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PÉRIODE ROMANE

Comme chacun sait, architecture romane à varié suivant les diverses

parties des Gaules, où, sans liens nettement déterminés entre elles, ont

été élevées des églises très différentes dans la composition de leurs plans,

comme dans le caractère des ensembles et des détails. Toutes ces écoles ont plus ou moins subi l'influence de l'Architecture romaine ou byzantine, mais en y puisant plutôt des dispositions et des formes que des systèmes

de construction qu'il leur fallut créer, à leur tour, suivant les cas différents

4. Voir A. pe Baupor et A. PErrauur-Daor : Archives de la Commission des Monuments historiques, 5 vol. gr. in-#°

avec 500 héliogravures. Paris, H. Laurens et Ch. Schmid, éditeurs.

qui se présentaient; de là des solutions incomplètes, mais aussi des trouvailles, qu’on nous passe le mot, qui donnent la mesure d’efforts constants faits avec une intelligence de constructeur ingénieux dont l'avenir, c’est-à-dire la période gothique, devait assurément profiter dans de surprenantes conceptions.

Aujourd’hui, la France ne possède plus de cathédrales romanes que

dans certains départements de l'Est, de lOuest et du Midi; c’est au

centre et au nord, surtout au-dessus de la Loire, du xn° au xvi° siècle, qu'ont été élevées les admirables cathédrales qui résument l’une des plus grandes manifestations du génie humain dans le véritable. sens créateur de l’art.

Les cathédrales romanes, bien inférieures à tous points de vue aux églises abbatiales qui leur sont contemporaines, sont des édifices de dimensions relativement restreintes. L'une des plus importantes et des plus remarquables est assurément Saint-Front de Périgueux, primitivement église abbatiale, devenue plus tard cathédrale à la place de celle primitive qui existe encore et qui est connue sous le nom d’Église de la Cilé. Saint-Front, qui rappelle, par son plan et sa coupe, la fameuse église de Saint-Marc de Venise, présente, dans la construction de ses coupoles sur pendentifs, un mode de structure qui donne bien une idée de la facon dont les romans ont procédé. En effet, ils ont imité ici, dans leur forme, les pendentifs de Saint-Mare, lesquels sont exécutés en briques suivant ce mode d'appareil particulier, mais amenés à les réaliser en pierre, ils ont dù faire des efforts considérables pour y parvenir; ils y sont arrivés, mais en commettant une grosse erreur dans la disposition des éléments dont ils ont fait des assises en encorbellement et non des claveaux normaux à la courbe; ces assises présenfaient ainsi, au droit des joints, des parties aiguës qui devaient se rompre et se sont en effet rompues au détriment de la solidité; eette

expérience à profité, mais le fait est démonstratif en ce qu’il indique le genre de tâtonnements auquel conduit fatalement lart inspiré des formes, sans l'intervention de la construction raisonnée. Quoi qu’il en soit, ce monument, qui date du x° siècle, a eu une grande influence dans la région de l’ouest où furent élevées nombre d’églises à coupole, mais, toutefois, sur des plans différents. A Cahors et à Angoulême particulièrement, ce genre de voütes a trouvé de remarquables applications plus ou moins franches; ainsi, à Cahors, les coupoles s’affirment à l'extérieur, tandis qu'à Angoulème elles sont, sauf celle centrale, recouvertes d’un comble continu; pour expliquer ces contradictions, il faut tenir compte des difficultés que présentaient, dans nos climats, la sauvegarde de ces grandes caloftes de maçonnerie. Dans les restaurations qui ont été faites au siècle dernier de ce genre d'ouvrages, on à employé de

la pierre d'appareil pour les constituer, mais primitivement ces calottes

élaient exécutées en petits matériaux exigeant des chapes de ciment ou

de plomb, c’est-à-dire des moyens peu durables, fort délicats dans leur

emploi, et dont la durée était éphémère; aussi est-on, en pareil cas, arrivé à établir des couvertures superposées aux coupoles. C’est ce qui a été fait dans les édifices construits postérieurement et qui, quoique très différents de Saint-Front, en sont cependant des conséquences. Nous voulons parler des voütes nervées qui, à la cathédrale d'Angers, dans celle de Laval, prennent un grand développement en hauteur et dans lesquelles se rencontre un mélange des formes de la voûte d’arète et des coupoles.

