‹ Les cathédrales de France; (volume 2)Chapitre 4 sur 28 · PÉRIODE GOTHIQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE GOTHIQUE

Dans cette longue période qui va de la fin du x siècle au commencement du xvi sièele, il importe de classer nettement à part les cathédrales qui furent élevées du milieu du xu° siècle au milieu du xv° siècle et ont exigé une communauté de recherches et d'efforts basés sur l’unité de construction et de composition à laquelle est due cette admirable école française d'architecture et de sculpture qui joue un rôle unique dans l’histoire de l’art.

Pour faciliter cette étude qui doit surtout ètre faite par la compa- “aison entre les diverses solutions, chacun des édifices a été, dans cette

publication, résumé grâce à la présentation d’un plan d'ensemble et

le développement d’une travée en plan, coupe et élévations intérieure et extérieure toujours à la même échelle. Par suite de ce procédé d’exposition, les planches fournissent les éléments d'un examen méthodique et comparatif sans lequel il est impossible de suivre les transformations et les progrès qui ont été successivement accomplis dans la capitale manifestation qu’affirme la construction des cathédrales françaises.

Ceci posé, et pour mettre le lecteur à même de profiter de l’ordre apporté iei dans un ensemble aussi complet, il est nécessaire de rappeler quel a été le point de départ duquel découle toute conception gothique d'architecture religieuse. L'élément principal, c’est la voùte sur arcs d’ogives, constituée au moyen d’ares permanents en pierre el de remplissages formés de petits matériaux; ce mode de structure imaginé par les constructeurs du xn° sièele se prète à toutes les formes de plans, rectangulaires, carrées ou barlongues, polygonales et circulaires; s’il s’agit d’édifices à une seule nef, ces voütes sont maintenues par des contreforts placés à la rencontre des ares; si les édifices comportent une nef et des bas côtés, les vouütes inférieures sont contrebutées par ces contreforts, celles supérieures le sont par des ares-houtants franchement accusés à l'extérieur qui maintiennent la poussée des voütes en s'appuyant d'autre

râce à un système d'équilibre que ces

part sur les contreforts; c’est done édifices si vastes intérieurement se tiennent debout; aussi ne saurait-on trop étudier et admirer les diverses et nombreuses solutions auxquelles sont arrivés les maîtres d'œuvre du moyen âge, en appliquant ce principe, avec autant de süreté que d'habileté et de génie artistique. Cest de ce principe qui s'affirme partout, avec une logique impitoyable, qu'est née cette architecture qui n’emprunte rien au passé el déduit toutes ses formes du raisonnement et de l’expérience. Aussi quelle leçon ces artistes gothiques ne donnent-ils pas aux soi-disant chercheurs modernes qui rèvent de créer un art nouveau, sans autre guide que la fantaisie! Pour qui étudie, avee méthode et esprit d'analyse, les constructions religieuses de cette première période gothique, il ressort un fait bien entant suivant des

caractéristique, c’est que ces édifices, quoique se pré dispositions générales, souvent semblables et avec un mème sentiment d'art, sont cependant très différents les uns des autres el qu'aucun n'est la copie, ni la réduction, ni l'agrandissement proportionnel d'un autre. A chaque programme indiqué par les dimensions géné ‘ales adoptées, se pose à nouveau le problème des combinaisons, des proportions et des formes, se renouvellent la recherche de l'harmonie et les exigences d'échelle toujours en rapport avec les dimensions de la stature humaine, ainsi que la volonté d’obéir au principe d'équilibre. Eh bien, toutes ces difficultés

furent vaincues à chaque occasion nouvelle, et, dans l’ensemble si considérable des productions, on est frappé de la fécondité avec laquelle les maitres d'œuvre du moyen âge ont su éviter la monotonie, la banalité, apporter fa variété dans des monuments où le principe d'unité s’affirme cependant si énergiquement.

Après avoir atliré l’attention des lecteurs sur le service que sont appelées à rendre nos planches dans l’application de la méthode de comparaison, il est nécessaire d’exposer comment est disposée la partie de ce texte relative à la période gothique envisagée dans ce chapitre spécial; il ne peut être question, dans le. cadre restreint de l'ouvrage par rapport à l’élendue du sujet, de décrire et mème de considérer chacun de ces édifices, que d’ailleurs les planches exposent amplement, mais il est indispensable de rapprocher entre eux ceux qui présentent les dispositions les plus remarquables; pour ceux secondaires, les planches, les photographies et la notice historique ci-jointe compléteront les indications

nécessaires.

