‹ Les catholiques français et l'après-guerre [microform]Chapitre 7 sur 10 · IIO LES CATHOLIQUES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

IIO LES CATHOLIQUES FRANÇAIS

sonnes dont le concours sera facilement acquis aux œuvres d'apostolat. Ce sont celles dont la guerre a détruit le foyer et qui n'ont plus ici-bas, pour ainsi dire, d'attaches humaines. Représentons-leur les œuvres de charité et toutes les entreprises du zèle apostolique, non seulement comme un heureux dérivatif à leur peine et comme un moyen d'en seïitir moins lourdement le poids crucifiant, mais comme la vraie manière de se donner des raisons de vivre en poursuivant un but immédiatement utile. Montrons-leur que c'est là, pour elles, la seule façon chrétienne de rester fidèles à la mémoire de ceux qu'elles pleurent et de répondre à leurs intentions. Nos morts glorieux ont fait joyeusement pour la Patrie le suprême sacrifice. Si nous voulons que ce sacrifice soit fécond et qu'il entraîne après lui tous les effets qu'il comporte, il est de notre devoir de continuer la tâche qu'ils ont laissée inachevée. Au prix de leur sang versé, ils ont sauvegardé l'honneur du Drapeau et aussi l'indépendance du pays. Cette France sauvée par eux et restaurée dans sa dignité nationale et dans son intégrité territoriale, cette France dont ils ont agrandi le patrimoine moral et enrichi l'âme éternelle, ils attendent de nous, qui avons été appelés à leur survivre, que

nous mettions à son service, généreusement, tout comme eux-mêmes, toutes les ressources dont nous disposons et, en premier lieu, notre influence sociale. Ce serait trahir leur souvenir et rendre stérile le culte dont nous les entourons, que de nous absorber dans un deuil égoïste.

Tout en nous évertuant à grossir le nombre de ceux qui offriront, leur concours à l'apostolat catholique, nous n'oublierons pas que, pour faire un bien réel, la bonne volonté seule, si grande soit-elle, ne suffît pas. L'apôtre ne parvient à s'élever à la hauteur de sa tâche que s'il se sanctifie sans cesse en l'accomplissant. D'autre part, il n'obtient des résultats durables que si, pour l'emploi du zèle qui l'anime, iJ cherche à acquérir la compétence technique qui rendra producteur son effort.

Inculquer aux esprits la conviction qu'il y a, pour le chrétien un devoir d'apostolat, ce n'est qu'un premier stade à faire franchir aux âmes. Il faut les amener aussi à comprendre et à admettre pratiquement que l'efficacité de leur labeur est liée, pour une grande part, à leur progrès spirituel. Notre autorité s'affermit de la leçon de nos exemples et l'accomplissement d'un bien profond ne va pas sans sacri-

fices douloureux, consentis chaque jour, par qui veut agir. Jésus-Christ a sauve le monde par la Croix, après avoir ^ravi le Calvaire.

Toute grande œuvre s'enfante, se poursuit et s'achève dans la douleur. Celle-ci se présente sous mille formes, dont il convient de né récuser aucune. Le seul fait d'agir exige de la peine. Aucune action ne se fait sans victoire remportée sur des obstacles et les plus irréductibles ne sont pas toujours et uniquement ceux qui naissent de la malice ou de l'incompréhension des autres. Beaucoup sont en nous, dont la destruction n'est jamais déOnitive et qui tiennent au fond corrompu de notre natiu'e. Nous avons à nous rendre maîtres des tentations du découragemeni , des pièges de l'orgueil, des retours offensifs de l'égoïsme, des illusions de la susceptibilité. Jl faut à l'apôtre des vertus solides, l'humilité, l'abnégation, le don de soi. Faute de posséder ces vertus ou de vouloir les acquérir, il est voué à l'échec, car son zèle est verbal et inconsistant.

On le sentait si bien, avant la guerre, que les retraites spirituelles pour les personnes d 'œuvres étaient devenues d'un usage courant dans nos diocèses, et que leur nombre comme leur fréquentation allaient sans cesse en augmentant. Il ne saurait être questien d'aban-

ET l'apbês-guerre ii3

donner une méthode de formation religieuse à l'apostolat catholique qui a fait ses pi-euves. Nous aurons recours à ces retraites spéciales plus que jamais. Nous leur devons trop dans le passé pour les négliger dans l'avenir.

