‹ Les catholiques décadentsChapitre 2 sur 5 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

doaqe un cachet de distinction et d'honorabilité très enviable. '

— C'est un homme très chic ! » di t-on de lui dans les sphères élevées de la société.

— C'est un homme bien pensant ! un homme comme il fauti » murmurent les braves gens, sur son passage.

— n défend les bons principes ! » déclare son curé, obligé trop souvent de faire une restriction mentale à l'égard des principes de la morale.

Et la petite bourgeoisie, les classes aisées, voire les classes laborieuses, qui ont conservé des sentiments rehgieux, se sentent naturellement portées à se modeler sur un homme aussi bien pensant. Puisqu'il en prend à son aise avec la rehgion et so gène si peu, pourquoi ne pas faire comme lui? Ce qu'il so permet, pourquoi ne pas se le permettre? Elle est si commode cette religion, qui promène ses adorateurs lo matin au Calvaire et le soir à PB^hos ! Elle est si tolérante ! Pas de moriflcation, pas d'austérité, aucun sacrifice géant pour la nature ! Que peut-on désirer lieux %

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Ce qui est plus grave encore, c'est que les catholiques décadents comprometlent le renom de la religion et contribuent à la rendre discutable aux yeux des impies. Nos ennemis triomphent de cette anomalie qui consiste à professer de bons principes et à mener une vie toute païenne, et ils exploilent contre tous les catholiques cette contradiction entre les principes et les actes.

« A quoi sert la religion? s'écrient-ils. Les catholiques ne valent pas mieux que nous ; ils aiment ce que nous aimons et font ce que nous faisons. Ils recherchent le plaisir avec frénésie; ils sont de toutes les fêtes, de tous les spectacles, de toutes les réunions où l'on s'amuse. Ils sont plus hypocrites que nous, voilà tout. »

Ils vont plus loin, nos adversaires, et tirent des conclusions générales : «Le christianisme a eu son heure, mais il a fait son temps. Quelle force donne-t-il à ses adhérents î L'Evangile n'est plus la vertu do Dieu pour sauver ceux qui croient. Les pratique religieuses ne sont pas l'expression d'up foi intelligente et de convictions sincères

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ATAKT-PBOPOB 9

mais simplement l'observation de certaines bienséances adoptées entre gens du monde, un poétique souvenir, une sorte d'assurance contre la possibilité d'une vie future. Le christianisme n'a rien de divin l > Et ils s'acharnent à le combattre. Notre inconséquence fait leur force.

Il ne faut pas que les impies abusent du relâchement et de l'indignité de quelques fidèles, entamés par la contagion, pour les faire servir contre la religion et en tirent un argument contre elle. C'est pourquoi il ne nous a pas paru inopportun de mettre en relief la légèreté inconcevable, les contradictions et les faiblesses de ces fidèles. Pour se guérir de ses défauts, il faut les voir; pour éviter les maladies, il faut les connaître. Si cette dénonciation ne sufflt pas à guérir les décadents « elle aidera du moins à dégager le christianisme du discrédit qu'ils pourraient jeter sur lui et les chrétiens du scandale dans lequel ils pourraient les entraîner ».

'est précisément parce que nous sommes me heure critique qu'il importe de dire le la vérité. Tous ces catholiques qui, en

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lace des violents abus de la force, sont demeurés inertes, retranchés dans leur tour d'ivoire, avec la seule préoccupation de compter les coups, ne sont-ils pour rien dans la crise que nous traversons? N'ont-ils pas leur part de responsabilité — et une part très large — dans les ruines accumulées et dans les malheurs subis î La persécution qui pèse sur nous' présente tous les caractères d'un châtiment public, infligé par la Providence à leur mollesse, à leur lâcheté, à leur oubli impardonnable des maximes de l'Evangile.

A eux de comprendre la leçon qui leur est donnée, de secouer leur torpeur, de sortir de leur égoïsme, de se réformer, de s'améliorer, de devenir bons, généreux et dévoués, s'ils ne veulent pas que les sourds grondements qui déchirent la nue deviennent la tempête qui emporte tout.

On pourra objecter encore que nous exagérons, que le mal n'est pas aussi grand qu'ils nous plait de le dire.

