‹ Les catholiques français et laprés-guerreChapitre 4 sur 14 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

songeons à une tâeJie plus modeste et moins difficultueuse, quoiqu'elle demeure hérissée d'obstacles : partir de ce que la guerre nous a appris ou réappris, des progrès indéniables vers la sanctification idéalisés dans un grand nombre d'âmes, pour démêler les dispositions religieuses et morales qui, s'enracinant dans les cœurs, nous aideront à élever encore le niveau de la foi, de la piété, de l'esprit de sacrifice et d'apostolat, dans la société française et plus particulièrement parmi les catholiques.

Nous i^oudrions, si ce dessein ne paraît pas trop ambitieux, signaler à nos confrères demeurés dans le Jiiinistère paroissial et appelés à parler fréquemment aux fidèles, quelques pensées, quelques réflexions utiles à développer, croyons-nous, devant les auditoires qui se pressent, plus nombreux que jamais, autour des chaires chrétiennes. Elles ont paru correspondre aux besoins présents des âtnes (i) ; voilà pourquoi nous les avons choisies.

1. Ces pensées et ces réflexions ont formé le thème des sermons que nous avons donnés en lOlfi, dans la cathédrale de Rouen, au cours de la station de CarAme. Elles ont été publiées déjà, en articles, dans la Revue du Clergé français, où elles ont reçu du lecteur si bon accueil que nous nous sommes déterminé à les réunir en volume.

Quelques remarques sur l'état religieux de la France

Avant de chercher à orienter les catholiques français vers les champs d'apostolat qui s'ouvrent aujourd'hui devant eux, il convient de les engager à porter un jugement juste sur l'état religieux de la France, tel qu'il nous apparaît, après presque quatre ans de guerre.

Nombreux sont en effet, en ce moment, les esprits excellents qui se demandent avec anxiété oii nous en sommes et s'il faut ou non croire à un réveil de la foi séculaire, dans ce pays. Parmi le heurt des affirmations contraires, les unes tout optimisme, les autres tout pessimisme, ils hésitent et sont déconcertés, ayant un instant nourri trop d'espérances dont la réalisation se fait toujours attendre.

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A ces curieux, pressés du désir léo^itiTJie de savoir, tout de suite, à quoi s'en tenir, il importe de faire observer d'abord que nous manquons encore, en partie, des éléments' précis d'information qui permettraient de porter, sur l'état religieux de la France, une appréciation relativement décisive. Ce ne sera même pas au lendemain de la guerre que nous serons fixés. Il faut ici le recul du temps et qu'aient pu se dégager de l'ombre où elles demeurent cachées, certaines inconnues, telles, par exemple, que les dispositions nouvelles de nos défenseurs, à leur retour victorieux des tranchées. Une enquête approfondie, reposant sur une documentation sûre, pourrait seule nous renseigner avec exactitude si elle était poursuivie dans tous les diocèses. Ce n'est pas à nous qu'il appartient de juger de son opportunité ni de l'utilité de sa publication, si elle était entreprise.

Nous n'en sommes pas réduits, pour autant, au silence ou aux conjectures hasardeuses. Assez de faits sont établis et de notoriété publique pour que nous ayons déjà en mains quelques moyens de nous mettre en garde contre des jugements trop peu nuancés.

Ecartons d'abord une cause trop certaine d'erreur en ne i)renant pns pour argent

comptant les vues simplistes de ces observateurs superficiels qui ont le tort de ne voir toutes choses que sous un seul aspect. Ce sont des gens qui se dominent mal et passent du (( Toiit va bien » au « Tout va mal » selon qu'on les trouve sous l'impression d'une constatation qui les a réjouis ou déprimés, ou qu'ils parlent sous l'influence de la dernière conversation à laquelle ils ont pris part et dont leurs propos sont le reflet.

Dire que la cruerre n'a rien changé serait aussi faux que de prétendre qu'elle a transformé toutes les consciences. La vérité approximative nous paraît être entre ces deux extrêmes. Il est certain que la guerre a contribuée l'-augmentation très sensible de la valeur religieuse et morale d'une foule d'âmes déjà pieuses et bonnes dont un grand nombre se sont élevées jusqu'aux sommets de l'héroïsme. La preuve de ce fait, chacun peut la découvrir dans les récits concordants qui nous sont venus et nous viennent encore tant du front que de l'arrière. Par ailleurs, il n'est pas niable que la durée prolongée des hostilités et la rupture continue du cadre normal de la vie familiale et sociale ont entraîné des conséquences désastreuses pour la moralité des faibles. Ces désordres partiels, parce qu'ils sont

plus visibles, nous frappent parfois davantage que le spectacle des vertus humbles et solides qui demeurent cachées. Reste enfin une masse très considérable de Français dont il est bien difficile de savoir avec quelque certitude oii ils en sont, et si, vraiment, ils ont beaucoup avancé sur le chemin du retour. En dehors de ceux qui ont fait la démarche décisive et ont à jamais répudié l'indifférence 'OU l'incrédulité, il en est dont l'hostilité contre le catholicisme a désarmé, comme il en est qui demeurent, contre la religion, aussi acharnés qu'autrefois. Ceux-ci forment une minorité remuante et tapageuse. Il en est aussi dont la <( conversion », pour sincère qu'elle ait été, n'a pas tenu. Ne négligeons pas surtout de signaler l'état d'âme inquiet de ceux qui hésitent encore, sans qu'on puisse déterminer de quel coté penchera leur volonté, mais dont beaucoup se rapprocheront de la vérité et finiront par l'accueillir.

