‹ Les catholiques français et laprés-guerreChapitre 5 sur 14 · OO LES CATHOLIQUES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

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raisse avec elle. Et ceci encore, pour une raison profonde, déjà précédemment exprimée., Le malheur commun et la menace commune nous ont fait des "cœurs plus pitoyables. Plus largement chacun est aumônier. Restons-le à cause des misères qui seront longues à disparaître, sans doute", mais surtout parce que la pratique de la charité est un devoir chrétien. De ce devoir, jamais la France ne fut oublieuse. C'est le pays où les bourses s'ouvrent le plus volontiers. Pourtant, bien des égoïsmes étaient hier tenaces, qui se sont humanisés. Nous donnerons demain autant qu'hier et plus encore s'il le faut.

Cette œuvre intime et personnelle, que nous avons essayé de décrire, de réforme et de rénovation individuelle, on en voit maintenant les grandes lignes clairement dessinées.

A la base, en tout cœur, une conviction, celle que chacun a quelque chose à faire pour s'améliorer soi-même. Pour traduire cette conviction, des résolutions nettes : volonté d'approfondir en soi la vie religieuse; décisions pratiques de simplicité de vie et de travail

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utile ; choix d'une nourriture intellectuelle solide et substantielle ; orientation vers la charité et l'entr'aide mutuelle ; bref, toute l'existence traversée et soulevée par un souffle puissant qui l'entraîne vers la sanctification et vers l'apostolat.

Le Problême de rÉducation

La réforme de sa proiMe vie, telle esl, avons-nous dit, pour le catholique, la tâche primordiale et essentielle. Travailler à cette réforme, c'est, en définitive, la méthode de restauration religieuse et nationale la plus sûre et la plus efficace.

De celte restauration nécessaire, nous avons décrit quelques-unes des conditions : chacun doit aller, d'un élan décisif, jusqu'à la piété foncière et authentique, par la fréquentation régulière des sacrements, la fuite du péché, la lutte contre ses défauts, la culture et l'accroissement de la vie intérieure ; chacun doit s'appliquer aussi à augmenter le sérieux acquis pendant la guerre en visant à une grande simplicité de vie, en s'adonnant à des occupations utiles au bien commun, en choisissant judicieusement ses nourritures intellectuelles.

Tout cet effort vers le progrès spirituel s'épanouira dans l'exercice de la charité. Sainteté personnelle et apostolat constant, telle doit être la devise des catholiques et la règle concise de leui' conduite privée et publique.

Sainteté donc, mais aussi apostolat. On ne sera point surpris de l'union de ces deux termes, car chacun sait que la foi profonde et sincère devient aussitôt expansive et conquérante. Nous ne serions pas, en effet, totalement chrétiens, si nous ne voulions pas pour autrui ce que nous voulons pour nous-mêmes. Notre amoiu- de Dieu ressemblerait à une affirmation toute verbale s'il ne nous menait pas à l'amour et au service du prochain, c'est-àdire à la détermination de nous employei" pour son salut en même temps que nous luttons pour assurer le nôtre.

Ce sont là des vérités simples, qui nt 6e discutent pas, tant leur évidence s'impose impérieusement à la conscience religieuse. 11 n'y a. en somme, qu'un problème à examiner, celui de la manière dont se poursuivra cet apostolat confessé par tous nécessaire.

La question est très vaste. Si l'on veut se contenter d'y répondre en se bornant à des réflexions générales, elle est facile à résoudre. A partir du moment oiî l'on prend la peine de

l'étudier en fonction des besoins connus du présent et des exigences devinées de l'avenir, elle devient complexe, car elle équivaut, en fait, à se demander sur qui il est opportun que notre influence moralisatrice cherche d'abord h s'exercer, dans quel sens et par l'emploi de quels moyens elle s'exercera.

Or, il semble bien, en bonne logique, que nous devions avoir à cœur d'atteindre en premier lieu ceux qui prendront un jour notre place et sont appelés à nous continuer : nos enfants.

Les jeunes générations attendent de nous le mot d'ordre. Quelle consigne allons-nous leur proposer ? En d'autres termes, au seuil du problème de l'apostolat, le problème de l'éducation force notre attention. Regardons comment il se pose, afin de découvrir quelles solutions lui. conviennent.

