FRÉJUS
pouvaient cependant oublier que Charles-Martel leur avait fait sentir dans les plaines de Tours la pesanteur de son bras et la puissance du courage et de l'énergie des guerriers qu'il commandait. Ces dernières tentatives annonçaient encore de. secrets mouvements , après cette mémorable victoire qui avait sauvé l'Europe. Aussitôt que la Provence et Fréjus en particulier respirèrent en paix, la cathédrale, profanée et réduite en cendres , fut réédifiée par un prélat zélé pour son église, qui siégeait à la fin du dixième siècle. Vers 980, Riculphe, évêque de Fréjus, avec l’aide de Guillaume 1°, comte de Provence, résolut de réparer les désastres causés par tant de calamités réunies. Il réussit promptement à cicatriser des plaies encore saignantes. Dans les troubles violents qui avaient bouleversé le pays, les titres et les priviléges de l’église de Notre-Dame avaient été perdus ou détruits; un de ses premiers soins fut d’en assurer la confirmation et d’en obtenir une nouvelle déclaration. L'histoire nous a conservé la charte curieuse qui lui fut accordée à cet effet par Guillaume et Adélaïde, sa femme.
A partir de cette époque, l'histoire de la cathédrale de Fréjus devient très-obscure, A l'exception de la date de 1530 que nous connaissons pour indiquer les travaux du portail principal, nous ignorons presque complétement les diverses vicissitudes par lesquelles a dû passer le monument et le nom des hommes qui ont contribué à réparer les parties qui se détérioraient sous l'influence des siècles. À défaut de documents historiques , nous étudierons les caractères architectoniques de la construction.
L'aspect général de la cathédrale de Fréjus accuse ouver-
tement la fin du onzième siècle et le commencement du douzième. Le style en est lourd , peu dégagé , et les dimensions n’en sont pas très-développées. Les moulures sont toriques, l’ornementation , jusqu’à un certain point, reproduit celle de l’ancienne cathédrale de Maguelonne : les voûtes sont cintrées et à nervures croisées. Cette forme semi-circulaire semble diminuer encore leur élévation et écraser les proportions du vaisseau.
L'église est terminée par une abside, ou rond-point, assez vaste pour renfermer le chœur et le sanctuaire. La décoration architecturale du chevet n’est ni riche ni variée : une seule fenêtre en éclaire le fond. La nef est éclairée par six ouvertures latérales d’une forme très-sévère ; l’éclat du jour n’est point modéré par des vitraux peints, et sa lumière se précipite en trop grande abondance sous la voûte et dans les nefs : il en résulte un ton froid et peu harmonieux.
Quoique la perspective ne soit pas très-riche , et que les travées ne se déroulent pas avec la même majesté que dans un grand nombre d’autres édifices, cependant l’effet intérieur est noble et solennel. La forme basilicale communique à l’en- . semble un aspect sévère qui, loin de déplaire, impressionne fortement. En quelques endroits on distingue des restes d’inscriptions antiques ; C’est ainsi que sur un fragment de marbre blanc, incrusté dans le pavé, on lit aisément le nom de l’empereur Auguste. Deux tombeaux , parmi les monuments accessoires , attirent plus spécialement les regards : ils montrent deux belles statues en marbre, à genoux sur des carreaux , d’un travail soigné et d'une expression douce de mé-
lancolique piété. Les statues représentent deux évèques du