Faut-il attribuer, comme certains l'ont prétendu, les changements survenus à la seule influence de motifs médiocres ? L'élan religieux qui s'était manifesté, au lendemain de la mobilisation, ne fut-il, comme on l'a insinué, q-ue le fruit de la peur ? S'y est-il mêlé

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plus de vues superstitieuses que de foi authentique ? Faut-il conclure que de tout ce mouvement il ne reste et ne restera rien P Parler ainsi, c'est manquer de pénétration et d'esprit critique, à moins que ce ne soit une manœuvre destinée à contre-balancer l'effet d'une rénovation redoutée des esprits et des cœurs. Ils sont, en somme, à l'état d'exception, ceux que le déclanchement subit de la catastrophe a laissés indifférents. Nul Français ne l'a sentie fondre sur lui sans éprouver un trouble profond, qui a plus ou moins duré. Les actes religieux ainsi provoqués ne furent pas tous ni chez tous d'une inspiration également pure de tout alliage. Ce n'est pas, cependant, une raison suffisante pour dénier toute valeur à ces démarches et supposer qu'elles n'ont laissé aucune trace dans les consciences. Porter une médaille, faire brûler un cierge signifient au moins quelque croyance confuse à une puissance infinie et miséricordieuse, possédant un pouvoir de protection. A plus forte raison, faire célébrer le Saint Sacrifice de la messe et y assister dévotement implique-t-il un peu plus que le respect du catholicisme (i).

t. M. Fonsegrive a analysi'' cet état d'âme dans un article du Correspondant, 25 janvier 1916, « Le chemin de l'église ».

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Il est raisonnable aussi de penser que cet élan de piété, pour s'être ralenti extérieurement, n'en demeure pas moins solide et fort. Il a gagné en profondeur une bonne partie de ce qu'il a pu perdre en étendue. Il a obéi à une loi de stabilisation. Il est passé, chez beaucoup, à l'état de chose acquise. Le chiffre croissant des communions, leur fréquence, chez les meilleurs, en est une preuve indiscutable. L'assistance aux ofhces du dimanche, aux réunions quotidiennes, aux cérémonies solennelles, aux piières pour la victoire de nos armes et pour le repos des âmes de nos soldats tombés au champ d'honneur en est une autre.

Cet empressement à venir à l'église paraît plus visible dans les grandes villes que dans les bourgs et dans les campagnes. Celles-ci pourtant ont été touchées et le noyau des fidèles, malgré la pénurie des prêtres, qui rend difficile l'organisation du service divin, a plutôt, presque partout, légèrement augmenté.

Ces progrès, ici minimes, là plus sérieux, ce n'est pas la guerre seule qui les a engendrés. Elle les a mis en lumière, mais ils étaient hitents et comme en préparation indécise, avant le mois d'août 191/). I^s événe-

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ments ont apporté l'occasion favorable qui leur a donné une intensité nouvelle et les a fait éclater au grand jour.

Ceux qui étaient mêlés, avant la guerre, à la vie des diocèses, des paroisses et des œuvres, ceux qui suivaient la marche des idées, observaient et enregistraient, dans notre pays, les consolants symptômes des changements qui s'élaboraient. Dans les milieux intellectuels, on marchait vers la répudiation du matérialisme. Des erreurs longtemps en vogue, comme le scientisme, le dilettantisme sceptique, le positivisme, rencontraient une opposition de plus en plus étendue et perdaient peu à peu leur empire sur une notable partie de la' jeunesse qui pense. Il existait, parm» les écrivains qui venaient à la notoriété et dont le talent s'affirmait en maîtrise, un mouvement néo-chrétien bien différent de celui qui eut son heure de succès vers 1893. Il ne s'agissait plus, cette fois, de dicter de haut et du dehors à l'Eglise les conditions qu'elle devait accepter, pour recevoir l'appui de l'élite intellectuelle. On venait à elle comme à une mère aimée et obéie. La morale n'était plus isolée du dogme, mais le dogme, fondant la morale, était confesse intégralement, sans restriction avec une volonté expresse

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d'adhésion sans réticence. Ce mouvement, dont quelques illustres victimes de la guerre étaient hier les représentanis ies pius en vue, dépassait sensiblement même l'effet produit par les conversions retentissantes de poètes et d'hommes de lettres, tels que François Coppée et J.-K. Huysmans, pour ne citer que des morts (i).

Parijii la jfeunesse ouvrière et dans le monde des employés et des commis, l'Eglise catholique possédait aussi une élite nombreuse d'âmes croyantes et vaillantes, brûlantes de zèle et d'esprit d'apostolat. Elle s'était formée dans les écoles, les patronages, les groupements de l'Association catholique de la Jeunesse française et du Sillon, les associations de toutes sortes que chaque jour voyait éclore et prospérer. Elle s'était grossie de recrues de choix, venues de milieux où nos croyances n'avaient longtemps rencontré que le mépris ou le sarcasme. Elle était conquérante. Elle était généreuse. Elle le montrait clairement par son ardeur à porter partout, la discussion, dans les conversatix)ns quotidiennes, <( et dans les controverses pu-

1. Cf. le livre de M. G. Fonsegrive. L'Êi^olution des idée' dans la France contemporaine. De Taine à Péqvy, Pari.s Boud et Gay.

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bliques » par sa volonté efficace de prêcher par le bon exemple, par toutes les vocations religieuses et sacerdotales nées dans ses rangs. Cette élite est aujourd'hui décimée, mais ceux qui lui appartenaient, tombés pour la défense du pays, ont affirmé si haut la pensée de sacrifice qui les animait que leur mort sainte et glorieuse ne peut pas n'être pas féconde.

La jeunesse féminine n'était pas moins admirable que l'autre. Elle apportait partout à l'apostolat sacerdotal le plus précieux concours.

Au reste, nos congrès diocésains étaientils de vaines parades'.!^ Ceux qui prendront un jour la peine de dépouiller les comptes renduS' de ces assemblées, qui se faisaient toujours plus nombreuses, plus fréquentes et plus pratiques, resteront frappés de tout ce qui s'est dépensé, en France, de zèle intelligent et averti, durant la période 1 900-1 91 /i, pour ne parler que des quinze dernières années. Dans tous les domaines ovi peut s'exercer une activité bienfaisante, les catholiques de France avaient prodigieusement travaille et cette floraison des œuvres, née du zèle de nos évéques et du clergé, appelant à leur aide tout le peuple chrétien, apparaissait à tous comme l'effet d'une bénédiction de Dieu sur

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notre pays. Nous osions la considérer comme une récompense de notre soumission et de notre obéissance au Souverain Pontife, aux heures confuses de la séparation.

Ces constatations, familières à beaucoup d'entre nous, nous avons cru bon de les grouper dans une vue d'ensemble, afin de mieux faire voir le lien qui rattache les efforts d'hier aux résultats d'aujourd'hui et les raisons qui nous autorisent à penser que ceux-là sont la conséquence de coux-ci. D'autre part, les catholiques des nations étrangères, trop accoutumés et trop portés à ne voir la France que sous d'autres aspects', n'ont-ils pas besoin d'une telle mise au point, qui leur montrera la part d'inexactitude que renferme la sévérité de leurs jugements sur notre pays ?