Toutefois, il importe tout d’abord d'entrer dans quelques indications complémentaires, particulièrement au sujet des votes dont le prineipe fondamental, malgré des différences utiles d’ailleurs à faire ressortir, s'applique, comme il est dit plus haut, à toutes les solutions dues à l’époque gothique. Rappelons done que les constructeurs à la fin du xu° sièele établissaient dans les nefs toutes les voûtes d’ogives sur plan carré; lorsqu'elles atteignaient un grand développement en plan et particulièrement pour les parties hautes des nefs centrales, jugeant trop étendue la surface des remplissages, ils recoupaient la travée, dans son milieu, par un arc parallèle aux doubleaux, c’est-à-dire perpendiculairement aux murs goulterots surmontant les arcades longitudinales des collatéraux. C’est ainsi que sont traitées les voütes hautes des cathédrales de Sens, de Paris, de Laon, de Bourges, etc.; mais ce parti présentait des complications pour l’établissement des baies et il n’était pas très logique, lorsque les points d'appui

aussi cher-

étaient tous semblables, puisqu'ils étaient inégalement chargés cha-t-on à établir les voûtes sur plan barlong et le moyen une fois trouvé, après bien des efforts et des expériences, pour vaincre les difficultés que présentait l’arrivée des ares inégalement ouverts sur les sommiers, le système des travées barlongues fut généralement adopté, sauf pour les collatéraux; quant aux points d'appui, ils se modifient également; les colonnes

monocylindriques de Notre-Dame de Paris, de Laon, ete., font place aux

colonnes cantonné

s indépendantes les unes des autres comme formes, et cependant bien reliées entre elles par un mode d'appareil rationnel, notamment à Reims, à Amiens, Chartres, ete. Avec ce nouveau parti, les colonnettes portant les ares des voûtes supérieures ne posent plus sur les chapiteaux des colonnes inférieures, mais montent de fonds en accentuant l'effet voulu

des lignes verticales; les dispositions des arcatures de triforium obéissent

également alors à ce mème sentiment en se mariant, par leurs colonnettes, à celles constituant les divisions des fenestrages supérieurs qui les surément, ces diverses transformations tendent à des

surmontent; as

ordonnances qui, fatalement, arriveront un jour à la formule, mais néanmoins longtemps encore et pendant toute la période du xm° siècle, | malgré des similitudes, chaque solution reste indépendante et originale. À la cathédrale de Troyes, à Beauvais, à Tours, ete., on voit s’opérer ce mariage entre les fenètres hautes et les arcatures de triforium avec une affirmation telle que les deux motifs ne font plus qu'un tout, dont toutes les parties sont destinées à augmenter les surfaces d'éclairage et par suite celle des vitraux. Cette disposition est assurément fort belle,

mais elle présentait de redoutables inconvénients, puisqu'elle entrainait

phil la suppression du comble en appentis surmontant les collatéraux et

s'appuyant contre l'étage du triforium qu'il fallait, dès lors, remplacer par une terrasse où par une toiture à deux égouts, dont l’un venait déverser une partie des eaux pluviales sur les appuis des baies le long des murs goutterots; l'emploi des terrasses parfois adopté était excellent en principe et a réussi notamment à la cathédrale de Clermont grâce à

l'usage de la lave de Volvic, mais avec les pierres calcaires il ne

présentait pas de durée; quoi qu'il en soit, dans presque tous les édifices

on eut recours alors à la double pente et malgré les moyens ingénieux adoptés pour rejeter les eaux à l'extérieur, les chéneaux disposés le long des murs ont été cause de détériorations auxquelles il était plus que temps de remédier, lors des restaurations entreprises de notre temps. A vrai dire, jusque dans ces dernières années, ces travaux de réfection n’ont consisté qu’en améliorations partielles sans que des modifications réelles eussent été apportées, mais aujourd'hui, grâce au ciment armé, il est possible d'apporter un remède absolument efficace à cet état de choses; aussi s’est-on décidé à faire emploi, notamment à Beauvais, pour recouvrir les voûtes des collatéraux, de cet admirable procédé

qui contribuera singulièrement à la conservation de nos édifices du

moyen àge, sans en troubler l'aspect, à la condition de Puliliser avec intelligence et dans les limites indiquées par le respect absolu des {| formes.

