AIRE
quable ; celui du nord présente le plein cintre dans ses parties principales, tandis que l’autre montre l’ogive et les armes de la famille de Foix. Quatre chapelles s'ouvrent dans le mur oriental des transsepts ; elles sont d'architecture mélangée et peu spacieuses. Celles dé la Sainte-Vierge et de Saint- Vincent-de-Paul sont à plein cintre et se terminent dans la forme des absides antiques. Ce sont probablement les restes de l’ancienne cathédrale, bâtie sur un autre plan que celle qui lui a succédé postérieurement. | La nef de la cathédrale d’Aire n’a que deux travées : la voûte est ogivale et en briques, à l'exception des arcs-doubleaux qui sont en pierres. Les piliers sont très-simples et ‘sans chapiteau : les nervures des voûtes en partent comme les pédicules sortent de la tige d’une plante. Les clefs sont précieuses par l'exécution et plus encore par les inductions historiques qu’on en peut tirer. La première clef, située au-dessus de l'orgue, présente la figure de saint Jean-Baptiste, patron de la cathédrale et du diocèse; la tête est grossièrement sculptée et entourée d'un nimbe. La seconde clef montre un quatre-feuilles encadrant un écusson chargé des armoiries de Béarn et de Foix. Les sires de Foix étaient seigneurs d'Aire, conjointement avec l'évêque; il est possible qu'ils aient contribué à la construction du monument. Si le genre d'architecture le permettait, on pourrait remonter à Gaston- Phébus, mort en 1391, seigneur magnifique et grand bàtisseur. On ne peut guère attribuer cette construction qu'à la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième. En 1569, Montgommery, sortant du Béarn à la tête de protestants fanatiques, répandit la consternation dans toute
la Gascogne et dévasta complétement la cathédrale d’Aire. Les pertes furent inappréciables sous plusieurs rapports, comme nous lapprennent des documents authentiques. Les religionnaires, dans un emportement que nul prétexte ne saurait excuser, ne respectèrent rien même parmi les choses les plus sacrées.
Les nefs collatérales, bâties de 1835 à 1837, n'ont aucun caractère architectonique. Elles donnent à l'ensemble du monument une perspective plus dégagée. La façade extérieure ne se distingue par aucun ornement, mais par son étrangeté : c’est un grand mur carré, s’élevant jusqu’à la hauteur de la tour et se terminant par une corniche en saillie. Au-dessus de la porte on entrevoit une ogive bouchée, : dans laquelle s’ouvrait une rose très-simple. A l'angle septentrional du frontispice s'élève une tour octogone, d’une structure maigre et peu soignée, surmontée d’une flèche | sans élégance.
La cathédrale d’Aire ne peut être comparée aux édifices de même destination qui font la gloire de l'architecture chrétienne et l'orgueil des villes qui les possèdent. Elle est pauvre de style, petite de dimension et dépourvue de caractère.
SAINTI- MARI
ae)
ÉGrISE de Sainte-Marie d’Auch est, sans s contredit, la plus belle cathédrale du midi À dela France et un des édifices les plus célè-
41 bres de l'architecture religieuse. Bâtie, dans
sa partie la plus noble, vers la fin du quinzième siècle, à une époque où le style ogival jetait ses dernières inspirations et rayonnait d’un éclat éblouissant avant de faire place aux procédés de la renaissance, elle est grande et majestueuse dans l'ensemble ,-riche et pompeuse dans les détails. Parmi les monuments accessoires, Les vitraux et les stalles du chœur jouissent d’une réputation universelle qui n’est pas au-dessus de leur mérite : ce sont, dans leur genre, des chefs-d'œuvre d’une élégance, d’une grâce et d’une perfection merveilleuses. i
L'introduction du christianisme dans le pays d’Auch remonte aux premiers siècles de l’Église, et dès la fin du troisième siècle , il y eut un siége épiscopal. Les invasions des Barbares, à diverses reprises, agitèrent terriblement ces contrées et n’y laissèrent partout que des ruines. Ce fut à la suite d’une des premières irruptions des tribus sorties du fond de la Germanie que saint Taurin, évêque d'Eauze, vint se réfugier à Auch, emportant avec lui le plus précieux trésor d’un évêque, l'autel primitif consacré à Dieu, sous l’invocation de la bienheureuse Vierge, et la dépouille vénérée de ses saints prédécesseurs. Saint Taurin fonda, à la partie supérieure de la cité, une humble basilique, dans laquelle il déposa l'autel, à l'endroit où s'élève aujourd’hui la somptueuse église métropolitaine de Sainte-Marie.