Que si nous en venons à considérer la situation présente de la France religieuse à un autre point de vue, nous n'aurons pas à enregistrer des faits moins suggestifs. Les catholiques français, en dehors du concours qu'ils apportent, comme tous leurs compatriotes, à la défense du pays, et sans parler de l'héroïsme déployé sur les champs de bataille par le clergé et les membres des congrégations, se sont associés, de leur mieux, depuis le début de la guerre, à toutes les entreprises utiles au

bien public. On sait le rôle joué par nos évêques des régions de l'Est et du Nord, pendant l'invasion qui précéda la victoire de la Marne et celui qu'ils assument encore aujourd'hui. On connaît les efforts de notre épiscopat r<~>ur favoriser l'emprunt et les versements d'or. Tous nos évêques, dans des lettres publiques, dans des allocutions, ont engagé les populations à remplir leur devoir. Est-il une <( œuvre de guerre » que le clergé ait boudée et que les catholiques n'aient pas soutenue ? (i) Comptera-l-on pour rien la tâche accomplie chez les neutres par le Comité catholique de propagande française à Vétranger, dont les services éminents ne sont pas assez connus du grand public ? Ce Comité, qui agit hors de chez nous d'une manière si efficace, vit des aumônes des catholiques, tout comme la Mission catholique suisse, dont les efforts en faveur des prisonniers et pour la recherche des disparus sont dignes de tout éloge et ont été maintes fois couronnés de succès (2).

1. Cf. Abb{'^ Erian, Le Clergé et les Œuvres de guerre, Paris, Blnud et Gay.

2. Cf. Revue du clergé français, l"' août 1915. — La 'mission catholique suisse. La mission, an 30 juin 1917, «avait reçu, des catholiques français, 404.40.^ fr. pour h^s prisonniers de guerre.

Tous ces faits, ainsi relevés dans une énumération rapide et incomplète, forment un ensemble imposant. Il s'en dégage, croyonsnous, une impression encourageante de confiance en l'avenir, malgré les ombres, les incertitudes, les points d'interrogation qui demeurent et que nous n'avons pas dissiuîulés.

Mais cet examen de la situation appelle quelques réflexions. Il nous reste à en tirer les leçons qu'il contient.

Ecartons d'abord bien vite le reproche que seraient tentés de nous faire quelques esprits chagrins, habiles à prendre en mauvaise part toute parole que nous prononçons. Nous voyant appuyer sur le progrès religieux dont la guerre a été l'occasion, ils ne manqueront pas de prétendre que, pour cette cause, nous la bénissons. Aucun catholique français ne nourrit de telles pensées. Nous n'avons ni voulu, ni souhaité la guerre, parce que nous savons qu'elle est un effroyable fléau. Nous souffrons trop des ravages qu'elle cause, nous portons le deuil de trop de victimes et de trop de ruines pour afficher une satisfaction qui serait indécente et inhumaine. Nous continuerons donc de voir dans la guerre ime épreuve terrible et meurtrière, dont la très»

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lourde responsabilité pèse sur ceux qui l'ont déclarée et la mènent comme on sait. Il nous est bien permis cependant d'admirer comment la Providence ,s 'entend à tirer quelque bien pour les âmes et pour les peuples des plus effrayantes catastrophes et de quelle manière la France (( tout court » s'est ressaisie pour faire face à l'agresseur.

Les catholiques français ont bien aussi le droit de se demander quelle tâche les attend demain et quel état d'esprit doit être le leur, au moment présent, s'ils veulent collaborer au relèvement national.

D'une manière générale, en attendant que nous entrions dans le détail de l'action qui nous réclame, le devoir que nous dictent les circonstances est de ne nous laisser troubler par rien et de continuer à mettre au service du pays toutes les ressources dont nous disposons. Moins qu'à quiconque, il nous appartient de nous permettre les paroles simplement équivoques sur l'issue de la lutte engagée. Nous devons avoir à coeur de maintenir l'esprit public, toujours si ferme, dans une confiance nécessaire et que justifient d'ailleurs les événements. Accoutumons-nous aussi à ne pas considérer seulement nos malheurs personnels, nos deuils de famille,

nos pertes d'argent, nos difficultés de situation. C'est en continuant de nous élever audessus de nos épreuves particulières que nous conserverons intacte noire volonté de servir la cause commune. Rien n'est plus stérile et moins chrétien que le repliement égoïste sur soi-même, en des heures comme celles où nous vivons. Pour honorer vraiment nos morts, il faut les continuer, dans ce qu'ils ont entrepris d'utile et de bon et joindre à la prière pour le repos de leur âme le courage de suivre leurs exemples.

De même nous tacherons d'acquérir l'esprit positif et pratique qui nous a parfois manqué. Nous éviterons de récriminer, à propos du passé, et de nous attarder en des plaintes verbales qui glissent vite dans un fâcheux esprit de dénigrement. Nous n'avons pas à instruire le procès des autres, à jet continu. Sans doute, il est nécessaire d'établir le bilan des responsabilités, mais il y a la manière. Celle que nous déconseillons, c'est la lamentation monotone et stérile, indéfiniment prolongée, devant des gens qui savent déjà à quoi s'en tenir. L'histoire, surtout la plus proche, est riche en leçons. Appliquons-nous à les recueillir, pour notre instruction, tout en prenant garde de raA^iver les (]iierol1es ot

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d'en accroître ainsi les malheureux effets. Ce qu'il nous importe surtout de connaître, ce sont les conditions de succès d'un apostolat que nous voulons intense et efficace, sans qu'il puisse être taxé de prosélytisme maladroit par tout homme de bon sens, même ne partageant pas notre foi, mais dépourvu de ce sectarisme aveugle qui s'applique à dénaturer les meilleures intentions et les initiatives les plus justes.

Dans cet état d'esprit, nous regretterons nos fautes, les personnelles comme les collectives, et nous aurons le désir de les éviter à l'avenir. Nous nous sentirons ainsi portés à l'humilifé et. à la pénitence, en même temps que nous augmenterons en nous la volonté de nous délivrer de toute illusion et de tout préjugé, si nous en nourrissons encore. C'est notre amendement et Je bien de tous que nous aurons en vue, semblables, par nos dispositions morales, à nos chefs militaires dont le premier souci est d'être bien informés de la situation de l'ennemi et de connaître à fond le terrain du combat.

