LE
pe ee surtout à cette époque où les progrès de la le re ;
} religion étaient marqués par les persécutions et par le ris Elle peut revendiquer toutes les gloires que le christianisme consacre et perpétue : unie par des liens étroits aux Églises grecques de l’Asie fondées par saint Jean et les premiers apôtres, elle présente de siècle en siècle des pontifes aussi grands en science qu'éminents en sainteté. L'héritage sacré des Pothin et des Jrénée, toujours cultivé avec amour, toujours fécondé par l'esprit de Dieu, n'a pas
cessé, jusqu’à nos temps, d'occuper une place privilégiée dans
la grande communauté catholique. Les œuvres les plus généreuses , le dévouement le plus sublime sont, pour ainsi dire, de tradition dans ses enfants : il y a chez eux vocation pour les grandes choses. Ils partent, comme des apôtres, pour évangéliser les peuples lointains, égarés dans les îles sauvages de l'Océan Pacifique, et au milieu d’eux prend naissance une des plus admirables institutions du génie chrétien : l'Association pour la propagation de la foi.
Autrefois, l’archevèque de Lyon étendait sa suprématie sur les Églises de Valence et de Besançon, réunies dans une même province ecclésiastique. La puissance du métropolitain fut bornée plus tard par les nécessités des temps qui exigèrent une nouvelle distribution des provinces de l'empire, et, par une conséquence naturelle, une autre circonscription des métropoles religieuses.
L’insigne et sainte église de Lyon garde le souvenir de deux conciles généraux, mémorables par les plus grands événements de l'histoire du treizième siècle. C’est un spectacle bien digne de la vénération des chrétiens et de l'intérêt des philosophes sérieux que celui de ces grandes assemblées, où figuraient les prélats, les princes, les rois et les hommes les plus instruits qui existaient alors. L’éloignement des temps et le prisme mobile des opinions humaines ne permettent pas toujours aux écrivains de bien juger de ces assemblées et de leurs doctrines ; mais les catholiques sincères admirent dans leurs décisions les oracles du Saint-Esprit, et celui qui médite sur l’histoire est frappé d'y trouver les idées et les principes qui adoucirent les mœurs barbares des peu-
ples du Nord et ramenèrent la civilisation.
Tout annonce que, du temps des Romains, il existait devant l’église de Saint-Jean un grand monument dont les débris ont été employés dans la construction du Pont-du- Change, de la métropole et d’autres édifices. Des restes gigantesques de fondations composées d'énormes blocs, des fragments d'architecture, des débris de colonnes et de chapiteaux, des inscriptions mêmes, quoique mutilées, annoncent évidemment des constructions de l’époque de la domination latine. 11 suflit de comparer ces ruines avec celles qui se rencontrent dans toutes les vieilles cités gallo-romaines, pour lever toute difficulté à cet égard. Quels étaient les monuments qui s’élevaient en cet endroit? question pleine d’obscurité, et qui n’a pas encore reçu de solution entière et satisfaisante.
L'histoire des variations successives de l’église épiscopale de Lyon serait diflicile à suivre à travers tous les siècles. Dans les premiers temps de la prédication évangélique, les néophytes se réunissaient dans les maisons des nouveaux convertis, comme nous voyons que cela eut lieu fréquemment dans l’Asie-Mineure et dans l’Achaïe, à l’époque des missions de saint Paul, au témoignage des Actes des Apôtres. Des cryptes reçurent aussi, durant la persécution, l’assemblée des fidèles. C’est dans d’obseurs souterrains que nous devons reconnaitre le véritable berceau de l'Église de Lyon. Comme à Rome, les chrétiens, pour se soustraire à Ja hache des bourreaux ou aux dents des bêtes féroces de l’amphithéître, furent obligés de célébrer les mystères dans l'ombre et dans les entrailles de la terre. Quand nous parlons des eryptes
primitives où se réunirent les chrétiens dans toute la ferveur
de leur conversion, nous ne pouvons nous défendre d’une profonde admiration pour les voies secrètes de la Providence dans l'établissement du christianisme. En tous lieux la racine de la société devait être régénérée d’abord, et, avant de porter ces fruits qui ont étonné le monde, la religion, comme son divin Auteur, devait passer par un état humble et méprisé.
