LIMOGES
révolution. Le devant de la tribune offre six culs-de-lampe très-élégants , ornés de statues et surmontés de colonnettes d’une surprenante légèreté. Deux grandes colonnes portent, gravée sur un ruban, la légende suivante : Marcessit in otio virtus, qui formait la devise de l'évêque Langheac. Autrefois le jubé se trouvait à sa place naturelle, c’est-à-dire entre la nef et le chœur. Sous prétexte qu'il masquait le rond-point du sanctuaire, il fut déplacé en 1789 par M. d’Argentré, qui le fit transporter à l'endroit où nous le voyons maintenant. La translation en fut opérée avec négligence; elle se faisait dans un temps où l’on professait un mépris ridicule pour les chefs-d'œuvre du style ogival. Les statues représentant les vertus théologales et cardinales furent déplorablement mutilées ; elles le furent plus cruellement encore quelques années plus tard , par les vandales de 1793.
On remarque encore à l'intérieur de la cathédrale trois tombeaux dignes d'attirer l'attention : les deux premiers renferment les restes des évêques Regnault de la Porte et Jean de Langheac ; le troisième contient la dépouille de Bernard Brun, doyen du chapitre.
L'église de Saint-Étienne de Limoges est parfaitement conservée dans les parties essentielles de l'architecture : les siècles ont passé à côté, pour ainsi dire, sans l’endommager. Les matériaux qui la composent, du granit le plus compact et le plus fin, lui assureraient une durée immortelle, si quelque chose pouvait être immortel sur la terre. L'aspect extérieur ne le cède point à la vue de l’intérieur. Rien n’est plus imposant que la perspective du chevet avec les parties secon-
daires qui l’accompagnent. L'édifice, aperçu de l’autre côté
de la Vienne, dominant de sa masse toutes les habitations de la cité, produit un effet pittoresque par son architecture majestueuse et par le contraste qu’on observe entre la teinte sombre de ses vieux murs et la blancheur des maisons modernes qui se sont groupées à son abri.
En résumant cette esquisse de la cathédrale de Limoges, nous dirons que cet édifice est un des plus remarquables de la France entière ; il mérite d’être plus connu et mieux apprécié. Son style large et bien compris, son exécution irréprochable lui assurent une place distinguée aux premiers rangs parmi nos chefs-d’œuvre d'architecture chrétienne.
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