‹ Les cathédrales de FranceChapitre 52 sur 109 · TOULOUSE · texte numérisé non relu

TOULOUSE

comte de Toulouse, pendant que les croisés faisaient le siége de la ville ; on voit encore les armoiries de ce prince sculptées sur une des clefs de la voûte. On avait le projet de construire une nef latérale, ét l'abandon de ce dessein est l'unique cause de l'irrégularité que l’on croit remarquer dans la disposition générale. Le chœur, brülé vers le commencement du dix-septième siècle, a été reconstruit de 1609 à 1612, ainsi que l’atteste une inscription écrite en lettres d’or sur une table de marbre noir. L'auteur de cette réparation est le cardinal de Joyeuse, qui occupa le siége archiépiscopal de Toulouse depuis 1581 jusqu’en 1615. 11 est aisé de voir que ce chœur représente, pour ainsi dire, le commencement d’une nouvelle église qui n’a pas été continuée et dont on a -changé l'emplacement, de manière que l'axe du chœur ne répond plus à celui de la nef.

Le portail a été construit pendant le quinzième siècle, par les ordres de Denis et de Pierre Dumoulin, son frère, tous deux archevêques de Toulouse. Ce portail a beaucoup souffert des injures du temps et des passions des hommes. Les statues des deux fondateurs, comme beaucoup d’autres, ont été renversées et détruites en 1793. Malgré les mutilations qu'il a si déplorablement souffertes, le frontispice, orné d’une rose à compartiments nombreux et ciselés avec délicatesse, conserve encore des vestiges de son ancienne beauté.

L'impression que l’on éprouve à l'intérieur et à l'extérieur de la cathédrale de Toulouse ne répond nullement à l’opinion que l'esprit conçoit malgré lui d’une église antique, si riche de souvenirs, élevée dans une ville qui fut pendant longtemps

la capitale d’un royaume. La perspective en est froide; au-

cune construction accessoire ne vient relever la sévérité du corps principal; une ornementation pauvre ne corrige point la monotonie des surfaces et ne jette point son voile de fleurs et de feuillages sur la nudité des murailles.

Les chapelles placées autour du chœur sont assez peu remarquables; quelques-unes, cependant, sont encore décorées de restes de vitraux peints d'un style élégant. Ils représentent Jésus-Christ et la sainte Vierge, saint Étienne, patron de la cathédrale, les douze apôtres et plusieurs évêques, au nombre desquels on distingue saint Saturnin, saint Honoré, saint Hilaire et saint Exupère, évêques de Toulouse.

On voit en différents endroits de l’église des statues en marbre et des tableaux qui ne sont pas sans mérite : aucun de ces objets ne saurait cependant prétendre à une place éminente, surtout sous le rapport de la forme inspirée et de l'idéal chrétien. Quelques tombeaux d’évèques et d’archevèques ont été respectés et sont parvenus jusqu’à nous, malgré les fureurs des iconoclastes de tout genre.

JAIMA-PITLRE

A & E premier évêque de Nantes fut saint Clair,

| qui prêchait la religion chrétienne dans les pays voisins de l'embouchure de la Loire, vers : le commencement du troisième siècle. Il répandit au loin la lumière de l'Évangile, et, quand il mourut, il laissa à son successeur une Église déjà florissante. Nous ne connaissons aucun détail sur la basilique primitive élevée par saint Clair ou par les évèques qui le suivirent immédiatement, dans l'enceinte de la vieille cité des Nannetes. Une obscurité profonde entoure le berceau de cette église sous le double rapport de l’histoire ecclésiastique et des vicissitudes de la construction matérielle. La chronique fait connaître Félix, qui fut élu évêque en 567, comme le

fondateur de la cathédrale. Il paraît que le monument élevé par ses soins était très-somptueux pour l'époque. Si nous en jugeons par l'enthousiasme qui a inspiré à Fortunat de Poitiers une de ses plus entraînantes pièces de poésie *, l'édifice de Nantes était une merveille propre à exciter l'admiration générale. La dédicace en fut faite avec les plus brillantes cérémonies, au milieu d’un concours immense de peuple. Félix avait convoqué tous les évêques des diocèses limitrophes. Ce fut ce même Félix qui eut, un peu plus tard, des démêlés avec saint Grégoire de Tours, dans lesquels il ne fit pas preuve de beaucoup de modération.