L'église épiscopale primitive fut la victime des malheurs qui fondirent successivement sur la ville. Le précis historique que nous allons en tracer ne sera rien autre chose que la longue et déplorable série de ses démolitions et de ses reconstructions. Au cinquième siècle, les Goths s’emparèrent de la majeure partie de cette province et pendant longtemps de dures calamités pesèrent sur les populations de la Novempopulanie. Auch ne put se soustraire aux désastres communs. En 509, Clovis renversa la monarchie des Wisigoths et prit sous sa protection spéciale l’Église rendue à la paix et à un gouvernement protecteur. Ce prince généreux construisit à Auch, en l'honneur de saint Martin, une église et un monastère, où l’évêque et son clergé fixèrent leur résidence pendant plusieurs siècles.
Un épouvantable fléau ; qui menaça d’envahir l'Europe , causa les plus cruels ravages dans le midi. En 724, les Sarrasins se précipitèrent , à travers les Pyrénées, sur le Languedoc, la Gascogne ét la Provence, bouleversant et ruinant tout sur leur passage ; déjà ils s'étaient avancés jusqu’au cœur de la France, quand Charles-Martel arrêta leurs progrès, dans les plaines de Tours. La ville d’Auch, détruite par ces farouches disciples de Mahomet, eut, dans la suite, beaucoup de peine à se relever de ses ruines. Elle était réduite à l’humble état de bourgade et composée d’un petit nombre d'habitations situées au pied du monticule, tandis que la vieille cité n’était plus qu’un amas de décombres.
L'évèque Taurin IT, avec le secours du duc Totilus, guer- rier plein de bravoure, qui défit les hordes normandes en plusieurs rencontres , rebàtit, en 845, l’église de Sainte-Marie. Il est probable que la cathédrale fut reconstruite rapidement et dans des dimensions peu étendues, puisque deux siècles après, en 1048 , saint Austinde ou Austense fut obligé de rebâtir et d'agrandir son église. Les travaux de cette grande restauration ne furent pas poussés avec énergie, malgré le mouvement qui animaït alors les populations chrétiennes. Le 12 février 1121, soixante-treize ans après le commencement des opérations, l'archevêque Bernard de Sainte-Christie fit solennellement la dédicace et la consécration du principal autel de l’église de Sainte-Marie.
À peine terminée, la cathédrale eut à souffrir des excès de Bernard IV, comte d’Armagnac. Cet homme ambitieux et
remuant, pour mettre son fils sur le trône archiépiscopal
d'Auch, fit une guerre acharnée à l'archevêque Géraud de Labarthe. Il mit le feu à un château dans lequel le prélat s'était réfugié, et dans un accès d’emportement il ne eraignit pas de détruire une grande partie de l’église de Sainte-Marie et du cloître canonial.
Arnaud d'Albert, neveu du pape Innocent VI, entreprit en 1371 la reconstruction de son église cathédrale. Les travaux avaient été commencés avec le plus louable empressement, quand l’évêque mourut dans le pays d'Avignon, où siégeait alors la cour papale. En 1378, le pape Clément VIT, voulant encourager les efforts des fidèles du pays d’Auch et réveiller une nouvelle ardeur, accorda des indulgences à tous ceux qui contribueraient de quelque façon à la continuation de l’œuvre de Sainte-Marie. Le zèle, d’abord très-vif, ne tarda pas à se refroidir : en 1429, sous l’épiscopat de Philippe IT de Lévis, on reprit les travaux de la cathédrale abandonnés déjà depuis assez longtemps. À cette époque on projeta d'augmenter les dimensions primitivement adoptées. Tant de dévouement allait bientôt devenir inutile, si la récompense de ceux qui s'étaient voués à l'édification de la maison de Dieu avait été sur la terre; le feu embrasa et détruisit presque entièrement le monument d'Auch; sous l’épiscopat de Jean IV de Lescun-d'Armagnac, promu à la dignité de cardinal en 1473 et mort en 1483.
