‹ Les cathédrales gothiquesChapitre 44 sur 303 · FAÇADE DE LA CATHÉDKALE ST-BÉXIGNE DE DIJON · texte numérisé non relu

FAÇADE DE LA CATHÉDKALE ST-BÉXIGNE DE DIJON

comble au \II|e s.ecie. Cette crypte était la plus vaste de toutes celles que Ton

Fiy. çy. — PI- AN DE I.A

CATHKI>RAI,K DE DIJdS

LEVÉ EN ITlMi.

connaît ('). Ce qui en reste forme la base d'une ancienne rotonde à triple étage, balie au début du XI^ siècle à l'imitation de la rotonde du Saint Sépulcre à Jérusalem. On y voit des chapiteaux qu'on peut attribuer à l'époque mérovingienne ; sur l'un d'eux, très caractéristique, sont figurées deux colombes buvant dans un vase allongé à la façon du guttus antique.

C'est le B. Guillaume qui rebâtit au XI« siècle le vieux Saint- Bénigne. En même temps le vénérable abbé élevait derrière l'abside ce mystérieux temple circulaire à trois étages, la rotonde, monument unique, dont il ne subsiste plus, et encore très ^ restaurée, que la partie souterraine, dont nous avons parlé dans TT * * tf^ t le chapitre relatif au Temple de Jérusalem ( Tome I ).

1^ * • *n n Saint- Bénigne est de troisième ordre dans la riche série de

cathédrales françaises. La sculpture y fait presque totalement ~~N '^^J ^P^ défaut; toutefois, à la tour du Sud se mcjntre une frise à têtes t±3^ humaines, qui est un bel échantillon de la plastique bourgui-

gnonne. L'architecture est plus remarquable, et bien homogène. Élevée rapidement avec des matériaux médiocres sur un sol marécageux, l'église d'Hugues d'Arc ne s'est maintenue que par la vertu de la technique admirable du moyen âge.

La façade flanquée de deux tours élégantes, à deux étages octogones, est précédée d'un porche saillant, abritant un riche portail surmonté d'une galerie et couvert d'un appentis. Des combles richement décorés de tuiles émaillées polychromes abritent de vastes nefs dont les murs intérieurs ont été l'objet d'énormes remaniements ; nous en reparlerons. L'aspect intérieur de la triple nef, transfigurée par la restauration fort radicale de M. Suisse, est simple et noble. Les piles sont en faisceau de colonnettes. Trois absides s'ouvrent autour du chœur.

A la porte occidentale, Guillaume prodigua une imagerie barbare et grandiose, impitoyablement martelée à la Révolution. La partie inférieure des colonnes des ébrasements et les rinceaux en interlignes verticaux subsistent encore, et sont d'une beauté de ciseau achevée.

i' Au-dessus de la croisée, dit A.Arnoult.se dressait une haute tour de pierre élevée sans doute en porte à faux, qui s'écroula dans la nuit du 21 au 22 février 1271-72, ruinant toute la grande église à l'exception du portail et de la rotonde. Mais le tombeau du saint avait aussi été préservé. L'Abbé Hugues d'Arc ne crut pas

b'iij. çS. — PLAN AU CHEVET ACTUEL DK LA CATHÉDKALE DE DLJON.

I. PerrauU-Dabot, p. 28. — Bâtie .lu VI' siècle par l'ivcque de L.ingres, Grégoire, restaurée en 871, agrandie au XI* siècle, on y a retrouvé en 1858 les vestiges du martyrium et un fiagment de sarcophage qui a renfermé les r'-ues de saint Bénigne. — V. Léon M.iliir A', ;;/c ,/, /'.Ut r/nvlicii, année 1004, p. 285.

CATHEDRALE DE DIJON

possible de rétablir le Tau, dont les voûtes étaient défoncées ; il se résigna à le Cf)r

bler, et la première pierre du nouvel édifice fut

posée le 7 février 1281. Le chœur était achevé

en 1288 et la nef en 1300, néanmoins les deux

tours ne furent complétées qu'au commence

ment du XIV^ siècle.

« Le chœur de Saint- Bénigne est d'une envolée superbe ; la nef vaut moins et la façade, y compris les tours, est d'un pauvre style. L'ensemble n'en est pas moins d'une belle masse, et, vu de loin, Saint-Bénigne émerge presque tout entier du fouillis des maisons, écrasées à ses pieds.

« Le plan est fort simple : triple nef sans chapelles latérales, transept ne débordant pas sur les bas-côtés, sanctuaire polygonal accosté de deux absides secondaires, mais dépourvu de déambulatoire. Il en résulte une impression rigide, austère ; point de ces percées variées qu'offrent les églises dont le plan est plus compliqué, et l'effet est accru encore par l'élancement des piliers, qui reçoivent la naissance de la voûte à un niveau beaucoup plus élevé que dans la plupart des églises du XI II" siècle ; il suffit d'aller étudier à quelques centaines de mètres de Saint- Bénigne l'exquise Notre- Dame, pour comprendre ce que la profonde courbure de la voûte donne de grâce aisée et sereine à ce Parthénon de l'école bourguignonne ; c'est la grandeur qui domine à Saint-Bénigne ('). »

L'extérieur du vaisseau n'a de remarquable que l'uniformité qui le distingue tout spécialement. Malheureusement l'intérieur a été abominablement détérioré au siècle dernier. Le mauvais goût a été ici plus impitoyable que les pires révolutionnaires. Tout le décor sculptural a été détruit par les moines eux-mêmes, obéissant à la mode du temps ; de la résulte la froideur et la sécheresse qu'offre aujourd'hui ce vaisseau jadis très gracieux. Au surplus, les matériaux sont médiocres, l'exécution a été inférieure à la conception, et enfin, la restauration désastreuse entreprise en 1830 n'a fait qu'empirer l'état du vieil édifice. On pouvait redouter une catastrophe, avant la restauration par M. Ch. Suisse, qui a été achevée en 1S94. On

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