Ces métaphores belliqueuses n'impliquent, de notre part, aucune arrière-pensée agre^ sive contre qui que ce soit, mais seulement la résolution généreuse d'êlre, dans ce pays,

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les citoyens les plus dévoués et les plus désintéressés, en même temps que des catholiques sans peur et sans reproche, avertis des besoins de leur temps et soucieux d'y correspondre.

La Réforme et le Progrès de la vie chrétienne

Nous avons essayé, dans le précédent chapitre, de porter, sur la situation religieuse de la France, un jugement exact et fondé sur l'observation des faits. Dans son ensemble, notre pays nous est apparu plus que jamais travaillé par l'idée catholique. D'autre part, ayant analysé brièvement les dispositions d'âme et d'esprit qui doivent être les nôtres, en ce moment, nous avons cru bon d'engager nos frères à s'orienter dès maintenant, pour préparer l'avenir, dans une action pratique et positive, éclairée par les leçons de l'histoire.

Que doit être cette action et comment peuton la concevoir ? Quelle lâche immédiate paraît s'imposerj présentement à chacun de nous ?

Notre premier devoir, semble-t-il, c'est de considérer, avant toute chose, chacun pour notre compte personnel, ce que nous sommes et ce que nous valons. Portons donc d'abord nos regards sur nous-mêmes et sur notre propre vie.

Nous avons en effet besoin d'être fortement convaincus que se réformer soi-même, c'est, en définitive, la méthode de restauration relig-ieuse et nationale la plus sûre et la plus efficace. Une fois persuadés de cette vérité, nous pourrons nous préciser à nous-mêmes le sens de cet effort personnel de nous-mêmes sur nous-mêmes que les circonstances réclament de nous.

La réforme de soi-même, disons-nous, est bien la méthode de reslaurati:/n religieuse et nationale la plus sûre et la plus efficace. Essayons de le prouver encore, à l'usage de ceux qui, en fait, n'ont pas saisi toute la valeur d'une affirmation nioins banale ot plus riche de réalité qu'ils no se l'imaginent.

Au demeurant, nous l'avons déjà fait, en critiquant l'attitude de ceux qui ont tendance à user vainement leur sag^acité à

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battre le tiiea culpa sur la poitrine d'au- Irui. Volontiers, ils s'éternisent en réflexions rétrospectives et se substituent, dans leurs propos, à ceux qui, en tout domaine, ont la responsabilité du commandement. « Si j'étais le gouvernement », proclame celui-ci ; <( Si j'étais les évèques », avance cet autre. Celte audacieuse entrée en matière ne manque jamais d'être suivie de plans de réforme et d'action qui ont au moins ce défaut que ceux qui les élaborent ne seront vraisemblablement jamais ni <( le gouvernement » ni « les évèques ». En vérité, il ne s'agit pas de savoir ce que nous ferions si nous étions ceci ou cela, mais ce que nous avons à faire, étant donné ce que nous sommes. A chacun de considérer, tout simplement, le cadre où la Providence a enfermé sa vie, les moyens d'influence dont il dispose, son état présent et son degré acquis de sanctification ; voilà la vraie sagesse.

Quand nous aurons compris et accepté ce principe de bon sens, conforme à l'humilité chrétienne, à la charité fraternelle et à l'esprit d'obéissance, nous en viendrons vite à nouis ressouvenir" de quelques autres vérités élémentaires.

Nous aurons alors le souci constant d'appli-

quer â notre propre vie la loi de toute vie religieuse et morale, celle du progrès spirituel. C'est une loi que, théoriquement, nous connaissons bien ; elle est faite d'un petit nombre d'articles, très clairs pour le croyant : je n'ai qu'une âme, et il faut la sauver ; il n'y a qu'un mal, et c'est le péché ; qu'un désastre irréparable, mourir sans s'être réconcilié avec Dieu, et pour cette raison, être séparé de lui pendant toute l'éternité. Puisque nous savons qu'il en est ainsi, puisque toute charité bien ordonnée commence par soimême, c'est à nous, à nos besoins surnaturels, à nos défauts, à nos devoirs que nous penserons avant de nous attaquer à la réforme des autres. Nous ne perdrons plus de vue et la brièveté de la vie et la soudaineté de la mort, qui nous surprend presque toujours, parce que nous réalisons mal la possibilité de son approche. Le jour oii ces pensées nous seront devenues familières, nous posséderons le sérieux chrétien. L'esprit de foi nous fera juger les hommes et les événements, ce qui se passe autour de nous comme ce qui nous arrive, à la clarté d'une lumière toute surnaturelle. Nous ne serons plus aussi facilement satisfaits de n'être que ce que nous sommes et nous vivrons dans la persua-

sion que nous avons le devoir de tendre toujours au mieux. Nous écouterons docilement tous les appels que Dieu ne cesse de nous faire entendre et nous confesserons que notre intérêt comme la volonté de Dieu doivent nous déterminer à désirer une vie plus sainte. Nous acquiescerons à la parole de Jésus : (( Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. »

Cette aspiration vers la sainteté ne nous fera pas oublier quelles sont les lois de l'économie du salul. Dieu exige, pour notre sanctification, notre collaboralion constante. Selon l'expression célèbre de saint Augustin, « il ne nous sauve pas sans nous ». Il donne, à profusion, la grâce et les secours surnaturels. Chacun est libre de refuser ou d'utiliser cet appui. Aide-toi, dit le sage, et le Ciel t'aidera. Il faut donc ne compter que sur Dieu, mais agir, comme si Dieu, invoqué dans la prière, ne nous accordait rien, ce qui signifie qu'il faut fournir soi-même son maximum d'effort et s'en rapporter à Dieu du soin de faire fructifier la peine que nous prenons à son service. Nous sommes dans la nécessité (le ne marchander à Dieu aucun concours et de ne reculer devant aucune générosité.

La valeur sociale de tels principes est con-

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sidérable. Celui qui a consenti à en faire la règle de sa conduite ne se" ménage plus et il tend au bien sans s'accorder ni trêve ni repos. C'est un merveilleux ouvrier de progrès.