La cathédrale de Nantes subsista dans tout son éclat jusqu’à l'invasion des hordes normandes. En 903, elle fut réparée et augmentée par Fulcherius, alors assis sur le trône épiscopal. Cette restauration avait été rendue indispensable par les malheurs de la guerre; elle fut exécutée probablement à la hâte, puisque, quatre-vingt-cinq ans après, on fut obligé de rebâtir entièrement l’église. Il ne faut jamais oublier, dans l’histoire des monuments chrétiens antérieurs au dixième siècle, que dans une foule de localités la construetion était en grande partie de bois; cette manière de bâtir était propre aux tribus galliques, et il est présumable qu'elle ne fut abandonnée que fort tard en Bretagne. Le mode romain, plus solide, mais aussi plus savant et plus dispendieux, ne lui succéda qu'après avoir triomphé de bien des obstacles ; le fait est tellement général, quil admet seulement de rares exceptions. Guérech s’appliqua fortement à

réédifier la cathédrale d’après des procédés mieux en rapport

* Fortunat, Lib, 3. Carm. 4.

avec sa haute dignité et avec la grandeur de la province; il y travaillait en 987.

Soit par l'effet du temps qui mine tout, soit par quelque malheur inconnu, la cathédrale de Nantes fut reconstruite, du moins.en partie, vers le commencement du douzième siècle. Les caractères architectoniques de l’abside actuelle accusent nettement cette date. Cette opinion n’est pas confirmée par des témoignages historiques, mais les principes de la science ne laissent pas subsister le moindre doute à cet égard. Enfin, en 1434, sous l’épiscopat de Jean de Châteaugiron de Malestroit, le duc Jean V résolut d'élever la cathédrale sur un plan nouveau, d’après les règles de l'architecture ogivale ; le chevet seul du monument antérieur fut conservé. À ce grand travail on doit la nef, les bas-côtés, le portail principal accompagné de ses deux tours. Si l’on peut juger de l’effet que l'édifice terminé eût produit par les parties commencées , on peut affirmer qu'il eût été compté parmi les plus célèbres chefs-d’œuvre du style chrétien. Malheureusement l’exécution n’a pas répondu aux vœux du duc Jean , et l’œuvre suspendue n’a pas été achevée. L'époque de l'ouverture des travaux est indiquée dans l'inseription sui-

vante, qui se lit encore sur la principale porte d'entrée :

L'an mil quatre cent trente quatre, A my avril sans moult rabattre ; Au portail de cette église

Fut la première pierre assise.

Quoique cette cathédrale soit placée dans un lieu très-

élevé , elle n'offre pas un aspect imposant, à canse de l'im-

perfection des principales portions qui la constituent. Les tours, manquant de couronnement, paraissent lourdes et tristes ; les flancs sont nus et sans caractère ; la vue générale, pauvre et froide, est dépourvue de toute perspective pittoresque; du côté de l’abside surtout l’œil repose péniblement sur des murailles qui ressemblent presque à des ruines. A l'intérieur , l'impression produite par la grande nef, qui doit ètre considérée comme un des plus beaux vaisseaux, est bientôt détruite par le défaut d'harmonie et d'unité. Le chœur, bas et étroit, ne répond nullement à la majesté de la grande nef, et l’on dirait que les proportions en sont encore écrasées par un immense jJubé, d'architecture grecque, qui en obstrue l'ouverture.

Dimensions principales de la cathédrale de Nantes : longueur , quarante mètres ; largeur, trente-deux mètres ; hauteur sous voûte, trente-sept mètres trente centimètres; élévation des tours, soixante-trois mètres.

La crypte est la partie la plus ancienne de l’église de Saint- Pierre ; elle se compose d’une suite de caveaux d'appareil irrégulier, voûtés en blocage et communiquant les uns avec les autres. Aujourd'hui ils sont en partie comblés de terre, mais on travaille à les déblayer. Dans ces souterrains, dont la plupart ne reçoivent pas la lumière du jour, on ne remarque aucune décoration, excepté quelques colonnes engagées , portant des chapiteaux en cône renversé, sans ornements, ou seulement avec quelques chevrons brisés gravés sur leurs tailloirs.