Un si épouvantable malheur attrista les cœurs sans les décourager. La restauration fut immédiatement entreprise par François [”, cardinal de Savoie, élu archevèque de Paris par le chapitre, en 1483, l’année même du désastre. Jean V de
la Trémouille, monté sur le siége archiépiscopal en 1490,
s'appliqua généreusement à seconder les sacrifices de son chapitre et de ses diocésains. Pendant sa vie il seconda puissamment l'élan général, et à sa mort il légua une somme trèsconsidérable pour aider à conduire l’entreprise à heureuse exécution.
La construction avait fait de rapides progrès, lorsque François II, de Clermont-Lodève fut nommé archevêque d'Auch, en 1507. Ce prélat, animé du mème esprit que son prédécesseur, ne lui céda point en zèle ni en magnificence. Non-seulement il activa les travaux, mais encore il donna des preuves de son goût éclairé et de sa libéralité, en faisant sculpter les stalles du chœur et en posant un grand nombre des plus magnifiques verrières. L'église d'Auch ne saurait oublier la mémoire d’un prélat auquel elle doit ses ornements les plus somptueux. L’an 1548, la nouvelle église de Sainte- Marie fut consacrée par Jean Dumas, évêque de Cardyte, en Syrie, vicaire-général de l'archevêque d’Auch, alors retiré en Italie. Cette auguste cérémonie s’accomplit avec la plus grande pompe et au milieu des chants de la plus vive allégresse : on se disait avec joie que cette consécration avait lieu au jour anniversaire de la dédicace de la basilique romano-byzantine faite en 1121.
Quelques parties accessoires restaient encore à finir. Léonard de Trapes, en 1597, acheva les voûtes et compléta les : vitraux du chœur. Dominique de Vic, peu de temps après, donna les verrières des chapelles de la nef et fit d’autres largesses remarquables. Enfin, le couronnement fut donné à l'œuvre par Henri de Lamothe-Houduncourt, archevèque d'Auch en 1662. Il est vivement à regretter que ces derniers
travaux ne soient pas en harmonie avec le reste de l'édifice ; ils comprennent le jubé à l’entrée du chœur, le porche et les clochers, les balustres des chapelles, les orgues et la tribune qui les supporte. |
Le plan de Sainte-Marie d'Auch est en forme de croix latine. L’édifice est divisé en trois nefs, coupées par la nef transversale du transsept, et se termine à son chevet par une grande abside semi-circulaire. La longueur de l’église, depuis la porte d'entrée jusqu’au fond de la chapelle du Saint- Sacrement, qui fait le rond-point de l’hémicyele, est de cent cinq mètres quatre-vingt-dix centimètres ; la largeur totale est de vingt-deux mètres soixante-quatorze centimètres ; la grande nef seule est large de onze mètres quatre centimètres ; la hauteur sous la clef de voûte principale est de vingtsix mètres soixante-quatre centimètres. Toute la construction est soutenue sur quarante piliers largement espacés. Le corps de l’église est bâti en pierres de grès régulièrement appareillées, tandis que les voûtes sont formées de pierre calcaire plus blanche et moins lourde.
L'effet intérieur de la cathédrale d'Auch est plein de grandeur et de majesté; la perspective en est riche et imposante; l'ordonnance des travées, la succession des arcades, des fenètres et des galeries, la forme et la disposition des chapelles accessoires, tout est établi dans des proportions où règnent des rapports harmonieux. La grande nef s’étend dans des dimensions qui en font un des vaisseaux les plus vastes; le chœur avec ses inimitables boiseries présente un coup d'œil surprenant; l’abside avec ses vitraux brillants et sa noble structure
architectonique complète cet ensemble ravissant. L'admira-
tion serait entière, si le massif jubé ne venait durement briser toutes les lignes et rompre la symétrie des coupes principales.
