‹ Les cathédrales de FranceChapitre 79 sur 109 · ÉVREUX · texte numérisé non relu

ÉVREUX

meurent là comme pour faciliter un rapprochement qui révèle d'anciennes conquêtes du génie chrétien.

L’incendie de 1379 respecta une portion du vaisseau. Plus tard on rebâtit l’église avec assez d’art pour que ces vestiges de la construction antérieure aient été conservés. On aime à retrouver ici ces beaux fragments d'architecture de la fin du onzième siècle, propres à nous faire apprécier la perfection à laquelle les arts étaient montés dans le siècle des croisades. Ces restes sont vraiment magnifiques , et on peut, jusqu’à un certain point, les comparer aux arcades de la nef de Notre- Dame de Bayeux. Dans les deux villes normandes, le style romano-byzantin avait donné une belle expression de ses procédés particuliers. Les chapiteaux sont sculptés largement, et quoique les ornements de l'appareil soient moins riches à Évreux, il est certain que la décoration indique de frappantes réminiscences, pour ne pas dire une imitation entière. Il serait du reste assez vraisemblable de supposer que les artistes qui ont travaillé à Évreux et à Bayeux sont de la même école, si toutefois ce ne sont pas les mêmes qui ont successivement été employés à l’ornementation des deux édifices. Les formes végétales élégamment traitées, et plusieurs autres détails où la perfection montre une science avancée, portent à croire que la nef d’Évreux est postérieure, au moins d'un demi-siècle, aux grandes églises de Saint-Étienne et de la Trinité de Caen, d’une architecture si grave et si sévère.

Les galeries, les fenêtres et les voûtes de la nef ont été appuyées au quatorzième siècle, sur les constructions inférieures. Elles sont de ce beau type ogival rayonnant, où les

moulures arrondies du style primitif, d'un effet doux et moelleux, n’ont pas été remplacées par les nervures à arêtes propres au siècle suivant. Le triforium, riche de formes architecturales, est composé d’arcades en ogives tréflées et de colonnettes à chapiteaux feuillagés. La corniche qui supporte ‘la balustrade découpée à jour est elle-même très-élégante et composée de sculptures originales. Les fenêtres sont larges et traversées de meneaux nombreux; leur sommet est rempli de figures, de trèfles, de quatre-feuilles et de rosaces. Elles sont assez habilement exécutées pour soutenir le parallèle avec les ouvertures ogivales les plus grandes et les plus hardies. La pierre perd sa lourdeur pour se contourner en fleurs gracieuses ; les lois de la pesanteur semblent détruites, tant les murailles sont transparentes! On dirait que les voûtes flottent dans l'air, comme de légers pavillons de soie soutenus au-dessus de la terre sur de grèles appuis, retenus par des guirlandes de feuillages qui remplacent des liens nécessaires. Le jour, tempéré dans son éclat, se joue dans les nervures et les clefs ciselées, et produit une illusion plus saisissante encore par les effets trompeurs de l'optique.

Le chœur et l’abside ont été construits d'après les principes d’un art moins austère, mais malheureusement aussi moins pur et moins correct. Ces parties appartiennent au commencement de la décadence des arts chrétiens, à la fin du quinzième siècle. Les moulures prismatiques avaient succédé aux formes circulaires, et le tympan des fenêtres se remplissait des mille créations fantastiques qui sortaient de l'imagination des sculpteurs. Ce système flamboyant est en-

core empreint de cette suave poésie qui s’exhale de toutes les

EVREUX. 595 modifications de l’architecture catholique, malgré l’altération de cette noble simplicité primitive. Si nous n’avions pas de comparaison à établir, nous donnerions tous les éloges à ces compositions animées , à ces ciselures délicates, à cette ornementation vigoureuse et luxuriante qui semblent faire le caractère des constructions du quinzième siècle. Nous ne ferions pas sentir ce qu’il y a de dur, de prétentieux et de maniéré dans ces feuilles profondément découpées, dans ces guirlandes composées de fleurs et de feuillages laciniés, dans ces lignes anguleuses, dans ces piliers chargés de moulures prismatiques, si nous ne possédions pas ces riches corbeilles des époques précédentes, où les productions végétales sont jetées avec cette négligence apparente, qui est le dernier triomphe de l’art, où tous les détails sont traités avec ces contours flexibles et moelleux, si agréables au regard. Le chœur et l’abside de Notre-Dame d’Évreux sont admirables dans leur genre, et ils peuvent être considérés comme une des plus remarquables constructions de l'architecture ogivale flamboyante.

On a dit que le dôme classique n’avait pas été fait pour surmonter le temple chrétien. Nous n’admettons cette opinion que jusqu’à un certain point; mais ce qui ne peut être nié de personne, c’est que le style ogival avait su faire subir une merveilleuse transformation à la coupole latine. Nous avons parlé longuement ailleurs de la magique construction de la lanterne de Coutances ; le dôme gothique d'Évreux est également admirable. Le chef-d'œuvre de ce genre avait été réalisé à Beauvais, mais il avait été audacieux jusqu'à la té-

mérité, et la pyramide transparente ne subsista qu’un petit

nombre d'années. La lanterne d'Évreux fut bâtie par le cardinal La Ballue, sous le règne de Louis XI, qui en fit la dépense.

Les chapelles absidales, surtout celle de la Sainte-Vierge, doivent être rapportées à cette variété du style ogival flamboyant, que quelques archéologues ont appelé fleuri. Elles sont bâties avec tout le luxe et toute la magnificence que les artistes pouvaient déployer. Les vitraux peints qu'on y observe, ainsi que dans plusieurs autres endroits, sont l’œuvre du seizième siècle, et admirés des connaisseurs. La richesse du dessin est en rapport avec la vivacité des couleurs.

L'extérieur de la cathédrale d'Évreux n’est pas en désaccord avec l’intérieur. La pyramide qui s’élève au milieu des transsepts est pleine de force et de grâce; elle est somptueusement ornée, et l’on serait tenté de croire qu’elle laisse voltiger au souffle des vents les légères dentelles qui la couvrent jusqu’à la tête. Les fenêtres sont surmontées extérieurement d'espèces de frontons triangulaires embellis de crosses végétales. Les contre-forts eux-mêmes sont richement parés. La porte qui s’ouvre au nord est chargée d’ornements de toute espèce; il n'en est pas de même de celle qui est située au frontispice principal. Elle est lourde et insignifiante. La façade est moderne et présente de massives colonnes , appliquées à plusieurs étages sur un grand mur plat et opaque. Si la matière peut être, pour ainsi dire, idéalisée par la puissance de l'art, ce n’est pas à la façade de Notre-Dame d'Évreux qu'il faudra en aller demander un exemple. C'est de la maconnerie pesante, froide, inanimée.

N A HE Le DUMBEA JAUNE = AN TO MAU

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