‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 3 sur 303 · STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE · texte numérisé non relu

STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE

d'un immense fenestrage et flanciué de deux grandes tours. Les bras du transept sont terminés également par de hauts pignons, où s'ouvrent de grandes verrières avec roses, et de larges portails. Mais les splendeurs de l'architecture se développent surtout au chœur, dont les collatéraux se continuent autour d'un rond-point. Des chapelles flanquent le collatéral, prenant, au chevet, la forme d'une couronne dabsidioles rayonnantes. Le déambulatoire ainsi constitué est parfois double. La chapelle absidale du chevet est souvent consacrée à Notre- Dame, et se développe en profondeur. Toute la construction est devenue svelte, aérienne, ajourée par de vraies broderfes de pierre. Toute la poussée des voûtes étant équilibrée par les arcs-boutants, les supports n'ont plus que des charges verl icales à supporter et se réduisent a une section minime, encombrant le moins possible la vue et le passage. Des forêts de colonnettes élégantes ou de colonnettes groupées en faisceaux supportent des arcades moulurées et des voûtes hardies et légères. Le système des voûtes nervées s'est perfectionné par la simplification de leur tracé, mais aussi par leur souplesse et leur facile adaptation à des espaces irréguliers qui se rencontrent dans certaines parties de l'édifice, particulièrement dans les rond-point, dans les chapelles absidales et surtout dans le déambulatoire. Là se rencontrent des travées qui .sont nécessairement tracées, en plan, lu for.me de trapèze, plus large versi l'extérieur que vers l'intérieur ; si l'ambulacre est double, les travées externes vont à leur tour en s'élargissant davantage. De là des difficultés singulières, dont les architectes du XIII« siècle se sont tirés triomphalement, en adoptant des plantations spéciales des colonnes, dans leurs doubles collatéraux. Ils ont doublé le nombre de ces colonnes, triplé celui des colonnettes adossées au mur externe, et, grâce à l'emploi de voûtes sur plan triangulaire, imaginé les plus ingénieuses combinaisons, dont nous verrons des exemples à Notre-Dame à Paris, au Mans, à Bourges, etc.

La première période gothique est caractérisée par la pureté et la simplicité des formes. Les fenestrages surtout ont un dessin sévère. Les baies forment des groupes de deux à trois lancettes souvent surmontées d'oculus. Le triforium affecte la forme d'arcades isolées par travées, subdivisées en deux ou trois arceaux. Les piles sont rondes ou formées de noyaux cylindriques avec quelques colonnes engagées ; à la croisée elles forment de puissants faisceaux de colonnettes. Les balustrades des corniches sont percées d'une série d'arceaux rangés. Les moulures sont toriques. Les chapiteaux sont ornés de larges feuilles d'eau épanouies à leurs extrémités en crosses végétales. Les voûtes sont de simples croisées d'ogives, avec quelquefois des doubleaux de recoupement et de doubles formerets système transitionnel.

Fig. I.

COUPJB DE L I i.LIsl,

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« Pendant le second quart du XII« siècle, dit l'auteur cité plus haut, l'architecture de l'Ile-de-France achève son mouvement transitionnel... Le premier monument qui s'offre à

CATHMDRALKS GOTHIQUES

l'examen est 1 cglisc collégiale de Saint- Louis de Poissy. 11 est, avec le chœur de Saint-Martindes-Champs et l'cglise de Cormeilles en Parisis, 1 édifice le plus ancien de la région parisienne où se manifeste l'influence du nouveau style. >

€ Les deux édifices les plus importants de la période de transition et pouvant être considérés comme les premiers édifices vraiment gothiques, sont Notre-Dame de Senlis et l'église abbatiale de Saint-Denis ; et cette dernière passe particulièrement pour être l'œuvre

SKCTIONS DES PII.IKRS (iOTHIQUI

la plus célèbre de celle époque. Viollet-le-Duc et tous ceux qui, entraînés par le prestige du talent, se sont enrôlés sous sa bannière, l'ont non seulement proclamée le premier des monuments gothiques, mais ils y ont vu le point de départ, le type créateur du système entier ; on a même été jusqu'à vouloir faire de Suger le premier des architectes gothiques... Une telle opinion n'est plus en rapport avec les progrès de l'archéologie... Lorsque Suger jeta les fondements de .sa basilique, la croisée d'ogives était inventée et pratiquée depuis plus

de cinquante ans par les constructeurs de l'Ile-de-France.» « Une première floraison architecturale, et non la moins vivace, se jiroduit de 11 50 à 1180, sous le règne de Louisle-Jeune, dans le domaine royal et dans quelques régions immédiatement contiguës. De vastes églises commencent à sortir de terre. De puissants évêques, soutenus par l'enthousiasme des communes, jettent les fondements des cathédrales de Noyon, de Laon, de Paris, de Soissons, d'Arras, de Cambrai. Notre-Dame de Noyon et le transept arrondi de Soissons sont les exemples les plus typiques du style ogival primaire. >

« La grande poussée de sève de l'architecture gothique se trouve circonscrite entre les quatre règnes de Louis-le-Gros, de Louis-le-Jeune,de Philippe- Auguste et de saint Louis ; un siècle et demi de pure lumière, de gloire et de fortune. Ces quatre règnes jettent les fondements de l'unité française. >

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Fig. J. — PLAN nVS l'ILIEU llK I.A CKOIKKK.