Enfin, puisque nous voulons agir dans la société, pour la gloire de Dieu, nous aurons soin de nous souvenir qu'une vie exemplaire est seule capable de conférer, à qui veut entraîner les autres, une singulière autorité. Nous ne demanderons donc rien à nos frères que nous n'ayons, au préalable, accompli nous-mêmes, si ce que nous réclamons est de notre possibilité. Mieux vaut agir (jiie discourir. Rien n'égale la leçon d'une conduite irréprochable. Le dévouement se propage par contagion. Les saints, pour décider Ips hommes à la pratique des vertus qu'ils prêchaient, les pratiquaient eux-mêmes, les premiers. « Je vous ai donné l'exemple, a dit encore Jésus, afin que vous fassiez ce que j'ai fait moi-même. »

L'histoire de l'influence du clergé et des catholiques, dans celte guerre, confirme cette théorie. Le grand moyen d'action de nos prêtres et de nos séminaristes, sur le front ou dans les ambulances, n'est-ce pas leur conduite ? On les admire et on les imite, on les aime et on les suit, parce qu'on les voit vivre

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selon la loi de l'idéal qu'ils servent et de la foi qu'ils professent, les plus ardents au sacrifice, les plus prompts au don de soi.

La conviction d'un grand nombre, parmi les catholiques, sur ces points essentiels, n'est peut-être pas assez ferme. De même que nous avons trop de réformateurs en chambre, qui refondent l'univers sans penser assez à se refaire eux-mêmes, ils sont trop aussi ceux qui attendent le salut d'un concours extraordinaire de circonstances qu'ils n'auront pas pris la peine de mériter. Ils vaincraient volontiers sans combattre et mettent leur espérance dans les moyens du dehors, qui ne leur- coûteront rien, plutôt que dans ceux du dedans, qui seront le prix et le fruit de leur labeur personnel et de leurs exemples. La vie doit être en harmonie avec le langage, et le discours le plus persuasif c'est l'éloquence sans phrases d'une belle vie.

Concluons : chacun doit s'employer d'abord à la destruction des obstacles intérieurs qui l'arrêtent lui-même sur le chemin de sa sanctification. C'est en poursuivant cette tâche, d'une volonté inlassable, qu'il travaillera le plus sûrement et le plus efficacement au bien général.

(( De die in diem, disait l'abbé Vignot, dans

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l'une des plus belles conférences de son Averit de Saint-Siilpice : notre texte nous invite non à nous laisser descendre au fil des jours, mais à remonter sans cesse, jjar de réguliers et vigoureux coups de rame, vers ila source divine; non à vivre au jour le jour tellement qaclleinent, mais à mieux vivre de jour en jour (i).»

Ayant mis ainsi le [)rogrès spirituel personnel à la base de nos préoccupations, nous avons à rechercher quels changements nous devons réaliser en nous et autour de nous.

Les transformations survenues, depuis la guerre, dans nos manières de penser et de vivre, vont nous aider maintenant à les découvrir et c'est ainsi que nous allons tirer, de nos constatations précédentes, toutes les leçons qu'elles contiennent.

La piété personnelle, c'est un fait, est en hausse, chez beaucoup de cathohques, qui prient mieux, qui se confessent et communient plus souvent. D'autres ont heiu'eusement repris leur phice abandonnée aux offices du dimanche.

1. Al)l)<'' Vignot, Aoen/ de Sainl-Stilpuc, Paiis, GaliaUla : Le prix des jours, p. 223.

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Que peiil-on leur demander de plus? Ce que l'on pourrait appeler une épuration et un approfondissement de leurs motifs de recourir à Dieu et de recevoir les sacrements. Amenonsles à se ressouvenir des enseig^nements du catéchisme. Le premier devoir de l'homme, en effet, c'est de remplir, envers le Dieu qui l'a créé, ses obligations. La religion, dans la pensée fondamentale qui en inspire les démarches, avant d'être une utilité sociale ou une consolante espérance, c'est le tribut d'hommages que nous devons à Celui envers qui, comme s'exprime saint Thomas, « nous avons contraeté une dette universelle ». (( Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, dit la préface de la messe, de vous rendre grâces en tout lieu. Père tout puissant, Dieu éternel... »

Par ces vues d'une saine théologie traditionnelle, il importe de corriger c^ que la présente poussée religieuse garde encore, chez certains, d'un peu confus. Ils ont obéi déjà à un besoin de se mettre en règle avec la loi de Dieu, commandé par cette impression très sensée et fort exacte que Dieu ne peut bénir celui qui, croyant en lui, méconnaît l'un ou l'autre de ses eommandements. Leur docilité nouvelle a , pu n'être, sans qu'ils s'en soient rendu bien

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compte, qu'un moyen de désarmer Dieu et d'obtenir son secours ; ils ont agi, peut-être, à la manière de ceux qui épousent les opinions des puissants d'ici-bas pour leur plaire et obtenir d'eux les avantages et la protection souhaités.

Dieu, certainement, a jugé droites leurs intentions et enregistré leur bonne volonté. Mais il faut guérir leur partielle ignorance et les élever à une ])rali(]ue des devoirs de religion ayant sa source dans la foi à- la valeur surnatmelle des sacrements et de la prière et dans la volonté de rendre à Dieu le culte d'adoration et de reconnaissance auquel il a droit.

Le jour où ce résultat sera obtenu, nous verrons moins de catholiques faire dépendre leur fidélité aux devoirs .religieux du besoin qu'ils éprouvent de l'aide providentieHe. Leur dévotion sei^a stable et non capricieuse. Ils ne manqueront plus la messe dominicale sous les plus futiles prétextes. Ils considéreront vraiment la confession comme le moyen établi par Jésus-Christ pom" obtenir, dans son Eglise, le pardon des péchés et l'Eucharistie comme l'aliment spirituel nécessaire à l'entretien et au développement dans les âmes de l'énergie surnaturelle. Nous aurons fait un pas décisif vers

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l'habitude généralisée de la Coinnuinion fréquente, voire quotidienne.