Dans ces retraites, une place était généralement faite, sous forme de conférences pratiques, à l'étude des œuvres elles-mêmes ; on y consacrait chaque jour une- ou plusieurs heures à la manière de les promouvoir et de les diriger. Cette façon de procéder, loin de nuire à la ferveur et à la piété, loin de distraire les âmes de la pensée fondamentale de leur sanctification, avait l'avantage de mettre en évidence à tous les yeux le lien qui rattache la culture spirituelle à l'existence active. Elle fournissait à la charité rendue plus brûlante les éléments d'information dont elle a besoin pour savoir comment se dépenser. Les congrès cantonaux et diocésains, les assemblées de personnes adonnées au même genre d'apostolat tantôt préparaient ces réunions plus intimes, tantôt en prolongeaient et en complétaient l'effet bienfaisant. Enfin, à qui voulait se mettre au courant des initiatives à prendre et des bonnes méthodes à suivre, une littérature abondante offrait un ensemble incomparable de renseignements. Nous ne croyons pas

nous tromper on affirmant, que ce mouvement avait pris, avant la guerre, chez les catholiques de France et aussi de Belgique une extension qui ne se rencontrait pas ailleurs à un égal degré. Nous croyons aussi que les catholiques de France n'auraient pas pu apporter aux œuvres de guerre une collaboration aussi efficace s'ils n'avaient pas été préparés à une telle tâche par tout leur passé d'apostolat social et populaire. On leur a reconnu, dans le pays tout entier, des talents d'organisation, une science du savoir vite et bien faire, un zèle intelligent et prompt, qui n'étaient, en somme, que le fruit d'un long apprentissage du dévouement et de l'art de créer des entreprises bien menées.

Nous devons viser à ne rien perdre de ce que nous avons acquis. Avec la sainteté personnelle, la compétence technique s'impose à qui veut agir. Quels que soient nos mérites et nos succès, il reste vrai que nous avons parfois souffert, dans les œuvres, d'un gaspillage de temps, d'argent et d'énergie, qui trouvait sa cause et son explication dans l'inexpérience de bonnes volontés plus ardentes qu'averties. On ne fait pas du bien au petit bonheur et pour la seule raison qu'on est animé du désir d'en faire. Pour en faire avec

ET l'après-guerre ii5

fruit, il faut en faire avec méthode, c'est-àdire savoir, et avec précision, et le but que l'on poursuit et les meilleurs moyens de l'atteindre. La fondation, la direction des œuvres, la collaboration qu'on y apporte, soulèvent une foule de problèmes difficiles, ceux-ci d'ordre économique, ceux-là d'ordre pédagogique, d'autres d'ordre administratif, auxquels ceux qui veulent efficacement travailler au bien des autres ne sauraient sans dommage pour eux et pour les autres demeurer étrangers. Faute de compétence chez ceux qui prennent des initiatives, nous risquons de rencontrer des efforts dépensés en pure perte, d'avoir à déplorer des erreurs de tactique grosses de conséquences, de voir enfin tantôt les œuvres se nuire en faisant double emploi, tantôt échouer pour des raisons de conduite défectueuse ou - de mauvaise gestion.

Si l'on trouve justes et vraies les quelques réflexions auxquelles nous venons de nous livrer on adhérera sans peine à un programme d'action dont nous ne pouvons donner ici que les idées directrices, sans vouloir en élaborer }es articles.

Il6 LES CATHOLIQUES FRANÇAIS

A notre avis, il convient que l'action catho- [u]\i(' denuMiro. });n-oissiale et diocésaine, qu'elle ne soil pas uni([iionu-nl chavitahlo et lienne compte des besoins inteilccUiels du pays, qu'elle s'étende enfin à tous les intérêts religieux et nationaux et que, sans les omettre ou les négljo-er, elle ne s'arrête pas à la seule revendication de nos libertés confessionnelles.

Reprenons maintenant chacun de ces trois points en les éclairant de quelques remarques.

L'action catholique doit être, disons-nous, paroissiale et diocésaine. Pour que cette formule soit comprise dans toute sa valeur, elle doit èlre ;icceptée avec tout son sens.

