‹ Les cathédrales de FranceChapitre 24 sur 109 · NEVERS · texte numérisé non relu

NEVERS

de sa position bizarre et de sa structure elle-même, qui lui donnent un trait de plus de ressemblance avec l’église que nous venons de citer; elle appartient à la période romano-byzantine. Nous ne voulons pas apprécier l'effet de cette singulière construction qui se trouve en opposition avec toutes nos habitudes. Nous avons cherché seulement à consigner un fait qui ne nous paraît pas sans intérêt dans les annales de la science. Ne pourrait-on pas présumer que, dans l’origine, l’abside de la cathédrale de Nevers n'était pas orientée comme les autres églises du même temps, ou bien, comme à Mayence, l’abside, d’un côté, aurait-elle servi pour les offices du chapitre, tandis que l’autre aurait été abandonné pour les be- soins de la paroisse?

Le vaisseau, d’une immense étendue, présente une longueur de cent dix mètres; il se divise en neuf travées; la nef en occupe quatre et le chœur cinq, en y ajoutant le chevet, dans l'hémicyele duquel se trouve le sanctuaire. La nef collatérale est garnie d'un rang de chapelles, au nombre de dixsept, sans y comprendre la sacristie. La forme du plan a fait rejeter les portes d'entrée sur les flancs de l'édifice : on en compte trois. Des deux tours qui avaient été élevées d’abord, une seule est encore debout, l’autre a été brûlée.

En pénétrant dans l'enceinte de Saint-Cyr, on éprouve ce sentiment religieux inspiré par toutes nos basiliques chrétiennes. La perspective en est imposante, les colonnes se succèdent d'une manière pittoresque, les travées et les grandes fenêtres à meneaux communiquent à tout l’édifice cet air de iajesté qui sied bien à la maison de prière. L'impression se-

rait plus saisissante encore, si tous les vitraux étaient par-

faitement conservés. Une trop grande abondance de lumière fatigue la vue et refroidit le sentiment.

Le chœur est beau, considéré comme œuvre de construction ; il est digne de sa destination et produit un effet magnifique par la pompe de ses ornements d'architecture. Nous ne pouvons passer sous silence un autre genre d’ornements d’un grand prix aux yeux des antiquaires, ces tapisseries de haute lisse qui entouraient autrefois le chœur, et qui, malheureusement , sont aujourd’hui dans le plus triste état. Elles avaient été données par la comtesse Marie d’Albret, qui les avait faites de ses propres mains, aidée par les dames de sa cour: elles représentaient toute l’histoire du martyre de saint Cyr; c'etait un monument très-précieux pour ceux qui aiment à suivre les progrès des arts dans toutes leurs branches. Il est vivement à désirer que les débris qui subsistent encore soient soigneusement conservés.

La nef présente au triforium une disposition particulière. Les arcades, portées sur des colonnettes groupées trois à trois, offrent, entre chaque ogive de la galerie, des anges figurés en relief et répondant par leurs proportions aux figures qui ornent la base des colonnes; ce placement est fort ingénieux et produit un bon effet. C’est encore là un des traits intéressants de la cathédrale de Nevers.

En examinant les détails de la sculpture, on reconnait partout une grande délicatesse de ciseau, une exquise pureté de formes, une admirable invention et une exécution non moins parfaite.

Les chapiteaux des colonnes montrent une étonnante va-

riété de détails, empruntés tous cependant au règne végétal.

NEVERS. 327 On y retrouve avec plaisir les feuillages de nos bois et de nos prairies, la feuille de chêne, de peuplier, de roseau, de fraisier, de chardon frisé, etc. Les arcades et les fenêtres sont hardies et élégantes. Il: y a dans ces parties des proportions harmonieuses qui en relèvent encore le mérite intrinsèque. Nous en dirons autant des chapelles latérales, la plupart de la fin du quinzième siècle ou du commencement du seizième.

Les archivoltes des portes attestent encore l'adresse et la patience des ciseleurs du quinzième siècle. On ne peut regarder sans surprise ces feuilles, minces et légères comme dans la nature, découpées au-dessus d’une gorge profonde. I en résulte un effet piquant de lumières et d'ombre qui, de loin, permet à l’œil de saisir les détails les plus délicats.

Quand on arrive à Nevers par Le midi, la vue est frappée par l’aspect imposant de la cathédrale, surmontée de sa tour haute et majestueuse. Le monument domine toute la ville, dont toutes les maisons semblent se grouper sous son ombre protectrice. Ainsi, aperçue de loin, l’église de Saint-Cyr, dans sa masse grave et sévère, préséiite l'image d'un grand vaisseau tenu à l’ancre dans un port. À mesuré que l’on approche, chaque partie peu à peu se dessine, s’aägrandit et se détache dans sa forme particulière.

La grande tour, commencée en 1509 et achevée en 1528, est un monument à elle seule. Elle est aujoürd'hui presque entièrement restaurée. Cette tour est d’un grand et puissant effet; son élévation depuis le sol jusqu’à l'appui de la balustrade supérieure, est de cinquante-un mètres quatre-vingts centimètres. Elle est divisée sur sa hauteur en trois parties

par des galeries à jour portant sur des corniches en encor-

bellement : les quatre angles en sont flanqués de tourelles octogones en commençant et hexagonales à leur sommet. La partie la plus rapprochée du sol est traitée en soubassement, et ses faces principales, de même que celles des tourelles, sont simplement recreusées de nervures. Les grandes faces de la partie intermédiaire sont subdivisées par des nervures réunies sous la corniche de couronnement par des ajustements en trèfle. Entre ces nervures sont de grandes figures , largement accusées en demi-ronde bosse, supportées par des crédences et recouvertes de dais richement refouillés. La troisième portion est la plus remarquable : elle est décorée de statues et de sculptures délicatement travaillées. La balustrade de couronnement est ingénieusement évidée à jour : elle se détache comme une guirlande légère qui flotte au sommet du monument.

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SAXNT-URRENNE

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