‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 26 sur 303 · V. R. de Lasteyrie, Antiquaires de France · texte numérisé non relu

V. R. de Lasteyrie, Antiquaires de France

CATHÉDRALE DK PARIS

dernes sont plus grands sorciers, car ils ont fait pour la grand'porte des pcuturcs superbes, presque dignes des ancêtres. Il est vrai que ce fut un prodigieux travail. Dans la porte de Sainte-Anne, construite au XI Ile siècle, on a utilisé un tympan plus ancien, qui paraît être le plus vieux morceau de sculpture de l'espèce conservé dans la région qui fut le berceau de l'art gothique, le prototype des belles décorations des portails. La Vierge assise du tympan est imitée de celle de Chartres. Le roi Louis VII et l'évêque Maurice de Sully sont représentés à ses pieds. Le tympan est postérieur

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CLnTUEB DU CHŒUIl DK NllTRE-DAME DE l'AKIîS

à II 80. La porte a reçu sa forme actuelle dans la seconde moitié du règne de saint Louis (').

La nef, avec ses piles cylindriques et son étage de tribunes, rappelle encore un peu la basilique antique. Comme la cathédrale de Laon et plusieurs églises normandes, elle garde cet étage de collatéraux, qui caractérise la transition du style roman au style gothique. Les voûtes d'arêtes qui couvrent ces galeries d'étage sont fort remarquables, en ce que le voûtain contigu au mur extérieur se relève, comme nous l'avons dit, fortement vers le formeret, de manière à introduire dans le vaisseau, sous une direction plongeante, une abondante lumière. Au XlVe siècle on remania d'une façon hardie les arcs-boutants des nefs pour agrandir les fenêtres hautes. Deux travées de la grande nef, celles qui sont voisines du transept et furent maintenues par prudence, restent comme un spécimen du vaisseau romano-gothique. Soixante-quinze piles, la plupart

I. V. R. de Lasteyrie, Bulletin Monuiiuntal, année 1903, n° 3.

inonocylindriques encore, supportent les voûtes, dont les clefs planent à 35 mètres de hauteur. Ces piles sont encore romanes ; bientôt la lojrique ogivale va les transformer en groupes de colonnes, comme nous allons le voir, à Amiens et à Reims, plus tard en faisceaux de colonnettes.

Cette nef est un chef-d'œuvre : on ne peut guère lui reprocher qu'un certain écrasement des nefs latérales. Elle allie dans une harmonie parfaite la fière grandeur du XII<^ siècle et les sévérités d'un art primitif avec les grâces naissantes de l'art

Fi^. 52. — CLGTUUE Df CIHKUl! DE N(JTKE-DA.ME DE PAIUS.

nouveau. « Elle appartient, dit l'auteur que nous citions tantôt, à ce moment unique fugitif du passage de l'adolescence à la maturité qui est, pour les arts comme pour les individus, l'heure des ardeurs généreuses et des témérités inconscientes. »

D'un bout à l'autre s'étendent les cinq nefs portées par 120 piliers puissants qui semblent supporter un monde sur leurs épaules : ils forment une double enceinte autour des nefs et du chœur, dans un pourtour en demi-cercle, gâté par Louis XIV. Les quatre maitres piliers de la croisée sont relativement pauvres comme tracé et profil, comparés à ceux de Reims et d'Amiens.

Le chœur, élevé plus tard par le successeur de Maurice de Sully ('), maintient une harmonie parfaite, tout en ayant son caractère à lui. Il offre des chapelles rayonnantes curieusement disposées. Ce ne sont pas des absidioles greffées au déambulatoire, mais une série de travées collatérales comprises dans le mur externe, tracées en demi. cercle, et séparées par des refends. Le voûtement du déambulatoire est très

I. M. H. Steen a récemment établi (^Antiquaires de /-'rance, mém. 191 1, p. 14) que Pierre de Montereau fut le successeur de Jean de Chelles, et on doit lui attribuer le croisillon Nord.

CATHÉDRALE D'AMIENS 41

ingénieux ; les deux nefs collatérales sont séparées par des colonnes deux fois plus nombreuses qu'au rond-point de l'abside du chœur. Le plan (Jii^'. 41 ) fait voir le système de voûtes très simples, à plan triangulaire, que supportent les colonnes.

La clôture du chœur est ornée de remarquables bas-reliefs. Nous en donnons de nombreuses vues, de préférence aux vues d'ensemble du monument, qui sont assez répandues. C'est maître Jehan Ravy, nous dit une inscription, qui commença ces « nouvelles histoires » et maître Jehan le Bouteiller, son neveu, les acheva en 144 1. Une partie a été détruite ; les groupes qui subsistent représentent l'Histoire du Christ. Nous reproduisons celles qui figurent l'apparition de Jésus au bord du lac de Tibériade, la scène de l'incrédulité de saint Thomas, l'apparition du Christ aux dix apôtres, les pèlerins d'Emmaiis, l'apparition du Sauveur en Galilée, le Sermon sur la Montagne, le divin jardinier, 1 apparition aux trois Marie, etc.

Placée au centre des révolutions de la mode, Notre-Dame de Paris a eu, hélas ! cruellement à souffrir des caprices de cette grande inconstante. 11 serait trop long de faire ici l'histoire de ses malheurs.

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