On le voit, nous ne cherchons pas à dissimuler les défauts que {|| présente la période gothique qui pèche, sur certains points, par l’excès de

l’affirmation de son principe de structure de pierre; mais, à côté de

quelques erreurs, que d’admirables leçons ne nous donne-t-elle pas, sous tant de rapports, qui ont une portée considérable! Ainsi, par exemple, n’est-on pas émerveillé de voir avec quelle volonté, en même temps avec quelle perfection, grâce à leurs procédés de construction, les architectes il k ont su, à cette époque, assurer à des hauteurs différentes, tant à l’exté-

rieur qu’à l’intérieur, la cireulation nécessaire à l'entretien des parties déli-

cates des édifices, à celui des chéneaux, des vitraux ainsi qu'au nettoyage et aux réparations des parements! Que d’ingéniosité, d’habileté dans toutes ces combinaisons et, en même temps, avec quel art, tous ces éléments si franchement écrits et accusés, ne viennent-ils pas se réunir pour fournir des ensembles aussi harmonieux que saisissants et pittoresques !

On à beaucoup critiqué les ares-boutants qui, pour certains constructeurs modernes, seraient un procédé barbare et d’une durée éphémère, une sorte d’aveu d’impuissance, puisqu'ils indiqueraient la nécessité de sorte d’étais permanents sans lesquels les édifices ne sauraient se tenir en équilibre; mais, en vérité, un tel jugement ne peut être pris au sérieux et ne peut ètre porté que par ceux qui n’ont aucun sentiment de la construction raisonnée et auquel l'étude du moyen âge est absolument étrangère. Pour donner aux églises les avantages qu'elles offrent, tant au point de vue de la circulation que de la vue, objectif principal des solutions cherchées, et pour proportionner les hauteurs aux espaces voulus des plans, est-il, avec la pierre, une autre solution que celle du gothique et des ares-boutants sont-ils indispensables? Voilà toute la question et, au lieu de critiquer cet admirable résultat, n'est-il pas juste

de le considérer comme ouvrant la voie véritablement moderne dans

laquelle la science d’une part et les exigences nouvelles d'autre part, nous entraînent vers les solutions à grande portée? Méditons les cathédrales à ce point de vue, sans toutefois les imiter,

ni dans leurs procédés de structure qui ne sont plus les nôtres, ni dans

leurs expressions artistiques qui ne répondent pas à nos aspirations actuelles; mais tirons-en une direction de principes et la leçon de logique qu'elles comportent. En attendant, et jusqu'au jour où nous serons nous-mèmes devenus créateurs, conservons ces grandes et belles œuvres d'art qui nous consolent de tant d'erreurs passées el présentes et nous encouragent à de nouveaux eflorts, par leur exemple et leur enseignement philosophique.

s des ares-boutants, il est

Pour en revenir aux dispositions {rès varié fort intéressant d’en suivre et d'en comparer les diverses expressions. Primilivement, à Soissons par exemple, à Reims, pour la nef de la cathédrale d'Amiens, les architectes avaient adopté deux arcs-boutants superposés, tous deux destinés à maintenir la voûte dont le point exact de poussée semblait peut-être incertain; toutefois, l'arc supérieur avait en outre pour but de conduire au dehors, par un canal incliné et à ciel ouvert, les eaux du grand comble. Plus tard, et à Amiens même dans le chœur, les deux ares n’en formaient plus qu’un seul, répondant, grâce à une sur-épaisseur ajourée de celui inférieur, à leur double destination. Mais ce ne sont pas seulement les solutions variées de ces arcs-boutants qui sont à considérer, c’est également dans les contreforts auxquels ils se

rattachent que s'affirme la forme intéressante; ‘particulièrement à la

cathédrale de Reims, où les motifs de tète de ces arcs sont d’une monumentale et superbe allure et dont l’ensemble, se poursuivant sur les angles des transepts et de la façade principale, constituent une ordonnance d’une tenue bien saisissante. Les arcs-boutants du chœur de Notre-Dame de Paris, dus au x1v° siècle, après l’adjonetion des chapelles, sont également très remarquables.

Après avoir étudié en les comparant les travées de chacune de nos cathédrales, le lecteur, grâce à nos planches, quoiqu’elles ne soient directement prises, à quelques exceptions près, que dans les nefs, pourra étendre ses appréciations à l'étude des dispositions des autres parties des édifices. Par exemple, à l’aide des plans d’ensemble, en se reportant pour les hauteurs des nefs aux coupes et élévalions à l’échelle, il se rendra

compte des compositions absidales, si intéressantes en raison des tracés

divers suivant lesquels les chapelles sont reliées au chœur par l’intermédiaire des déambulatoires, et dont les travées rayonnantes ont été l’objet de tant de difficultés et de recherches au sujet des voûtes.