Les considérations que nous soumettons au lecteur ne sont inspirées ni par un esprit chagrin, disposé à tout voir en noir, ni par

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un parti-pris, de tout critiquer, mais par le désir de sauver de la contagion les éléments encore sains et de susciter, dans l'esprit de ceux qui ont déjà été atteints, de salutaires réllexions, en leur mettant sous les yeux les maux et les ravages dont ils sont la cause.

Nous ne prétendons pas que tout soit perdu, qu'il n'y ait plus qu'à pleurer sur des ruines et à faire entendre le cri de la désespérance, nous croyons qu'une réforme s'impose.

Ce que nous voyons, ce que nous savons des choses actuelles, permet quelque sévérité à l'égard des décadents.

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Dinliis-invGoOJ^Ie

Fénolon nous avail préditqu'uQ temps viendrail où les hommes maQqueraient « de raison plus que de religion ». A voir ce qui se passe autour de nous, il est permis de se demander si ce temps n'est pas déjà arrivé.

Toute une révolution s'est opérée dans les idées de la haute bourgeoisie et de l'aristocratie. Au xvrip siècle, il était de bon ton de poser pour le scepticisme et l'incrédulité.

— Ou ne voit plus, disait tristement la Palatine, mère du Régent, un seul jeune homme qui ne veuille passer pour athée. Je ne crois pas qu'il y ait, à Paris, cent personnes qui aient la véritable foi ou qui croient en Notre Seigneur. Cela fait frémir! »

Les femmes elles-mêmes se piquaient d'irréligion, a croyant qu'être athée c'est être philosophe ».

C'est le contraire aujourd'hui. La religion catholique est en honneur parmi les représen-

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14 LES CATHOLIQUES DÉI

tants des classes élevées de la société. Ils proclament bien haut sa nécessité el se montrent fiers de lui appartenir. En cela du moins ils font preuve d'autant d'esprit que de bon sens, mais où ils se montrent moins aviséset manquent de « raison, » réalisant ainsi la prédiction du grand archevêque de Cambrai, c'est lorsqu'ils affichent la prétention de composer avec les maximes de l'Evangile et les prescriptions de l'Eglise, de choisir parmi les obligations du christianisme celles qui leur conviennent et de rejeter les autres, en un mot de se faire une religion à leur taille et suivant leur goût.

Telle est cependant la prétention, de nos jours, et cette prétention, des hommes du monde, des catholiques, en trop grand nombre, s'efîorceiit de l'ériger en système rationnel.

— L'Eglise, affirment-ils, étant de toutes les époques et devant traverser tous les siècles, doit se mettre au pas avec l'humanité qui marche, adapter à l'esprit du temps sa discipline, ses enseignements et ses nécessités pratiques. Or, n'csl-ÏI pas de ioute évidence que le christianisme intransigeant a fait son temps? qu'on tenterait vainement de fai revivre parmi nous la loi évangéliquc da:

toute son intégrité! La faiblesse du senlime

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religieux, en cours à notre époque, ne s'en accommoderait plus. Les intérêts de la religion, qu'elle est chargée de représenter, commandent à l'Eglise de se plier aux exigences de la position nouvelle, de supprimer du dépôt confié à sa garde tout ce qui n'est plus compatible afrec les raœurs actuelles, d'accepter des sacrifices et de faire des concessions, pour ne pas s'exposer à tout perdre. » Ce qui revient à dire que le moment est venu pour l'Eglise de retoucher l'œuvre du Christ et de la mettre au point.

Remarquez que ces catholiques, en parlant ainsi, n'ont aucunement l'intention de chercher noise à l'Eglise. Ils sont trop respectueux de ses droits, Irbp recoii naissants de ses services, pour ne pas tenir essentiellement à faire bon ménage avec elle et à marcher soussa bannière. S'ils élèvent la voix, c'est par intérêt pour elle. C'en élait fait de son avenir et de ses destinées glorieuses; malgré ses promesses d'immortalité, elle allait sombrer dans la tourmente, toute la société comlemporaine allait lui passer sur le corps, s'ils ne s'étaient trouvés là, pour lui marquer la voie à suivre et pour suppléer aux lumières de l'Esprit ni, qui menaçaient de lui faire défaut. es catholiques de la vieille école, ceux qui raient pas vécu sous le règne du progrès,

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avaient toujours penaé que du moment où on faisait profession d'appartenir à l'Eglise, il ne restait plus qu'à s'incliner docileaienl sous son autorité souveraine, à accepter ses enseignements, à pratiquer ce qu'elle commande et à éviter ce qu'elle défend. La logique la plus élémentaire, le plus simple bon sens leur disait assez qu'ils n'avaient le droit ni de faire des réserves ni de poser des conditions.

