III. — CATHÉDRALE DE TROYES C
SAINT-PIERRE de Troyes, remarquable par l'ampleur de ses proportions et la largeur de ses nefs, couvre de son ombre imposante les monuments chétifs que l'on a entassés à ses pieds. Elle a été construite sur un sol peu résistant avec l'excellente pierre de Tonnerre. Elle s'élève à la place de l'église que l'évéque Milon avait fait construire au X* siècle, et que le feu détruisit en 1 188.
Les parties principales datent du commencement du XI 11^ siècle. Hervée (1206- 1223), soixantième évêque de Troyes (1206- 1223), passe généralement pour en être le fondateur. Lui-même en aurait dressé le plan et aurait présidé aux premières constructions comprenant le chœur et ses absidioles ainsi que les portails Nord et Sud. En 1227 le pape encourageait l'œuvre par des indulgences spéciales ; à sa mort le chœur entier et les portails latéraux étaient achevés.
La construction, interrompue par la guerre de Cent Ans, fut reprise durant le XV« siècle, et fortement remaniée ; Jean Léguisé (1426- 1450) en fit la consécration en 1430. La grande nef et les voûtes datent du XV^ siècle ('). Le grand portail occidental fut construit par Martin Chambige en 1502.
On ne saurait jusqu'ici déterminer les parts respectives dues au maître maçon
1. Aufauvre et Fichot, Les monuments de SeUie-etMartie, 1858. A. Carrau, Hisiaite de Meaux et du Pays meldois, 1863. N. Allou, Notice historique et desctipt. sur la cathcdrale de Meaux, 1871. Abbé Balthazar, Revue de l'Art chrétien, année 1865.
2. A. F. Arnaud, Voyage archéot. etpitt. dans le départ, de VAiibe et dans Pane, diocise de Ttoyes, 1837. — D'Arbois de Jubauville, Répertoire archéol. du dépatt. de l'Aube, 1861. — ^ame, Documents relatifs à ta construction de la cathédrale de Troyes, 1862. — L. Pigeotte, Étude sur les travaux d'achève7nent de la cathédrale de Troyes, 1870.
3. En 1545 la tour Saint-Paul était à sa hauteur actuelle, la rose du grand portail était terminée. En 1554, la tour Saint-Pierre s'élevait jusqu'à la corniche au dessus de 1 horlr ge ; elle fut portée en 1844 seulement à sa hauteur actuelle. Les parties inférieures du chœur rappellent encore le XIII" siècle, landis qu à la façade le commencement du XV I" siècle a étalé le luxe de la décadence
Henri (vers 1295), aux architectes Richer, Gautier, Geoffroy, et au maître d'œuvre Thom.T^ i-^ 'V'^/V antpvir des grandes réparations effectuées au transept en 1365,
/ ,". — ' \ I iiFjpi: \ II. iii. j \i'i\ I
ainsi qu'à ses successeurs Michelin Hardiot, Michel de Jonchery, Jean Thierry, Jean de Torvoye (4< 1384), Thomas Michelin (1409-1427), qui présida à la construction
CATHÉDRALE \)E TROYKS
des cloîtres et fut remplacé par Jean Terreleon; à Antoine Colas, à Janson Garnache, auteur des voûtes de la grande nef ((497) ; des noms d'architectes émergent en foule de l'ombre des archives (').
Cet édifice, où toutes les périodes du style ogival sont représentées, est une église à cinq nefs avec transept saillant et ambulacre, d'un aspect grandiose à l'intérieur. Les dimensions sont gigantesques ; la grande tour s'élève à y;^ mètres; la longueur intérieure est de 117 mètres, la largeur de 51, ce qui est considérable. On remarque ses proportions élancées, l'étendue de ses fenê'tres aux vitraux éclatants du XIV^ siècle, notamment ceux des fenêtres hautes de l'abside, l'effet de 182 verrières versant à l'intérieur leur jour irisé, la richesse de ses rosaces flamboyantes, l'exubérante décoration du jubé de l'église de la Madeleine qu'on y a placé, son chevet surtout, un des plus beaux de France, avec sa couronne de chapelles rayonnantes dont la centrale, plus profonde, est consacrée à la Vierge. Ses voûtes sont des croisées simples. Les nefs, un peu sombres, accusent la décadence des formes, aux XV' et XVP siècles. Elles offrent des arches d'un beau tracé, finement moulurées, un haut triforium en claire-voie aérienne, de belles croisées d'ogives, des piliers en faisceaux.
L'extérieur est pittoresque, mais inférieur ; toutefois la façade est couverte de dentelles, de festons délicats, où la décoration du XV= siècle a épuisé ses finesses (').
Le portail est une page finale et triomphante de l'art gothique à son déclin.
La façade occidentale est divisée par les contreforts en trois parties ayant chacune leur portail. Les voussures de ceux-ci sont décorées de petits dais et de culs-de-