V. Stcin, Aiiliiiiiaires de France^ 3 févr. IÇ
3. A. Ledru et G. Fleury, La cathédrale de Saint-Julien du Mans.
CATHÉDRALE DU MANS
France. Un seul maître en effet semble avoir pu concevoir le tracé général, et cette curieuse superstructure produisant, en quelque sorte, un effet d'amphithéâtre renversé, une succession de plans échelonnés d'une manière si prestigieuse, de haut en bas que forment d'abord le haut mur du chœur, puis le premier collatéral très élevé, ensuite un second collatéral plus bas, et enfin les chapelles. Exactement comme, à la cathédrale de Bourges, une vaste claire-voie d'ambulacre apparaît derrière celle du haut mur du rond-point, et une troisième, au mur de précinction. Ajoutons que comme à Bourges, les absidioles sont isolées, et que le collatéral extrême est voûté
Fig. ÇO. — CATHÉDRALE DU MANS.
à l'aide d'une ingénieuse combinaison de voûtes alternativement quadrangulaires et triangulaires. Néanmoins l'auteur précité, négligeant trop ces analogies, trouve plutôt le prototype du superbe chœur du Mans dans celui de Coutances, où l'on trouve même modénature normande, mêmes abaques circulaires, même dédoublement des colonnes au rond-point, même élargissement du chœur, ajoute egalemt-nt à une nef romane, élargissement dissimulé par les piles de l'entrée, etc.
Thomas Toustain apporta donc au Mans des éléments empruntes aux cathédrales de Coutances et de Mayence ; l'influence normande est évidente, et l'analogie doit s'étendre à la cathédrale de Séez, qui offrait des chapelles absidales d'une plus grande profondeur. Mais quant au tracé des voûtes du chevet comparé à celui de Coutances, la similitude n'existe que dans la première travée, et il s'agit d'un tracé fort commun, sur trapèze avec croisée rectiligne en plan et clef centrale. C'est Maître Mathieu Julien, qui paraît avoir achevé les parties hautes de ce beau chœur et commencé au début du XIV^ siècle la croisée et le croisillon méridional, que devait terminer plus tard Jean-le- Maçon. Le croisillon opposé, commencé en 1402, est l'œuvre de Nicolas
So
CATllKDKALES GOTIIIOL'KS
Lécluse (t 1421). Celui-ci fut remplacé par Jean de Dammartin, originaire de „*^, Jurgeau, près d'Orléans, qui a terminé le gros oeuvre de
»»y * •• V*, 1^ cathédrale. Mais ce qui est caractéristique des voûtes
du Mans, c'est le tracé du second déambulatoire ; il comporte la multiplication des colonnes engagées dans le mur extérieur et l'alternance des travées carrées et triangulaires. Avec une variante sensible, l'architecte a pu trouver cette ingénieuse combinaison au chœur de Bourges, en même temps que la merveilleuse disposition des voûtes étagées. Viollet-le-Duc v voit un dérivé du chevet de Bourgfes. +jJ:J Ajoutons que la disposition de Saint- Julien se retrouve fidèlement copiée à la cathédrale de Tolède.
On ne peut méconnaître l'effet déplaisant qui résulte de l'étranglement du premier collatéral.
Un demi-siècle après l'achèvement de la cathédrale romane due à l'évêque Guill. Passavant, le clergé et l'évêque Maurice rêvèrent d'élever ce chœur capable de rivaliser avec les plus beaux monuments qui sortaient alors jdu sol de la France. Il fut construit en trente-sept ans. Le déambulatoire se rapproche par ses détails du style normand avec les abaques ronds de ses chapiteaux, tandis que les chapelles offrent plutôt la modénature de l'Ile-de-France et rappellent Auxerre. Ce chœur, dont nous reproduisons le plan à part, est un des plus magnifiquement développés, avec son double collatéral, ses arcs-boutants bifurques et ses sept belles et profondes absidioles du chevet, espacées comme des dents d'engrenages, et laissant entr'elles place à des fenêtres qui éclairent le déambulatoire. L'abside centrale est plus profonde que les autres, comme il convient, pour faire honneur à la Vierge à laquelle elle est dédiée. Les treize absidioles, profondes et espacées, le déambulatoire double, d'une hauteur inégale, enveloppent le rond-point en s'étageant harmonieusement, reliés par une forêt de piliers, d'arcs-boutants dont les lignes hardies et l'ensemble pittoresque produisent un spectacle émouvant. La monumentale lanterne que forme ce sanctuaire garni de treize verrières étincelantes d'une vingtaine de mètres de superficie chacune, est d'un effet magique, vue
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du centre de l'abside, malgré le défaut con- /^v- ç^- -abside kntourée de chapelles et de
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staté plus haut, consistant dans i étranglement du premier collatéral. A l'intérieur on admire l'ingénieuse combinaison d'arcs-
CATHEDRALE DU MANS
boutants du chevet, dessinant un Y en plan et se dédoublant à la travée externe pour s'appuyer sur les murs des deux absidioles voisines. Autant le chœur de Chartres est massif et puissant, dans ses membres de géant, autant celui du Mans est svelte, avec ces nombreux et légers arcs-boutants à plusieurs étages et à plusieurs travées, se bifurquant vers le dehors, pour prendre appui à la fois sur les murs de deux absides voisines et non soudées.
