‹ Les catalyseurs biochimiques dans la vie et dans l'industrieChapitre 21 sur 209 · II. — 3 cc 2 cc sérum chauffé à · texte numérisé non relu

II. — 3 cc 2 cc sérum chauffé à

Pas de coagul.

III. — 3 cc + 2 cc sérum chauffé à 38° puis traité par NaOH et HCl

Ainsi, l’addition, à 3 cc d’une solution de plasmase active, de 2 cc d’un sérum chauffé à 38° empêche toute coagulation. Mais si le même sérum porté à 38°, a été traité par la soude et l’acide chlorhydrique, il n’exerce plus aucune action nuisible. Ce fait est d’autant plus intéressant que le sérum rendu inactif par chauffage à 38°, ne s’active plus par le traitement à l’alcali, ainsi qu’on l’a vu plus haut. L’efficacité du traitement réside dans ce cas, exclusivement dans l’action destructive qu’il exerce à l’égard des anticorps contenus dans le sérum, et nullement dans la transformation du proferment en ferment : c’est pourquoi on retrouve dans l’essai III le même temps de coagulation que dans I.

L’action anticoagulante du sérum chauffé peut encore être observée si, au lieu de le faire agir sur une solution de plas-

PHÉNOMÈNES D’ANTICOAGULATION.

mase, comme nous venons de le voir, on emploie du sérum frais : l’activité de ce dernier se trouvera considérablement affaiblie par les anticorps contenus dans le sérum vieux maintenu quelques heures à 38°.

Action du sérum porté a 38° sur un sérum frais.

Temps de coagulation du fibrinogène.

Sérum frais 25 minutes.

» de 9 jours 62 »

» 9 » chauffé à 38° 11 heures.

» frais + sérum de 9 jours chauffé à 38° .... 45 minutes.

L’addition à du sérum frais de sérum vieux altéré a donc retardé la coagulation de 25 à 45 minutes.

La présence de substances antagonistes dans le plasma même et leur formation assez rapide sont considérées par certains physiologistes comme un point capital dans les phénomènes de la coagulation. D’après ceux-ci, dans le sang circulant il y a déjà un peu de plasmase toute formée : parmi les nombreux leucocytes, quelques-uns sont altérés, d’autres morts, et ceux-ci laissent exuder leur diastase, que la chaux du plasma active aussitôt. Comment se fait-il donc que, dans ces conditions, le sang ne se caille pas dans les vaisseaux? C'est parce qu’il contient normalement des substances anticoagulantes. Celles-ci, dans l’organisme, ont une action prépondérante. En dehors, leur action est dépassée par celle des agents coagulants. Les leucocytes, et d’une façon générale toutes les cellules, contiennent à la fois ces deux sortes de substances, les unes qui provoquent, les autres qui empêchent la prise en masse du sang. Les substances favorisantes paraissent plus spécialement localisées dans certains organes, les viscères abdominaux, par exemple, et les substances empêchantes, dans d’autres, comme le poumon. C’est ainsi que Pawlow a montré que le sang d’un chien perd au bout de peu de temps sa coagulabilité, si on en limite la circulation au cœur, aux gros vaisseaux et aux poumons, ou encore, si on exclut seulement de la circulation les viscères abdominaux.

THROMBINE.

Chez l’homme, la coagulation du sang se fait normalement en 1 m. 44 sec. Elle peut cependant, dans certains cas pathologiques, être encore activée ou être beaucoup retardée. La diète, certaines infections microbiennes, l’inflammation de la paroi de la veine d’où le sang est extrait, rendent le sang beaucoup plus rapidement coagulable. Par contre, l’infantilisme avec insuffisance de sécrétion du corps thyroïde, le diabète, la tuberculose au troisième degré, confèrent au sang une incoagulabilité relative. Ces caractères opposés du sang résulteraient, d’après ces mêmes physiologistes, de la présence, dans le plasma, de proportions très différentes de plasmase et de substances anticoagulantes.

Le fait que nous venons d’établir, qu’il existe dans le sérum vieux des substances antagonistes de la thrombine, paraît être en contradiction absolue avec les expériences de Bordet et Gengou, qui reconnurent, au contraire, au sérum vieux le pouvoir d’accélérer considérablement, dans un plasma non privé de chaux auquel on l’ajoute, la transformation du proferment que ce plasma contient, en plasmase active, propriété qu’ils nomment, à cause de cela, excito-productrice.

Voici une de leurs expériences qui montre cette action activante d’un sérum, vieux de 5 heures environ, vis-à-vis d’un plasma salé dilué à 1 0/o ; dans les essais (1) et (2) on emploie du plasma salé et dilué ; dans l’essai (3), on se sert du même plasma, mais oxalaté, en vue d’immobiliser les constituants de la thrombine présents dans ce plasma.

Action excito-productrice d’un sérum vieux.

(Bordet et Gengou.)

