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& ’EGLise d’Autun a toujours Joui d’une répu- | tation bien méritée. Etablie dès la plus haute AB antiquité ecclésiastique, elle a exercé, durant
tout le moyen âge, une suprématie de science
}l et de vertu, non-seulement sur la Bourgogne, mais encore sur un grand nombre de provinces de France et d'Italie. Ville importante sous la domination romaine, Autun a gardé le prestige de ses souvenirs, s’il n'a pu conserver sa grandeur primitive. Riche en monuments galloromains, la vieille cité ne l’est pas moins en antiquités chrétiennes. La glorieuse Église d’Autun, comme celle de Lyon, eut une origine orientale ; la foi lui fut prêchée par des
apôtres venus des contrées helléniques de l'Asie; elle se rat-
tache par des liens étroits à ces mémorables Églises gouvernées par saint Jean, par saint Polycarpe et plusieurs autres saints pontifes.
En parlant des origines illustres de l’Église éduenne, la pensée se porte involontairement sur cette importante inscription de l’ancien cimetière des chrétiens, expliquée pour la première fois par M. l'abbé Pitra, membre de la Congrégation de Solesmes. Cette inscription, en vers grecs , a vivement ému tous les antiquaires de France, d'Italie et d’Allemagne. La croyance catholique y a trouvé une admirable confirmation dans ses dogmes les plus sublimes, par l’expression claire de la foi des premiers chrétiens d’Autun *.
La religion, persécutée, consacra ses premiers sanctuaires dans des souterrains obscurs. De même qu'à Rome, les édits sanglants des empereurs contraignirent les évèques et les fidèles à cacher pendant trois siècles, dans les entrailles de la terre et dans l'ombre des catacombes, la célébration des augustes mystères; ainsi, dans nos anciennes cités gauloises, les apôtres de l'Évangile furent forcés de se retirer dans des grottes obscures. Presque partout, des cryptes recurent dans leur étroite et solitaire enceinte l'assemblée des nouveaux convertis. Nous aimons à rappeler l’humble commencement de toutes nos Églises de France, parce que la foi chrétienne fut, pour ainsi dire, enfouie sous la terre, comme une semence féconde qui devait plus tard couvrir le sol de la plus
brillante végétation et des moissons les plus riches. Il était
Voyez sur cette curieuse inscription plusieurs articles fort intéressants publiés dans les Annales de Philosophie chrétienne. <
dans les destinées admirables-du christianisme de s'implanter partout et de croître, arrosé par le sang des martyrs !
Quand la communauté chrétienne put respirer en paix à l'ombre du trône de Constantin, les fidèles sortirent de leurs grottes ténébreuses et célébrèrent à la lumière du soleil les cérémonies du culte. C'est à l’an 343 que l’on doit rapporter la première église épiscopale d'Autun. La première cathédrale fut dédiée à saint Nazaire, parce qu'elle possédait la relique précieuse d’un linge teint du sang de ce généreux martyr, apportée de Milan.
A plusieurs reprises différentes, les ravages du temps, joints à ceux de la barbarie, ruinèrent ce vénérable édifice. Non moins agissante pour conserver que la haine et l’ignorance pour détruire, la piété des évèques et des fidèles réédifia toujours l'église principale au même endroit. Les écrivains et la tradition ne nous ont rien appris de positif sur les diverses transformations que son architecture dut subir dans ces reconstructions successives.
Au commencement du douzième siècle, on prit la résolution de bâtir la cathédrale avec toute la magnificence de l’art chrétien et avec une splendeur égale à la dignité de l'Église d'Autun. L'architecture religieuse préludait alors, en France, aux grands travaux qu'elle devait exécuter au siècle suivant avec tant de somptuosité. Elle entrait dans une de ces voies mystérieuses qui ne sont pas toujours prévues par le génie et qui aboutissent à un terme extraordinaire. L’enthousiasme de tout le peuple fut ardent pour l'édification de la cathédrale. Les ducs de Bourgogne, les évêques, les fidèles rivali-
sèrent de générosité pour conduire à perfection la noble en-
treprise. Partageant l'élan religieux commun à toutes les populations de cet àge, les habitants d’Autun jetèrent avec joie les fondements de la basilique. Hélas! tant de zèle ne devait produire aucun résultat : l’ardeur, paralysée, sans doute, par une mauvaise direction, ne tarda pas à languir et à s'éteindre; les travaux ne s’avancèrent qu'avec la plus déplorable lenteur, lenteur dont les suites devinrent excessivement funestes, puisque cette eglise, fondée sous les plus beaux auspices , ne fut jamais achevée, et que depuis elle a été complétement abandonnée.