Au moyen âge, on construisit plusieurs églises dans les environs de la place Saint-Jean. La plus ancienne fut celle de Saint-Etienne , dont on attribue la fondation à saint Patient, au cinquième siècle. Au commencement du septième siècle, saint Arige construisit l’église et le baptistère, qui fut ensuite dédié à saint Jean-Baptiste. Il entrait dans les usages anciens de bâtir une église séparée pour l'administration du baptème, surtout au temps où les cathécumènes le recevaient par immersion. Plus tard, l’église principale fut bâtie sur l’emplacement du baptistère et conserva le même vocable. Sous l'empire de Charlemagne, l’archevèque Leyderade y fit faire de grandes réparations. Enfin, trois siècles plus tard, on entreprit de la rebâtir telle que nous la voyons aujourd'hui. Toutes les parties du monument ne sont pas contemporaines, ainsi que nous allons le montrer bientôt. On reconnaît facilement , en plusieurs endroits des murailles, d'énormes blocs de pierre et de marbre, tirés des ruines du forum de Trajan. A cette époque si fertile en troubles de toute espèce, l’église et le cloître de Saint-Jean furent entourés de fortes murailles d'enceinte , comme une citadelle.
Bien des siècles déjà se sont écoulés depuis la construction
de la basilique de Saint-Jean, et le temps qui a dévoré tant
d’autres ouvrages des hommes, n’a presque pas deffleuré les ornements d'architecture de cet édifice précieux pour l’histoire des arts. L'église métropolitaine de Lyon se montre à nos yeux, dans son admirable liturgie et dans sa sévère architecture , comme un monument des plus vénérables de l'antiquité ecclésiastique, et l'étude qu’on en peut faire sous ces deux rapports principaux ne saurait être stérile pour l’antiquaire chrétien.
Dans l'observation des styles architectoniques dont on retrouve l'empreinte dans la cathédrale de Saint-Jean, on remarque aisément un mélange qui prouve que la construction primitive n’est pas arrivée jusqu’à nous dans son intégrité. Le chœur est plus ancien que la nef, dans laquelle l’œil le moins exercé découvrirait au premier abord les caractères de l'architecture ogivale usitée aux quatorzième et quinzième siècles.
La disposition des arcades et des ouvertures de la partie supérieure du chœur présente un contraste fort original. Les cintres sont superposés aux ogives, et cette singularité qui surprend d’abord s'explique bientôt quand on se rappelle l’âge de l'édifice. A l’époque de la transition, au douzième siècle, nous voyons apparaitre les courbures gracieuses de l'arc en tiers-point, sans que pour cela la forme semi-circulaire, plus ancienne, ait été proscrite et abandonnée. L’alternance des deux procédés a même été considérée par les archéologues comme le caractère de la plus grande valeur pour distinguer les constructions élevées dans cette phase remarquable. Les fenêtres, composées de trois cintres acco-
lés, à trois lobes inégaux , posés sur des colonnettes, ajoutent
encore à la bizarrerie de l'ordonnance, de sorte qu’à la première vue les étages élevés du chœur paraîtraient plus anciens que les étages inférieurs. La réflexion ne tarde pas à tout expliquer et à restituer à chaque style architectonique ce qui lui appartient en propre.
Quand on regarde, du bas de la nef, le rond-point de l’abside, on ne peut s'empêcher d'admirer l'effet qui résulte à distance de cette composition pleine de grandeur dans son harmonieuse simplicité. L'ensemble rappelle parfaitement ce style byzantin si riche et si pittoresque dans les belles églises d'Allemagne sur les bords du Rhin.
Tout autour du chœur, un triforium se déroule derrière les faisceaux des colonnes et va suivre les contours des bascôtés et de la nef. Quelques antiquaires l'ont considéré comme appartenant au treizième siècle et peut-être même au quatorzième. L'architecte aurait ainsi cherché à faire accorder son ouvrage avec les parties déjà construites et conservées. Cette opinion, appuyée sur de pures hypothèses et nullement sur des titres historiques, n’est pas incontestable. Elle présenterait même des difficultés insurmontables, et nous préférons suivre le sentiment du plus grand nombre des antiquaires qui regardent tous les membres du chevet de l’église de Saint-Jean comme contemporains ou bâtis à des époques très-rapprochées. Les ordres supérieurs nous montrent dans leur composition la même méthode et le même système employés dans les ordres inférieurs et appartenant à la période transitionnelle.