A-vant toute autre considération, enregistrons une évidence dictée par le bon sens : pour élever des enfants il faut en avoir.

Nous en avons, mais pas assez. C'est là, pour ce pays, une plaie douloureuse dont les leçons

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de la présente guerre ont achevé de nous découvrir la gravité. Nous savons bien, maintenant, ce que nous a coûté la diminution régulièrement progressive de la natalité, pendant le dernier demi-siècle. (( Par bonheur, écrivait hier M. Etienne Lamy, les amis de la stérilité n'ont jamais été persuasifs à ce point qu'il ne restât pas de soldats pour les défendre et la France, depuis deux ans, ne cesse de rendre grâces aux pères et aux mères qui ne lui ont pas marchandé leurs fils (i). » Le péril a dessillé les yeux des plus aveugles et nous en sommes à avoir ouvert, dans nos journaux, la rubrique des « belles familles », de ces « belles familles » nombreuses pour lesquelles certains, dans un passé tout proche, n'avaient pas assez de railleries ironiques.

Les sociologues se sont remis activement à l'étude des moyens d'ordre législatif et économique propres à remédier au mal. Nous applaudissons à leurs efforts. Il faut faire plus, c'est-à-dire les encourager et leur prêter notre collaboration. Mais la question n'est pas seulement sociale et nationale, elle est aussi, et

1. Correspondant, 25 juillt-t iOKi. Hltienne Lamy : Après la guerre. A lire aussi, sur ce sujet, les belles études publiées par M. Etienne Lamy, dans la Revue des Devx-Mondes, en novembre et décembie 1917.

peut-être surtout, morale et religieuse. Qui dit familles nombreuses, dit, du même coup, sacrifice, confiance en la Providence, abnégation dans la discipline générale de la vie. Ces vertus ne sauraient être créées artificiellement par le seul effet de lois habilement conçues. Aux lois en effet, on ne peut rien demander d'autre que de placer les hommes dans des conditions favorables à la pratique du devoir et de ne rien faire pour le rendre tellement onéreux qu'il en devienne impossible. C'est la foi chrétienne qui tient la clef du problème parce que c'est par elle seule que la conscience peut être saisie et se sentir rigoureusement obligée.

Sur tous ces points, les convictions de nos lecteurs sont faites. Nous n'y insisterons donc pas. Le relèvement du pays dépend, dans une large mesure, du mouvement de sa natalité. Celle-ci, à son tour, sera une résultante de l'influence des principes moraux enseignés et imposés par le catholicisme.

Et nous voici, ces réflexions faites, en face des enfants qui sont déjà parmi nous, ayant aussi la pensée toute pleine de ceux qui viendront, nous en avons l'espoir, comme des anges consolateurs, prendre, à nos foyers décimés, les places laissées vides. Disons-le tout

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de suite, le pioblèdie rapilal do l^^ur éducation ne regarde pas seulement leurs parents et les éducateurs professionnels, il nous regarde tous.

Cette remarque est vraie d'une double manière. Elle peut s'entendre d'abord en ce sens que nous sommes tous intéressés, en tant que membres du corps social, à la bonne éducation des jeunes générations parce que rien de ce qui touche au bien de la communauté nationale ne peut nous laisser indifférents. Mais c'est là une vérité si incontestable qu'elle en est banale. Nous devons nous souvenir encore et faire ressouvenir les autres que, la vie sociale multipliant entre nous tous les contacts, l'éducation des enfants ne dépend pas uniquement de la famille et de l'école ; elle est aussi, dans une large mesure, sous notre influence à tous.

La société ne saurait se contenter d'exhorter les parents et les maîtres à bien remplir leurs devoirs ni de leur en foiunir les moyens. Elle doit envisager sa propre responsabilité. A l'influence que nous exerçons sur nos enfants à nous s'ajoute celle .que nous avons sur les enfants des autres.

Il est aisé d'en fournir la preuve. Chacun de nous, dans sa sphère d'action et de rayon-

ncmcnt, ne posscdo-1-il pas une pail, d'autorité ? Chaque vie ne contient-elle pas au moins la leçon d'un exemple ? Quels sont ceux, enfin, qui n'ont pas dans leur dépendance immédiate, des enfants et des adolescents ? Maîtres et maîtresses de maison ont leurs domestiques, souvent jeunes ; patrons, chefs d'industrie, commerçants, agriculteurs ont leurs ouvriers et leurs employés ; tous, nous allons, de t€mj)s à autre, nous asseoir à des foyers amis soit à cause des liens de parenté, soit par suite de l'usage et des relations sociales. Bref, tout le monde, en dehors du cercle familial, est un peu éducateur, puisque toute le monde coudoie des enfants, leur parle et agit sur eux ou en leur présence.