Pendant les travaux de construction et dès l’année 1195, les chanoines célébraient l'office divin alternativement dans la chapelle du château des ducs de Bourgogne et dans la nouvelle cathédrale. Ts se réunissaient dans le sanctuaire inachevé pendant la saison où les travaux étaient forcément interrompus : ils voulaient ainsi , par leurs prières, sanctifier l'œuvre de la construction. Plus tard, quand les dues de Bourgogne quittèrent Autun pour résider à Dijon, ils abandonnèrent la chapelle du château au chapitre de cette première ville. Cette concession, peut-être inopportune, d’un autre côté la difficulté des travaux de la cathédrale, l’épuisement des ressources et, sans doute, le refroidissement du zèle primitif firent adopter la chapelle ducale pour église diocésaine. L'église de Saint-Nazaire conserva néanmoins pendant fort longtemps encore le titre de cathédrale : jusqu’à l’année 1770 , les évêques d’Autun, en prenant possession de l’évéché, gardèrent la coutume de se placer dans la chaire en pierre située derrière l'autel, appelée la chaire de saint
Léger. La tradition attribuait à ce saint et courageux évêque
cette chaire d’une simplicité tout évangélique, semblable à celle que l’on voyait anciennement dans l’église métropolitaine de Reims.
Malgré son titre modeste, la chapelle du château était un édifice fort considérable. Elle avait été fondée par Robert L”, vers l'an 1060; continuée par Hugues, son petit-fils; consacrée en 1132, par le pape Innocent IT, et achevée seulement sous l’épiscopat d'Étienne, en 1178; elle est consacrée sous le vocable de saint Lazare, parce que les reliques de ce saint, apportées de Marseille, furent déposées dans le sanctuaire. Placée dans la partie la plus élevée de la ville, qu’elle domine agréablement , la cathédrale n’a pas conservé tous les caractères de son architecture primitive. Les siècles qu’elle a traversés ont laissé leur empreinte dans des constructions plus ou moins remarquables, dont nous allons apprécier plus particulièrement l'importance en indiquant quelques détails sur la disposition intérieure et extérieure du monument actuel.
Aux yeux de tout appréciateur éclairé, la première qualité d'un édifice doit étre placée dans la régularité de l'ensemble, l'harmonie des proportions, l'ordonnance symétrique des principales parties, l'unité du style. En appliquant cette règle générale à la cathédrale d’Autun, nous ne pouvons que lui assigner un rang secondaire parmi nos monuments les plus remarquables. Quoique nous y trouvions certaines particularités qui lui donnent du mérite au point de vue scientifique et archéologique, nous ne sommes nullement tentés de la comparer à nos grandes églises si majestueuses et en même temps si pompeuses et si élégantes.
Nous croyons pouvoir rapporter les parties les plus im-
-portantes de la cathédrale d’Autun à deux époques bien distinctes, au douzième et au quinzième siècle. Ces deux époques, si remarquables par les styles d'architecture qu'elles ont vu naître et se développer, sont très-curieuses à étudier dans l'édifice d’Autun. L'archéologie chrétienne, étudiée selon la méthode comparative, trouve le sujet d'observations intéressantes dans les monuments de la Bourgogne, et en particulier dans les églises de Langres et d’Autun *. Les colonnes ont une physionomie spéciale, très-propre à caractériser ce que nous ayons appelé l’école bourguignonne. Elles ne groupent pas leurs füts arrondis en faisceaux élégants, comme dans les autres édifices de transition : ce sont simplement des pilastres cannelés. Les chapiteaux à feuilles fantastiques sont ici remplacés par des chapiteaux dont l’ornementation est tout à fait originale : on n’en rencontre qu'un petit nombre qui puissent être comparés à ceux qu'on à nommés historiés. Il est impossible de ne pas constater ici l'influence exercée sur les travaux des architectes chrétiens par les restes des monuments romains qui présentaient de riches modèles dans leurs magnifiques débris. L’imitation est évidente : les portes d'Arou et de Saint-André, ces deux arcs de triomphe élevés par le peuple conquérant, ont déterminé le choix des ‘constructeurs. On sent, dans tous les détails, que l’inspiration n’est plus la même que dans les autres contrées, que les intentions sont complétement changées.