On peut pr-essentir aussi quelles finiront pai' être les heureuses conséquences de cette épuration et de cet approfondissement des juolifs de croire et de pratiquer. Cette piéW- plus intelligente ahouliia m un souci j)]us \if cl ]»his constant d'éviter le péché. Le chrélien comprendra mieux la malice et la gravité de ses manquements à la loi du Seigneur. Il redoutera jusqu'aux fautes légères, au\(pielles jusqu'ici il n'attachait qu'une médiocre importance. On verra .se manifester en lui l'habitude, prise peu à peu, d'une surveillance de soi, plus active et plus exigeante. 11 ama à cœm' de plaire à Dieu en faisant preuve, dans sa conduite, d'un plus grand esprit religieux ; dans sa lutte contre ses défauts de caractère, d'un courage plus généreux ; et il attachera à l'excellent accomplissement de son devoir d'état toute l'importance nécessaire.

Tout cet effort de l'ame sur elle-même, pour l'acquisition des vertus morales, a une valeur sociale de premier ordre. De son succès dépend, dans une très large mesure, le bien familial et public. Il dépasse, en effet, dans ses conséquences, la sanctification personnelle qu'il procure. Nous l'avons déjà dit plus haut,

il est vrai ei certain que la rcstauralion nationale dépend, pour une très grande part, de la réforme morale personnelle. Nous en découvrons ici une nouvelle preuve. De quoi souffrent, en effet, les sociétés, sinon des besognes mal faites et des devoirs omis par les individus qui les composen-t ? D'autre part, qu'est-ce qu'une piété bien comprise, sinon celle qui, nous faisant vivre dans le souvenir des devoirs que nous avons envers Dieu, nous montre en Jésus-Christ à la fois notre appui, comme source de la grâce, notre modèle, par l'exemple des vertus qu'il a pratiquées, notre docteur, par les enseignements qu'il nous a laissés et dont son Eglise demeure l'infaillible et incorruptible gardienne ? Cette lumière et cette force donnent à chacun et le sentiment de ses responsabilités et celui de la beauté de sa tâche ici-bas. Dès lors, c'est, pour chacun aussi, l'obligation d'éviter les discordes de personne à personne, la colère, l'envie, la vanité, sources inépuisables et perverses de tous les conflits sociaux.

Voici maintenant \u\o autre conséquence heureuse qui découle à son tour de ce souci de sanctification personnelle né de l'approfondissement de la piété. Le chrétien, conscient de V* faiblesse, acceptera, sous la pression de

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l'expérience qu'il en aura faite, la discipline féconde clos exercices de piété traditionnels. Le nombre doit s'auo-menter parmi nous de c«nx qui, laïcs et simples fidèles, recourent à la méditation, à l'examen de conscience quotidien, à la visite au Saint Sacrement, aux lectures spirituelles, à la direction, à la récitation du chapelet, à la retraite annuelle. Sans toutes, sans au moins quelques-unes de ces démarches — que nous énumérons sans vouloir mettre, dans l'ordre de notre énumération, aucune idée de précellence des unes sur les autres, — la vie chrétienne manque du cadre qui la soutient, parce qu'elle est dépourvue de pensée directrice et d'aliment intellectuel. Le disciple de Jésus-Christ vaut par la vie intérieure qui nourrit sa conduite journalière. Les sacrements agissent par eux-mêmes, mais la grâce qu'ils apportent est semblable à un capital que la volonté de celui qui le possède exploite et fait fructifier. Au plus intime de l'âme doit se poursuivre sans cesse un effort de réflexion qui est un travail d'assimilation de la vérité et de ses richesses. Il faut vivre en Dieu et faire vivre Dieu en soi.

A ce point oii nous sommes, des objections surgissent. Les exercices de piété effraient toujours un peu ceux qui ne les pratiquent pas

encore. Beaucoup de ceux qui s'y sont soumis, y ayant échoué, ne s'y sentent plus disposés. Les uns et les antres les redoutent ou les récusent, bien probablement parce qu'ils les imaginent autres qu'ils ne sont dans la réalité. On s'accoutume aussi à les croire réservés à une élite restreinte et choisie. Ils sont, en somme, accessibles à tous, quand on les considère dans leur idée foncière et qu'on ne les coinplique pas à plaisir.

La méditation, par exemple, à tout prendre, n'est, à son degré élémentaire, qu'un travail de réflexion sur Dieu et sur le devoir, qu'une confrontation de la conduite avec l'exemplaire divin, c'est de la vie pensée et vécue en fonction des vérités de la foi, de la vie prévue et ordonnée, bref, le moyen d'échapper à la vie improvisée, laissée à la merci du caprice et des circonstances. Dans l'examen de conscience, il n'y a rien d'autre qu'un bilan nécessaire de l'œuvre de chaque journée ; dans la visite au Saint vSacrement, qu'un essai de relations plus intimes avec Notre-Seigneur Jésus- Christ. On en peut dire autant de la lecture de piété et de la direction spirituelle. Se peutil, en effet, découviir rien de plus bienfaisant qu'un contact direct avec l'Evangile lu et médité, qu'une connaissance sérieuse de l'his-

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toire de l'Eolise H des exemples des saints ? Faut-il lutter contre les préjugés qui écartent encore certains de la direction spirituelle, qui n'est qu'un contnMe e.vercé sur la conduite par quelqu'un — le preire — ayant grâce d'état pour cet office, dont l'expérience demeure un précieux secours, et qui, mieux placé pour nous juger que nous ne le sommes nous-mêmes, nous préserve des illusions oii nous nous complaisons et nous assure l'appui de conseils désintéressés ?

La tâche prochaine du clergé pourrait donc bien être de réhabiliter, par son enseignement, tout l'ensemble des démarches qui constituent la vie de piété, en montrant le lien qui rattache ces démarches les unes aux autres, en découvrant leur simplicité, en exposant leurs avantages individuels et sociaux. L'élan vers la Table sainte doit se doubler d'un effort vers la sanctification, et d'une culture des âmes, tendant à purifier les intentions et à hausser le niveau des préoccupations surnaturelles, morales et sociales. Prenons le chrétien tel que la guerre nous l'a fait ou nous l'a rendu, et des commencements de l'esprit religieux oTi il s'attarde encore conduisons-le jusqu'au sanctuaire où il vivra dans la vie intense de l'Eglise.

