‹ Les cathédrales de FranceChapitre 59 sur 109 · SANT LA TAR · texte numérisé non relu

SANT LA TAR

De Y

: @M A fondation de l'église métropolitaine de Tours PA —

remonte à cette admirable colonie de pontifes

des an: de rhtiou , du din et de toute la su fut illustrée par une longue série d’évèques , éminents en science et en sainteté, dont la mémoire est parvenue jusqu'à nous,

couronnée de la double auréole du génie et de là vertu. Avant P existence de la monarchie française elle-même, nous voyons apparaître la grande figure de saint Martin, dont le nom rayonna d'un si vif éclat dans toutes les Gaules, dont les mi-

racles et la vie devinrent si populaires dans tous les pays de

là chrétienté. IL est impossible de lire une seule page dans l'histoire des premiers siècles de la domination franque sans prononcer à chaque instant le nom de notre immortel évêque saint Grégoire de Tours. De nombreux conciles, d’une haute importance historique et liturgique, dont plusieurs furent présidés par les souverains pontifes en personne, ajoutèrent encore de nouveaux reflets à la gloire de l’Église de Tours. Vers la fin du onzième siècle, le pape Urbain IT, venant de prêcher la croisade à Clermont, où l’on vit une si magnifique explosion de l'enthousiasme chrétien , se rendit à Tours pour enrôler de nouveaux soldats sous la bannière de la croix. A ses prédications entraînantes , les rives de la Loire retentirent au loin du noble cri : Dieu le veut! Au milieu du douzième siècle, le pape Alexandre IIT fit à Tours un séjour si prolongé, à la suite de la célébration d’un concile trèscélèbre, que plusieurs écrivains donnèrent à notre ville la qualification de seconde Rome.

Saint Gatien ou Gratien annonça le premier la parole évangélique aux Turones. Quoique entravé par des obstacles de tout genre, son zèle néanmoins porta des fruits abondants. A toutes ses gloires, l'Église de Tours devait ajouter celles du martyre et de la persécution ! Pour se soustraire à la haine intolérante des gentils , saint Gatien se retira dans des grottes obscures, au nord de la Loire et de Cæsarodunum, à cet endroit où plus tard s’éleva l’illustre monastère de Marmoutiers. Suivant la tradition, il y creusa de ses propres mains une crypte qu'il dédia à la sainte Vierge. Tel fut humble berceau de l'Église de Tours !

Saint Lidoire , appelé sur le siége épiscopal de Tours à cette

époque où le monde chrétien commençait à respirer sous la protection du premier empereur converti à la religion de Jésus-Christ, consacra une église dans l’intérieur de la cité. Cette basilique primitive fut bâtie sur l'emplacement de la maison d'un sénateur , d’après saint Grégoire, ou d’un centurion nommé Cornélius, au témoignage de saint Jérôme. Elle fut consacrée par saint Martin, sous l’invocation de saint Maurice et de ses compagnons, martyrs, et demeura la cathédrale de Tours jusqu’à l’année 559, qu’elle fut détruite par un horrible incendie qui consuma la plus grande partie de la ville, sous le pontificat de saint Euphrône. Le désastre eut des suites si funestes, que l’église épiscopale ne put être relevée de ses ruines que par saint Grégoire , élu évèque en 573. La seconde cathédrale, édifiée avec toute la magnificence à laquelle pouvait atteindre l'architecture chrétienne à cet âge de barbarie, de troubles et de guerres, décorée avec la splendeur des mosaïques et des peintures à fresque, alors employées dans les édifices les plus somptueux, fut consacrée en 590. Saint Grégoire nous à laissé seulement quelques lignes sur le monument élevé par ses soins, tandis qu'il se plaît à donner d’amples détails sur les églises bâties par saint Namatius, évêque de Clermont, et par Agricola, évêque de Châlons. Cette cathédrale subsista pendant l’espace de cinq cent quatre-vingt-quatre ans, c’est-à-dire jusqu’en 1166, qu'elle devint la proie des flammes, par suite de querelles entre Louis VIT, roi de France, et Henri Il, roi d’Angleterre. Les deux monarques ne pouvant aller en Palestine, selon la dévotion du temps, voulurent au moins contribuer

