V. Annales archéologiques de Didron., t
i^^ CATHÉDRALKS GOTHIQUES
lampes d'un travail délicat; dans les gorges courent des ronces, des épines, des ceps de vigne, des branches de chêne, et se jouent des enfants nus, des sirènes, des lions, des gorilles, des dragons, des chamois. La Révolution a détruit les grandes statues des ébrasements.
Les trois baies du portail occidental sont séparées par des contreforts en tourelles, dont la grande masse est dissimulée sous un revêtement de délicates moulures, et sous un ensemble de niches, de pinacles et de moulures prismatiques. Au-dessus de chacune des baies d'entrée le tympan surhaussé, veuf de son imagerie, est abrité par un arceau gigantesque, que recouvre un gable très aigu, finement ajouré, traversé par une balustrade, et orné sur les rampants de feuilles de chardon et de bestioles. Le cintre lui-même est bordé par-dessous de redents curieux, qui rappellent des stalactites. Plus haut, s'ouvre une rose Bambloyante (1545), entre deux massifs ornés d'un fouillis de moulures et de fleurages. Ce sont les bases des deux tours, dont une seule, la tour Saint- Paul (1554), se dégage de l'ensemble de la façade et atteint une hauteur double, mais perd en montant la richesse de son décor. Martin Cambige entreprit sa construction en 1506. En 151 1 Jean de Soissons se chargea de monter la seconde tour, celle de Saint- Pierre ; son contrat portait que, hors le cas de mort, il n'abandonnerait pas l'ouvrage sans l'avoir achevé. Il faut croire que le cas prévu se produisit, car cette seconde tour ne fut jamais terminée.
Le portail du Nord, du XI IP siècle, est comparable à ceux des grandes cathédrales.
Le portail méridional fut réédifié en 1841.
Les grandes orgues construites en 1732 par Jacques Cocher sont un monument de la Renaissance.
La construction du clocher de Saint- Pierre fut reprise en 14 13 par Jean de Nantes. Les travaux furent interrompus par l'arrivée des Anglais. Mais Jeanne d'Arc les chassa de la Champagne, s'agenouilla dans la cathédrale, et, rapporte la légende, dit en sortant: %. Faites votre clocher, ils ny reviendroftt phis. » Le 20 mars 1430 un beau coq doré, juché au sommet, apprit aux Troyens l'achèvement d'une des plus magnifiques flèches qu'on eût dressées dans les airs. La foudre la frappa en 1700; elle fut brûlée et les cloches fondues; le coq tomba dans le brasier. On raconte que, par la suite, des ouvriers, prenant leur repos dans la cathédrale, raillèrent la statue colossale de saint Michel, qui, dressée sur le pignon de l'église, avait laissé, d'un œil indifférent, brûler le beau clocher; mais soudain la statue tomba sur les impies, les écrasa et les enterra du même coup, si bien que, pour retrouver leurs cadavres, il fallut creuser le sol.
On raconte une autre légende au sujet de la rose dont nous parlons plus haut. L'artiste qui l'exécuta avait une fille d'une grande beauté; un jeune ouvrier sollicita sa main. « Je te l'accorde, lui dit le père, à une condition : prouve ton talent ; j'ai fait ma rosace, à ton tour, fais la tienne. » Quand il eût fini, le maître sourit, la jeune fille rougit. « Il y a une faute, dit le premier, tu as été trop pressé ; mais après tout, tu as du talent, et je te donne ma fille! Tu feras mieux plus tard ; pour cette fois.
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je te pardonne. — Point de pitié, repartit le jeune orgueilleux ; je suis vaincu, je n'ai pas droit à la récompense promise, )) et il se jeta du haut de l'échafaudage. Sa mort frappa au cœur sa fiancée. La rosace manquait de solidité ; on fut obligé de la démolir ; elle est aujourd'hui, hélas, remplacée par une rosace en fonte, bien pire encore que la précédente, mais dont l'auteur, sans doute, est resté satisfait de lui-même.