Dans les provinces de l'Est, les architecte

> romans se sont inspirés aussi des coupoles, mais non pas de celles établies sur pendentifs; au Puy, la cathédrale présente une disposition qui rappelle les monuments d’origine orientale et à conduit à une solution toute différente; dans ce monument à trois nefs, celle centrale est voù

par travées qui, de la forme rectangulaire, passent à l’octogone pour la voüte, par l'intermédiaire d’un étage aux quatre angles duquel des niches d'angle à colonnes rachètent la saillie du pan qui les surmonte; il existe à Palerme (Sicile) une église dite Saint-Jean-des-Ermites qui présente une combinaison du mème genre, avec cette différence que les coupoles sont de forme

circulaire et sont accusées extérieurement. En résumé, ce qui distingue

cette solution de celle de Saint-Front, c

st que les pendentifs sont, au Puy et à Palerme, remplacés par les niches d'angle et qu'on y trouve un mode de structure plus ingénieux et plus intéressant. La disposition est la même à la chapelle Palatine, mais sous les mosaïques décoratives, on ne se rend pas aussi bien compte de la construction que dans sa voisine, l’église Saint-Jean-des-Ermites.

En ce qui concerne la cathédrale du Puy, qui présente, à divers points de vue, tant d'intérêt, il est nécessaire de constater que, quoiqu'’elle appartienne à la région de l’Auvergne, elle ne se rattache à cette école que par des détails et particulièrement par le mélange de matériaux différents de couleur; c’est dans le cloître particulièrement que ce procédé de construction décorative est le plus intéressant et le plus frappant. A propos de l'Auvergne, on observera qu'aucun de ses monuments ne figure parmi les cathédrales et ce fait nous enlève la satisfaction de présenter un type de cette si caractéristique école romane, instructive et féconde entre toutes. Ses monuments ne sont pas étendus, mais avec quelle harmonie de structure et de formes ils s’affirment! L’un d'eux, qui n’est pas né sur le sol auvergnat, mais que possède la ville de Toulouse sous le vocable de Saint-Sernin, eùt bien trouvé sa place au milieu de nos vastes cathédrales, dont il se prête admirablement, par ses dimensions, ses dispositions et sa grande allure, à remplir la fonction!

Mais revenons à l’intervention de la coupole, dont l'inspiration n’est nullement limitée aux édifices signalés plus haut. Il en est une autre appli-

“ation fort originale à signaler dans l’église Notre-Dame-des-Doms, la cathédrale d'Avignon. Ici, la coupole, de forme octogonale, est très réduite comme dimensions, limitée qu’elle est entre deux arcs-doubleaux d’une travée barlongue; pour la soutenir, le constructeur à eu lingénieuse idée d'établir des arcatures parallèles partant d'un are-doubleau à l’autre et s’échelonnant successivement en hauteur; cet exemple n’est pas unique; on en trouve la preuve dans l’église de la Major, l’ancienne cathédrale de Marseille.

Dans la même région de PEst, appartenant à l’école du Lyonnais,

nous voyons un édifice tout différent de ceux envisagés jusqu’à présent, c’est la cathédrale de Valence, dont le plan à trois nefs présente un système consistant en voüles d’arètes pour les collatéraux et en un berceau continu pour la nef centrale; assurément, quoique l’analogie ne soit pas absolument frappante, cette solution est due en partie à une influence de l’Auvergne, autant dans le plan du chœur et des chapelles absidales, que dans le système de construction général.