Ce n'est pas tout. Entre les jeunes générations et nous, il y a plus que ce contact direct, du fait qu'elles subissent les réactions de l'esprit public que nous contribuons tous à élaborer. La jeunesse baigne dans une ambiance morale, qui est une résultante de tout ce qui se fait, se dit, se lit et se pense autour d'elle. De nos manières de vivre et d'agir, de parler et de nous recréer, naît une influence d'ensemble si puissante et si pénétrante qu'il est presque impossible à l'homme mûr d'y échapper. Comment ceux dont la formation est en

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voie de développement pourraient-ils s'y dérober ?

Conclusion : dans le va-et-vient d'influences qui détermine les modalités innombrables de l'esprit public, chacun possède sa part de responsabilité et l'esprit public, incontestablement, est un facteur important de l'éducation générale.

C'est cette vérité qu'énonçait Jésus, quand il s'écriait : « Celui qui scandalisera un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux; pour lui qu'on lui attachât au cou la meule qu'un âne tourne et qu'on le précipitât au fond de la mer. » (Matth., xvni, 6).

Puisqu'il en est ainsi, nous sommes en droit de prétendre que le problème de l'éducation dépasse singulièrement les limites trop restreintes que Ton se contente parfois de lui assigner. Sa solution heureuse dépend sans doute des parents et des éducateurs professionnels, mais aussi de nous tous, parce que tous, nous sommes, plus ou moins, mais toujours au moins un peu, des autorités sociales et des sovnces d'influence.

Si l'on veut aboutir à réaliser des progrès véritables, en matière d'éducation, on ne se bornera pas à préconiser des réformes partielles portant seulement sur des points dé-

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terminés, mais en somme secondaires. Ces réformes partielles sont nécessaires : loin de contester leur utilité, nous les réclamons ; mais elles ne vont i)as au fond de la question.

Expliquons-nous. Il est certain, par exemple, qu'il faut faire, dans nos préoccupations d'éducateurs, une place plus lar^e aux problèmes d'hyo-iène physique et corporelle et qu'il est uro-ent de s'appliquer à préparer une refonte des pioo-rammes scolaires et des méthodes techniques d'enseignement.

Cette tâche, depuis longtemps entreprise, est en voie de bonne exécution. 11 faudra la poursuivre, après la guerre, en tenant compte des leçons que les événements nous ont données. Mais serait-elle parfait<'ment accomplie que la question, tout en ayant fait un pas, resterait entière. Nous posséderions, en effet, des êtres vigoureux, des intelligences bien meublées ; aurions-nous, en nous limitant à ces seuls efforts, ce qu'il nous importe d'avoir : des hommes ? Nous serions mieux^outillés pour ' les former, mais nous ne serions pas encore assurés qu'ils seront tels que nous les voulons et tels qu'il nous les faut.

Même le succès complet de nos revendications légales, à nous catholiques, en matière scolaire, tout en nous rapprochant du but, ne

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nous apporterait pas la certitude de l'atteindre, car tant qu'il n'y aura pas suffisante harmonie entro ]i* famille, l'école et l'esprit public, nous risijuerons toujours de voir des influences contraires entrer en lutte et, par suite, se détruire les unes les autres.

De cette dernière observation, il serait faux de conclure que nous faisons bon marché, pour notre compte, de ces revendications légales. Nous connaissons leur souveraine importance. Il est évident que nous ne pouvons pas ne pas tenir essentiellement au respect de la conscience religieuse de nos enfants et des droits de la famille. Il ne saurait être question pour nous de nous enfermer, l'heure venue de parler, dans un lâche silence, ni de nous servir, comme d'un moyen de discorde, d'un conflit toujours latent et dont les causes ne sont pas encore supprimées. Nous espérons, d'ailleurs, de l'épreuve commune qui a rapproché tous les Français, des effets pacificateurs.