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Ne croyons pas surtout les jeunes gens et les hommes réfractaircs «à un tel idéal ou inaptes à une telle vie. Ce fiut parfois, hier, l'erreur de quelques-uns. La ferveur oii s'élevèrent tant de membres de groupements masculins, avant l'ouverture des hostilités, l'esprit de sacrifice oi!i sont parvenus tant de combattants demeurent une preuve que la culture de la piété traditionnelle dans les âmes des homïnes et des jeunes gens est possible. Réussir dans cette tâche, ce sera, pour demain, la victoire de l'Eglise de France sur ce préjugé encore tenace, quoique fortement entamé, qu'en dehors de ceux qui vivent dans le cloître ou dans le sacerdoce, la piété est l'apanage exclusif de la jeune fille et de la femme. D'autre part, cette piété féminine dont on a tant médit, parce qu'elle a quelquefois versé dans le formalisme et Id sentimentalisme, parce qu'elle s'est rencontrée çà et 1;\, sans influence assez profonde sur la conduite, refleurira, puisant désormais sa pensée inspiratrice dans une science plus ample des vérités de la foi et des devoirs de la vie. .

Il est une piété solide, purgée de tout faux mysticisme, faite d'amour de .Tésus-Christ et de l'Eglise, qui remonte loin dans le passé de ce pays. On en peut voir les marques dans le

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bon sens d'un saint Louis et d'une Jeanne d'Arc, comme on en pmit étudier les lois et l'esprit dans les éerits et dans les actes des saint François de Sales, des saint Vincent de Paul et des Bossuet. Cette piété très catholique est aussi très française. Nous lui devons tous les vaillants chrétiens du xix^ siècle et tous les héros croyants tombés au champ d'honneur depuis le 9. août 191 4- Il en faut garder intacte la flamme bienfaisante aux présentes générations, les conduire au bienfait de sa lumière et la léguer, plus éclatante encore, à ceux qui s'avancent, dans l'avenir tout proche (i).

Il faut reprendre aussi, pour l'enraciner parmi nous, la tradition, un moment menacée, du sérieux chrétien.

La guerre, déjà, nous a déterminés à abandonner quelques-uns des abus qui s'étaient glissés, puis installés, dans un grand nombre d'existences. Beaucoup, même catholiques pratiquants, versaient insensiblement dans la frivolité des mœurs et des ffoûts. Il est clair

1. Sur cette piété française, on lira, avor antant d'intérêt que de profit, les deux premiers volunEies de VHiHloire littéraire du sentiment religieux en France, q\u- l'ablx'' Bremond a publiés à la librairie Bloud et Gay.'

que, désormais, nous ne pouvons plus être la France légère. Nous l'étions d'ailleurs moins qu'on ne l'a dit et qu'on ne l'a cru, sur la foi de ce que nous disions et croyons nous-mêmes. S'il n'était pas resté, chez nous, en dépit des apparences et malgré de réels désordres, un trésor intact de vertus privées et familiales, un sens très vif de l'honneur, un fond insoupçonné de vaillance et d'esprit militaire, nous n'aurions pas fait, sous les coups d'une aussi longue épreuve, aussi courageuse figure.

Il n'en demeure pas moins vrai que nos usages demandaient à être sévèrement revisés. La simplicité de la vie s'impose aujourd'hui à tous comme une nécessité. Le luxe exagéré de la table et de l'habillement, la manie des folles dépenses, les prodigalités d'argent et les gaspillages de temps nous ont semblé, à juste riison, incompatibles avec l'état de guerre et inadmissibles, en ces jours d'angoisse et de deuil national. On se scandalise à bon droit, maintenant, de ce que l'on tolérait hier, et si quelqu'un paraît oublier en quel temps nous vivons, ce n'est plus seulement ceux qu'on qualifiait jadis de moralistes moroses qui protestent, c'est une opinion publique qui, dans sa majorité, s'est ressaisie et juge inaccei)table certaine façon égoïste de jouir et de s'amuser.

ET l'aPRÈS-GUEBBE \?>

Ne ternissons pas notre gloire et restons dignes du grand souvenir de ceux que nous pleurons.

Il appartient aux catholiques d'accentuer le reloiu' du pays aux règles si sages de la modestie chrétienne. C'est une question de prudence patriotique, parce cpie la vi(^ est chère et que nos cliaiges sont devenues plus lourdes. Mais .quand les affaires auront repris, quand renaîtront les jours de large prospérité que nous escomptons, nous devrons avoir à cœur de ne rien changer aux saines coutumes reconqui.'îes, parce qu'elles sont chrétiennes.

Nous sommes tenus en effet à ne faire qu'un usage normal et légitime de nos ressources et de nos biens, car c'est la volonté de Dieu qui nous a créés, sous la dépendance de sa loi, gouverneurs prudents et tempérants de tout ce que sa sagesse et sa bonté nous confient.

Ce que la force des choses a rétabli, cette retenue que l'intérêt public et privé nous impose, et dont une sorte de pudeur patriotique nous fait une obligation, les circonstances nouvelles qui s'apprêtent ne le doivent plus changer. Apprenons à dominer les contingences et à ne plus nous laisser étourdir par les surenchères païennes de l'esprit de jouissance et d'ég-oïsme.

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Faisons aussi riiarclior de pair avec ce retour à la simplicité de la vie, le maintien, parmi nous, du goût des occupations utiles. La guerre a disloqué les cadres de la vie mondaine et clairsemé la phalange de ceux que l'on nomma si bien les paresseux et les oisifs des quatre saisons. Hier, que d'existences futiles et que de temps perdu ! Qu'elle était niaise, la tyrannie de la mode, des visi-tes, des villégiatures que ne légitimait le besoin d'aucun repos !...

L'homme du monde et l'ouvrier font aujourd'hui ce qu'ils proclamaient, il y a deux ans, impossible. Ni l'un ni l'autre n'eussent voulu renoncer à ses plaisirs ou à ses aises et ils eussent poussé les hauts cris si on le leur avait simplement proposé. L'un et l'autre se plient, docilement, sous l'habit militaire, à la discipline du travail et de l'obéissance. L'intérêt supérieur de la France a fait ce miracle de les arracher tous deux à leurs préjugés. Tous ceux qui n'avaient qu'un idéal, la vie facile, exempte de devoirs et de contraintes, en ont accepté joyeusement un autre, tout de renoncement et de don de soi. En somme, chacun fait l'expérience qu'il peut vivre autrement qu'il a vécu, sans souffrir de ce dont il est privé et qu'il croyait indispensable à son bonheur. Bien plus, dans ces sacrifices, il goûte

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une joie dont il ne soupçonnait pas la profondeur.