Autrefois, suivant toute apparence, le chœur avait des

bas-côtés et des chapelles latérales ; on en voit encore une,

au nord-est. Ces constructions, selon l'opinion de M. Mérimée, n'appartiennent pas toutes à la même époque. On en voit qui semblent plus anciennes, d'autres plus modernes que le chœur. Derrière celui-ci, par exemple, une arcade bouchée, de style byzantin, retombant sur un pilastre d’un côté et sur une colonne de l’autre, morceau assez remarquable par ses détails bien travaillés, porte tous les caractères de la sculpture romano-byzantine au douzième siècle. Tout auprès, au contraire, on trouve une suite d’arcades partant de la muraille septentrionale du chœur et s’étendant jusqu’à l’évéché, qu'à l'appareil général et à la forme très-grossière des chapiteaux, on ne peut s'empêcher de regarder comme un ouvrage de la première période romane. Cest sous ces arcades que l’on voit la petite chapelle dont nous avons parlé, remarquable par son parement de pierres cubiques bien taillées, assemblées absolument comme dans une construction romaine. Il est probable que ces débris intéressants appartiennent à la cathédrale bâtie par Guérech.

Le chœur et l’abside présentent des arcades à plein cintre aux ouvertures des fenêtres .et en plusieurs autres endroits. Un grand arc à ogive naissante se fait remarquer dans la même enceinte. Partout les nervures sont toriques, comme on le pratiquait durant la période romano-byzantine. Quelques autres détails significatifs indiquent clairement le commencement du douzième siècle, cette époque transitionnelle où l'arc aigu se dresse à côté du plein ceintre, où l'architecture entra dans une voie nouvelle qui la conduisit au système admirable du treizième siècle. Cette portion de la cathédrale de

Nantes, basse et étroite, produit la disparate la plus cho-

quante. C’est sans doute ce qui a décidé récemment la continuation des transsepts et du chevet de l’église sur le même plan que la grande nef. Nous dirons quelques mots de cette entreprise et de la manière dont elle est mise à exécution, avant de terminer cette notice: 4

La cathédrale de Nantes consiste presque entièrement dans la nef et les bas-côtés qui l’accompagnent. Cette nef paraît d’autant plus élevée qu’elle est peu profonde. Dix piliers suffi

sent pour en supporter les travées; ils sont recouverts d’une multitude de moulures prismatiques prolongées dans les contours des arcades et jusques aux nervures de la voûte. Leur sommet n’est pas couronné par un de ces chapiteaux à feuilles frisées et découpées , qui étaient préférés au quinzième siècle : on ne voit de chapiteaux de ce genre qu'aux piliers des collatéraux. Les ogives sont partout terminées en pointe trèsprononcée : le jeu de lumière et d'ombre dans les longues nervures qui les entourent, produit un effet agréable. Cette décoration, louée par quelques auteurs qui ont écrit sur l’histoire de-Nantes, est loin cependant de pouvoir être comparée à la largeur du style des deux siècles précédents.

La galerie du triforium, au-dessus des grandes ogives des travées, est très-riche et très-élégante. Elle est composée d’une longue série de petits ares surbaissés, entourés d’archivoltes en ogive à contre-courbe, ornés de feuillages pro- .fondément refouillés. Les nervures ‘saillantes, les profils , mis en relief par opposition avec la muraille placée par derrière, sont riches et doux à l'œil. Il manque à cette galerie, pour être citée comme un des plus merveilleux modèles,

d'être transparente et éclairée par des vitraux peints.

Les nefs collatérales sont accompagnées de chapelles, dans deux desquelles on voit des autels gothiques sculptés il y a peu d'années. C’est un essai louable, mais il n'y règne pas partout une assez grande sévérité de style. Les chapelles accessoires sont généralement d’une belle architecture : une magnifique fenêtre y verse abondamment la lumière. {1 est à regretter que nulle verrière peinte ne vienne tempérer l'éclat du jour dans toute la cathédrale ; il en résulte un ton froid et discordant.

La voûte de la nef principale est moderne et refaite depuis un siècle; 11 n’en est pas de même de celle du transsept méridional, aussi haute que la première. La voûte qui supporte les orgues est surbaissée et enrichie de clefs pendantes délicatement ouvragées.

