable est contrebalancée par les accidents qu’elle provoque, on conçoit qu’on cherche à s’en passer. Malheureusement, les moyens d’arriver par une voie directe à cette suppression nous font défaut, car on ne peut songer, d’une part, à n’employer que des aliments stériles, d’autre part, à antiseptiser d’une façon complète la totalité de l’intestin. Il reste donc les moyens indirects, qui consistent à influencer la flore bactérienne par des changements, d’ordre chimique ou biologique, apportés dans le milieu intestinal.
L’intensité de la fermentation putride ne provient pas exclusivement du fait d’avoir absorbé avec les aliments une quantité plus ou moins grande de bactéries putrides, elle dépend surtout de la nature du milieu que celles-ci vont rencontrer dans l’intestin. Les matières albuminoïdes, suivant leur provenance, se comportent différemment avec les germes putrides : les unes entrent facilement en décomposition, les autres résistent plus ou moins. Le travail chimique qui en résultera, en particulier la formation du phénol et de l’indol, est également sujet à de grandes variations ; celles-ci proviennent non seulement de la matière albuminoïde employée, mais encore des conditions physiques et chimiques du milieu, ainsi qu’on l’a vu dans un chapitre précédent. Il faut, en outre, remarquer que la présence de ferments antagonistes dans l’intestin est, elle aussi, capable d’influencer, dans un sens ou dans un autre, la marche delà fermentation putride.
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Le régime imposé aux malades, dans les cas de maladies infectieuses, n’est, en somme, qu’un moyen de créer un milieu intestinal défavorable, soit au développement des bactéries putrides, soit à la formation de toxines ou d’autres substances nuisibles. Dans le chapitre sur le fonctionnement des glandes digestives il a été démontré que le lait est, de tous les aliments complets, le seul qui puisse être digéré sans l’intervention du réflexe psychique. A cette propriété précieuse s’ajoute encore celle de n’être pas putrescible. Exposé à l’air, il est rapidement envahi par les ferments producteurs d’acide lactique qui le protège de la putréfaction. En outre, la caséine du lait, débarrassée même du sucre, se conserve beaucoup mieux que toute autre matière albuminoïde alimentaire. Le lait est donc tout naturellement désigné comme aliment dans tous les cas où il s’agit d’une infection intestinale.
II. — Le lait caillé, sous les formes de Yoghourt, de Leben , de Koumis, de Képhir, est très apprécié comme aliment dans certaines parties de la Bulgarie, de la Russie, de l’Egypte, ainsi que dans beaucoup d’autres pays. Le lait fermenté présente en effet de très grands avantages sous différents rapports : tout d’abord, il est indiscutable que la caséine du lait à cet état est plus digestible que celle du lait naturel. En outre, grâce à son goût particulier et aromatique, le lait fermenté peut être absorbé en plus grande quantité que le lait ordinaire. Enfin il se conserve beaucoup mieux que ce dernier, fait intéressant au point de vue économique. A ces qualités essentielles, il faut encore ajouter celle, très importante, mise en évidence par Metchnikoff et Combe. Ces savants voient en effet dans le lait fermenté un agent antiputride de grande valeur. En réalité, les expériences cliniques confirment que le lait aigri influence considérablement la marche de la digestion dans le gros intestin. Les fermentations putrides si fréquentes en cet endroit se trouvent diminuées ou complètement arrêtées. D’après Combe, la propriété antiputride serait due à l’acide lactique contenu dans le lait fermenté ; la caséine plus ou moins coagulée pendant la fermentation arrive dans l’intestin imprégnée
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d’acide lactique et y provoque un changement de milieu très défavorable aux ferments de la putréfaction. Metchnikoff, tout en ne négligeant pas le rôle de l’acide lactique apporté parle lait, attribue plus d’importance à l’acide formé sur place dans l’intestin même. D’après ce savant, le mécanisme de l’action consisterait dans le changement de la flore bactérienne de l’intestin ; le ferment lactique introduit par le lait arrive à s’implanter et à se développer, et contrarie ainsi le développement des germes putrides, qui finissent par disparaître.
La conception de Metchnikoff nous amène à considérer le lait fermenté non plus exclusivement comme un aliment, mais surtout comme véhicule d’un agent biologique favorisant indirectement la digestion. Cette manière de voir est intéressante en raison des grosses conséquences qu’elle comporte. Le Yoghourt, le Koumis et le Képhir, sont préparés dans leur pays d’origine dans des conditions très défavorables. A côté du ferment essentiel qui fournit au lait ses propriétés spéciales, il se développe aussi un grand nombre de microbes étrangers qui entravent la fermentation principale et influencent le produit, au point de vue de son goût et de sa conservation. En ce qui concerne son action antiputride, ce n’est pas non plus toute la flore sauvage du lait fermenté qui entre en jeu, mais seulement certaines espèces capables de se développer dans l'intestin et de lutter avantageusement contre les ferments putrides.
Le problème à résoudre était donc le suivant : isoler en cultures pures les ferments du lait caillé et ensemencer du lait stérilisé au moyen de ces microorganismes purs. Pour le Yoghourt, tout au moins, on croit ce problème entièrement et pratiquement résolu. Massol en a, le premier, isolé un ferment lactique et Bertrand a étudié son action sur la caséine et les sucres; tenant alors ce microbe pour l’agent actif du produit, on l’a appelé Ferment bulgare. Le Yoghourt peut donc désormais se préparer scientifiquement d’une façon telle, qu’il soit toujours comparable à lui-même.