Le chœur est un des plus beaux de France par son étendue et surtout par sa décoration merveilleuse. Les stalles sont en chène et sculptées avec une science et une délicatesse véritablement prodigieuses. Le bois a pris sous l'influence des siècles une belle teinte foncée, d'un ton riche et agréable, propre encore à relever le fini du travail. Comme celles d'Amiens et de Vendôme, les stalles d’Auch sont d’une belle conservation, et passent avec raison pour un chef-d'œuvre où le génie et la patience ont épuisé leurs ressourees. La composition générale en est aussi remarquable que les détails, et il n’a pas fallu moins de verve et d'imagination pour tracer l’ensemble que d'adresse et d’habileté pour découper ces formes fines et gracieuses. Sur chaque haut dossier, on voit sculptés en demi-relief une figure de l'Ancien et du Nouveau Testament, ou quelque personnage allégorique. Chaque figure est posée sur une espèce de console en pendentif, décorée de petits bas-reliefs ou d'arabesques dessinés avec la plus grande facilité, ajustés avec la plus pure élégance. Les stalles sont séparées les unes des autres par des pilastres chargés de statuettes placées dans des niches, surmontées de dais et de pinacles. La décoration est riche jusqu'à la prodigalité, quelquefois-soignée jusqu’à la recherche. Toutes ces ciselures variées à l'infini, groupées avec art, unies avec goût, sont propres à nous donner une juste idée de l’inépuisable fécondité du talent des artistes de ces âges privilégiés. Par le malheur des temps, la plupart de nos cathédrales ont perdu les
magnifiques boiseries dont on les avait ornées au moyen âge; on les a déshonorées en y plaçant d’informes ébauches de menuiseries , qui étalent leur insignifiante nudité avec certaines prétentions, à cause de colifichets dorés, de guirlandes épaisses ou de moulures plus ou moins grecques. C’est un bonheur pour nous de pouvoir contempler les trésors échappés au vandalisme, qui font le plus bel ornement de celles d'Amiens, d’Auch, de Rouen, de Rodez et de quelques autres édifices religieux.
Le jubé, décoré de colonnes d’ordre corinthien, en marbre du Languedoc ;. avec une balustrade formée de marbre rouge d'Italie, posée sur l’entablement, peut être comparé, pour l’ensemble et jusqu'à un certain point pour les détails, à ceux de Bayeux et de Rouen. C’est le même style, la même lourdeur, la même bizarrerie. Considérée isolément et dans un autre endroit, cette construction n’est pas sans mérite, mais dans la place qu’elle occupe, c'est un contre-sens choquant, un hors d'œuvre inqualifiable.
Les vitraux de Sainte-Marie d’Auch jouissent d’une immense réputation, et nous pensons qu'ils doivent être regardés comme les plus beaux, entre ceux qui appartiennent à la fin du règne de l’ogive. Ils sont certainement supérieurs à ceux de Sainte-Gudulphe de Bruxelles qui sont très-renommés; à ceux de Notre-Dame d'Anvers, qui datent de la renaissance; On peut les comparer à certaines verrières de Saint-Ouen de Rouen, faites à la même époque , à celles de Saint-Godard et de Saint-Patrice, dans la même ville. Les sujets représentés dans la cathédrale d’Auch sont empruntés
à l’histoire biblique et à l’histoire du Nouveau Testament.
La plupart des prophètes y sont représentés, et au milieu d’eux on voit les figures des sibylles, en vénération au moyen àge : on distingue principalement les sibylles de Samos, d'Afrique et d'Europe ou de Cumes. Tous les personnages sont en pied, d'une dimension plus grande que nature, entourés de décorations architecturales. Pour donner une idée exacte de la manière dont ces peintures sont exécutées, on pourrait dire que ce sont des tableaux en verre, et des tableaux tels qu’on les comprenait à ectie époque où la science du dessin avait fait de grands progrès, où la connaissance des secrets de la perspective et de la dégradation des teintes était répandue. Les chairs sont généralement bien traitées, mais les draperies et les ornements accessoires brillent des couleurs les plus vives et les plus étincelantes. La pourpre, l’azur, le jaune d’or et les mille tons composés sur la palette du peintre avec cette infinie variété qu'on admire dans la nature, se fondent et s'unissent, dans les vitraux d’Auch, en nuances riches et délicates.
