V. A. Béchet, Notes dart et d'archéologie
CATHÉDRALE DE NOYON
vers le dernier quart du XII' siècle, les progrès réalisés par les architectes de l'Ile de France. On trouve en effet réunies dans cette curieuse église les traditions antiques suivies par les Normands pour le triforium ("), la méthode mixte de voûtement où la croisée d'ogives semble s'allier aux voûtes domicales angevines, l'arc brisé mêlé au plein cintre, l'embryon de l'arc-boutant sous forme d'un arc de soutènement caché sous le comble de l'appentis'. Noyon semble procéder en partie de Tournai.
M. Planât rappelle, dans \ Encyclopédie d'architecture, que l'évêque et les chanoines exigèrent la conservation de certaines formes de la cathédrale sœur de Tournai, notamment les extrémités arrondies du transept qui remontent, selon M. Lefevre-Pontalis, au second tiers du XI I« siècle. Corroyer if) le niait, en tirant argument de la différence de structure de la voûte du rond-point ; mais la parenté est, non pas dans le détail du voûtement, mais dans son ordonnance générale, et surtout dans ce dispositif si original et si remarquable d'absides hémisphériques terminant les croisillons du transept.
Le plan dessine la croix latine ; un déambulatoire et cinq chapelles absidales greffées à un déambulatoire demi -circulaire rayonnent autour du chœur, dont l'axe s'incline légèrement vers le Sud et qui rappelle exactement le chevet de Saint-Germain-des-Prés à Paris. La longueur du vaisseau est de 104 mètres, sa largeur, d'une trentaine, sa hauteur la plus grande, de 33 mètres. Les onze travées de la nef sont accompagnées de bas-côtés à étages et de chapelles latérales datant de diverses époques ; ces travées géminées n'en formaient que cinq, primitivement dédoublées ; elles s'appuient alternativement sur des piliers et sur des colonnes isolées. Les tribunes s'ouvrent sur la nef par de doubles arcades gracieuses surmontées d'une galerie. Les bras du transept se terminent en hémicycles.
A bien des titres, cette belle église devrait être entretenue avec une pieuse sollicitude, au lieu d'être laissée dans un lamentable abandon (3).
La façade offre un aspect peu satisfaisant ; elle est moins ornée que soutenue par un vaste porche logé entre de puissants contreforts par lesquels on a dû, au XIV' siècle, prévenir son affaissement vers l'Ouest. La Révolution, de son côté, n'a pas manqué de saccager les sculptures qui ornaient les trois baies du portail-
A l'intérieur le vaisseau est d'une grande beauté. Chaque travée, soutenue par de robustes faisceaux de colonnettes, se subdivise au-rez-de-chaussée en deux arcades portées par une colonne cylindrique simple alternant avec les maîtres-piliers; à la tribune de l'étage, s'ouvrent deux belles arcades sur des décharges, avec trèfle au