II. — STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE
VERS le milieu du .XII'" siècle, la sélection s'était faite entre les procédés si variés, imaginés par les constructeurs romans pour voûter les diverses parties de leurs églises, dont le plan s'était remarquablement développé. Leurs écoles régionales, au nombre d'une douzaine, s'étaient fondues en quelques-unes, et l'unité se faisait dans l'architecture religieuse, de telle sorte que si l'on peut encore distinguer au XI II"-' siècle quelques différences entre quelques écoles gothiques, ces différences ne sont plus considérables. Le type de style gothique, est celui du centre de la France, constitué dans la domaine de la Couronne. Kn même temps que celui-ci s'étend par l'annexion politique des provinces limitrophes de manière à englober toute la France et constituer une unité nationale, de même le style français fait tache d'huile et s'étend progressivement vers le Nord et vers le Midi, vers l'Est et l'Ouest, et même se propage à l'étranger. Dans le Midi se maintient çà et là le système de la large nef unique ; dans l'Ouest, on reste fidèle au système des voûtes domicales à liernes, compromis entre la croisée d'ogives carrée et la coupole ; partout ailleurs on accepte le système de l'Ile-de-France, qui aboutit à l'application de la croisée d'ogives barlongue, compliquée finalement de liernes et tiercerons. La voûte nervée est donc la génératrice du style gothique, et nous devons nous y arrêter un instant.
Tous les efforts des architectes du moyen âge, dit M. Gonse ('), convergent vers la réalisation du principe d'équilibre résultant de l'emploi de la voûte et des arcs. Ce principe représente, vis-à-vis de la stabilité inerte, un immense, un définitif progrès ; il est la base scientifique de la construction moderne et le point de départ des évolutions futures : on peut affirmer, sans exagération, qu'il est une des plus importantes conquêtes du génie humain. « ]Jorgane fondaviental de la structure gothique, le principe générateur absolu du système ogival, c'est la voûte d'arêtes appareillée sur une membrure indépendante, ou, pour parler plus clairement, la voûte sur nervures entrecroisées, celle que le moyen âge appelait voûte sur croisées d'ogives. > < La croisée d'ogives était connue dans l'Ile-de-France dés la fin du XI<= siècle. On en constate l'apparition dans quelques bases de clochers, mais à l'état informe et si primitif, que c'est à peine si on peut en tenir compte. Le premier exemple indiscutable se montre dans le chœur de la grande église abbatiale de Morienval, bourgade de 900 habitants jjcrduc dans le fond d'un ravin qui aboutit à la vallée de l'Authonne. >
Depuis que M. Gonse écrivit ces lignes, la question de la naissance de la croisée d'ogives a été l'objet de discussions ardentes, auxquelles ont pris part MM.Lefèbvre-Pontalis et R. de Lastejrie, feu Anthymc Saint-I'aul, etc. On paraît être d'accord pour fixer la date de l'éclosion de cette merveille entre 1 1 10 et 1 1 1 5. Elle était en usage en Picardie vers 1 120 (*).
Grâces à elles la cathédrale gothique parvint bientôt à son parfait développement. Donnons-en une idée générale.
La cathédrale française est une vaste halle à triple nef, coupée dans le milieu par le transept. La nef médiane est émergeante, éclairée par une haute claire-voie. Les collatéraux, parfois doubles, sont couverts en appentis, et souvent ils font retour dans les croisillons du tran.sept. L'édifice est terminé à l'Ouest par un pignon percé au-dessus du grand portail