par des secours en argent à la délivrance des saints lieux ; les

TOURS. 485 sommes recueillies dans les deux royaumes furent mises en dépôt dans la cathédrale de Saint-Maurice de Tours. En sa qualité de métropolitain, Joscion, archevêque de Tours, prétendit au droit de faire transporter en Terre-Sainte, par ses commissaires privés, tous les deniers déposés dans son église. Telle fut la cause des discordes. Henri s'opposa aux prétentions de l'archevèque; Louis les soutint. Le roi d'Angleterre était trop fier et trop fort pour céder; on en vint done aux mains. La ville de Tours fut la première victime des fureurs de la guerre ; les flammes la détruisirent en partie, et n'épargnèrent pas la cathédrale.

Quelques parties peu importantes, mais bien caractérisées, ont pu échapper au feu de l'incendie, et sont arrivées jusqu'à nous. Nous ne croyons pas pouvoir les rapporter à la basilique de Saint-Grégoire; elles annoncent le commencement du onzième siècle , et appartenaient probablement à des constructions entreprises pour soutenir ou pour agrandir la vieille église du sixième siècle. Ces restes se rencontrent à la base des deux tours, et sont faciles à distinguer au premier coup d'œil par leur physionomie romano-byzantine.

Joscion résolut immédiatement de rebâtir son église sur un plan plus grandiose et mieux en rapport avec la haute dignité de cette Métropole des provinces les plus riches et les plus importantes. Ses premières ressources furent dans les sommes échappées aux flammes : les offrandes des fidèles, ne pouvant servir à leur destination première, furent cependant employées à la gloire de Dieu. C'était dans ces temps fertiles en grands projets, dont le caractère distinctif est d’avoir

conçu les plus nobles desseins et d’avoir su leur donner une

entière réalisation. Tous les arts prenaient d’admirables dé- Yeloppements, et en fait d'arts religieux, il n’en est aucun qui n’ait eu son épanouissement, ou au moins sa racine dans cette prodigieuse période du moyen âge. L'architecture avait pris une direction nouvelle : elle tendait à monter à cette place élevée où elle trône en reine et où les siècles postérieurs l'ont contemplée dans une perfection qu'ils n’ont jamais surpassée. Joscion fut entraîné par cette immense impulsion qui emportait tous les esprits dans des voies extraordinaires ; il jeta les fondements de la nouvelle église métropolitaine selon les principes de l'architecture ogivale qui commençait à prendre essor. En considérant le plan général de cet édifice dans son ensemble et dans ses détails, on est frappé de l’heureux accord qui règne dans toutes les parties, de l'harmonie qui en réunit tous les membres dans de justes proportions, de l’admirable symétrie qui établit les grandes masses dans les rapports les plus convenables, et l’on est forcé d’admettre qu’il fut l’œuvre d’un architecte très-habile. Malheureusement l’histoire ne nous a pas transmis son nom. Il faisait sans doute partie de ces corporations d'artistes d'élite qui sillonnaient l'Europe en tous sens, offrant le secours de leur science et de leurs bras aux évèques et aux seigneurs qui entreprenaient de grandes constructions. Entièrement voués à l'œuvre sainte, ces hommes ignorés de la postérité, connus de Dieu seul , nous ont laissé des chefs-d'œuvre qui n’immortaliseront aucun nom particulier, mais qui feront à jamais la gloire de l'esprit chrétien. |

La première pierre de la cathédrale actuelle fut posée en

1170; les travaux furent commencés avec une grande ardeur

et poussés avec un zèle qui tenait de l'enthousiasme. Dans ces âges de foi vive et généreuse, le travail de la cathédrale était regardé par tous comme un travail sacré; chacun y consacrait ses ellorts et son dévouement. Mais quelque temps après, l’empressement se refroidit, l'œuvre demeura suspendue, et dans la suite ne se continua qu'avec la plus déplorable lenteur ; on y travaillait encore en 1547. De là ce proverbe populaire dans nos contrées : C’est interminable, c’est l'œuvre de Saint-Maurice.

