‹ Les cathédrales de FranceChapitre 2 sur 18 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

(fœuvre : les Bourgeois de Calais^ vraiment issu de l'amour de nos vieilles églises de France,

Cet amour, Rodin le garda toute sa vie. Il ne fut jamais grand voyageur à l'étranger, mais il adorait vagabonder dans tous nos petits coins de France, se plaisant à admirer et à étudier, après les temples les plus illustres, les sanctuaires les plus modestes, « Je leur suis fidèle, dit-il pittoresguement lui-même : la neige, la pluie et le soleil me retrouvent bien souvent devant eux comme un chemineau de France. »

Ce nest pas, en effet, seulement la glorieuse « couronne de pierre » .'Chartres, Reims, Amiens, Caen, Beauvais, etc. gui retiennnent sa pensée enivrée, mais les humbles clochers provinciaux d'Avallon, de Tonnerre, d'Étampes, de Houdan, de Vétheuil, de JHontfort-l'Amaury, et tant d'autres. Il aime les églises de France comme il aime la nature de France. « Les Cathédrales françaises sont nées de la nature française », écrit-il, et il faut lire dans ce beau livre, gue l'on réédite aujourd'hui, avec guelle sensibilité, avec guelle tendresse compréhensive, il ouvre ses yeux extasiés devant la campagne française, sur « le pays de la Loire », le petit bourg du Châtelet-en-Brie, oîi il allait se reposer dans le silence et dans l'intimité d'un ancien ami, médecin de village, ou encore sur son plateau du V^al-Fleury, OLL il dort son dernier sommeil près de sa vieille Rose, sous la garde du Penseur^ et d'oii il dominait d'un œil joyeux toute la vallée de la Seine jusgua Puteaux, paysage gu'il considérait avec orgueil comme un des plus beaux du monde,

« Toute la France est dans les Cathédrales, dit encore Rodin, comme toute la Grèce est en raccourci dans le Parthé non » . Et, de même gue « Renan a prié sur l'Acropole »,

INTRODUCTION. vu

de même il exhale une ardente prière, il déi^eloppe un chaud et éloquent plaidoyer pour faire aimer;, comprendre et, tfurtout, pour défendre nos Cathédrales. Sa dernière douleur fut de les i^oir massacrées par la démence et la rage des hordeo barbares, /fiais, pour lui, loin de souhaiter la réparation de ces désastres, il trompait ces sublimes décombres, désormais plus augustes, plus poignants, plus émoui^ants et plus éloquents, et surtout plus chers et plus précieux à notre cœur. Il aidait même coutume de dire que ce quil y amit de plus beau quune belle chose, c'était la ruine d'une belle chose. Il redoutait par-dessus tout les restaurateurs et il aidait une peur maladive des architectes modernes.

Il adorait, cependant, l'architecture, « le plus cérébral et le plus sensible des arts », et il laisse dans son musée environ huit cents dessins d' architecture qui témoignent du regrel quil a somment exprimé de nai^oir pas eu l'occasion de créer quelque monument, comme fit JUichel- Ange. A côté d'innombrables dessins de porches, de colonnes, de chapiteaux, de vues perspectives et, particularité bien significative, de moulures ' — la moulure, « symphonie douce », « repos des yeux » — on trouve des dessins originaux d' architectures de rêve qui font penser aux visions de Victor Hugo.

La grande édition, aujourd'hui épuisée, des Cathédrales de France contenait maintes reproductions de ces dessins alertes, expressifs, tracés d'un trait délié et magistral. Les circonstances n'ont pas permis de les rééditer pour accompagner un texte qui, lui, du moins, doit être indéfiniment répandu comme la pensée ardente, intelligente, sensible et ingénue d'un des génies les plus hautement significatifs de notre art de France. '

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