Les catholiques, style moderne, n'ont pas de ces scrupules et ne se piquent de logique qu'eu paroles. La première condition qu'ils posent è, l'Eglise c'est d'être tolérante, de ne pas partir en guerre contre le monde, de respecter ce qu'ils appellent « les droits de la nalure. »

Il faudrait ne pas connaître l'Eglise ou la connaître bien mal pour supposer qu'elle acceptera jamais les transactions et les accommodements qu'on voudrait lui imposer. En dépit des récriminations intéressées des passions, elle restera ildèle à sa mission, qui est de garder intact le dépôt de la foi et de la morale. Elle continuera à enseigner la vérité tout entière.

Seulement, il ne faut pas se le dissimuler, ces théories que des catholiques à la foi faible el chancelante s'efforcent d'accréditer, par leurs paroles et par leurs exemples, sont trop

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, commodes pour la nature pour D'être pas accueillies avec faveut" dans le monde; elles sont trop séduisantes pourne pas faire partout des recrues. Leurs conséquences ne se font que trop sentir, à cette heure. Elles éclatent dans cet affaiblissement de la loi, dans cette diminutioQ de l'esprit surnaturel et de la vie chrétifenne, dans cette aversion pour la pénitence et pour la croix que nous constatons de toute part. ,

— RcnoQce-toi toi-même I > C'est le grand précepte imposé par Dieu à tout homme venant en ce monde; c'est la loi de tout ce qui veut vivre, durer et se perfectionner. Le sacrifice est le dernier mot de la vérité, le principe de toute vertu et par conséquent de toute sainteté, comme l'égoïsme est le dernier mot de l'erreur et du vice. Tout acte de vertu sort du sacriflco comme la fleur de sa tige, comme le ruisseau de sa source.

Beaucotip de catholiques ne semblent même plus se douter qu'on n'est pas chrétien sans cet esprit de sacriflce et de renoncement. Mortification, pénitence, austérité sont pour eux des formules vides de sens. Ils professent de bons principes, parient avantageusement de la religion, mais quels efforts s'imposent-ils

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, pour déraciner leur égoïsme, pour se rétormer intérieurement et acquérir les vertus cbrétiennes! Ne se contentent-ils pas de rhonnfiteté selon le monde? Au lieu d'obéir à la loi douloureuse, mais bienfaisante, loi du devoir et de la vie qui est d'aimer ce qui est beau, d'aller à ce qui est grand, de faire ce qui est bien, coûte que coûte; au lieu de sortird'euxmêmes, de pratiquer l'oubli de soi, le don et, au besoin, la perte de soi-même pour remplir leur destinée en ce monde, pour s'élever audessus de la bassesse commune, ils écoutent la voix de l'égoïsme qui leur crie : « chacun pour soi! » le plaisir est tout, quiconque y arrive a fait son salut.

Tout chrétien, parce qu'il est chrétien, doit être crucifié au monde ; c'est nécessaire pour ressembler au Chef et venir à sa suite.

— L'amour du monde est incompatible avec l'amour'de Dieu, et qui veut être l'ami du siècle se constitue l'ennomi de Dieu, » a dit l'éternelle sagesse.

Tous les efforts des partisans de la religion tempérée et dé la morale facile tendent à opérer entre ces deux ennemis irréconciliables : Dieu et le monde, une alliance -forcée, " uni 1" dans une proportion savante les maxira du monde et les prescriptions de l'Evangii Semblables au pilote qui, descendant le coui

d'im fleuve et ne sachant où aborder, lend les mains vers les deus rives, ils sont au monde et à Dieu, à la terre et au ciel. En vain, l'Ecriture ne cesse de nous rappeler que pour aller au ciel, il faut suivre la voie étroite, semée de ronces et d'épines, ils entendent y pénétrer par des sentiers plas larges et plus fleuris, en remplaçant l'Evangile par de vagues aspirations évangéliques, la croix par des soupirs exhalés aux pieds des autels, les commandements de Dieu et de l'Eglise par la pratique de quelques actes extérieurs du culte, par l'accomplissement de certaines formalités religieuses, en usage parmi les gens du monde, par une sorte d'étiquette spirituelte qui ne préjudicie en rien aux droits de la nature et en garantit l'exercico. Pour tout dire, ils cherchent à. transformer en jouissances les devoirs les plus austères de la religion et à mettre la vie spirituelle au service de la vie matérielle. Le service de Dieu n'est pas pour eux une épreuve, à laquelle il faut se dévouer corps et âme, c'est une poésie qui colore la vie. La note religieuse ne sonne-t-elle pas agréablement au milieu des plaisirs mondainsî« Les iux saluts du Saint-Sacrement », les messes musique, les concerts d'église, alternant îc les têtes et les spectacles profanes, ne ilribuent-ils pas à entretenir le mouve-