La cathédrale de Tours conserva le vocable de Saint- Maurice jusque vers le milieu du treizième siècle; alors elle s appela indistinctement de son premier nom ou de celui de Saint-Gatien; ce dernier a prévalu depuis l'érection, par les chanoines, de la confrérie de Saint-Gatien, qui acheva les dernières constructions de la cathédrale actuelle.

Pendant la première moitié du treizième siècle, on éleva la plus belle portion de l’église, c’est-à-dire les quinze chapelles du rond-point, le chœur, le transsept et la nef, jusqu’à la seconde travée inclusivement. Ces parties furent terminées sous l’épiscopat de Vincent de Pirmil. En 1400, les ‘deux portails de la croisée arrivent à leur perfection. En 1377, un clocher en bois fut élevé au-dessus de l’entrecroisement de la nef et du transsept; il fut détruit par la foudre le 25 mai 1425, jour de la fête de saint Urbain.

En continuant de rechercher les dates précises des différentes parties du monument, nous trouvons qu'en 1426, le jour anniversaire de la fête de saint Urbain et de l’incendie du clocher en bois, le chapitre ordonne la continuation des

deux tours jumelles du portail, qui déjà s’élevaient de dix

mètres environ au-dessus du sol. Enfin, en 1430, l'achèvement de toute l'église est décidé. On entreprend la construction de la nef, des latéraux et des chapelles, depuis le deuxième pilier jusqu'au frontispice. Les travaux sont activés par la générosité de l’archevèque Coëtquis, qui donne quatre cents écus d'or, par l'abandon d’une forêt que fait le chapitre, et par le zèle empressé des membres de la confrérie établie en l'honneur de monseigneur sainct Gatien. Guillaume Rufus ou le Roux, charpentier, recoit cinq cents livres pour la construction de la charpente des grands combles. Tant de dévouement devait amener de prompts résultats : la grande façade fut achevée en 1440. Enfin les deux tours reçurent leur dernier couronnement, la première en 1507, et la seconde en 1547.

L'intérieur de la cathédrale de Tours, par ses dimensions bien proportionnées, par la hardiesse de ses voûtes, le nombre et la délicatesse de ses colonnes, l'ordonnance pittoresque des travées, les ouvertures des innombrables fenêtres, produit un effet saisissant. Ce monument ne peut le disputer en étendue aux églises de Reims, d'Amiens, de Paris, de Chartres ou de Bourges, mais il peut soutenir la comparaison quand il s’agit de la pureté du style, de la grâce des arcades , de l'élégance des formes, de la variété et de la perfection de l’ornementation architecturale. Toute la construction est d’une légèreté à peu près sans exemple : la grande facade découpée à jour, depuis le pavé jusqu’à la voûte, se dessine dans le lointain comme un immense réseau de dentelle en pierre ornée des mille couleurs changeantes des vitraux

peints ; les murailles, percées de larges fenêtres, forment une

enceinte vraiment fantastique. Ajoutez à cela la magie des grandes verrières historiées qui étincellent autour du chœur, qui rayonnent dans les roses, qui brillent dans les chapelles absidales et jusque dans les galeries au-dessus du premier ordre de colonnes , et vous concevrez encore imparfaitement l’impression que l’on éprouve en contemplant tant de beautés réunies. Combien de fois, lorsque le soleil faisait scintiller les vitraux comme un amas de pierres précieuses, lorsque ses rayons répandaient dans les nefs et sur les voûtes ce mélange inexprimable d’ombres et de lumière, n’ai-je pas senti au dedans de moi-même ces émotions douces et fortes à la fois qui reportent naturellement au souvenir des cieux! Il faut s’agenouiller au pied de l’autel, dans le calme du cœur et de l'intelligence, pour comprendre nos églises gothiques!

La cathédrale de Tours, dont le plan est en forme de croix latine, s'étend sur une longueur de cent mètres et sur une largeur de trente mètres; la longueur de la croisée est de quarante-six mètres, et la hauteur des grandes voûtes de vingt-huit mètres.