Le style gothique ainsi formé dans le Domaine de la Couronne et dans son proche voisinage, se répandit de proche en proche et donna bientôt naissance aux grandes cathédrales de Chartres, d'Amiens, de Reims, de Hourges, qui sont les chefs-d'œuvre de l'architecture française. On y voit la structure se développer et commencer sa lente évolution.

Indiquons sommairement les caractères des organes de cette structure.

Les piliers, monocylindriques, se consolident à l'aide de colonnettes engagées (Jîg. 2, j et 4). Les piliers de la croisée forment de puissants faisceaux decoloimes soudées ensemble (Jig.j). La base offre le profil attique perfectionné par 1 aplatissement du gros tore, qui est solidarisé avec une plinthe moulurée ^yT^.d <•//;; on voit subsister exce])tionnellement le renfort formé par la patte ou griffe (fig. 8). Les bases débordantes offrent parfois sous le tore un soutien en forme de console.

Le chapiteau s'orne de feuilles d'eau (arum, nénuphar) naissant du gorgerin (Jig. ç, 10 et i r) et

STYLE GOTHIQUE l'RIMAIRE

Fig. 7. — PROFIL DE LA BASE DE LA TRANSITION.

fig-. 6. — PROFIL DE BASE GOTHIQUE.

Fir. S. — BASE PATTEEDE LA TRANSITION.

Fig. Ç. — CHAPITEAU A FEUILLE d'aRUII. '

Fig. 10. — CHAPITEAU DU STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE.

Fig. II. — CHAriTKAU A CRlMllEI s ENROULES.

CATllKDKALKS GOTHIQUES

Ft]i;. /2 tt 13. — CHAI'ITEAUX A CltOCH

ETS KPANODIS.

Pig, /j. — (immi'K DES CHAPITEAUX D'UN PILIER.

/'if. /y. — rll.lKK O'iTHlglK.

Fig. 16. — FB18E A rEtIl,l,ES IJK VII. M.>.

STYLE GOTIIIOUE FRIMAIRE

soutenant les an^'^les de l'abaque, souvent à l'aide d'un eiu'ouleinent en crochet (fig- 1 1 ), qui le plus souvent s'épanouit en crosse végétale (fig. 12 et /j). i'ius tard se développent fies feuillages tapissant la corbeille (fig. ij).

Les différentes parties centrales et culminantes s'épanouissent en sculptures grasses, en (ornements floraux jeunes ; clefs de voûtes (fig. //), fleurons terminaux (fig. iS' ), crosses de ram])ant (fig. iç), rinceaux courant dans les frises (fig. 16), etc.

Les voûtes sont épaulées, par des arcs boutants, qui ont parfois double travée et double étage. Des tours jumelles carrées encadrent les pignons de façade. Les pignons du transept

Fig. JÇ. — CROCHETS DE R.\MPAXT.

Fig. iS. — pi.b'juon gothique.

sont percés d'une rose et d'un grand portail. Au chevet viennent se grouper des chapelles rayonnantes, en couronne autour du déambulatoire.

Le XI 11^ siècle est l'âge d'or, qui a multiplié les merveilles sur le sol de la chrétienté, qui a couvert la France surtout de cathédrales splendides. Alors les maîtresmaçons furent plus habiles et plus hardis que nos ingénieurs jnodernes, les tailleurs de pierre furent des sculpteurs ravissants ; l'architecture et la sculpture furent inséparables et solidaires ; tous les arts, inspirés de la théologie et des sentiments mystiques, chantaient les louanges de Dieu dans un concert intime ; l'architecture, la sculpture, la peinture, la verrerie se tenaient par la main et unissaient leurs efforts ; l'iconographie symbolique était familière au commun du peuple, et l'orfèvrerie étincelait de splendeurs divines.

Clocher de Chartres, nef d'Amiens, Chœur de Beauvais, portail de Reims.

Ce dicton nous servira depif^raphe et de résumé au chapitre que nous allons consacrer à des monuments qui sont à peu près les quatre plus beaux de France

Nous y voyons s'épanouir toute la sève géniale d'un art à son apogée. Les maitres-maçons d'alors sont parvenus à posséder leur art si parfaitement, que la construction est devenue par eux un triomphe. Ils vont arriver à la solution complète àw problème Jondavte Ht al, qui est celui de la structure des voûtes.

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