menl et la variété dans la vieî Après avoir été saturé de l'air du monde, il est si doux d'aller respirer l'air de nos églises ! Le demijour des chapelles < coatortables, » les parfums de l'encens répandus dans le lieu saint, la larape d'or qui se balance et promène sous les voûtes son éternelle lumière, les suavités de la voix du prêtre qui retentit au milieu de ce grand silence, loutcela'^a jenesais quoi d'ineffable, de vaguement enivrant qui vous pénètre et vous ravit, qui emporte l'âme dans les espaces célestes et la perd dans l'infini. Sensation très douce ! extase délicieuse I Pitié pour les sceptiques qui ne comprennent pas l'ineffable jouissance do s'ouvrir les portes du ciel, à volonté, et de se rapprocher des archanges dans les moments perdus!

La note caractéristique de ces catholiques amoindris c'est que les idées morales et religieuses ne sont pas pour eux des idées directrices. La foi n'est la règle ni de leurs pensées ni dû leurs actes. Ils n'approuvent pas, ils ne condamnent pas au nom de l'église, mais au nom des convenances mondaines et des conventions de la vie do salon. La religion est pour eux une mode à suivre quand on veut paraître bien élevé. C'est une livrée qu'on endosse et qu'on rejette selon les circonstances.

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Dans les dernières années du xis' siècle, on avait trouvé pour qualifier ces catholiques, d'uDe constitution particulière, une épithète qui n'avait pas lardé à devenir populaire, peut-être à raison de sa banalité, on disait : catholiques fin de siècle!

A l'aurore du xk« siècle, cette épithète lerail reflet d'un anachronisme. Nous disons aujourd'hui pour caractériser le même état d'âme : catholiques décadents.

— A ces parfaits modèles de l'égoïsme, rais au service de Dieu, il faut, a dit un orateur contemporain, jusque devant les autels, des harmonises comme les harmonies du monde, des cérémonies qui piquent la curiosité, des prédicateurs amusants, des livres pieux qui ne diffèrent du roman que par le litre. Partout la trace du sensualime, s'étend^int jusqu'à leurs pratiques de piété. » II suffit, pour se convaincre de cette vérité, de voir à l'œuvre

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Pratiques religieuses.

Les Calholiquea décadents ont des pratiques de religion, mais de celles qui ne sont pas gênantes pour la nature. Ils vont à la messe le dimanche, pourvu qu'il ne fasse ni trop froid ni trop chaud, et qu'aucune partie de plaisir, aucun voyage d'agrément ne vienne se mettre en travers. Leur obéissance aux lois de l'Eglise est subordonnée aux exigences de la vie mondaine, comme aux variations de la température. Une messe basse, sans prédication, voilà l'idéal pour les hommes.

Le prône traditionnel ne les intéresse pas.

D'abord, il présente l'inconvénient d'allonger la cérémonie — ce qui est bien quelque chose — puis il ne flatte pas assez leurs oreilles. Ces bons curés sont si exigeantsl si difllciles à contenter I Ne s'avisent-ils pas de reprocher à tous ces hommes et à toutes ces femmes du monde, qui composent la plus belle parlie de leur auditoire, de manquer de sérieux, de i pas mettre leur conduite en harmonie ave leurs principes? Des reproches à des fldèl' aussi dévoués I Mais ces fidèles ne trouve

rien à se reprocher et sont toujours satisfaits d'eux-mêmes, sinon des autres!