Il existe peu de cathédrales qui puissent offrir une abside et un chœur aussi complets que ceux de Saint-Gatien de Tours; c’est un tout d’une harmonie ravissante, dont les proportions sont habilement calculées pour faire valoir toutes les parties les unes par les autres, sans nuire en aucune façon à l’effet total. Les colonnes groupées sont taillées dans d'heureux rapports et surmontées de chapiteaux à feuillages et à volutes recourbées d’une grâce exquise; les colonnettes qui s’élancent jusqu'aux nervures des voûtes sont d'une finesse et d'une

élégance dignes de tous éloges; les arcades du rond-point,

légèrement surélevées, communiquent au chevet un élancement qui étonne et captive; les galeries à jour , composées de trèfles superposés ou des formes rayonnantes des quatrefeuilles et des rosaces , environnent le chœur d’une ceinture éblouissante; les grandes fenêtres, encore garnies de leurs vitraux du treizième siècle, à mosaïques et à légendes, complètent cette merveilleuse décoration. Au-dessus, s'étendent des voûtes d'une construction savante, avec leurs nervures toriques et leurs clefs sculptées : elles s'épanouissent en valves délicates et forment un riche pavillon au-dessus du maîtreautel; partout le trait distinctif est la pureté, la symétrie, la grâce, l'unité. Aucune altération n'est venue déparer l’ordonnance première, et, plus privilégiée en cela que beaucoup d'autres églises, la cathédrale de Tours n’a pas vu son chœur déshonoré par de lourdes constructions : la perspective des nefs déambulatoires n'a pas été interrompue, les travées n’ont pas été obstruées, le sanctuaire, dans tout l'éclat de sa beauté originelle, n’a jamais été défiguré. Puisque la véritable beauté d’un édifice n’a jamais consisté dans la masse, ni dans l’immensité de l'étendue, mais dans cet heureux ensemble de détails harmonieux qui ravit au premier aspect, qui subjugue pour ainsi dire toutes les facultés de notre âme, nous rangeons hardiment la partie supérieure de la cathédrale de Tours à côté des œuvres les plus irréprochables et les plus prodigieuses de la période ogivale entière. Dans les monuments gothiques les plus somptueux, et nous avons visité les plus célèbres, nous n’avons jamais rien rencontré de plus achevé.

Les chapelles absidales sont disposées avec ordre et avec

goût autour du chevet. Dans le symbolisme des constructions

religieuses, nous avons toujours admis l'emblème des chapelles rayonnantes : c’est la couronne glorieuse qui ceint la tête du Sauveur du monde. Le grand autel, où s'offre chaque jour le divin sacrifice, représente cette tête auguste, dont la nef et les transsepts rappellent le corps et les bras étendus. Cette belle et chrétienne idée de représenter Jésus-Christ en croix n'a Jamais été contestée par personne. Pourquoi ne trouverions-nous pas une conséquence de cette idée dans l’inclinaison observée dans le plan de nos grandes cathédrales? On a contesté cette intention; c’est à tort, selon nous; ces paroles de l'Évangéliste : Et inclinato capite, tradidit spiritum , auraient été traduites pieusement par ces artistes intimement pénétrés du génie chrétien, qui introduisaient dans leurs constructions une foule d’allusions mystiques dont aujourd’'hui nous avons peine à découvrir la signification. La déviation dans l’axe longitudinal de l’édifice est très-sensible à Saint-Gatien de Tours. Ces réflexions en font naïtre une autre : pourquoi la figure du Christ ne se trouve-t-elle jamais isolément et très-apparente au fond de l’abside? Cela tient à une considération toute naturelle pour les esprits pénétrés des sentiments de la foi. La ressemblance et la figure ne devaient pas se rencontrer là où se trouvait la réalité, Jésus-Christ daignant descendre chaque jour, par un prodige d'amour, sur nos autels à la voix du prêtre.

