SOISSONS
ont prétendu, sans fondement et par un vain orgueil national , que le style gothique avait reçu ses premières applications dans leur pays : de là, les fausses dénominations de style anglais, de style tudesque ou germanique. Les Italiens ; mieux en état de juger impartialement dans la cause présente, considèrent l'architecture dont l'arc en tiers point semble être le caractère essentiel comme ayant eu son berceau en France. Nous connaissons certains auteurs remplis d’érudition , aussi distingués par la profondeur de leur science que par la justesse de leurs observations » Qui soutiennent que ce style admirable, la plus merveilleuse création du génie chrétien, s’est développé d’abord en Normandie et que plus tard , de cette province riche en monuments de tous les âges , il s’est répandu dans les autres contrées. D'autres auteurs , non moins recommandables que les précédents, regardent, avec un peu plus de vraisemblance peutêtre , cette partie de la France qui comprend aujourd'hui les départements de l'Oise et de l'Aisne , comme le véritable pays natal de l’art ogival, comme le sol heureux où il eut son premier épanouissement. Les fameuses cathédrales de Laon, de Soissons, de Senlis , etc. , seraient citées à l'appui de cette opinion. Ces monuments et quelques autres moins connus, mais aussi curieux, offrirent les premiers une expression complète d'un système qui devait avoir de si brillantes destinées. II est certain que ces édifices peuvent ètre montrés comme types de la généralisation de l’ogive. Pour nous , sans rien discuter ici , et eflleurant une question que nous approfondirons ailleurs, nous pensons que toute décision à ce sujet serait maintenant prématurée. Ce A
n’est qu'après avoir étudié comparativement une foule de monuments jusqu'à présent restés ignorés ou méconnus, que l’on pourra espérer de parvenir à une solution de quelque valeur.
Les fondements de la cathédrale actuelle de Soissons furent posés dans le cours du douzième siècle, sur l’emplacement de l’église qui avait succédé à l’oratoire primitif. Une vieille pierre, enclavée dans une muraille et qui porte tous les caractères désirables d’antiquité, fixe par ces deux lignes l’époque de la construction de l'édifice.
Anno milleno ducenten o duodeno
Hunc intrare chorum cœpit grex canonicorum.
Il paraît que dès le commencement du treizième siècle les travaux furent continués avec la plus grande activité : les caractères architectoniques l’attestent d’une manière évidente. Ce n'est pas à dire que tout jusqu'aux moindres détails appartienne au même siècle et au même système artistique : « L'art chrétien, dit M. l'abbé Poquet, est venu successivement déposer dans l’église de Soissons , avec son génie propre, des richesses variées et parfois ses capricieuses transformations. »
Le plan de la cathédrale de Soissons est régulier , il présente cependant une particularité assez remarquable , dans la disposition d’un des bras du transsept en forme d’abside. En voici les dimensions principales : longueur totale , cent mètres ; largeur, vingt-six mètres ; hauteur sous voûte, tren-
te-trois mètres trente centimètres. L'effet de l’ensemble est