Ne croyez pas cependant qu'ils soient indifférents à la parole de la chaire; ils aiment l'éloquence sous toutes ses formes. A l'occasion d'une fête, d'une solennité de l'Eglise, ils vont entendre le prédicateur en vogue, dont la parole tombe dans leurs âmes distraites, comme le grain de l'Evangile le long du grand chemin. Quelques-uns poussent la dévotion jusqu'à l'accomplissement du devoir pascal, inclusivement. Ce n'est pas qu'ils y tiennent à ce devoir, caril entraîne un dérangement dans leurs habitudes, mais c'est I'ut sage, et ils s'y soumettent, ne fut-ce que pour se soustraire aux sollicilations importunes de leur femme et de leurs enfants.

Par exemple, ne leur en demandez pas davantage, et si Dieu n'est pas satisfait de tant de zèle et de bonne volonté, eh bieni vrai, avouez que c'est à désespérer de taire son salut 1

Direz-vous que c'est là un minimum et que, sans être héroïque, on pourrait se montrer plus généreux au service de Dieu? que le déogue a d'autres exigences et d'autres obligions, par exemple : ie jeûne, l'abstinence, mortiflcation des sens, la pratique des ■■tus chrétiennes ? Mais tout cela rentre pour

eux dans le domaine des conseils évangéliques ! Oj-, les conseils évangéliques c'est la partie romanesque du devoir; U ne saurait en être question. Le précepte leur suffit...

et amplement.

Le jeûne î sans doute, l'Eglise le recommande, mais est-il compatible avec lafaiblesse des tempéraments? N'est-ce pas une austérité contre nature? Ils jeûneront le vendredi saint, en bons chrétiens désireux d'honorer dignement le souvenir de la passion de leur divin Maître.

La ici de l'absUnenceî Elle se démolit comme une ruine, d'où chaque' jour se détache une pierre. Les médecins ne sont-ils pas là pour affirmer que lo maigre est débilitant? Des hommes du monde trouvent toujours de bonnes raisons pour s'en dispenser, même en dehors de la raison de santé: les affaires, les exigences d'une position sociale, les relations mondaines, la nécessité de suivre le courant, de ne pas se singulariser, etc. Attendons que le végétarisme soit à la mode, alors ils suivront le précepte de l'Eglise au nom de la mode.

La morlification des sons, la vigilance à exercer sur ses pensées et ses désirs, la fuite des occasions dangereuses et des plaisirs défendus, la lutte contre cette éternelle con-

cupiscence « qui fait le fond de la nature humaine ? j- Pur mysticisme que tout cela, et le mysticisme ne leur dit rien.

C'était bon aux premiers siècles de l'Eglise, pour réagir contre les excès du matérialisme païen, bon au Moyen-Age, et encore aujourd'hui dans les cloîtres, pour des âmes éprises de la folie de la croix, mais dans lé monde, . et au vingtième siècle? Allons doncl vous n'y pensez pasi Le moyen de vivre Ici-bas, si vous supprimez tout ce qui rend l'existence supportable? Et avec le calme et la sérénité d'une conscience qui-n'a rien à se reprocher, ils laissent aller leur barque au fil de l'eau, en se disant que Dieu n'est pas un tyran, qu'il ne punira pas de supplices éternels des fautes inhérentes à la fragilité humaine.

Ceci soit dit pour les hommes seulement, car avec les femmes le tableau change d'aspect. Nos grandes dames ne craignent pas de se montrer clirétiennes au dehors, de pratiquer leur foi au grand jour. Elles ne se contenteraient pas d'une messe de l'aurore, comme tant d'hommes qui ont toujours l'air de rechercher l'ombre et les ténèbres. Aussi, assistent-elles à la messe du soir, à la messe d'une heure, en attendant la messe de trois

heures, dootle besoin se fait vraiment sentir.

D'aucuns prétendent qu'elles ne vont à celte messe, rendez-vous habituel de la belle société, que pour avoir l'occasion d'exhiber une jolie robe ou un joli chapeau, mais que ne dit-on pas? Il y a tant de mauvaises langues de par le monde! Les grincheux et les médisants sont en majorité, depuis Adam, comme les sots.

A l'église, à quoi s'occupent-ellesï A prierî A méditer?

Oh! sans doute, mais elles ont des dislraclions et se surprennent à penser au bal de la veille et au roman interrompu. A leur altitude, à leurs gestes, à leurs mouvements savamment étudiés, on serait aussi tenté de croire qu'elles ne sont pas indifférentes à l'effet qu'elles produisent.

Du reste, que pourraient-elles demander au ciel? Le pain de chaque jour? Elles ont de bonnes renies. Le pardon de leurs offenses?