Par une géniale conception, l'architecte a modifié l'ordonnance typique des chapelles rayonnantes ; il les a séparées de manière à intercaler entre elles des fenêtres éclairant le collatéral du chœur, lequel collatéral est ici doublé, ce qui a permis de donner aux chapelles une profondeur considérable et insolite. On peut reprocher seulement à ce collatéral l'étroitesse des travées, sensible dans les voûtes contiguës au chœur. A cette originale disposition se lient d'autres particularités, notamment l'introduction d'un triforium du collatéral, et cet étagement prestigieux de l'intérieur des nefs successives déjà indiquées. La plus admirable série de vitraux anciens, relativement bien conservés, habilement restaurés et d'une étonnante transparence, ajoute à ce chevet superbe leur éblouissante coloration. Rien ne peut se concevoir de plus radieux que le spectacle dont on jouit quand on se trouve au pied de l'autel, et que, de toutes les absidioles, de toutes les fenêtres intercalaires, de tous les entrecolonnements, de tous les étages, on voit converger ces irradiations colorées et se développer ces perspectives féeriques.
Le chœur a sept travées couvertes par trois voûtes sexpartites et une barlongue ; le rond-point offre sept pans, et dix-sept verrières éclairent le beau chœur, dont le triforium est semblable à celui de la nef.
Le pourtour du chœur a onze chapelles, dont sept rayonnantes plus profondes et deux formant les bas-côtés du transept. Ce sont des chapelles du XII'= siècle remaniées au XVI°; les secondes à droite et à gauche sont tout entières de la construction primitive. Dans celle de droite on rencontre le petit escalier menant à la sacristie du XIII^ siècle. La chapelle du chevet a été allongée en 1840. Au Sud le chœur est flanqué d'une sacristie octogonale surmontant une crypte funéraire, antérieure au XI P siècle, remontant peut-être au XV^
Si le chœur est prestigieux dans sa structure, les nefs, que nous avons décrites en traitant de l'art roman, sont remarquables aussi dans leur élégance plus massive. Si elles n'étaient écrasées par la magnificence du chœur, elles seraient admirées à l'égal des plus purs morceaux d'architecture qui existent. Elles sont typiques avec leurs cinq travées carrées, leurs piliers alternativement cruciformes et monocylindriques, leur austère triforium et leurs voûtes d'arêtes domicales.
La façade occidentale, au vaste pignon réticulé, pareil à un colossal damier posé sur la diagonale, aux puissantes baies romanes, au.x vigoureuses voussures, est d'une majestueuse simplicité. Les trois portes à plein-cintre encadrées de zigzags et de billettes datent de 11 58. Les statues de huit ancêtres du Christ sont adossées à ses pieds-droits. Un rinceau d'acanthe encadre la. fenêtre du milieu. Les vitraux de la fenêtre contiennent en 21 médaillons toute la légende de saint Julien. Deux contreforts, puissants et rudes, portent deux étranges et mystérieuses bêtes, placées en sentinelles à la porte du saint lieu ; ces contreforts interrompent les arcades d'un grand
Cathédrales Gothiques.
triplet bizarrement recoupé. Par contre, le portail méridional, précédé d'un porche, déploie les élégances du style de transition avec ses archaïques statues. A son linteau ficrure le Christ- Docteur, entouré des bêtes apocalyptiques, qui sont les figures des évangélistes, ainsi que des apôtres.
Le grand portail, resserré entre des contreforts raides et tout unis, est d'une sim- [)licité remarquable ; ses ébrasements sont ornés de huit statues qui rappellent celles de Chartres. Elles représentent Abraham, Simeon, S. Jean- Baptiste et des Apôtres. Au dessous figurent les travaux des mois. Dans la voussure sont quatre rangs de statuettes, patriarches et prophètes.