Les ornements placés au bas des murailles se composent
d’une série de pilastres cannelés, à chapiteaux feuillés ou
historiés , séparés par de petites arcatures réunies en encorbellement; toute cette partie est en marbre. Dans le sanctuaire, on voit des boiseries provenant de l’ancienne abbaye de Cluny. Quoique le travail en soit très-riche et que les ornements soient sculptés avec goût et délicatesse , il est à regretter de les voir occuper la place qu’elles remplissent actuellement. Il est impossible de se dissimuler qu'elles détruisent la gravité de l'architecture et qu'elles déparent le chœur tout entier. Le principal doit toujours l'emporter sur les accessoires, surtout quand ces derniers ont été surajoutés sans discernement et qu'ils font disparaitre des caractères architectoniques du plus haut intérêt.
La cathédrale de Saint-Jean offre un genre d’ornementation très-remarquable, qu’elle partage avec l’ancienne cathédrale de Saint-Maurice de Vienne; ce sont trois frises en marbre incrusté de ciment rouge, qui, à différentes hauteurs, ceignent le chœur : ces pièces offrent des détails assez curieux , et l'on distingue surtout un fragment qui représente un chameau monté par son conducteur, et en regard un coq battant des ailes : l’un et l’autre sont dessinés avec une grande exactitude. La première figure rappelle évidemment un des souvenirs qui avaient le plus vivement frappé l’imagination des croisés, quand ils virent pour la première fois ces animaux organisés pour les déserts , d’un aspect et d'une allure si bizarres.
La grande nef de la cathédrale de Lyon peut le disputer en magnificence à tout ce que l’art chrétien a construit de plus imposant et de plus majestueux. C’est un magnifique
coup d’œil non-seulement pour l'archéologue , mais aussi
pour toute personne accessible à l'idée du beau, que toutes ces lignes si pures , si élégantes, que toutes ces colonnes qui soutiennent les voûtes, que le plan général de l'édifice s’inclinant vers la gauche, expression touchante du mystère de la rédemption chrétienne, si souvent reproduite dans les églises du moyen àgè.
Le style ogival a laissé dans cette partie l'empreinte du cachet qui le distingue, c'est-à-dire la grandeur, la noblesse et la grâce. Tout est digne d'arrêter l'attention, jusqu'aux moindres détails. Le ciseau du sculpteur a su rendre avec délicatesse les formes qu'il traitait, et sur les chapiteaux et dans plusieurs autres endroïts. Les voütes s'étendent hardiment à une élévation considérable : appuyées sur des nervures bien taillées, séparées en compartiments nombreux, elles couvrent l’enceinte tout entière d’un pavillon léger, comme aérien. La lumière, teinte de couleurs variées, en passant par les vitraux peints , vient s’y jouer et y produire un effet ravissant. Pour comprendre entièrement la cathédrale de Lyon, il faut se trouver au milieu de la multitude, à l'entrée de la grande nef, quand les chants chrétiens reteutissent sous les voûtes et que des nuages d’encens entourent l’autel de leurs vapeurs odorantes. L'esprit, transporté hors de lui-même, rempli de ce sentiment profond qui le pénètre intimement, élevé à des considérations d'un ordre sublime, saisit alors les éléments harmonieux qui constituent le temple catholique.
