V. P. Cahier, Mélanges archéologiques, t. I
Quant aux façades latérales, elles sont peu brillantes, surtout fort gâtées par d'ineptes restaurations ; leurs portails sont élégants et originaux, celui du Midi surtout, qui s'ouvre par une double arcade trilobée, surmontée d'une belle rose en quintefeuille et reposant sur un svelte pilier, le tout encadré dans un arc plein-cintre, et très richement festonné. Le long vaisseau s'allonge majestueusement flanqué d'une cavalerie de piliers et arcs-boutants.
Les deux tours carrées, malheureusement découronnées, sont de style différent. Celle du Sud, élevée en 1530 par Guillaume Bellevoisin, a pris comme lune des tours de la cathédrale de Rouen, le nom significatif de tour de Beurre; nous expliquerons le sens de ce nom en décrivant la grande église normande. On gravit, pour l'escalader, les 396 degrés du colimaçon hexagonal qui la flanque. L'ancienne tour qu'elle remplaça s'écroula en 1 506, comme l'atteste celte inscription gravée sur la nouvelle :
Ce fut tari mil cinq cent et six De décembre le dervier jour Que par des Jondcments mal pris De Saint-Etienne chut la tour.
Dans son ensemble l'intérieur du vaisseiiu est d'une éblouissante beauté. L'élancement des colonnes à faisceaux, l'élçgance du double triforium, la sveltesse des voûtes, la forme gracieuse des fenêtres hautes, aux triples lancettes surmontées de belles roses, concourent à produire un effet grandiose et harmonieux. Les chapelles /"«i-. iî?. — PI.A.N UE LA cATiiKi>itAi.E collatéralcs étendent largement le spacieux vaisseau, et
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font ressortir ses ngnes puissantes par leurs proiondeurs ombrées. Le chœur, l'abside et les cinq nefs se déploient avec majesté, civ sées par une forêt de piliers ramifiés. L'en.semble ne peut se comparer qu'à la perspective fameuse de Notre-Dame d'Amiens, dont le style, toutefois, est bien plus pur et plus noble.
La quintuple nef, sans transept, rappelle comme plan Notre-Dame de Paris et comme élévation le chœur du Mans, avec ses arcades très hautes. Nous rencontrons même ici une disposition très caractéristique. Le premier collatéral, dépourvu de tribunes, est beaucoup plus élevé que le second, créé pour mieux soutenir ce vaisseau hardi, à la place occupée par les chapelles des bas-côtés dans les autres cathédrales. La hauteur extraordinaire des arches qui séparent ce collatéral extrême du premier collatéral, donne au vaisseau une élégance et une hardiesse peu communes, et constitue une admirable conception. Les cinq nefs ainsi étagées reçoivent abondamment la lumière et étalent le beau spectacle de leurs doubles galeries du triforium. La plus élevée offre des groupes de six arceaux, inégaux de taille, groupés sous un arc de décharge, ordonnance qui ne manque pas d'originalité ; malheureusement, par le bas, le triforium serre de trop près les maîtresses arcades des nefs.
La superstructure offre aussi de curieuses particularités. Les voûtes sont portées par un système de 60 piliers, alternant, dans la grande nef, plus gros et plus minces.
CATHÉDRALE DE BOURGES
Les croisées de nervures sont jetées avec audace sur de doubles travées carrées sexpartites recoupées par un doubleau intermédiaire, de manière à donner un formeret à chaque entrecolonnement, procédé emprunté, nous l'avons vu, à l'art septentrional.
Cependant les arcs - boutants sont tous pareils, ce qui constitue un même manque de logique, plus accentue encore, que ce lui qu'on ren contre à Pans, àLaon, à Sois sons, à Sens , les voûtes, sur plan carré, ne reportent par leurs nervures leur charge principale que dedeux à deux piles.
L'o r d o n nancedesnels avec leursdou blés collate raux se pouisuit autour du choeur. Le mur tournant qui ferme extérieurement le collatéral, et que percent de nombreuses
fenêtres, est flanqué de curieuses petites absidioles isolées, en forme de tourelles accolées, et surmontées, en guise de toit, de pyramides élancées.
Les arcs-boutants à double travée et à double étage, s'acculent à de puissants piliers extérieurs joliment couronnés d'une galerie réunissant deux pinacles. D'un autre côté, grâce à la présence du second collatéral, les piliers butants sont rejetés hors des limites de l'église, au lieu de former des refends dans les collatéraux, et ils contrebutent les voûtes hautes par des arcs-boutants à double travée et à double étage.
CATllKDRALES GOTHIQUES
itmm
La cathédrale de Bourges possède une crypte monumentale épousant la forme
du rond-point du chevet, bien éclairée et comparable à une véritable éçflise. Une des gloires de Bourges réside dans les vitraux célèbres qui ornent un grand
nombre de ses fenêtres, et dont une belle monographie a été publiée par M. des
Mcloizes (').
Parmi ces vitraux il en est qui remontent au XIII' siècle. Celui qu'ont donné les
Bouchers contient le magistral développement d'un beau thème iconographique : les
concordances entre les faits figuratifsde l'Ancien Testament et les faits accomplis sous la loi nouvelle. Sur les vingt-cinq verrières du chœur, vingt deux, à sujets légendaires, datent également du XII P siècle.
De la même époque sont les grandes figures qui décorent les baies des étages intermédiaireet supérieur autour du choeur.
/'/■f. s./. — SOUBASSEMENT DU l'OUTAII. DE LA CATUÉDItALE DE BODEGES.
ainsi que les 45 roses. Au XV^ siècle appartient la grande verrière de saint Etienne : gigantesque ensi^^mble de 150 mètres carrés de surface, où l'on voit, outre la figure colossale de saint Guillain, saint Jacques, l'ange Gabriel, la Vierge Marie, saint Etienne, saint Ursin. Plus riche encore et plus brillante est la rose qui s'ouvre au-dessus de cette baie, ainsi que les vitraux des nefs et des chapelles, qui leur sont contemporains. Parmi ceux-ci, les plus beaux de beaucoup sont ceux de la chapelle Jacques Cœur, posés vers 1450 (').
I. .\fnnotp^'iphie des vHraiix dt liourgcs. — Société Saint- Augustin, Lille. Cet ouvrage fait suite à la monographie des RR. PI'. Cahier et Martin.
1. Ces vitraux ont été réparés de nos jours, mais il s'en faut qu'ils aient été traités suivant toutes les règles de l'iconographie et de l'archéologie. De même on a peu respecté les importants vestiges de peintures murales qui ont persisté sous le badi);eon idiot qui a sévi au siècle dernier. D'autres perles sont à déplorer. Vers le milieu du XVI II* siècle le choeur subit une regrettable transformation. Le mobilier gothique qui le décorait fut mis au rancart comme < î//W//<»/W» En 1757 on démolit l'antique jubé, pour édifier à la même place une clôture nouvelle, détruite elle-même en 1791. L'ancienne remontait à la fin du .XIII" siècle ; on a retrouvé les fragments mutilés des superbes bas-reliefs qui la décoraient, employés, face retournée, comme de vulgaires moellons, dans la reconstruction du chanccl. On peut les admirer aujourd'hui dans la crypte.
V. O. Roger, L'anàen jubé de la cathédrale de Bourges. Bourges, 1892.