LIMOGES
d'avoir été terminée, annonçait un plan sagement conçu et promettait d'établir une heureuse harmonie dans tout l'édifice. Malgré ce défaut, Saint-Étienne de Limoges présente un ensemble imposant et des détails qui peuvent rivaliser avec tout ce que le moyen àge nous a légué de plus parfait. Le chœur, le transsept et les nefs déambulatoires of-. frent une grande richesse de style et une ordonnance pleine de majesté. Ajoutons aux beautés architecturales de larges fenêtres garnies de vitraux assez bien conservés autour du chœur, et nous complèterons l’idée que l’on peut se former de l'effet total de cette noble basilique.
Le clocher, qui forme un massif indépendant du bâtiment de l'édifice, ne se trouve point placé dans l’axe de la nef; il est d'un style tout différent. Il fut élevé, suivant les chroniques du pays, en 1190 ou 1191, par l’évêque Sébrand- Chabot, pendant le séjour du roi Richard à la Terre-Sainte. Il se compose de quatre étages, dont chacun est percé de deux ou trois ouvertures assez étroites, surmontées d’ogives très-peu aiguës. Ce clocher, qui était d’une grande hauteur, fut en partie abattu par la foudre en 1483, sous l’épiscopat de Jean Barthon de Monbas. IL avait été déjà frappé plusieurs fois à des époques plus reculées. En 1484, le tonnerre renversa de nouveau la flèche, qui fut alors reconstruite en bois et couverte en plomb. Enfin le même accident se renouvela d’une manière plus fâcheuse encore le jour de la fête de saint Martial de l’année 1571; le feu du ciel fondit la couverture de plomb et consuma entièrement la charpente. Le clocher n’a jamais réparé. Il ne présente plus aujourd’hui qu'une tour
fort élégante, dont le sommet indique la naissance de la py-
ramide. La base de ce monument repose sur une voûte en pendentif soutenue par quatre piliers.
Un des accessoires les plus remarquables de la cathédrale de Limoges est le jubé, que l'on doit à la munificence de l'évêque Jean de Langeac ou Langheac, le même qui avait entrepris la continuation des travaux de la nef. Il fut exécuté en 1533, comme on peut le voir par une inscription placée à la base d’un des pilastres, à droite de la porte principale, au-devant de laquelle ce monument ‘est actuellement placé. II offre tous les caractères réunis des constructions du seizième siècle. La science de cette époque ne savait pas être simple, elle voulait se révéler par des formes tourmentées, fantastiques et trèsvariées. Si la profusion des ornements doit être considérée comme une fausse ostentation de richesse, la délicatesse des sculptures, le fini précieux des moindres détails sollicitent à bon droit l’admiration des connaisseurs. L’imagination féconde des artistes de la dernière époque ogivale, qui précéda immédiatement la renaissance, a déployé sur ce monument curieux toutes les formes poétiques et gracieuses qu'il était possible de créer. Ce bijou de sculpture gothique, avec sa végétation luxuriante, sa décoration aérienne, ses dentelles légères, pourrait être comparé à un autre chef-d'œuvre de même nature, dont s'enorgueillit l’église de Sainte-Madeleine de Troyes, si quelques dégradations n’en avaient pas altéré la beauté. La partie du jubé qui sert de tribune et qui forme une saillie en encorbellement, est soutenue par quatre colonnes d'un travail riche et original; les intervalles en sont occupés par six niches, dont les statues ont été enlevées ; on
voyait à côté les armoiries de Langheac, effacées pendant la