‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 158 sur 303 · C. Enlart, Revue de l'Art chrétien, 1S94, p · texte numérisé non relu

C. Enlart, Revue de l'Art chrétien, 1S94, p

Catliédrales Gothiques

Mais, nous l'avons dit, ce ne sont pas les mérites de l'architecture qui doivent retenir notre attention ; c'est le poème écrit avec le pinceau et consacré par le patriarche de la peinture italienne au patriarche de la Sainte Pauvreté. Celui-ci y est l'-lorifié par des chefs-d'œuvre de la peinture, qui font d'Assise un centre de pèlerinage autant pour les artistes que pour les dévots : nous assistons ici aux origines de la grande école ombrienne.

Au milieu du XIII' siècle, Cimabuë, le père de l'école Horentine, était occupé à peindre les grandes figures hiératiques à allure byzantine qui ornent l'église haute d'une manière si grandiose, lorsque, se rendant de Florence à Vespignano, il rencontra sur son chemin un petit pâtre de dix ans, occupé à dessiner sur une pierre plate une brebis de son troupeau. Étonné de la manière remarquable dont le jeune artiste dessinait son modèle, Cimabuë lui dit: «Voudrais-tu venir avec moi? — • J'irais volontiers, dit l'enfant, si mon père y consentait. » Le père, simple laboureur nommé Bondone, consentit, et Cimabuë amena Giotto à Florence et lui enseigna son art. L'élève surpassa bientôt son maître ; il était destiné à devenir le roi de la peinture chrétienne.

Dans la plénitude de son talent, il a peint, dit Mgr Gaume, les grandes figures devant lesquelles six siècles sont restés muets d'admiration. « De son côté, Giottino, supérieur peut-être a Giotto pour la forme, l'harmonie, et le sentiment, a déposé le tribut de son génie dans X I listoi^-e de Noiye-Seigncur et de la Trcs Sainte Vierge, qui décore la travée droite de l'église inférieure. Stefano Fierontino, Puccio Copanna, Buonnamico, Buffulmaco et bien d'autres sont venus écrire quelques lignes de ce grand poème. > On sait que l'un d'eux exprimait ainsi la pensée de tous : « Nous autres, peintres, en travaillant dans ce sanctuaire des beaux-arts, nous ne nous occupons d'autre chose que de faire des saints et des saintes sur les murs et sur les autels, afin que par ce moyen les hommes, au grand dépit des démons, soient plus portés à la vertu et à la piété. » C'était tracer le véritable et éternel programme de l'art chrétien.

Dans les magnifiques fresques de l'église inférieure, on peut comparer les caractères particuliers de l'art florentin et de l'art siennois à leurs débuts ; Giotto y a travaillé avec un élève à partir de 1306. Il y a peint une crucifixion et la fin de l'histoire de saint François. Le plafond du transept de droite est d'un artiste Siennois ; le transept de gauche fut décoré par Pietro Lorenzetti de Sienne, qui y mit la Madone sur fond d'or et des scènes de la Passion. Enfin Simone Martini peignit entre 1317 et 1320 la chapelle de Saint-Martin ('). On y admire les célèbres figures de Giotto figurant les trois vertus monastiques. Voici comment Rio les décrit ; < La Chasteté est figurée par une femme voilée, qui prie dans une forteresse gardée par deux anges ; c'est à peine si les yeux peuvent l'apercevoir à travers une étroite fenêtre ; on voit seulement qu'elle repousse les couronnes et les palmes que des tentateurs viennent lui offrir. — De l'autre côté on voit X Obéissance, vêtue d'un humble sac, posant la main gauche sur le livre de la Règle, et l'index de la main droite sur sa bouche pour signifier le silence, tandis qu'un moine s'incline devant

I. V. p. Schubring, Les fresques de la crypte de r église Saint- François d'Assise.

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