Un autre édifice qui dérive également de l’école auvergnate, c’est la cathédrale de Tulle, dont l’abside a malheureusement été détruite. On remarquera particulièrement la corniche continue placée en contre-bas de la naissance des votes et dont la saillie à été voulue, dans le but d'assurer une circulation à ce niveau.

Dans les églises de la Corrèze et du bas Limousin, on voit souvent une disposition analogue qui indique une préoccupation intéressante à laquelle la période gothique à su répondre de façon si ingénieuse et si développée.

’armi les écoles romanes, il en est encore une autre fort productive, dont le centre était à Cluny et à laquelle sont dues deux cathédrales remarquables, celle d’Autun et celle de Langres, qui offrent, entre elles, certaines analogies, notamment dans la forme et le détail des points

d'appui à pilastres inspirés des restes de nombreux monuments antiques

dont cette partie de la Bourgogne fut si riche. En ce qui concerne la conceplion générale et le mode de construction, il y à une grande distance entre ces deux édifices; Langres, qui se rattache d’ailleurs à la période de transition, présente des qualités bien supérieures.

Dans léglise d’Autun comme dans d’autres de la Bourgogne, pendant la période romane, les constructeurs, moins sages et moins expérimentés que ceux de lAuvergne, ont voulu donner aux nefs centrales une hauteur à laquelle ils n'étaient pas à mème de les maintenir. C’est ainsi qu'ils ont fermé ces vaisseaux par des berceaux con— finus qui n'étaient nullement contrebutés et qui ne trouvaient même, à cel égard, aucun secours sérieux de la part des voûtes des collaléraux; quoique tracés suivant la forme ogivale, celle qui tend le moins au déversement, ces berceaux n’ont pas tardé à pousser au vide et on

dut établir des ares-boutants;: mais ceux-ci placés seulement au droit

des ares-doubleaux n’arrêt

le système était donc défectueux et bien loin de celui de l'Auvergne dont

aient pas la poussée des parties intermédiaires ;

les voûtes des collatéraux offraient, grâce à leur tracé, un arc-boutant continu dispensant même des ares-doubleaux. À la suite de ces tentatives

trop hardies et mal raisonnées dont Autun est un exemple, fut construite la cathédrale de Langres, où on voit se manifester, dans un véritable système de construction, le commencement de l'ère gothique; aussi on ne saurait trop étudier ce monument dont malheureusement une façade du xvu° siècle, d’un effet déplorable, dénature l’ensemble.

Enfin, on ne peut passer sous silence certains édifices qui, sans appartenir chronologiquement à la période romane, s’y rattachent par la façon dont ils ont été conçus en ce sens qu’ils sont eux-mêmes inspirés de solutions antérieures, sans obéir à des procédés de construction franes et en harmonie avec les formes adoptées. Les monuments dont il s’agit ont une apparence gothique, mais ils n’apparliennent pas franchement à cette grande époque. Nous voulons parler des cathédrales d'Albi, de Perpignan et Carcassonne, dont les plans ne comportent qu’une seule et large nef maintenue par de saillants contreforts, entre lesquels sont disposées des chapelles. A Albi, les chapelles sont à deux étages et celles supérieures ne sont abordables que grâce à des ouvertures très étroites qui les mettent en communication entre elles et avec un escalier d'accès. Ces différentes cathédrales conçues sous la même influence comportent des {ravées très étroites, par rapport à la largeur des nefs, et qui ont été voütées suivant le système d’ares d’ogive; il en est de mème des chapelles, malgré leur peu de développement; si ces dernières eussent été voütées en berceau perpendiculairement à la nef, l'effet eût été meilleur et l’ensemble y eût gagné en solidité. Cette erreur qui à fait appliquer la voûte d’arète à des surfaces de toutes dimensions, même très restreintes, a élé bien souvent commise dans les églises du centre et du midi de la France et par là on se rend bien comple que ce système de construction,

venu du Nord, n’a jamais été bien compris dans ces provinces.

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