Si nous étions obligés de comparer les vitraux d’Auch à ceux de Bourges ou de Chartres, nous donnerions la préférence aux derniers, parce que les meilleurs travaux vitrifiés du quinzième ou du seizième siècle pälissent à côté de ces fonds en mosaïque si harmonieux du treizième. Les nombreux panneaux à légendes et à formes hiératiques l'emporteront toujours, aux yeux des connaisseurs, sur les plus brillants produits de la décadence de l’art chrétien. Les vitraux des époques primitives sont comme des fleurs récemment épanouies qui gardent plus de fraîcheur et répandent
plus de parfum; ceux des dernières époques représentent ces
mêmes fleurs plus largement développées, mais aussi plus fades et plus décolorées.
Plusieurs monuments funéraires sont placés en divers endroits dans la cathédrale d'Auch; aucun ne mérite d'attirer l'attention. Ils sont tous plus ou moins récents, élevés sous l'influence d'idées assez malheureusement inspirées. M. Sentelz a recueilli dans un opuscule publié sur Sainte-Marie d’Auch les inscriptions les plus remarquables.
L'extérieur du monument, vu à distance, présente une masse majestueuse , mais un peu lourde et dépourvue de mouvement. La façade principale est de style classique. Elle est grande et élevée, mais les proportions en sont écrasées par les colonnes corinthiennes ou composites qui ne communiquent point à l’ensemble l’élancement que l’on pourrait désirer. Les tours qui surmontent les portiques latéraux sont également épaisses et pesantes; elles attendent toujours un couronnement mieux en rapport avec le plan de l'édifice.
Aux extrémités du transsept sont de larges ouvertures ogivales. La décoration en est mieux entendue que celle du frontispice. La porte méridionale était autrefois ornée des armoiries de l’archevêque François IT de Clermont, qui en avait achevé la construction vers l'an 1513. La porte septentrionale portait les armoiries du cardinal de Tournon ; elles furent effacées pendant la révolution. Chacune de ces portes latérales est flanquée de deux tours carrées terminées en dôme.
La
HOTRE-LAME
"ÉGLISE épiscopale de Verdun a été fondée vers le milieu du quatrième siècle, par saint Sain-
1 tin , disciple de saint Denis de Paris. La pre- St mière basilique chrétienne fut élevée dans les faubourgs et consacrée sous l’invocation des glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul; elle fut abandonnée, à la fin du cinquième siècle, par saint Pulchrone, qui transféra son siége dans l’intérieur de la cité. La seconde cathédrale fut dédiée à la sainte Vierge, tandis que la première devint abbatiale et changea plus tard son nom en celui de Saint- Vasmes. Un magnifique monument avait remplacé au moyen âge l’oratoire sanctifié par la présence des quatre premiers évêques de Verdun; il faisait le plus bel ornement de la ville,
qui n’est pas très-riche en monuments remarquables. Lors-
que Louis XIV fit augmenter les fortifications de la citadelle, lui qui n'avait pas respecté le palais des papes à Avignon et beaucoup d’autres édifices gothiques, il défendit d’abattre cette église, à cause de sa singulière beauté. Il était réservé à notre siècle de consommer cet acte de vandalisme aveugle : la construction élégante a disparu pour faire place à une ignoble caserne. Nous avons sous les yeux un dessin assez exact qui nous permet d'apprécier la pureté du style, la grâce et la richesse de l'architecture de cette église admirable bâtie aux meilleurs jours des arts chrétiens.
L'église de Verdun a toujours joui d’une réputation justement méritée. Dès les temps les plus reculés, elle a reçu des priviléges insignes et des dons de toute espèce. Elle compte parmi ses évèques douze saints canonisés et un pape, qui prit le nom d'Urbain IV. Ses prélats ont été princes du Saint- . Empire depuis l’an mil, en vertu d'un diplôme de l’empereur Othon III, qui leur donna le comté de Verdun, de sorte que, comme les évèques de Cambrai, de Grenoble, de Gap et de Liége, ils unissaient le pouvoir temporel à la puissance spirituelle. Ce titre curieux a été imprimé dans la diplomatique de dom Mabillon. Quoique la ville ait été réunie à la France par le traité de Munster en 1648, les évèques, non plus que ceux de Metz et de Toul, ne siégeaient pas dans les assemblées du clergé et n'étaient pas compris dans ses impositions. Jusqu'en 1790, l'église de Verdun relevait de Trèves; aujourd’hui elle relève de la métropole de Besançon. Nous devons ces détails historiques , ainsi que la description que nous allons donner de la cathédrale actuelle, à la bienveillante communication de M. l’abbé Clouet.
