STYLE GOTHIQUE BRABANÇON
LK style gothique fut en retard d'environ un demi-siècle sur celui de la France dans les Flandres et la Néerlande ; par contre il s'y maintient jusqu'au XVIT siècle. Les croisées d'ogives y pénètrent lentement, on les voit apparaître vers 1 190 à Tournai ('), au
XIII'' siècle à Saint-Sauveur de Bruges et à Saint-Martin d'Ypres, où l'influence française s'accuse dans le plan et dans le décor : les autres églises ont d'ordinaire un chœur fermé ou un déambulatoire sans chapelles Le chœur superbe de la cathédrale de Tournai, imité des vaisseaux français, fut commencé en 1225 ; les chapelles rayonnantes y font place à de simples renfoncements à trois pans, ce qui se reproduit fréquemment dans les Pays-Bas. Les chœurs de la cathédrale d'\'pres et de l'abbatiale de Lisseweghe empruntent à celui de Braine-en-Soissonnais leurs chapelles collatérales en absidioles plantées diagonalement. Presque partout les sup])orts des nefs sont des colonnes rondes à chapiteaux ornés de feuilles d'arum enroulées à leur bout, en volute, ayant pour œil une sorte (le bout de cigare. Au pays mosan la corbeille du chapiteau se garnit de feuilles d'eau qui y paraissent collées. Au XV' siècle le chapiteau brabançon offre deux rangées de feuillages en bouquets, dont le supérieur garnit les saillies de l'abaque octogonal. En Brabant les bas-côtés sont souvent couverts de combles transversaux, offrant en façade des séries de pignons garnis de lancettes aveugles ; parfois des gftbles élancés abritent les verrières et recoupent la balustrade qui couronne le mur.
La sculpture est sobre, pour ne pas dire indigente. L'influence des Cisterciens, qui ont élevé Villers, Aulne, Orval, le Val St-Lambert, etc., semble avoir répandu leur austérité sur les premiers monuments gothiques belges.
L'influence du style français atteignit aussi la vallée de la Meuse (Chimay, Walcourt, Uinant, Liège), et surtout le Brabant, soumis à l'évêché de Cambrai. Mons, dont le plan est copié sur celui d'Amiens, Malines, Anvers, et Bois-le-Duc sont les principaux produits de l'imitation des cathédrales françaises, avec leurs couronnes de chapelles rayonnantes ; les deux dernières ont (les piles en faisceaux de colonnettes, tandis que la plupart des autres gardent fidèlement leurs colonnes monocylindriques.
La Flandre maritime possède un type spécial d'églises en briques, aux trois nefs juxtaposées sous des combles distincts, accompagnées de puissantes tours en briques à flèche aiguë. La Campine offre des vaisseaux à nefs émergeantes également accompagnés de tours colossales.
Du XIV" au XVI* siècle surgirent en Brabant, tant hollandais que belge, quantité de belles églises empreintes d'une physionomie propre. Elles sont bâties en belle pierre jaune brabançonne, I. Chapelle épiscopale.
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CATHÉDRALE DR MALINRS 207
sur des plans français, avec des chapelles rayonnantes et des voûtes en croisées d'ogives, mais dans des formes de détail spéciales, d'une grande délicatesse. Telles sont, outre Malines, Anvers et Bois-le-Duc, la cathédrale de Gand, les collégiales de Bruxelles et de Louvain, Saint-Gommaire de Lierre, Notre-Dame de Breda. Elles se distinguent par leurs tours puissantes. Souvent la tour est unique et placée en tête, couvrant la première travée de la nef. Celle de Malines, inachevée, est colossale, et l'une des tours jumelles d'Anvers est aussi riche qu'élancée.
L'école brabançonne fleurit sous deux grands maîtres, Rombaut Keldermans et Dominique VVaghemaker.
Le XVe siècle est l'époque de l'efïïorescence du style gothique dans la Néerlande, pays conquis tardivement sur la mer à cette époque.
Les églises hollandaises, comme leurs contemporaines belges qui ont échappé à l'influence française directe, offrent deux traits bien caractéristiques : leurs piles sont monocylindriques et le chœur est entouré d'un déambulatoire dépourvu de chapelles rayonnantes ; du moins elles n'ont que des pseudo-absidioles à trois pans. Souvent la superstructure est formée d'un berceau lambrissé (').
L — CATHEDRALE DE MALINES
SAINT-ROMBAUT de Malines, Saint-Jean de Bois-le-Duc et Notre-Dame d'Anvers résument le gothique brabançon dans une trilogie superbe. On ne connaît, dit M. le chanoine Van Caster i^), rien de précis sur l'origine et les commencements de la cathédrale de Malines. La destruction de ses archives, qui eut lieu pendant les troubles du XVI" siècle, a rendu toute investigation impossible. Les nefs et les transepts, en pierre de Tournai, sont les parties les plus anciennes ; leur construction remonte au XI 11^ siècle. On y ajouta peu après les trois premières travées du chœur, et la consécration du monument eut lieu le 31 mars 131 2. L'incendie du 29 mai 1342 qui détruisit, paraît-il, plus de la moitié de la ville, n'épargna pas l'église, dont la toiture fut entièrement consumée par les flammes. Les dégâts étaient grands et la restauration ne se fit que lentement. Dans l'entretemps les chanoines célébrèrent leurs offices à Sainte-Catherine, et ce ne fut qu'en 1366 qu'ils purent les reprendre à leur collégiale.
En plan l'église métropolitaine belge offre l'ordonnance type des cathédrales d'Occident : large nef de six travées (non compris, le vaste dessous de la tour), accostée de bas-côtés, interrompue par un transept franchement accusé, continuée par un chœur profond de trois travées, que termine une abside à sept pans. Le collatéral se poursuit autour du chœur, bordé lui-même de onze chapelles, dont sept rayonnantes ; le tout est supérieurement proportionné.
Après avoir restauré l'église, on travailla à son achèvement. La quatrième travée du chœur, ainsi que la partie absidale avec son pourtour et ses chapelles, furent
1. Van Zulichen, Le style ogival des églises du loyaume des Pays-Bas.
2. Guides belges. — Malines^ par l'abbé Van Caster, Soc. Saint- Augustin.