1) Plasma salé dilué à 1 % . Se coagule en 40 m.

2) lOccplasma salé diluéà 1 %-(-lcc sérum vieux 5 h. » 3ou4m.

3) lOcc » » » oxalaté 1 °/00 + 10 cc sérum

vieux de 5 h. et oxalaté >> 2 ou 3 h.

Les deux premiers essais semblent montrer nettement que l’addition à un plasma de 1/10 de son volume de sérum vieux accélère énormément la prise en masse ; et cependant cette

PHÉNOMÈNES D’ANTICOAGULATION.

coagulation rapide ne parait pas due au fibrin-ferment restant dans le sérum vieux, puisque l’essai (3) se coagule très lentement ; ce dernier essai établit, en outre, que la chaux est nécessaire à la manifestation delà propriété excito-productrice.

Bordet et Gengou expliquent cette action du sérum vieux par la présence, dans celui-ci, de sérozvme libre, qui, avec la thrombokinase contenue dans le plasma, donne la thrombine active. La contradiction entre les résultats de ces auteurs et ceux de Pekelharing est en réalité plus apparente que réelle.

En premier lieu, il convient de remarquer que l’expérience précédente prête à une critique identique à celle que nous avons faite plus haut à ces mêmes auteurs. Le sérum vieux, dans (2), a incontestablement activé la coagulation du plasma ; mais rien ne prouve que ce sérum ne contient pas encore une certaine quantité de diastase active, attendu quo l’essai (3), qui est destiné à établir ce fait, est un bien mauvais témoin. Les conditions expérimentales dans lesquelles il est institué sont différentes; notamment, on a provoqué dans ce sérum un précipité d’oxalate de chaux, et l’on sait que cette précipitation détermine l’entraînement d’une fraction de la diastase coagulante, fraction d’autant plus grande que le sérum est plus vieux. C’est donc à tort qu’on tire la conclusion que le sérum vieux ne renferme plus de thrombine : il est au contraire très probable qu’il en contient encore, et que c’est à la suite de cet apport que la coagulation de (2) est rendue plus rapide.

Mais l’opposition des résultats trouvés par les deux auteurs visés reste entière. Comment l’expliquer? Sans doute, on constate bien que les conditions dans lesquelles ceux-ci ont opéré ne sont pas les mêmes : Pekelharing travaille avec une solution de fibrinogène et Bordet étudie le phénomène avec un plasma dilué ; tous deux emploient un sérum vieux, mais l’un attend de i à 5 jours pour l’utiliser, tandis que l’autre s’en sert après quelques heures.

Dès lors, pour expliquer cette contradiction, on serait conduit à admettre que le sérum vieux possède bien les deux propriétés observées, de sens contraire, et que, suivant les

THROMBINE.

conditions expérimentales, on fait prédominer l’un ou l’autre. Cependant une objection se présente : on a déjà signalé ce fait qu’une solution de fibrinogène se coagule par une simple addition d’extrait de tissu, et l’on a dit plus haut que cette coagulation ne pouvait se comprendre, dans la théorie dualistique de la formation de la thrombine, qu’en admettant que le fibrinogène employé n’est pas pur, mais contient du sérozyme, entraîné au moment delà préparation.

Si donc, comme l’admet Bordet, c’est réellement le sérozyme qui est excito-producteur du sérum vieux, si c’est à lui qu’on doit une accélération de la coagulation, on devrait s’attendre à voir ce sérum vieux rester inactif quand on le fait réagir sur une solution de fibrinogène, puisqu’il apporte seulement un des éléments constituants de la thrombine, qui existe déjà dans le fibrinogène, et non pas le second, la thrombokinase, qui serait nécessaire ici. En fait, c’est le contraire qu’on observe : il y a une action nettement positive.

C’est donc qu’il y a autre chose. Il faut bien convenir que l’étude du phénomène de la coagulation présente une très grande complexité et qu’il est souvent fort difficile de tirer une conclusion d'essais faits, même dans de bonnes conditions. Le sérum n’est pas une substance de composition constante : suivant sa provenance, il peut contenir, en dehors de la thrombine toute formée, soit du sérozyme, soit delà thrombokinase. De plus, un sérum affaibli, comme un sérum frais, peut contenir des anticorps en quantités très variables. Les sérums peuvent aussi différer dans leur teneur en chaux. Si donc on ajoute à un sérum frais, contenant un excès de chaux, un sérum affaibli pauvre en cet élément, on augmentera le pouvoir coagulant du mélange, parce que la chaux du sérum frais activera le sérum affaibli, et l’effet produit sera la résultante de l’action du sérum frais, à laquelle se juxtapose l’action du sérum vieux réactivé.

C’est vraisemblablement à un effet de ce genre qu’il faut attribuer la contradiction qui existe entre les résultats de Bordet et ceux de Pekelharing. Dans les expériences du premier auteur, ce n’est pas le sérum vieux qui accélérerait la

Page 1