La théorie de Metchnikoff a eu également comme conséquence l’introduction dans la pratique officinale des fer-
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ments antiputrides. Gomme l’action spécifique du lait fermenté réside dans les bactéries qui y sont contenues, et non dans le lait lui-même, on a remplacé ce dernier par les ferments sélectionnés, capables de se propager dans l’intestin. Dans cet ordre d’idées on a proposé maintes et diverses préparations nouvelles. Parmi celles-ci, la lactobacilline occupe la place prépondérante. Elle est présentée au public sous forme de comprimés et de poudre et il en existe également des cultures sur lait ou sur moût de malt stériles. La lactobacilline, dès le début, a été considérée comme un médicament sérieux, et ses bons effets ont été constatés dans un grand nombre de cas. C’est surtout sous les deux premières formes que le public lui a fait bon accueil. Un régime, consistant à prendre après chaque repas une pastille ou une poudre, est, en effet, beaucoup plus facile à suivre que celui basé sur l’ingestion de lait fermenté, d’un goût ne plaisant pas à tous et d’un emploi assurément moins commode. Selon les indications jointes au produit, la lactobacilline contient le Ferment bulgare associé à des ferments lactiques ordinaires. Une preuve indiscutable du succès de ce médicament consiste dans le fait qu’on a lancé toute une série de produits similaires : à Bruxelles, notamment, trois usines fabriquent des comprimés de ferments lactiques médicinaux. L’auteur a eu l’occasion d’expérimenter l’effet de la lactobacilline. En plusieurs circonstances ii a pu observer son efficacité dans l’entérite. D’autre part, les bons résultats produits par la lactobacilline se contrôlent par le dosage du phénol, de l’indol et des oxyacides; les observations faites dans ce sens par différents savants confirment pleinement les données fournies par Metchnikoff et Combe.
III. — Ainsi l’hypothèse de Metchnikoff sur le changement de la flore intestinale provoquée par le lait fermenté se laisse vérifier par les analyses bactériologique et chimique. Ce point paraît être hors de toute discussion. Mais il reste encore à vérifier le mécanisme de l’action et à voir si réellement, comme on l’admet, l’effet thérapeutique du lait fermenté
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provient de l’acide lactique. Le Ferment bulgare qui a été isolé du Yoghourt est un producteur très actif d’acide : ensemencé dans le lait normal, il transforme rapidement et presque complètement le lactose en acide lactique. On en déduit que dans l’organisme, un phénomène analogue s’effectue. Cette conclusion demande cependant à être vérifiée. Il faudrait avant tout démontrer que le ferment produit le même travail dans le gros intestin qu’in vitro. Il faudrait aussi établir la présence, en cette place, de quantités appréciables d’acide lactique libre à la suite d’un traitement au lait fermenté. Ces preuves n’ont pas été données : d’ailleurs, on sait que le contenu du gros intestin a plutôt une réaction alcaline et que, de plus, le sucre nécessaire à la formation d’acide lactique n’existe plus à cet endroit du tube digestif.
L’auteur est arrivé à une tout autre conception du processus à la suite des essais qu’il a entrepris avec le Ferment bulgare , ainsi qu’avec les différents ferments lactiques médicinaux proposés dans ces derniers temps. Bertrand avait étudié l’action du Ferment bulgare , soit dans son milieu naturel, le lait, soit dans les milieux artificiels additionnés de doses massives de sucre. Les résultats obtenus dans ces conditions avaient fait conclure que la fonction principale de ce microorganisme est de produire de l’acide, tandis que ses propriétés protéolytiques sont très peu prononcées. Les données de Bertrand, d’ailleurs d’une exactitude rigoureuse, ont été à tort appliquées à la fermentation intestinale. Les conditions que ce microbe rencontre dans l’intestin sont totalement différentes de celles réalisées dans ses essais. Le ferment n'y trouve plus de sucre, il ne produit donc point d’acidelactique; mais son pouvoir protéolytique, qui était tout à fait latent, se trouve, au contraire, exalté. Lui, qui était d'abord un ferment d’hydrates de carbone par excellence, est devenu un ferment des matières azotées ; en vue de ce nouveau rôle, il sécrète abondamment des tryptases et des amidases, et dissout, peptonise et transforme profondément les débris des aliments albuminoïdes. L’action antiputride du Ferment bulgareréside-
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rait donc non pas dans la formation d’acide lactique, mais plutôt dans la lutte pour le milieu azoté, lutte pour laquelle il est mieux arme que les bactéries putrides.
IV. — Le développement des propriétés protéolytiques du Ferment bulgare a pu être observé en cultivant ce microbe dans du lait stérilisé et additionné ensuite de carbonate de chaux stérile. Un premier ballon est ensemencé, puis abandonné à l’étuve à 40°. Après 10 jours on ensemence un second ballon de lait neuf avec le lait fermenté provenant du premier, et l’on continue ainsi de 10 jours en 10 jours. Voici les résultats des analyses des diverses cultures :
N- de la culture et conditions ezpérim.
Azote total °/o
Azote soluble °/o
Azote soluble o/o azote total
lre Sans carbonate