Ce thème de réflexions mériterait, à lui seul, de plus longs développements. Il serait bienfaisant aux âmes de leur faire prendre plus nette conscience des progrès qu'elles ont réalisés vers le vrai bonheiu' moral et spirituel, par les changements de vie auxquels la guerre les a contraints. Prenons pour exemple la femme du monde, devenue ambulancière et soignant les blessés dans les hôpitaux. Elle se levait tard et se couchait de même. Elle fait à présent le contraire et ne s'en trouve que mieux. Elle a revêtu un costume qui pour être sévère n'en est pas moins gracieux. Elle a vu souffrir et, en pansant les plaies saignantes, reçu la confidence de bien des douleurs. L'âme du peuple s'est révélée à elle, comme elle a révélé elle-même au peuple son âme véritable.

Aux yeux de tous se manifestent ainsi les lois de la collaboration fraternelle et de la coordination des efforts et des tâches. C'est la remise en lumière du sens de l'utile.

Nous pou^T)ns bâtir sur ces bases morales qui sont des bases chrétiennes et fonder sur elles notre théorie de la vie, qui doit être féconde et productive, ainsi que l'exige l'Evan-

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gile. Les nécessités sociales du temps de paix ne sont pas tellement différentes des nécessités patriotiques des années de guerre ; en fait, ce sont les mêmes. Les qualités acquises ou retrouvées, dans l'angoisse commune qui nous a rapprochés, doivent s'épanouir dans l'avenir, parce que le bien .public, à quelque époque que l'on vive, se crée et se maintient par la pratique des mômes vertus.

Si le^patriotisme n'est qu'une flamme éphémère, qui brille seulement quand le danger l'atlise, il n'est pas foncièrement bon et vrai. 11 doit se retrouver le même dans la paix comme dans la guerre. C'est le sens civique et social qui seul nourrit sûrement le sens guerrier : autrement l'héroïsme du combattant n'est qu'un instinct de défense, ce n'est plus l'effet d'un courage stable et j)ermanent.

Le temps a un prix. Chaque jour qui passe doit être bien rempli, parce qu'il possède, au regard du chrétien, une valeur inestimable. Le labeur acharné auquel tous se soumettent aujourd'hui, les uns |)our préparer la bataille, les autres pour la livrer, d'autres encore pour panser les plaies qu'elle a faites, doit devenir la loi permanente de toute vie catholique et française. Bien plus, l'horizon de la vie professionnelle a besoin d'être élargi et, dans le

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cadre de nos préoccupations morales et patriotiques, il faut à présent faire rentrer la considération de l'utilité publique et du bien commun. L'honnête homme qui besogne pour les siens et pour soi n'est pas le citoyen que nou? rêvons. Il y a devoir à mettre dans l'organisation de son labeur une pensée plus haute que l'intérêt personnel, la pensée de l'intérêt général.

Aiu-ons-nous fait, dans la douloureuse pratique des vertus guerrières, l'apprentissage de celles auxquelles nous obligera l'ère de la paix.»* C'est la question que chacun se doit poser à soi-même. Elle équivaut à se demander si les jours rudes que nous vivons nous auront appris l'art de vivre. Soudons l'une à l'autre les deux périodes, celle où nous sommes, dans l'exaltation des combats, celle où nous entrerons, par la porte triomphale de la victoire que nous désirons voir s'ouvrir sur le décor d'un monde nouveau.

Simplicité de la vie et souci des occupations sérieuses et utiles, voilà le but vers quoi nous devons tendre. Préparons-nous à l'atteindre et, parmi les moyens d'y parvenir, comptons un choix meilleur, qu'il importe de faire, de nos nourritures intellectuelles.

Parmi les profits moraux de la guerre, il

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faut noter, en effet, celui-là, que la production li'il^raire, au cours des trois dernières années, a changé, chez nous, de ton, d'allure et de caractère. Ce qui nous préoccupe ici est beaucoup moins un problème d'esthétique qu'un point de vue moral. Aurons-nous demain des chefs-d'œuvre à admirer ? Tous le souhaitent. Du moins, dès aujourd'hui, nous avons de beaux livres à lire cl que nous pouvons placer, avec fierté, dans toutes les bibliothèques de l'univers. L'étranger qui s'est approvisionné chez nous, trop longtemps, dé romans et de pièces de théatire qui étaient des œuvres commerciales, aulicmenl dit une exploilalion de la curiosié malsaine, nous jugera plus sainement, quand il connaîtra bien notre littérature de guerre. Si elle est, à l'ordinaire, vigoureusement réaliste, elle est aussi dans l'ensemble, tout imprégnée de l'idéalisme le plus pur.

Ces lectures doivent contribuer à nous rendre le goût, que quelques-uns avaient perdu, des pensées nobles exprimées dans une langue simple. Nous sommes peut-être sur le chemin qui nous fera retrouver la tradition classique, augmentée du bénéfice de quelques expériences que nous avons faites et qui toutes n'ont pas eu un égal succès, mais nous ont

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réappris du moins œ que nous n'aurions pas dû oublier.

L'esprit public avait été contaminé, en partie, dans son goût et dans ses mœurs, par le paradoxe brillant, les faux bijoux d'un style trop tourmenté, le clinquant des mots et le piment passionnel. Il a dégorgé ce vernis pernicieux. Le beau ne doit plus être, à nos yeux, l'étrange, mais le vrai.

Du point de vue religieux et moral, qui est ici le nôtre, on voit où tendent ces réflexions. Elles visent à déterminer les catholiques à boycotter la littérature qui effrite et salit tout, poin^ donner leur clientèle, leur appui, leurs applaudissements et, s'ils tiennent une plume, leur contribution, aux livres et aux publications qui sèment des idées, exaltent des sentiments et développent des pensées conformes à la vie que nous sentons la nécessité de vivre.

Il resterait à compléter cet exposé en parlant de la culture, dans les âmes, de l'esprit de charité, se traduisant, par une collaboration, plus large que jamais, aux œuvres sociales de relèvement et d'assistance. Nous y reviendrons. Pour le moment, une remarque suffira. 11 ne faut pas que l'élan fraternel, né de la guerre, vers la concorde sociale, dispa-

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