Leur vie est un perpétuel sujet d'édification. Le triomphe sur les tentations? Elles ont été créées et mises au monde pour vivre au milieu des fumées de l'encens et dans le tourbillon des plaisirs. C'est tout ce que la plupart <' ces mondaines ont retenu de leur catéchism:

Après cela, elles remercient Dieu de n'êti pas comme tant d'autres, comme ces pauvn

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publicaines, en particulier, qui ont bien raison de se frapper la poitrine et do se cacher dans l'ombre des piliers de l'Eglise.

Ces aimables dévotes ont un faible pour la prédication. Seulenaent, toute parole n'a pas le don de leur plaire. Il leur faut un prédîca- " leur d'un genre particulier, fait pour elles et parlant un langage approprié à leur tournure d'esprit et à leur état d'âme.

Vantez devant elles les beautés de la religion, les inelîables récompenses réservées aux âmes d'élite, dont elles sont, les trésors de miséricorde du cœur de Jésus pour le pécheur, vous serez compris et goûté. Le bonheur l le cieli Elles aiment tant à entendre parler de celai Tout leur être se trémousse d'aise, à la pensée qu'elles seront heureuses toujours, ici-bas et là-haut. Elles soupirent et ne sont pas loin de verser de douces larmes. Changez de ton, insistez sur la nécessité du sacrifice, de l'immolation, de l'humililé chré- Uenne, abordez les redoutables problèmes de la vie future, le jugement, l'enfer, les peines éternelles, elles pâlissent, un frisson douloureux circule à travers leurs cpembres.

i sacrifice? l'immolation? pour elles qui

i .lent rêvé de taire de la vie une fête perpé-

"e, un printemps embaumé? Que dites-

i là, ô prédicateurî Mais c'est le martyre

en perspective? La lutte pour réprimer les penchaols dépravés de la nature et les idolâtries malsaines de soi-même, le rufle labeur, . l'acte d'énergie de la volonté pour gravir les sentiers du Calvaire ? Mais, c'est de l'héroïsme tout cela, et elles entendent se contenter des vertus communes.

L'humilité chrétienne? Inutile d'insister, elles la pratiquent très bien. Il ne faut rien pousser à l'extrême, voilà tout. Vous ne voulez ■ cependant pas qu'elles marchent de pair avec leur cuisinière et leur femme de. chambre?

Qu'elles s'imaginent être de la même essence et n'avoir pas droit à être traitées avec quelques égards de plus par l'Eglise? Je sais bien qu'au ^ciel ce sera le règne de. l'égalité et qu'elles seront trop heureuses de dire à leur bonne : ma sœur, et d'appeler leur cocher :

mon frère, mais ces braves gens aurontpassé par le purgatoire, et le feu purifie tout.

Le jeune. l'abstinence, les mortifications imposées par l'Eglise? Elles connaissent fort bien leurs devoirs et leurs obligations à cet égard. Mais, elles ont si souvent la migraine i Le jeûne leur donne des crises de nerfs. Il y a aussi le mari à ménager, la paix à sauvegarder au foyer; elles ne peuvent cependant pas s'exposer à la persécution!

Et puis, voyons! Il est avec l'Eglise des ac-

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ET LA nËLIGtÔH 29

commodements. Combien coûteunedispenseî Elles seront généreuses ; elles feront l'aumône aux pauvres et, aux jours de fêtes, elles , enverront des fleurs pour l'autel de la Sainte Vierge.

' Lapensée des fine dernières! Un cauchemar démodé etpeu digne de troubler leur élégante senstbililé. La mortî Hélas i elles ne le savent que trop qu'illaul mourir. Si vous" croyez que c'est là ce qui les amuse!

N'y aurait-il pas moyen de tout concilier?

de faire de la terre un lieu de délices, sans s'exposer à être frustré du paradis?

La fameuse Elisabeth d'Angleterre disait un jour : « Que Dieu m'accorde vingt ans d'un règne heureux et prospère, et je lui fais grâce de son paradis? »

Nos mondaines demandent bien à Dieu, comme la reine d'Angleterre, le règne du bonheur ici-bas, mais ne lui font pas grâce de son Paradis, qu'elles ont conscience de bien mériter par leur dévouement envers l'Eglise et leur fidélité aux devoirs do la religion.