La cathédrale de Verdun, bâtie dans les premières années, du douzième siècle, par un architecte que la chronique contemporaine nomme Garin , a été dédiée, le 1 1 novembre 1147, par le pape Eugène III. Son architecture porte les caractères du siècle auquel elle appartient; on y reconnaît facilement les signes architectoniques de la phase transitionnelle qui eut lieu dans le cours du douzième siècle. Les bas-côtés présentent des ogives surbaissées ; quant aux chapelles, elles sont d’une époque postérieure et entièrement de style ogival.
Cet édifice a été construit sur le même plan que les églises métropolitaines de Trèves et de Mayence. Nous ne connaissons en France qu'un nombre très-restreint d’édifices religieux bâtis sur le même plan; Nevers et Verdun nous offrent les plus curieux. L’imitation du type germanique, si remarquable sur les bords du Rhin, est évidente à Verdun. La disposition primitive ayant été maladroitement altérée, nous la ferons connaître d’abord, et nous indiquerons ensuite les changements qui l’ont dénaturée.
La cathédrale de Verdun présentait deux chœurs, l’un à lorient, comme à l'ordinaire, l’autre à l'occident, à la place du portail par lequel on entre dans la plupart des cathédrales. La porte est sur le flanc septentrional de l'édifice et au milieu de sa longueur. Chacun des deux chœurs a son transsept ou sa croisée, de sorte que l'église dessine assez bien une croix de Lorraine. Deux tours flanquaient chacune des deux absides, ce qui nous rappelle le souvenir du munster de Bonn et de la cathédrale de Mayence. Les bas-côtés n'étaient pas prolongés en nefs déambulatoires , encore comme
aux monuments des bords du Rhin; mais ils étaient termi-
* nés à chacune de leurs extrémités, ainsi que la nef principale, par des absides accessoires, auxquelles on montait par plusieurs degrés, et qui accompagnaient les deux chœurs plus spacieux. Le chœur oriental de la nef s'appelait grand chœur , et l’occidental vieux chœur ; des cryptes étaient situées au-dessous. Le grand chœur était fermé par un jubé et environné latéralement de murs, qui en cachaient entièrement la vue; le vieux était élevé au-dessus de son transsept de douze degrés, de sorte que le peuple placé dans la nef ne pouvait découvrir ce qui s’y passait. Il était pavé d’une trèsgrande mosaïque exécutée en l’an 1200 et représentant des feuilles de vigne et des raisins, au milieu desquels on voyait en grandeur naturelle l'effigie de l’évèque qui en était l’auteur ; le prélat était revêtu des habits pontificaux, et on lisait autour du monument des distiques latins à sa louange. Dans toute l'église on admirait une foule de statues, de tombeaux et de dalles sépulcrales. Quels changements l'ignorance et un mépris affecté des vieilles formes, plus destructeur encore que l'ignorance, ont apporté dans l'enceinte de cette vénérable basilique !
Vers 1380, la nef fut votée, et le chœur oriental, primitivement construit en style roman, fut remplacé par le chœur actuel, d'architecture ogivale et plus élevé que: l’ancien ; l'architecte fut Jean Vautrec. Avant cette époque, la grande nef n’était pas voûtée; son toit reposait sur des poutres dorées et travaillées, dans le genre de ce que l’on voyait encore il y à peu d'années à Saint-Paul-hors-des-murs à Rome. Les étroites fenêtres romanes à plein cintre de la nef ayant été
fermées par la naissance des voûtes, on se trouva dans l'obli-
gation d'en ouvrir de nouvelles, qui sont également peu étendues et de forme ogivale. [1 ne subsista plus du style romano-byzantin que les piliers carrés, les arches semi-circulaires de la nef, le vieux chœur et quelques parties moins importantes aux extrémités des collatéraux.