Les arcades sont ogivales et présentent le caractère des
* Voir dans notre Archéologie chrétienne le chapitre 1x où nous traitons des diverses écoles architectoniques en France, durant la période romano-byzantine.
cintres à l'époque de transition. Les voûtes sont également en ogive et supportées par des nervures toriques. Quelques auteurs ont douté si cette construction devait être rapportée au douzième siècle ou attribuée aux grands travaux de réparation et de restauration du quinzième siècle ; nous croyons pouvoir affirmer que ces parties doivent être assignées à la période tertiaire du style romano-byzantin.
Le chœur, dans sa disposition actuelle, s'étend au delà du transsept et empiète sur la grande nef; il passe pour un des plus beaux de France par ses dimensions, qui sont vraiment imposantes. Mais son étendue au delà de ses limites naturelles nuit considérablement à la perspective générale. L'abside a été bâtie par le cardinal Rollin en 1465, ainsi que la charmante tribune en pierre qui soutient le buffet de l’orgue. Ges constructions réunissent au plus haut degré la hardiesse et l’élégance, à la délicatesse de l'exécution.
Plusieurs des chapelles latérales ont été érigées et décorées à différentes époques dans le quinzième et le seizième siècle. Elles sont parées avec cette grâce et cette magnificence propres au style ogival flamboyant.
Des monuments funéraires assez nombreux avaient été élevés dans la cathédrale d’Autun. Quelques-uns se recommandaient plus encore par la mémoire de personnages illustres et vénérables que par les merveilles de leur construction. Le marteau révolutionnaire les a broyés tous, à l'exception de ceux du cardinal Rollin et du président Jeannin, qui ont été rétablis dans une chapelle, à gauche du chœur.
L'extérieur de la cathédrale d'Autun n'offre point à l'œil
cet aspect imposant et pittoresque à la fois de la plupart de
nos cathédrales. À l'exception de l'entrée principale et de la grande flèche, tout le reste ne présente que des constructions incohérentes. La façade principale , exposée au midi par une exception rare, détachée dans toute sa partie supcrieure du pignon de la nef, avec laquelle elle ne montre aucun rapport de structure, est La partie incontestablement la plus ancienne de l’église d’Autun. Elle consiste principalement en un vaste porche qui en occupe presque toute la largeur, profond, voûté à plein cintre, avec des arcs doubleaux sans arêtes croisées ou transversales, et dont les parois latérales sont ornées de colonnes grossièrement imitées de l'antique, surmontées de chapiteaux à figures chimériques. Tous les caractères de ce portail indiquent le style romano-byzantin secondaire, et ce pourrait bien être un fragment de la construction de 1060, sous Robert [®.
La flèche pyramidale en pierre, appuyée sur le milieu des combles du transsept, mérite une attention particulière. Elle se fait distinguer autant par sa grâce que par son prodigieux élancement; elle brille de toute la beauté de l'architecture du quinzième siècle. A sa base est une balustrade découpée d'une manière délicate, et sur les côtés on voit d’admirables sculptures , très-finement travaillées. Les angles de la pyramide sont ornées de crosses végétales qui produisent un effet agréable. Cet ouvrage remarquable est dû à la munificence du cardinal Rollin; il le fit construire après le triste incendie de 1465, qui réduisit en cendres l’ancien clocher et brûla la plus grande partie de la nef. La hauteur du clocher actuel est de quatre-vingt-sept mètres soixante centimètres au-dessus du sol.
SAXNT-JTAR
eye
L n'y a point d’Église en France plus ancienne et plus célèbre que l'Église primatiale de Lyon.
& Son nom rappelle les plus touchants souvenirs,