Le transsept produit beaucoup d'effet par la forme rayonnante des fenêtres et surtout par l'éclat des deux splendides rosaces qui brillent aux extrémités. Au-dessus de l'autel dédié à saint Martin, la grande rose, légèrement appuyée sur

une magnifique galerie à jour, doit être comptée parmi les

plus extraordinaires créations de ce genre. Les réseaux qui représentent les pétales de la belle fleur gothique, épanouie au front des portails, sont conduits avec tant de délicatesse, réunis avec tant de goût, entrelacés avec tant d'art, vitrés avec tant de luxe, qu’on s’extasie en les considérant attentivement. Les roses du transsept de Tours, ornées de leurs verrières parfaitement conservées, fraiches comme au commencement du quatorzième siècle, où elles furent terminées, obtiennent l'admiration sincère de tous les amis de l’architecture chrétienne.

La grande nef, accompagnée de ses latéraux et de chapelles nombreuses, date du quinzième siècle et en porte tous les caractères architectoniques. Les colonnes, cantonnées en croix autour d’un pilier cylindrique, conservent encore les mêmes proportions qu'au chœur et au transsept, mais les chapiteaux sont remplacés par de simples guirlandes de feuillages ou par des feuilles arrondies serrées les unes sur les autres. Ce couronnement n’est pas dépourvu d'élégance, mais pourtant il est loin de remplacer la riche corbeille de feuillages adoptée aux siècles précédents. Les galeries et les fenêtres se dilatent Pour recevoir les innombrables compartiments du style ogival flamboyant. Les meneaux , raccourcis, angulaires , se contournent sans effort pour prendre les formes les plus capricieuses et les plus fantastiques : ce sont des flammes allongées, des cœurs arrondis, la vescia piscis, des fleurs de lis et toutes ces fantaisies brillantes que les artistes du temps savaient si bien exprimer en pierre. Les voûtes, appuyées sur des arceaux prismatiques, sont embellies de clefs finement sculp-

tées , portant les armoiries de saint Maurice, des papes et des

évèques bienfaiteurs de l'œuvre; elles présentent encore à leur sommet le plus aigu une magnifique chaîne de feuillage qui s'étend d'une extrémité à l'autre. On a reproché à la nef principale d’être trop étroite, par rapport au corps général de l'édifice. Ce défaut, si toutefois c’en est un, résultat sans aucun doute du plan primitif arrêté par l'architecte, contribue à donner à cette partie une élévation étonnante. L'œil suit avec surprise l’élancement des colonnettes, qui montent à la voûte en gerbes délicates et serrées. Toutes les parties architecturales, dans le système gothique , tendent à prendre la direction perpendiculaire; elles reçoivent ici cette verticalité d’une manière plus sensible encore.

Le vaisseau de la cathédrale est complété par l'entrée des portails, qui est très-ornée à l’intérieur. Les arcades sont entourées de festons, de fleurs, de guirlandes, de sculptures d’un travail varié. La galerie est aussi admirable sous le rapport architectural que sous le rapport des vitraux chargés de personnages en pied , revêtus de grands manteaux armoriés. M. Lambron de Lignim, très-versé dans la science héraldique, y a découvert les diverses alliances de l’illustre famille de Laval-Montmorency. Toute cette muraille est transparente et se trouve dominée par une superbe rose flamboyante. A l’exception de la cathédrale de Reims, aucune église en France ne possède un portail intérieur plus somptueux et plus pompeusement orné.

Aux beautés de l'architecture et de la sculpture, la cathédrale de Tours joint la puissante décoration des vitraux peints. Le treizième siècle y a laissé des verrières à légendes

comparables à tout ce qui existe de plus renommé dans ce

genre. Le quatorzième, le quinzième et le seizième siècle y sont dignement représentés dans cette branche de Part par des œuvres d’un éclat éblouissant, du reste avec les mérites et les défauts qui caractérisent les procédés de ces trois siècles.