Les portes latérales sont dénuées de statuaire.
L'ornementation de la grande façade se borne à un rinceau d'acanthe encadrant la fenêtre du milieu et à quelques chapiteaux. Aux façades latérales l'austère élégance des trois étages de baies des verrières coloriées au nombre de cent-et-neuf, et le vigoureux décor des corniches surmontées de balustrades, complètent l'effet et avivent l'impression. Les pignons du transept sont percés d'immenses fenêtres. La chapelle du chevet plus allongée que les autres, dédiée à Notre-Dame, a 13 mètres de profondeur, quatre travées et onze fenêtres ; on y a jadis découvert des fresques du XIV^ siècle. Elle présente un bel exemple de décoration picturale, avec un vol d'anges planant, au nombre d'une cinquantaine, dans les voûtes, et célébrant la gloire de Notre- Dame. Aveugles les esthètes qui, en présence de ce bel exemple, continueraient à prétendre que la peinture systématique des parois n'était pas dans les vœux des édificateurs des monuments gothiques.
En somme cet édifice, que rehaussent des sculptures dignes de l'architecture, empruntées à une faune fantastique et historiant les chapiteaux, offre dans sa nef un des chefs-d'œuvre de l'art roman, et dans son chevet une des merveilles de l'art ogival, à laquelle ne manque pas le prestige de la vitrerie polychrome. Il nous faut encore insister sur la splendeur de la monumentale lanterne que forme le chœur, garni de treize verrières étincelantes, d'une vingtaine de mètres de superficie chacune.et sur la richesse du triforium, offrant à chaque travée deux hauts cintres majeurs, portés par des groupes de colonnettes basses, et subdivisés par deux autres arcs aigus retombant sur une seule colonnette, avec, dans le tympan, de luxuriantes frondaisons de sculptures.
Fig. 9J. — BOISKRIES DE LA SACKISTIK (.\V1" UE LA CATHÉDRALE DU MANS.
CATHEDRALE DU MANS
La cathcdrale du Mans a la fortiine de posséder des vitraux de 1 époque rDinane. Ils ont été placés probablement eu il 58 parles soins de l'évêque Guillaume Passavant. Au bas de la nef, quatre panneaux d'une Ascension se distinguent par leur ancienneté. La verrière de Saint-Germain et de Saint-Protais est d'une harmonie riche et vibrante, rouges exceptionnels. A la même époque reculée appartiennent le panneau des A'o/s ///acrs- ciidoi mis. de la i:liai«-lli- di- la Vieri.(e, ceux de Jésus devant Pilate et du Christ aux hntbcs ; au bas de la nef, les cinq panneaux de YHistoirc de saint Etienne et dix des vingt-neuf panneaux du vitrail Sai?it-Julien. Dans le chœur surtout, et dans la grande chapelle absidale, c'est un véritable éblouissement de vitraux du XIII'' siècle. Dans les fenêtres des bascôtés, on a représenté V Arbre de Jessé, la légende de Notre-Dame, celle du Sauveur, celle des saints Eustaclu\ Evron, Calais. Les verrières de la nef sont occupées par d'importantes figures d'apôtres et de prélats. Les vitraux du transept Nord représentent \<tCou-
ronnement de la Vierge et le Jugement dernier. Autour sont des figures d'apôtres, de saints patrons, des donateurs et des personnages historiques au nombre de cent vingt-quatre.
On voit dans le transept le tombeau remarquable et la statue de la reine Bérangère, dont on montre en ville la modeste mais jolie habitation, devenue de nos jours le musée d'archéologie, ainsi que le mausolée, plus remarquable dans un style moins heureux, de Guil. Langey de Bellay ('), attribué à Germain Pilon. Signalons encore le tombeau de Charles IV d'Anjou (XVI" siècle), des tapisseries du XVI" siècle et un grand orgue qui remonte au XVI I" siècle.
Les lambris de la sacristie (Jig. çj), aux panneaux sculptés et historiés, sont un remarquable ouvrage de la renaissance.
I. Voir Richelet, Le Mans ancien et moderne. — A. Voisin, Noire-Dame du Mans ou Cathédrale de Saint- Julien, 1866. — Persignon, Recherches sur la Cathédrale du Mans, 1872. — H. Hublin, La Cathédrale du Mans, 1888. — Bulletin monumental, 1883, p. 3S1, p. 1884, p. 185-191. — Magasin pittoresque, 1838, p. 359.