Elles prétendent faire marcher de front les pratiques de piété et les petites folies, Dieu "t le monde, le créateur et la créature.

— Nul ne peut servir deux maîtres à la lis, » dit l'Evangile. Quelle erreur 1 Elles se

sentent de taille à en servir une demi-douzaioe, sans se brouiller avec aucun.

Ainsi donc, ô prédicateur de l'Evangile, pas de zèl^ iniempestif, si vous tenez à rester au diapason de cel auditoire. Tout ce monde est si musicien que la moindre note fausse sonnerait désagréablement à ses oreilles et compromettrait votre répulatioû d'orateur. Libre à vous d'aborder les sujets attristants de no^ fins dernières devant des gens du peuple, dont les goùls moins affinés et « les mœurs plus rudes ne s'effaroucheront pas d'être traitées avec sévérité, » ou encore devant des Madeleines, devant des pécheresses endurcies qui ont besoin, pour être ramenées de leurs longs égarements, des dures leçons de la tombe et des coups de foudre de la vengeance céleste. Mais ici, avec cette partie privilégiée du troupeau, avec ces âmes aussi sensibles que délicates, soyez réservé, plein de ménagements.

N'oubliez pas qu'elles n'ont rien de commun avec les Madeleines — surtout pas le repentir et la pénitence.

Ne vous faîtes pas illusion du reste, ce n'est pas le souci de leur couvcrsion qui lésa conduites au pied de la chaire de vériLé;^!'"'; y sont venues par curiosité, par pur diletti tismc, pour passer agréablement une hei !

ou deux. Elles courent après la distractior t

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ET LA HELIOION 31

non après l'instruction. Ce qu'elles cherchent c'estune broderie à surprises sur des canevas pieux, une transformation de l'Evangile, au gré de leurs caprices, et non pas une translormation d'elles-mêmes selon l'Evangile. L'agrément de la voix et du physique, la grâce de l'action, l'harmonie de la phrase ont pour elles un attrait infini. Exaltez ces âmes par la vivacité des pensées, par l'originalité du tour, par Je coloris des tableaux, et elles ne se lasseront pas d'entendre votre voix chantant, sur un clavier nouveau, l'éternelle chanson chrétienne. Vous serez un orateur à la mode; il y aura foule compacle à vos sermons, foule élégante et choisie, ensemble charmant de jolis minois et de toilettes plus jolies encore.

— - Nous allons en Bourdaloue, disait un jour Mme de Sévigné, et elle ajoutait : il frappe comme un sourd, il frappe à droite, à gauche, il m'a ô té la respiration pendant deux heures. » N'essayez pas d'enlever la respiration à ces élégantes par un moyen si peu conforme à leurs goûts; outre que cela vous serait peutêtre ditflcile, vous risqueriez de n'obenir 'un médiocre succès. Ne frappez pas nme «un sourd, » frappez à côté autant que 5siblo. ou même ne Irappez pas du tout, ssezi plaidez les circonstances atténuantes

en leur faveur. Songez que Dieu les a fait naître, dans un monde où le sacrifice n'est guère en honneur. Ceux qui avaient mission de les former n'ont guère pris soin de leur âme, tandis que le corps, la périssable enveloppe était soignée et parée à souhait et recevait tous les hommages. Elles n'ont eu pour la plupart, sous les yeux, que de mauvais exemples, et vous voulez, qu'elles soient des saintes et pratiquent la vertu à un degré héroïque? Pour comble de malheur, elles ont rencontré sur leur route des êtres séduisants qui se sont mis à les adorer. Hélas I la tentation est au-dessus do leurs forces ! ne les condamnez pas encore i Dans quelques années elles ne seront plus ni jeunes, ni jolies; les adorateurs auront disparu; alors elles reviendront tout-à-fait à Dieu.

Mais peut-être jugerez-vous avec votre raison et votre foi qu'il y a quoique chose de plus digne do votre caractère et de la sainteté do votre ministère, quelque chose de plus profitable au salut des àmcs que de sacrifler à la mode et à la frivolité contemporaines. C'est parler d'or que d'invoquer le Dieu du pardon et de la miséricorde, le Dieu de Madeleine et d'Augustin, le Maître ineffable qui accueille les prodigues avec une tendresse infinie, qui ne veut pas la mort du pécheur mais sa con-

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version et son retour à la vie. Jamais ou no pourra assez peindre et célébrer la beauté, le charme et l'onction de cette idéale figure renaissant dans les cœurs, depuis dix-neuf siècles, oubliée pacfbis, revenant toujours.