Quelques fenêtres sont encore garnies de leurs précieuses verrières peintes. Cette décoration des vitraux, si somptueuse
et si religieuse en même temps, forma toujours un des traits
les plus frappants de nos basiliques monumentales. L'œil est ébloui par les dorures et par les peintures que le mauvais goût ne cesse de prodiguer de tous côtés; ici, au contraire, il aime à se reposer sur les figures de la sainte Vierge, des apôtres , des martyrs et des confesseurs, dont le corps lumineux et transparent semble déjà posséder quelques-uns des glorieux attributs dont il jouira après la dernière résurrection. Cette vue, d'ailleurs, n’est pas seulement propre à flatter les yeux, elle est instructive; de longues légendes sont exprimées dans leurs traits les plus saillants et les plus propres à édifier et à porter à l’imitation des vertus chrétiennes. Les chapelles latérales de la cathédrale de Lyon n’ont rien de remarquable; cependant nous sommes arrêtés par celle que fit construire Charles de Bourbon, au seizième siècle. Tous les détails en sont traités avec ce goût plein de sentiment qui, dans tous les pays, marque la transition de l’art gothique à l’art de la renaissance. L’architecture de cette partie est d’une grâce sans égale, tout à jour, d’un dessin si flexible et d'une broderie si abondante, que l’on conçoit qu’elle doit être l'œuvre d’un sculpteur tailleur d'imaiges, comme il y en avait beaucoup à cette époque, plutôt que celle d’un architecte. Que de patience et d'adresse, par exemple, n’a-t-il pas fallu pour sculpter cette charmante balustrade , portant le nom de son fondateur combiné avec des feuillages? Toute cette composition est d'une fraîcheur et d'une perfection exquises. Nous espérons que les traces du vandalisme, qui a osé souiller cette fleur gothique, comme la chenille gâte les corolles les plus tendres et les plus par-
fumées, ne tarderont pas à disparaitre entièrement.
La cathédrale de Lyon présente les dimensions suivantes : longueur totale, soixante mètres ; largeur, vingt-six mètres soixante centimètres; hauteur sous voûtes, trente-trois mètres trente centimètres.
L'extérieur de l'église de Saint-Jean est très-grave et très-
majestueux. On aperçoit quatre grandes tours dont deux sont placées à la façade et deux auprès du transsept : bien qu'elles n'aient pas reçu tout l’exhaussement projeté, et qu’elles soient terminées brusquement en plate-forme , elles n’en communiquent pas moins à tout l’ensemble un mouvement noble et saisissant. Ces tours sont anciennes par la base et plus modernes par le sommet : elles portent la marque du style en vigueur à la fin du quinzième siècle , après le règne de Louis XI, époque à laquelle on construisit la façade et quelques parties très-importantes. Les fenètres flamboyantes, les galeries, les elochetons, l’ornementation ne laissent subsister aucun doute à cet égard. Le système prismatique, usité immédiatement avant le siècle de la renaissance, a présidé à cette grande réparation.
La façade principale est remarquable par ses larges propor-tions et par sa décoration symétrique. Les trois voussures inférieures sont enrichies de sculptures fines et variées. L'art du quinzième siècle y a répandu le luxe de sa décoration savante. Les moulures les plus délicates y sont unies aux formes les plus élégantes, à la végétation la plus abondante, aux dessins les plus capricieux. Les frontons aigus , posés au sommet des ogives de la voussure, sont évidés à jour avec un art plein d'adresse, et remplis de rosaces et de quatre-
feuilles à lobes lancéolés , groupés avec beaucoup de symé-
trie. Les lignes rampantes sont chargées de feuilles arrondies et découpées qui se terminent en s’épanouissant en forme de Croix.
Le second étage du frontispice est séparé du premier par une galerie composée d'arcs tribolés, couronnés par une balustrade formée d'ouvertures tétrapétales. De petits clochetons , placés au-dessus des contre-forts , dominent la galerie et l’embellissent de leurs flèches grèles, garnies de feuilles comme les tiges d'une plante vigoureuse. Entre deux fenêtres simulées, à meneaux prismatiques et à pointe trèsaiguë, en forme d'aiguille, on voit une magnifique rose flamboyante. Les divers compartiments s’échappent du centre en lignes flexueuses, attachées les unes aux autres avec la même facilité que les mailles d’un filet de pêcheur. Partout -où nous retrouvons la fleur emblème du style gothique, nous la voyons étaler les formes les plus attrayantes. La rose de la façade de Saint-Jean de Lyon est une des belles fleurs ouvertes au souffle de l'inspiration chrétienne.
L’extrémité libre des tours et le fronton central de la façade présente trois fenêtres à cœurs allongés, d'après les principes de la dernière période ogivale. Une légère balustrade, qui couronne la plate-forme des tours, semble entourer le front du monument d'un diadème de dentelles transparentes.
Tel est l’aspect général de la façade de la cathédrale de Lyon : sans pouvoir disputer une place aux premiers rangs parmi les frontispices les plus célèbres, elle mérite cependant d’être mentionnée au nombre des monuments d'une
architecture riche et distinguée.