L'édifice demeura dans cet état jusqu'en 1755, époque où la toiture fut consumée par le feu du ciel. Le chapitre, dominé par le mauvais goût du siècle et méprisant toutes les antiquités même les plus respectables, entreprit alors d’embellir la cathédrale, et après avoir dépensé des sommes énormes , il réussit à faire disparaitre tout ce qui constituait le mérite de l'édifice et à en faire quelque chose d’insignifiant, qui avait l’apparence d’une construction du règne de Louis XV. A l'extérieur on abattit les quatre tours surmontées de flèches , et on n’en reconstruisit que deux dans la forme lourde et écrasée que nous voyons actuellement à l’occident de l’église. On enfonça les fenêtres ogivales de la nef et du chœur, avec leurs gracieux meneaux et leurs riches verrières, et on mit à la place de grandes ouvertures circulaires à vitres blanches d’un effet détestable. A l’intérieur on détruisit le vieux chœur et ses cryptes, et l’on plaça les orgues à sa place, ainsi que les fonts baptismaux, établis dans une construction dirigée par le plus pitoyable mauvais goût. Toutes les tombes et les mausolées ont été sacrifiés sans exception : on a fait disparaitre une foule de merveilleuses pierres sépulcrales dans le genre de celles qui ornent encore la cathédrale de Chälons-sur-Marne, afin de poser un pavé neuf. Comment a-t-on pu avoir le triste courage d'enlever ces
tombeaux et toutes ces pierres tumulaires qui recomman-
daient le souvenir des morts aux prières des vivants, et sur lesquelles tant de générations étaient venues successivement s'agenouiller? Rien ne pouvait arrêter la marche du vandalisme ; le chapitre ordonna encore de combler les cryptes du grand chœur et d’en faire disparaitre les voütes pour abaisser le sol trop élevé. Qui le croirait ? les graves piliers romans souffrirent les atteintes de la ràpe et du marteau afin de se rajeunir ; leurs faces, noircies par les siècles, furent creusées de cannelures et chargées des ornements du style appelé vulgairement chicorée; on plaça de nouvelles portes, dans le même style, à l'extrémité septentrionale des deux transsepts. Ces actes de brutale destruction furent consommés de 1755 à 1780.
La sacristie ancienne, aujourd'hui convertie en chapelle du catéchisme, est une belle salle voûtée d’après les procédés usités au treizième siècle. Le plan en est remarquable; par un artifice de construction, l'énorme fardeau des voûtes supérieures , habilement réparti sur les murailles environnantes, semble reposer entièrement sur un pilier central entouré de légères colonnettes. Les chapelles situées du côté du vieux chœur sont bien bâties; nous devons mentionner spécialement la chapelle du Saint-Sacrement, élevée sous le règne de saint Louis.
Parmi les usages anciens de la cathédrale de Verdun, un de ceux qui méritent le plus d’être signalés est celui de conserver le saint sacrement au-dessus du maïître-autel dans un vase d'argent doré qui avait autrefois la forme d’une colombe et dont parlent fréquemment les auteurs ecclésiastiques. Cet
usage, qui remontait aux siècles de la primitive Église, a été
supprimé en 1824, sous le ridicule prétexte qu’il n’était pas conforme à ce qui se pratiquait généralement ailleurs.
Le côté méridional de l’église est entouré d’un beau cloître de style flamboyant. IL est bien conservé dans sa partie architecturale, et mérite l'attention des antiquaires ; il est fàcheux que les dalles funéraires aïent été remplacées, il y a peu de temps, par un prétendu ciment romain, et que des peintures dégoûtantes aient sali les murailles.
L'aspect extérieur de la cathédrale de Verdun ne manque pas de majesté, vu à distance. Le corps du monument et ses deux tours sombres dominent la ville et se détachent d’une manière pittoresque au milieu des habitations modernes groupées en amphithéâtre sur une colline peu élevée; la perspective en est surtout frappante de la place où s'élève la statue du général Chevert.
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