Elle signifie en premier lieu que, la paroisse et le diocèse étant le cadre providentiel dans lequel vit et se développe l'Eglise dont nous sommes les fils, c'est autour du curé et de l'éveque que nous devons nous grouper.

Elle veut dire ensuite que, le curé et l'évêque étant nos seuls chefs légi limes, c'est auprès d'eux que nous devons prendre le mot d'ordre. C'est sous leur direction qu'il faut marcher, c'est d'accord avec eux qu'il faut agir.

Notre langage paraîtra tout simple à ceux qui voudront bien ne pas oublier que nous ne traitons pas ici d'action politique ou so-

ciale pure, mais d'action catholique, donc d'action proprement religieuse. Au demeurant, même en ces domaines souvent difficiles à délimiter oii notre indépendance personnelle est plus grande, il reste à l'autorité religieuse un droit de contrôle sur notre conduite dont nous ne saurions lui récuser l'exercice. L'apostolat, pour être fécond, ne saurait prétendre à s'émanciper d'une tutelle nécessaire ; il faut qu'il reste sous la dépendance de ceux qui en sont responsables : le curé, l'évêque et le pape. Le laïc, le vicaire, le prêtre missionnaire sont des auxiliaires et ne peuvent ni se substituer, ni s'opposer à leurs chefs.

Cette manière de comprendre le rôle de chacun n'arrêtera pas les initiatives, parce que celles-ci seront toujours accueillies avec faveur, quand elles paraîtront bonnes ou possibles. Au demeurant, n'importe qui, n'ayant pas de responsabilité effective, ne peut se constituer le juge unique de leur opportunité. D'autre part, il est toujours permis à quiconque a qualité pour le faire, d'exprimer un avis ou de suggérer une mesure. Ce n'est pas toujours et nécessairement le curé ou l'évêque qui fournissent l'idée première d'une

Tl8 LES CATHOLIQUES FRANÇAIS

œuvre et il n'est pas indispensable d'attendre leurs suggestions pour se lancer dans une entreprise. Ce qui importe, c'est de leur soumettre les projets que l'on médite avant de les réaliser, de se conformer à leur direction quand ils les ont approuvés, et de consentir à attendre ou à abandonner quand ils l'ont conseillé ou demandé. Le cadre paroissial et diocésain est assez souple, en définitive, pour que chacun puisse s'y mouvoir à l'aise, si son zèle est fait d'autant de générosité que de docilité.

Notre formule : action catholique avant tout paroissiale et diocésaine, implique aussi, de notre part, une bonne volonté générale préexistante de nous mettre à la disposition de l'autorité religieuse, quand celle-ci fait appel à notre concours. Quel fidèle osera, sans raison grave se refuser à donner la coUoboration qu'on lui demande ? Soyons prêts simplement à rendre tous les services qu'on réclame de nous, toutes les fois que nous le pouvons, même si, pour le faire, il faut nous gêner un peu, voire beaucoup.

Ce sens des droits de la hiérarchie est, dans les œuvres et dans l'apostolat, une condition essentielle de succès. Sans lui, on travaille en

ET L APBES-GTJERBE II9

franc-tireur, on risque de se heurter à mille oppositions et l'on s'expose à créer des divisions qui sont des déperditions de force et d'influence.

Gardons-nous de ne vouloir, à tout prix, que nos œuvres à nous, dépendantes, et pour leur direction et pour leurs ressources morales et financières, de notre seule personne ; elles pourraient bien périr avec nous ou ne servir — et momentanément — que notre propre gloire. A la longue, elles deviendraient stériles. Ne bâtissons pas, à côté de l'église paroissiale ou de l'action diocésaine de petites chapelles closes, qui resteraient en dehors de la vie commune et de l'organisation générale.

Vouloir faire bande à pari, c'est favoriser l'esprit d'exclusivisme, qui entraîne avec lui le dédain pour ceux qui ne sont pas de la <( Confrérie », ruine la charité et disperse les efforts. Toute action, pour être efficace, a besoin d'être disciplinée et concertée.

Nous avons déjà parlé de ces congrès paroissiaux, cantonaux et diocésains, de ces réu nions d'associations diverses, qui, jusqu'à la veille de la guerre, ont éveillé, puis fondu iGS bonnes volontés. Ce que nous leur devons déj à nous permet de présager ce que nous leur devrons encore, s'ils retrouvent bientôt

Page 1