Mais n'y a-t-il au ciel que le Diou qui pardonne î L'Ecriture ne nous parle-t-elle pas aussi du Dieu qui punit le coupable, qui rend à chacun selon ses œuvres! N'aurons-nous rien à démêler avec l'éternellejusticer

n n'est question, à cette heure, que de l'entraînement des passions, des séductions du monde et de la chair. A entendre les doléances de certains catholiques, on dirait vraiment que les passions ne datent que de l'aube du vingtième siècle, qu'elles sont le partage exclusif de notre génération et que le démon n'a commencé « affaire des siennes » et à exercer ses ravages que depuis notre apparition sur cette planète.

Saint Paul, saint Augustin, saint Jérôme ne les connurent-ils pas ces passions dont nous soufironsî La nature était-elle autrefois moins ardente, la chair moins faible, l'esprit moins prompt, le sang moins bouillonnant dans les veinesî

Seulement, voici la différence : tous les saints ont lutté d'énergie et de sacrifice pour assurer le triomphe de l'esprit sur la chair.

Saint Paul nous avertit qu'il châtie son corps et le réduit en dure servitude, afin de n'être pas un jour du nombre des réprouvés.

Au contraire, les décadents traitent leur corps comme une idole et suppriment de leur vie la loi de la pénitence. Ils prétextent la violence des passions pour excuser leurs fautes et en escompter plus facilement le pardon, mais quels sacrifices s'imposent-ils pour amener leur vie et leur cœur jusqu'à la domination des sens, des penchants mauvais et des résistances do la nature? Et on voudrait que le prédicateur se fit le compUce de ces calculs intéressés ! qu'il écartât systématiquement de son programme les problèmes de nos destinées futures, les seuls sujets encore capables de troubler notre mollesse, d'éveiller dans les cœurs un remords salutaire et de mettre une barrière aux débordements de la licenceî

Le royaume du ciel souffre violence, aujourd'hui comme au temps de saint Jean, et si les fidèles semblent ne plus s'en douter, c'est le cas ou jamais pour le prédicateur de le leur rappeler.

Un des plus grands orateurs de la chaire chrétienne s'est reproché, à son lit de mort, de n'avoir pas assez prêché l'Enfer et lo Juf ment. Dieu sait, cependant, s'il s'en était pri-\ !

.Saint Jean Chrysostôme affirme que la pi -

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dication du jugement a converti lo monde.

Les pères et les docteurs de l'Eglise n'ont cessé de laire entendre les grandes vérités de la religion.

Parlez comme eux, ô prédicateurs modernes, prêchez l'Evangile, mais l'Evangile dans toute son intégrité, l'Evangile tel que l'ont prêché les apôtres, les saints et les martyrs!

Une telle prédication, pensez-vous, effarouchera les auditeurs et les mettra en fuite. Les auditeurs amoureux avant tout de leurs aises, idolâtres de leur corps, plus soucieux de plaire au monde qu'à Dieu? c'est possible.

Mais les âmes capables d'entendre resteront; elles se pénétreront de l'esprit de l'Evangile et formeront les cadres, les intermédiaires indispensables, grâce auxquels vous ramènerez les déserteurs.

— Il y a identité de méthode entre autrefois et aujourd'hui, dans l'œuvre de l'apostolat, a écrit le P. Aubry. Ce qui s'est passé pour la conversion do la société ancienne doit se passer encore pour la conversion ou le retour de chacune des nations modernes ; et les pasteurs des âmes seraient dans une grave erreur s'ils attribuaient la vertu de s Jt pour les peuples, et en particulier pour If France, à d'autres efforts que la prédicati " de l'Evangile. >

On disait à Louis XIV, à propos d'un prédicateur aiTivé depuis peu à Paris : -— « Sire, il écorche les oreilles, mais il déchire les ' cœurs. »

Rien n'oblige le prédicateur de l'Evangile à écorcher les oreilles, mais il doit s'efforcer de déchirer les cœurs.

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ET LA RELIGIOI'

Hé quelques Cérémonies religieuses.

Parmi les circonstances qui donnent lieu à des réunions particulières de fidèles à l'église, il faut citer les funérailles, la première communion et le mariage, et là aussi l'attitude du catholique décadent mérite d'être observée.

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