Nous ne voulons pas davantage insinuer que l'enseignement libre a cessé d'être, pour les catholiques, une nécessité. Il demeure, autant et plus que par le passé, digne de tous nos sacrifices. S'il faut, pour le maintenir et le développer, en consentir de nouveaux ou

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de plus rudes, nous avons le devoir de ne pas nous y refuser et, certainement, nous ne le ferons pas.

Mais, en fait, dans la réalité. concrète, chacun peut voir que l'école n'est pas tout, ni même la famille, puisque chacun est à même de constater, en regardant autour de lui, que l'école laïque n'a pas produit que des renégats, ni l'école libre que des saints, que toutes les familles chrétiennes n'ont pas que des enfants catholiques pratiquants, ni toutes les familles indifférentes ou hostiles à l'Eglise que des enfants sans religion et sans mœurs. C'est la preuve que d'autres influences agissent, sur les jeunes consciences, en dehors de la famille et de l'école, tantôt pour contrebalancer leur emprise, tantôt pour l'annihiler. Ces autres influences, c'est le milieu social, c'est l'esprit public.

Il manque à beaucoup de membres du corps social quelques-unes des qualités essentielles aux bons éducateurs. Parce qu'ils sont insuffisamment avertis de l'étendue de leur responsabilité et de la puissance de leur action éducatrice, leur ignorance, leur insouciance, leur incompétence ont de déplorables conséquences.

Travaillons donc h donner aux parents, aux

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maîtres et aussi à !ons coiiv qui approchent la jeunesse et ont ;iutorité sur elle, une science plus exacte et plus complète de leurs devoirs. Il ne faut plus que la famille ruine ou à peu près l'œuvre de l'école, ni l'école, celle de la famille. Il ne faut plus surtout que la vie sociale énerve, jusqu'à les briser, les efforts combmés et parallèles de l'école et de la famille.

Elevons le niveau de la compétence pédagogique de tous. L'expression pourra paraître à quelques-uns ambitieuse, ou même pédante. Entendue dans son vrai sens, elle est pourtant concrète et précise. Elle désigne, en somme, cette science des lois fondamentales de toute éducation qui est art et connaissance technique. Elle est art, cette science, parce qu'elle suppose de rares qualités de souplesse d'esprit et de sagacité ; elle est connaissance technique parce qu'elle repose sur l'acquisition, obtenue par l'étude, de quelques grandes lois psychologiques fort simples.

Pour aboutir aux résultats que nous souhaitons, point n'est besoin d'ouvrir, à tort et à travers, des écoles de pédagogie ni d'obliger chaque citoyen à se pourvoir d'im diplôme pédagogique ; ce qu'il faut, c'est combattre une incompétence par trop généralisée, c'est

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remédit^r à l'insuffisancp de réflexion d'un grand nombre sur les conséquences, funestes aux jeunes général ions, de leurs ^)aroles et de leurs actes. Nous vivons en présence de la jeunesse, qui nous juge et nous imite : voilà la vérité de bon sons que d'aucuns ont oubliée. Faute de s'en ressouvenir, ils propagent ou laissent jjropager des doctrines néfastes et des principes destructeurs de toute moralité et de toute énergie. Ils deviennent ainsi complices ou même auteurs " responsables de l'abaissement des caractères et du mépris oii sont tombées momentanément quelques vertus privées et sociales nécessaires à l'existence et à la prospérité des cités et des nations, (i)

Le problème de l'éducation ayant été ainsi posé dans ce que nous croyons être ses vrais termes, examinons ce que peut faire chacun d'entre nous, pour en hâter la solution.

Avouons-le d'abord. Un tel examen réclamerait un livre, et non quelques pages. Nos

1. Nous rt.'coiiinianilons vivement, surfit important sujets la lecture du livre excellent de M. l'ahlK' KielVer, directeur de la villa Saint Jean, ;~i Fribourt? (Suisse) : L'autorité dan,, la famille et ù l'école, Paris, Beauchesne. 1917.

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observations risquent de ressembler à la table des matières d'un ouvrage que nous ne pourrions écriiT. Nous tenterons du moins, et faute de mieux, de meltre en lumière quelques idées parTni les plus importantes.

Nous commencerons par proposer aux méditations des parents quelques réflexions.