L’extérieur de la cathédrale de Tours répond parfaitement à l'intérieur : c’est, en effet, même harmonie dans les lignes principales , même symétrie dans la disposition des masses, même élégance dans tous les détails de la construction. Vue de l'extrémité de la place Grégoire-de-Tours, l’abside se dresse avec beaucoup de noblesse et de dignité. Les contreforts, les arcs-boutants, les galeries se groupent et se dessinent dans une perspective ravissante. C’est la force et la majesté unies à la grâce et à la délicatesse, c'est un corps robuste dont les mâles proportions sont relevées encore par

des membres souples et déliés. La science avancée se montre

partout par les précautions les plus ingénieuses : la solidité n’a jamais été sacrifiée à de simples motifs d'ornementation ; une décoration intelligente rachète la lourdeur inhérente aux monuments d’une grandeur colossale.

Le temps, moins encore qu'un vandalisme aveugle, à laissé sur les vieux murs de la cathédrale des traces de son passage. Les pointes pyramidales de là plupart des clochetons ont été détruites dans le courant du siècle dernier; plusieurs autres parties ont été grossièrement mutilées. L'inaltérable solidité des matériaux employés dans l'édifice semblait &éfier l'attaque des siècles, et il a fallu que la main de l'ignorance et de la brutalité vint s’y poser lourdement pour broyer sculptures

et ornements de toute espèce. Les niches des portails sont

vides de leurs statues de saints; les bas-reliefs ont été dégradés; on a mis un soin barbare à faire disparaître le plus exactement possible toutes ces admirables productions de la Statuaire chrétienne. Honte à ces hommes qui n’ont rien su respecter ni dans l’ordre religieux, ni dans l’ordre moral! ils ont laissé leur nom attaché à des ruines !

La facade de la cathédrale de Tours est complète, et sous ce rapport elle peut disputer la prééminence même aux plus grandes églises “gothiques. Si l’on préfère s'attacher à la pompe des décorations , à la magnificence des ornements ; à la profusion des sculptures, sous ce rapport elle ne craindra, pour ainsi dire, nulle comparaison. Si l’on aime mieux considérer la grâce, la délicatesse, la pureté, la noblesse et cet ensemble de qualités qui ravissent l'admiration des hommes les plus indifférents , elle fera valoir des droits incontestables , sinon à une supériorité absolue, du moins à un rang trèsélevé parmi les plus vantées des façades gothiques. Les vOussures des trois portails sont chargées de mille ciselures fines et variées : guirlandes, couronnes, feuilles épanouïies, fleurons, rosaces, dais, aiguilles, pinacles, toutes les richesses de Part du seizième siècle y sont étalées avec un luxe inouï. Joignons à cette merveilleuse orfévrerie en pierre de beaux frontons pyramidaux , évidés à Jour, avec un art plein d'adresse , chargés de grosses feuilles grimpantes et surmontées d’une croix festonnée ; ajoutons encore plusieurs galeries légères, quatre contre-forts couverts de panneaux et de crosses végétales, la grande rose du milieu qui brille comme une pierre précieuse enchâssée dans l'or, et nous complè-

terons l’esquisse de cet incomparable tableau.

Au point où la plupart des tours ogivales sont terminées, reposent deux pyramides, tronquées à leur extrémité et couronnées par une coupole hémisphérique. De la base au sommet, elles sont revêtues des ornements les plus nombreux ; la tête porte tous Les caractères de l’architecture de la renaissance. Nous ne pouvons pas nous dispenser, en finissant cette notice, de citer une parole de Henri IV, parce que les mots sortis de la bouche du bon roi ont eu partout une réputation populaire. En considérant les deux tours et la façade qui venaient d'être achevées, il s’écria, plein d'enthousiasme : Voilà deux beaux bijoux , il n’y manque plus que des étuis.

Sous l’épiscopat de M°' de Montblanc , de grands travaux de restauration ont été exécutés. Nous avons tout lieu d’espérer que, par les soins de son digne successeur, M£ Morlot, ils seront bientôt conduits à leur perfection. Sous la direction intelligente de l'architecte, M. Guérin, l’œuvre de réparation est consciencieuse , et s’il nous est permis d’augurer de l’avenir par le présent, les amis des arts pourront prochainement contempler notre belle cathédrale dans sa beauté première.

SAIMA-JTAN

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