SALMY-PITRRE
se
ORSQUE Æthérius prèchait le christianisme, vers le milieu du cinquième siècle, et plaçait mi son siége épiscopal à Maguelonne, la ville de
Montpellier n'existait pas encore, ou bien ce
n’était qu'un veus sans importance. Une position enchantée, un air frais et salubre, un concours de circonstances heureuses favorisèrent plus tard le développement de la modeste bourgade aux dépens de la vieille cité de Magalonum. Cette dernière ville ne possède plus que le souvenir de son ancienne importance. Bâtie dans une presqu’ile, probablement par une colonie de Phocéens venus de Marseille, elle jouit longtemps d’une grande prospérité. On a des
données sur son existence, dès l’an 636 de Rome; mais elle
dut son principal éclat au séjour prolongé qu'y firent les évèques de la province. La fondation de l’église épiscopale date de l’époque de la prédication d’Æthérius, mais elle fut désolée par de grands malheurs. Les Sarrasins, envahissant le midi des Gaules, vinrent s’y établir, charmés de sa position maritime ét de la sûreté de son port. L'église catholique fut entièrement démolie par ces féroces sectateurs de la loi de Mahomet. Quand bien même ils auraient changé seulement la destination du temple chrétien pour servir aux cérémonies de leur culte, les calamités de la guerre l'auraient ruiné quelques années après. Charles-Martel fit démanteler la ville et combler son port, parce qu'elle offrait une retraite sûre aux Sarrasins échappés à ses coups meurtriers dans Les campagnes de Tours; Maguelonne ne présenta plus qu'un amas de décombres. Les évêques quittèrent ce lieu de désolation et se fixèrent pendant près de trois sièeles à Substantion, où ils restèrent de 757 jusqu à 1037. Aujourd’hui c'est à peine si l'on trouve quelques vestiges de cette petite ville au nord du village de Castelnau. Ainsi des deux endroits où se retirèrent primitivement les évèques de Maguelonne, il reste des souvenirs historiques et des débris. ï
Vers l’année 1037, l’évèque Arnald ou Arnaud rebâtit l’église de Maguelonne et la dédia en 1054. Ce fut un jour de fête et de Joie que celui de la restauration de cette église si longtemps abandonnée. Comment n’admirerait-on pas cette force attractive qui poussait Les évêques de toutes les époques du moyen âge à revenir aux lieux où le premier autel épiscopal avait été consacré par leurs prédécesseurs? De beaux
jours purent luire encore pour la vénérable église de Ma-
guelonne, jusqu’à ce qu’enfin elle fut tristement abandonnée pour l’église conventuelle de Montpellier.
L'ancienne cathédrale de Maguelonne , à laquelle nous ne pouvons refuser quelques lignes, porte dans son ensemble les caractères du onzième siècle et doit être attribuée en partie à la reconstruction de l'évêque Arnaldus. L'intérieur consistant en une seule nef, qui sert aujourd'hui de magasin de fourrages et aux usages les plus ignobles , devait être d’une beauté remarquable. L’ogive encastrée dans le plein cintre indique évidemment une réparation postérieure. Des documents historiques nous apprennent en effet que des travaux importants furent exécutés en 1178. Le style ogival commençait alors à régner dans le nord de l'Europe, et il n’est pas étonnant que nous en retrouvions ici l'application. Le portail, tout entier de la restauration de la fin du douzième siècle , est en marbre de diverses couleurs et est orné des statues de saint Pierre et de saint Paul, sculptées sur les côtés et servant d'accompagnement à la figure du Sauveur, posée au milieu du cintre. Des arabesques délicatement exécutées, et qu'on dirait arrachées à la frise d’un temple grec pour recevoir une inscription mystique du douzième siècle ; les nombreuses tombes de marbre blanc et les figures en relief des prélats de Maguelonne et de Montpellier, dont le sol de l’église est formé, tout rappelle la piété du moyen àge, son ardente foi, mises en rapport, par la plus amère ironie, avec la profonde insouciance et l'impie indifférence de notre siècle.