Dans le chœur des cathédrales de Paris et de Bourges, qui sont dépourvues de chapelles, la question s’était posée déjà pour les bas côtés circulaires et elle avait été résolue d’une façon différente, en raison des plans suivant lesquels étaient plantées les piles du chœur; mais lorsque des chapelles vinrent, pour répondre aux exigences du culte, s'ajouter aux chevets des édifices, les difficultés se compliquèrent singulierement ; néanmoins, elles furent vaincues grâce à la persévérance dans l'application de la science du trait alors portée si haut. C’est particulièrement à Amiens et surtout dans le chœur de Beauvais qu'il faut étudier le parti cénéral de construction appliqué d’une facon peut-être trop audacieuse, mais en tout cas si savante à un édifice dont la hauteur sous clef des voules ‘atteint 48 mètres. À la cathédrale de Tours se retrouve une combinaison semblable, mais sur des dimensions bien plus restreintes, en plan et en élévation surtout; on remarquera que, dans les deux cas, l'équilibre est dû à un contrefort intermédiaire posé au droit de Ja rencontre des chapelles et en encorbellement, de façon à produire Peffet d’une sorte d’élai incliné tout en réduisant l’écartement des contreforts eniréseux.

Les transepts ont donné lieu aussi à des solutions très différentes qu’il convient de comparer; ceux de Notre-Dame de Paris se distinguent particulièrement par ces grandes roses savamment combinées et rigides, malgré leur extrème légèreté; à Chartres se montre un parti tout excep- {ionnel dans les deux porches latéraux d'une architecture et d’une sculpture si originales et si riches, notamment au transept nord.

Quant aux façades principales et aux tours qui jouent un rôle très important dans l'aspect extérieur, et mème intérieur dans certains cas,

on y constate, par l'étude, une série d'efforts où la science du constructeur

et la valeur artistique sont liées comme dans toutes les autres parties des édifices, mais à un degré encore supérieur, car alors les difficultés s'accumulaient par la complication du problème. À ce propos, il est bon de rappeler que, dans certaines cathédrales, celles qui se sont le plus approché du type complet qui caractérise le xn° siècle, on voit encore, à Reims, à Chartres, à Rouen, notamment, le grand parti consistant en l'établissement de quatre tours élevées aux angles rentrants des transepts, parfois un clocher central à la croisée et enfin les deux tours de la façade principale. Malheureusement, les couronnements des tours des transepts ont en général disparu, ou peut-être certains n’ont-ils jamais été exéculés. Néanmoins, il est facile de reconstituer, à l’aide des documents actuels, l’ensemble que devait présenter une telle conception. Des clochers formant lanternes intérieurement, au centre des transepts, il ne reste d'exemples assez complets qu'en Normandie, à Coutances, Bayeux, Evreux et à Rouen, où l’ancienne flèche a été, au siècle dernier, remplacée par une construction en fonte dont la silhouette générale ne dépare pas absolument l'édifice, mais dont la structure singulière n’est pas à imiter en pareil cas. Nous avons entendu souvent poser la question de savoir, au sujet des tours de Notre-Dame de Paris et de la cathédrale de Reims, lesquelles sont supérieures. A notre avis, les deux solutions sont admirables et surpassent de beaucoup, à (ous points de vue, tout ce qui a été tenté dans les édifices se développant en hau-

teur, mais il n’y a pas à les comparer entre elles; en tout cas, il faut tenir

compte de considérations qui ont une grande importance. Les fours de Notre-Dame, dont la construction a précédé celle de Reims, sont encore dues au sentiment roman, fandis que les autres sont devenues franchement gothiques et ont pris, du fait d’une structure différente, un caractère d'élégance et de finesse qui n'a rien de commun avec l'allure plus sévère et plus puissante des tours de la cathédrale de Paris. En tout cas, il est regrettable, tout au moins en ce qui concerne l’enseignement que comportent de telles conceptions, que les couronnements qui leur étaient destinés ne nous soient pas connus. Ce regret, toutefois, n’est que relatif, car telles que nous apparaissent ces deux solutions, elles satisfont pleinement nos yeux sinon notre curiosité, et la façon dont ces tours se relient entre elles et contribuent à l'aspect général de ces splendides façades ne laisse rien à désirer.

