I. V. VioIlet-le-Duc, Dict.rais. d'ardi., Il
CATHÉDRALE DE BOURGES ()
«^^ IL est, dit M. H. Stein (-), un édifice où la science profonde et l'étonnante wU habileté ont eu raison des plus jurandes difficultés, c'est la cathédrale de Bourges,œuvre géniale où tout concourt à une parfaite entente de la statique et de l'appareil-
^'A'- 79- ~ KXTKRIKUlt DE I,A CATIlKDleALE DE KOUItGES.
lage. On pense que le plan et les premiers travaux sont dus à un architecte parisien qui serait venu à Bourges avant 1180. Un peu plus tard, Eudes de Sully, ancien chanoine de Bourges, fut élu évêque de Paris, alors que son frère était archevêque de
1. B"° A. de Girardot et H. Durand, /.a catludrale de Bourges, Orléans, 1849. Hyp. Durand, Iji cathédrale de flourges, desctipt. Iiist. et arMol. Moulins, 1849. L'abbé Barrau, Description de la cathédrale et des vitraux de Bourges, Chateauroux, 1885. V. Cahier et Martin, Afonographie de la cathédrale de Bourges; vitraux peints.
Clément (l'Abbé), En Berry. — La cathédrale de Bourges; ses richesses artistiques. In-S". Saint-Amand, imp. Saint-Joseph.
Romelot (J.-L.), Description hist. et mon. de l'église métropolitaine. Bourges, 1824.
Girardot (B"* A. de), Histoire du chapitre de Saint- Etienne de Bourges. Orléans, 1853. — La Sainte-Chapelle Je Bourges ; sa fondation, sa destruction, Paris. — Description des sculptures du portail de Bourges.
V. des Méloizes, I^s vitraux de Bourges (suite). Lille, Desclée, De Brouwer.
Didron, Rapport sur les Irav. de restaur. exécutés avant 1S48 à la cath. de Bourges. Bourges, Tardy, 1889.
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2. H. Stein, Les Architectes des cathédrales Françaises. Paris, Laurens. 1909.
CATHEDRALE DE BOURGES
Bourges, el l'on constate une grande analogie des premières voûtes avec celles du chevet de Notre-Dame de Paris. Beaucoup plus tard, on signale un maltre-d'œuvre qui paraît avoir travaillé assez longtemps à la cathédrale de Bourges, Robert de Touraine (1410-1423).
Sans remonter jusque dans la nuit des temps, rappelons que l'évêque Rodolphe de Turenne, 46^ archevêque de Bourges, conçutau IX'siècle le projet de rebâtir sa cathédrale ; on lui attribue la construction des cryptes, du moins de celle du rond-point. En réalité ces cryptes ne paraissent guère antérieures au XI I« siècle.
Les travaux qu'il commença furent poursuivis avec entrain par Gauslin (t 1039), frère du roi Robert le Pieux, mais l'édifice actuel est une reconstruction postérieure. La voûte du chœur a été achevée sous l'évêque Jean de Sully, mort en 1280.
L'église fut consacrée en 1324 par l'archêque Guillaume de Brosse, mais le vaisseau ne fut achevé qu'au XV I« siècle. D'après les Capitulaires de Charlemagne, les archevêques de Bourges avaient le droit de sacrer et de couronner, dans leurs cathédrales, les rois d'Aquitaine.
KACADE DE LA CATHEDUALE DE l'.liEHIii;:
Saint- Etienne de Bourges offre un vaste vaisseau d'une grande unité, à cinq nefs, portées sur 60 piliers, sans transept, avec crypte, abside et portails latéraux du XI 1"= siècle, nefs du XI 11^ siècle. Les flancs et surtout le chevet sont très remarquables au point de vue de la construction, avec le double collatéral couvert d'un système de voûtes ingénieux, en trapèzt-s symétriqut ment adossés et en triangles, avec les cinq chapelles absidales en saillie sur le rond point, isolées et portées en encorbellement. Le grand portail occidental a cinq baies, entre deux tours hautes, celle du
Nord, de 65 mètres, celle du Sud, de 53 mètres, enserrant un pignon percé dune rose de 9.00 m. de diamètre.
M. Ch. J. Devilie considère Saint-lùienne de Bourges «comme la plus noble b.isilique de France à l'égard de l'architecture {') i ; sans aller jusque-là, on peut dire que cet éditice prend place à côté des chefs-d'œuvre d'Amiens, de Reims, de Paris et de Chartres; malgré des défauts de détail, elle peut être égalée à Notre-Dame de Paris. C'est, selon lexpression de E. Lambin ('), « la cathédrale de toutes les clariés2>. Elle se caractérise nettement par l'absence de transept. « Eaut-il le regretter.'* Peutêtre ce transept aurait-il diminué l'unité et brisé fâcheusement les grandes lignes horizontales», il aurait en tous cas enlevé son originalité à ce colossal vaisseau tout d'une pièce, représentant le type achevé de la halle gothique. On a dit que Bourges était pauvre en décor ; c'est qu'on n'a pas étudié, comme féu Lambin, les quatrevingt-quatre chapiteaux de ses cinq nefs, sans compter ceux des colonnettes. Les premiers, subdivisés en chacun huit, donnent deux cent quatre-vingt-quatre motifs différents, où l'on remarque la feuille de figuier, rendue avec un art particulier. Il faut encore com|tter les merveilleux rinceaux du portail et les chapiteaux de la crypte, la plus claire et la plus vaste de F'rnnce.
Majestueusem-nt dressée sur une éminence qui domine de vastes plaines, c'est une des constructions les plus surprenantes (}ui existent, par l'étendue, la majesté des proportions, la régularité du plan, l'ordonnance pittoresque des travées. Elle se distingue par une austérité particulière: c'est la noble fierté d'une reine, que l'éclat de la souveraineté dispense de futiles atours. La crypte fameuse, la plus vaste de France, de 80 mètres de circonférence, et les chapelles absidales remontent au XII' siècle. L'auteur de \ Art gothique Tnit observer que l'église souterraine de Bourges est de beaucoup la partie la mieux bâtie de l'édifice : « Rien n'y a été épargné, ni la taille, ni la qualité des matcriaux, ni le luxe de la sculpture. î>
A Chartres, dit M. Gonse, lieu de pèlerinages et d'imposantes cérémonies liturgiques, c'est le chœur qui déborde et se développe au détriment de la nef; à Bourges, ville de large constitution civile et de libertés bourgeoises, point de jonction des artères commerciales de la France, \\ cathédrale sans transept, avec cinq longues et vastes nefs se prolongeant dans le sanctuaire, prend la physionomie d'une immense salle destinée à recevoir des assemblées nombreuses.
L'extérieur de la cathédrale de Bourges ne répond pas à la magnificence de l'intérieur.'Des additions postérieures ont çà et là gâté son unité. Cependant elle offre môme au dehors des morceaux remarquables. La façade principale, large de 55 mètres et couronnée de deux tours, est majestueuse, avec ses cinq portes au fond de profondes voussures surmontées de gables, sans avoir à beaucoup près la beauté magistrale et tout à fait supérieure des façades des cathédrales de Paris, d'Amiens, de Reims et de Cologne. Les iconoclastes calvinistes ont malheureusement saccagé en 1562 les nombreuses statues qui formaient sa vivante parure, y compris le beau
1. La France au XIX' iihle illustrée par ses monuments^ p. 22.