La longueur du monument dans œuvre est de quarante-six mètres quatre-vingts centimètres ; la largeur en est de vingt-
cinq mètres trente-trois centimètres. Les colonnes sont sy-
métriquement disposées tout autour, et leurs chapiteaux présentent cette particularité que les formes en sont variées au point d'être entièrement dissemblables dans les détails, malgré leur ressemblance générale. Application d’un principe fécond dans un système déterminé, tel est le problème que l'artiste semble s'être appliqué à résoudre. Plusieurs pierres tombales des évèques sont sculptées avec soin et mérite. Il est fâcheux de voir l’enceinte en un si déplorable état. Les premières églises épiscopales semblent encore plus vénérables que les autres : ne sont-elles pas le berceau des autres églises disséminées dans les villes et dans les campagnes ? On lit au portail cette inscription gravée en lettres gothiques, en forme de parallélogramme, sur les quatre côtés de
l’arabesque délicate dont nous avons précédemment parlé :
Ad portum vitæ sitientes quique venite,
fjas intrando fores vesfros componite mores.
Since imtrans, ova, tua semper crimina plora. Quidquid peccatur, Lacrpmarum fonte lavatur.
Bernardus de Œriviis fecit hoc anno Mncarnationis Dominr Mo Evo LXX0 VIII.
Ce Bernard de Tréviers, dont il est fait ici mention, était chanoine de Maguelonne.
Guillaume Pellicier , élu évêque de Maguelonne , fit de nombreuses et actives démarches pour faire transférer le siége épiscopal dans la ville de Montpellier. Ayant obtenu le consentement du roi François [°, il se rendit à Rome pour
solliciter auprès du souverain pontife un décret de transla-
tion. Ce prélat entreprenant, dont les commencements furent si brillants et la fin si triste, fit valoir toute espèce de raisons pour réussir dans son entreprise; le préambule de la bulle du pape Paul IL est très-curieux, quoique fort prolixe, parce qu'il renferme l’énonciation des motifs allégués par l’évêque Guillaume. Le décret tant désiré fut donné en 1536, et reçut son exécution sans le moindre retard.
Le chapitre de Maguelonne fut transporté dans l’église de Montpellier; le titre et les honneurs de cathédrale furent accordés à l’église d’un monastère de Bénédictins fondé en 1364 par le pape Urbain V. A peine l’évêque était-il installé dans sa nouvelle cathédrale, que les fureurs des guerres du protestantisme vinrent troubler la ville et porter la dévastation dans toutes les églises. Dans leur haine sacrilége, les hommes qui venaient de renoncer au culte de leurs ancêtres voulurent en renverser Jusqu’aux derniers monuments. Le Gallia Christiana donne une liste exacte des nombreux édifices religieux qui tombèrent sous leurs coups : la cathédrale de Saint-Pierre ne put se soustraire à leurs violences; elle ne fut pas démolie entièrement, mais elle perdit ses richesses, ses reliquaires, et mème quelques constructions importantes ; actuellement elle ne montre plus que trois tours, placées aux angles de la nef; la quatrième fut abattue pendant les guerres de religion. Le sanctuaire est moderne et fut bâti en 1775.
Les dimensions de la cathédrale de Montpellier ne sont pas étendues. La longueur de l’édifice est de cinquante-cinq mètres vingt-cinq centimètres dans œuvre; la largeur de la nef est de quatorze mètres quatre-vingt-quinze centimètres ;
le sanctuaire a treize mètres soixante-quatre centimètres de
long, sur douze mètres quatre-vingt-dix-neuf centimètres de large dans œuvre, d’un mur latéral à l’autre.
L’extérieur de la cathédrale de Montpellier est plus majestueux que l'intérieur ; la perspective générale du monument perd beaucoup par sa situation dans un endroit peu élevé ; les larges surfaces planes des murailles ne sont pas pittoresques, et l'édifice, à cause de ses tours élevées, gagne à être vu d’un peu loin. L'ordonnance du porche est assez singulière et mérite l'attention. Deux piliers cylindriques et massifs , offrant l'aspect de deux tourelles élancées, terminées en pyramide, soutiennent à la hauteur de la nef une voûte à quatre pendentifs ; les arceaux reposent d’un côté immédiatement au-dessous de la partie conique des piliers, et s'appuient de l’autre côté sur la façade elle-même de l’église.
La décoration architecturale est ici presque nulle. On ne voit partout que des lignes droites, que de grandes murailles planes, dont aucun ornement ne vient interrompre la monotonie et la sévérité. Le portail principal, généralement traité avec tant de prédilection par les artistes, montre dans
cette église les dispositions les plus austeres.
HOTRE-DAME