Les observations et indications qui précèdent sur les diverses parties des édifices, concernent plus particulièrement les cathédrales élevées du x au xiv° siècle; cependant elles s'adressent aussi dans une certaine mesure à celles construites pendant les xv° et xvi° siècles. Ces dernières sont d’ailleurs, pour des raisons que l’histoire explique amplement, relativement rares, mais néanmoins on y trouve le respect du principe général de construction basé sur l’équilibre, la même préoccupation de l'échelle

humaine l’alliance entre la structure et la forme mais en outre malheureu- , , à vaincre

sement des exagérations et une recherche superflue des difficulté dans l'emploi de la matière. Ce qui distingue, d’une façon facheuse mais très voulue, l'intérieur d’une cathédrale du xv° siècle de celles qui l'ont précédée, c’est tout d'abord la prolongation des membres de moulures données par la construction des voûtes jusqu’à la base des piliers, et par conséquent la suppression des chapiteaux. De là une sécheresse et une monotonie qui étaient le résultat d’une logique trop impitoyable, sans portée réelle, et qui s’accusent d'autant plus que les membres de moulures s’élaient alors singulièrement multipliés et compliqués dans le tracé des profils. Un exemple frappant de ce fait se manifeste dans la cathédrale de Nantes, l’un des édifices du xv° siècle qui exprime le mieux, dans de grandes proportions, l'ordre d’idées admis à cette époque. On sera frappé, dans cette nef, de la section considérable donnée aux points d'appui; cet excès n’est pas toutefois dû à une préoccupation d'aspect, mais résulte de la nature de la pierre très tendre employée pour la construction de cet édifice et dont le peu de résistance ne pouvait être combattu que par la quantité de matière employée, étant donnée surtout la grande hauteur de ces piliers.

>armi les cathédrales, il n’en est pas qui aient été complètement construites au xv° sièele, mais dans de nombreux édifices se manifeste partiellement le caractère de cette époque, notamment dans une partie de la nef de la cathédrale de Troyes, le chœur de Moulins et celui de Viviers, les chapelles latérales de Nevers, une partie de la cathédrale de Limoges dont le surplus fut exécuté au xvr siècle; il faut également citer les clochers des xv° et xvri° siècles, particulièrement le clocher nord de la cathédrale de Chartres. Rien n’est plus intéressant et plus instructif que de le rapprocher, dans une étude comparative, du vieux clocher qui lui fait pendant et qui a été élevé au xn° siècle. Que de réflexions et d’observations n'invoquent-ils pas sur les trois siècles qui les séparent, ces deux monuments, dont l’un, dans son aspect sobre et majestueux de forme si pure, exprime la foi puissante d’un art qui éclôt et l’autre qui, dans une silhouette gracieuse et mouvementée, est l’expression d'une époque que son habileté et sa science entraînent vers la décadence et dans des formes harmonieuses mais, qui ne parlent qu'aux yeux! de aucune cathédrale, mais un

Du xvi° siècle la France ne poss édifice de grande importance caractérise cette époque dans la grande église de Saint-Eustache à Paris qui, à part sa façade principale élevée au xvu® siècle et qui la dépare, présente un ensemble peu instructif pour l’architecte qui n’y trouve plus que vaguement appliqués les principes de la belle période gothique et y constate la pauvreté et le manque de logique des formes ainsi que des détails, en mème temps que leur expres-

sion insignifiante.

Sur les épreuves photographiques le lecteur trouvera, du xvi siècle, d'autres manifestations où des efforts plus fructueux ont été faits et où des silhouettes heureuses et de charmants détails de sculpture viennent encore affirmer la tradition. C’est surtout dans la facade de la cathédrale de Rouen, et la Tour de Beurre située à l’angle sud de l'édifice, puis sur le pignon nord de la cathédrale d'Évreux et enfin et surtout sur les façades des transepts nord et sud de la cathédrale de Beauvais que se montrent les plus remarquables production de cette époque qui clôt la période gothique de ces grands monuments.

En terminant le texte qui a été consacré aux cathédrales gothiques, et dans lequel il n’était pas possible, pour des raisons qui ont été exposées plus haut, de suivre une méthode bien déterminée, nous espérons cependant mettre le lecteur à mème d’avoir un aperçu général qui puisse le guider s’il veut pousser plus loin son étude, Dans ce cas, il trouvera un complément précieux dans la publication qui a précédé celle-ci et dans laquelle se trouvent réunies les riches Archives de la Commission des monuments historiques; mais c’est surtout dans le fameux dictionnaire raisonné de l'architecture du xu° au xvi° siècle, dû à Viollet-le-Duc, que, grâce aux dessins et aux considérations techniques

qu'il renferme, il puisera à la véritable source.

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