DE SAINT-FLOUR
exe
"ARCHITECTURE religieuse a pris en Auvergne d'admirables développements aux diverses périodes architectoniques, et présente à l'étude de l'observateur attentif des carac-
ALU tères remarquables et un type original pleins d'intérêt. Variété dans l'unité, tel est le problème que les constructeurs chrétiens semblent avoir pris à tâche de résoudre. Les principes que nous pouvons appeler essentiels se retrouvent partout les mêmes, mais on a trouvé l’art de les accompagner de mille accessoires qui changent et se modifient dans une foule de régions plus ou moins favorisées. Le mouvement progressif de l'architecture ne s’est pas opéré
d'une manière égale dans toutes les provinces de France.
La marche a été rapide dans les contrées du nord et du centre de la France, tandis que dans le midi les procédés nouveaux ont eu peine à s’infiltrer , et l’art de bâtir est de-. meuré longtemps stationnaire.
L'Auvergne, durant la période romano-byzantine , s’est signalée par de magnifiques travaux, et durant la période ogivale, elle s’est encore distinguée par quelques monuments d’un caractère noble et élevé. Avant d’esquisser la description de la cathédrale de Saint-Flour, nous avons cru qu'il ne serait pas inutile d'indiquer rapidement les traits propres aux édificés de cette grande province. Les notices sur les cathédrales de Clermont, de Moulins, de Saint-Flour et du Puy en retireront plus de clarté, et cette méthode pourra plaire aux personnes qui aiment à généraliser leurs observations et à procéder par voie de comparaison. Nous avons fréquemment suivi ce plan, en analysant les procédés particuliers usités dans l’art de bâtir, soit en Normandie, soit en Bourgogne, soit dans cette zone si curieuse qu’on peut désigner sous le nom de byzantine, et qui comprend surtout le Périgord, l’Angoumois et le Quercy. C’est un excellent moyen de féconder ses études et d'apprécier justement l’importance de notre archéologie chrétienne et nationale. MM. de Caumont, Renouvier, Mérimée et Mallay ont déjà publié d’intéressantes considérations sur ce sujet; nous y joindrons nos observations personnelles. ÿ
Durant la première période, le plan des églises ne diffère pas essentiellement du type admis communément dans nos provinces de l’ouest; il offre presque constamment un res-
serrement sensible dans la partie supérieure de la nef prin-
SAINT-FLOUR. 939 cipale et dans toute l'étendue des collatéraux. On observe fréquemment la suppression de l’abside centrale, et alors le chevet de l'église se termine par une ligne droite.
La construction des voûtes à plein berceau est très-remar-quable en Auvergne , où les architectes ont su leur donner une élévation , une hardiesse et une solidité complétement inconnues ailleurs. On est frappé du système employé dans ce pays, surtout quand on sort du Poitou, où l'architecture est d’une richesse incomparable, mais où les formes n’ont pas atteint tout l’élancement et toute la grandeur qu’on était en droit d'attendre des artistes qui ont élevé de véritables chefs-d'œuvre en une foule de localités. Dans la nef, les voûtes sont épaisses , à plein cintre et sans arcs-doubleaux ; dans les bas-côtés, elles sont d’arête et presque toujours appuyées sur des ares-doubleaux ; quelquefois même les collatéraux sont recouverts d’une demi-voûte dont la courbe décrit un quart de cercle. Cette disposition curieuse, propre à donner une grande solidité aux murailles principales, doit être regardée comme l’origine des arcs-boutants, dont l’architecture gothique s'empara plus tard et dont elle fit un si grand usage.
Les moulures architecturales sont extrèmement rares à la surface des murs et même autour des cintres, aux archivoltes et aux impostes. Les nervures sont presque inconnues jusqu'au treizième siècle. Les piliers sont beaucoup plus élancés que dans le nord et le midi de la France, quelquefois cylindriques, plus souvent carrés, presque toujours flanqués de trois colonnes, la face principale qui regarde la nef restant
plane et nue. Les colonnes ne présentent Jamais de bases ap-
pendiculées, ornement partout ailleurs si commun au douzième et au treizième siècle; c’est à peine si l'on pourrait citer une seule exception. Les chapiteaux sont ordinairement très-ornés; le style historié obtient en général la préférence. On trouve dans les compositions de bas-reliefs, dans les chapiteaux beaucoup de souvenirs antiques. Quelques-uns peuvent rivaliser avec les plus beaux types romano-byzantins de la Saintonge, du Nivernais, de la Provence et du Languedoc.
La forme dominante des arcades est le plein cintre, souvent rentrant à sa naissance en fer à cheval. L’ogive, cependant, s'est montrée de bonne heure en Auvergne, et s’est dessinée dès le commencement avec beaucoup d'élégance et de pureté. L'observateur est frappé de la rareté des statues et des grands bas-reliefs , dans le genre de ceux que l'on admire à Notre-Dame-du-Port ; il est étonné, au contraire, en voyant les restes nombreux de grandes et belles fresques , qui attestent les progrès et le fréquent emploi de la peinture murale dans la décoration des églises.
L'architecture ogivale n’a pas eu dans l'Auvergne un règne aussi brillant que l'architecture romano-byzantine; on serait même tenté de dire qu’elle se montre comme une importation étrangère, et non comme un produit naturel du sol. Les monuments élevés sous son inspiration sont néanmoins capables de rivaliser avec les œuvres les plus surprenantes de ce genre; il suflit de nommer la cathédrale de Clermont, le chœur de Saint-Amable et celui d'Aigueperse. Quoique la décadence de l’art gothique se soit promptement manifestée , elle n’a pas été accompagnée des tristes signes
de décrépitude qu'on observe dans tant d’autres pays.