Entre la nef et le chœur on a élevé au dix-septième siècle un grand jubé, décoré de colonnes et de sculptures dans le genre classique. Le travail, jugé en lui-même, est certainement très-remarquable. La richesse des ornements, et surtout leur exécution grande et facile, méritent d’être louées. Il ne faut pas examiner ces sculptures de trop près; à leur point de vue elles paraissent fortes et bien rendues. Malheureusement c'est un hors d’œuvre qui blesse toutes les lois des harmonies monumentales : c’est un morceau de pourpre sur un vêtement d’or. L'effet en est d'autant plus disgracieux , que cette construction frappe les yeux dès les premiers pas qu'on fait dans l’église.

Le portail, composé de trois entrées, est décoré d’un grand nombre de statuettes, disposées par groupes, d’une exécution savante. Il est pénible de voir qu'on a trop amaigri

les formes en faisant subir à toute l’ornementation du frontispice la déplorable réparation d’un regrattage général. Audessus du linteau de la principale porte d'entrée, on a sculpté en relief une rose à compartiments saillants qui remplit presque tout l’espace libre du tympan. La voussure, garnie de niches et de dais, avec sa magnifique guirlande de figurines, excite l'intérêt et l'admiration des antiquaires. Les

portes latérales sont également ornées avec goût et composent un frontispice noble et imposant. Les deux tours qui

s'élèvent au-dessus des portails n’ont jamais été entièrement

terminées, quoique l'on y ait travaillé jusque dans le seizième

siècle, ainsi qu'on peut en trouver la preuve dans plusieurs . sujets d’ornementation et dans plusieurs cintres surbaissés ‘appartenant à la renaissance. Des portes de bronze fermaient autrefois la cathédrale; elles furent enlevées pendant la révolution et portées à l'atelier monétaire,

Dans la partie du transsept qui sert à former aujourd’hui, à. la droite du chœur, une espèce d’avant-sacristie, on a transporté, de l’église des Carmes démolie pendant la révolution, le tombeau que la reine Anne fit élever à François IT, son père, dernier duc de Bretagne, et à Marguerite de Foix, sa seconde femme.

Ce magnifique mausolée, chef-d'œuvre de Michel Colomb, ou Colombeau, né à Tours, fut exécuté eu 1507. Il est entièrement en marbre blanc, avec des assortiments en marbre de couleur variée, élevé de cinq pieds et posé sur un socle de marbre blanc, couvert d’une mosaïque qui entrelace des lettres F et des hermines. Sur le tombeau sont couchées deux statues en marbre, de grandeur plus que naturelle, représentant François II et Marguerite de Foix, ayant une couronne et le manteau ducal. Des carreaux soutenus par trois auges supportent leur tête, et, à leurs pieds, un lion et un lévrier, symboles du courage et de la fidélité, tiennent entre leurs pattes les armes de Bretagne et de Foix. Aux quatre angles, quatre statues, de hauteur naturelle, représentent avec leurs attributs les vertus cardinales, la justice, la tempérance, la prudence et la force. Dans la statue emblématique de la justice est représentée Anne de Bretagne, sous le costume et les attributs de reine et de duchesse, avec la

couronne fleurdelisée et fleuronnée sur la‘ tête. Aux deux côtés

‘sont les douze apôtres en marbre blanc, dans des niches de marbre rouge. Au bout et du côté de la tête du tombeau, sont saint François d'Assise et sainte Marguerite, patrons du duc et de la duchesse; du côté des pieds se trouvent Charlemagne et saint Louis. La base est ornée de seize petites figures représentant des pleureuses, dont le visage et les mains sont en marbre blanc et le reste du corps en marbre vert.

Depuis quelques années on s'occupe activement ‘de l'achèvement de la cathédrale. Le chœur et l’abside seront bâtis dans le style flamboyant qui domine dans la grande nef. Les travaux sont sous la direction de M. Seheult, architecte plein de science et de goût, ce qui nous donne l'entière certitude qu’ils seront irréprochables.

La ville de Nantes est une des premières en France qui soit entrée dans ce mouvement de rénovation de l'architecture chrétienne, qui se propage actuellement dans toutes nos provinces avec tant de bonheur et de promptitude. La continuation de la cathédrale, dans le style gothique, n’en sera pas la seule preuve; M. le curé de Saint-Nicolas , prêtre aussi zélé qu'instruit, doit faire reconstruire son église paroissiale d’après les principes de l’art catholique. C’est un bon exemple qui mérite toutes nos sympathies et auquel applaudissent tous les hommes qui unissent dans leur cœur l'amour sacré de la religion au culte des monuments élevés sous le souffle de son inspiration !

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SALMT-LOUXS

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