En premier lieu, sont-ils assez persuadés que leur influence éducatrice peut et doit laisser, dans la conscience de leurs enfants, une impression décisive et indestructible ? Les souvenirs des premières années peuvent subir des éclipses, parmi les ^icissitudes de la vie. Il est rare qu'ils s'effacent totalement. Presque toujours, une heure vient où ils revivent et retrouvent toute leur force.

Il ne suffit pas d'instruire les parents de l'étendue de leurs droits et de leurs devoirs d'éducatenrs, il est nécessaire aussi de les rendre attentifs à la valeur unique de leur influence. Les en convaincre, c'est les déterminer à en user et à en bien user, c'est aussi les engager à discerner le sens dans lequel cette influence devra s'exercer et les points sur lesquels elle portera de préférence.

L'éducation religieuse et morale est donc appelée à tenir la première place dans leurs

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prooccupations. EJlc doit Alro conniiencée par la mère, aussitôt que possible. C'est à elle qu'il appartient de donner à l'enfant cette initiation à la piété catholique qui précède toute instruction religieuse proprement dite et qui dispose l'intelligence à la recevoir. Cette instruction rudimentaire, c'est au foyer encore que l'enfant doit l'acquérir, au moyen de ces leçons verbales qui n'ont rien de didactique, par lesquelles se fait l'enseignement de la prière et des vérités essentielles au salut. Trop d'enfants arrivent au petit catéchisme, qu'on a laissés trop longtemps dans une pitoyable ignorance.

Surtout, leur culture morale, c'est-à-dire la formation de leur conscience, est restée par trop négligée. On les a entourés de soins affectueux, presque trop tendres ; on ne leur a point donné, en résistant à leurs caprices et en combattant les manifestations spontanées de l'égoïsme instinctif, le sens de la règle et du devoir. Ils ont déjà des défauts qui ont pris racine.

Il faut le noter aussi, en éducation comme dans l'exercice de tout autre mode d'influence, l'exemple a une vertu particulière d'entraînement et de transformation. L'enfant qui n'a jamais eu sous les yeux que les exemples d'une

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foi solide, d'un travail constant, d'une sévérité de mœurs irréprochable, se trouAc avoir été élevé dans un milieu sain, favorable à sa sanctification. L'idée de principes intangibles avec lesquels on ne transige jamais, forme pour toujours le fond de ses souvenirs et s'inscrit dans sa mémoire grâce à toute une série de faits dont il a été quotidiennement témoin et qui lui ont montré ses parents et ses proches obéissant les premiers aux lois religieuses et morales qu'ils lui ont prêchées. Sa vénération pour eux grandit et l'affection naturelle qu'il leur porte se double désormais d'un respect admiratif qui leur conservera toute leur autorité sur lui.

En faveur de ces observations, l'histoire de la jeunesse des saints et des vrais grands hommes dépose avec une souveraine éloquence. Combien de héros l'Eglise et la société doivent à leur mère et à l'emprise du foyer ! Combien d'hommes remarquables n'ont point donné leur mesure ou nous apparaissent aujourd'hui n'avoir été que des grands hommes manques, parce que leur éducation n'a été qu'une suite d'erreurs pédagogiques ! On n'a pas fait assez pour les amener à la virilité du caractère, à la droiture du jugement, à l'habitude de se vaincre. Doués par la Providence

de (Ions admirables, ils sont restés fort audessous de ce qu'ils auraient du être.

rVest ici le nioinent d'attirer l'attention des jeunes veuves de la ouerre sur la mission qui leur incombe. Elles commettraient une faute sociale lourde de conséquences si elles s'enfermaient dans leur di^uil, jusqu'à l'oubli de leur tàcbe. (lelle-ci doit païaître à leurs yeux mieux qu'une consolation. Elles doivent la considérer comme lem^ devoir à la fois le plus doux et le j)lus essentiel. C'est à elles qu'il appartient de ressusciter, dans leurs enfants, le dispaiu l)ien-aimé, de les élever dans le culte de son sacrifice et de son souvenir. Nos pères de famille tombés en si grand nombre déjà au champ d'honneur ont eu la claire vision de ce devoir, a Te ne crains par la mort, écrivait l'un d'eirx à sa femme... Je ne la crains [)as, parce que je sais qu'une, mort dans ces conditions, pleinement acceptée, serait pour tues trois chéris le plus salutaire exemple. Vous leur direz cela, que c'est en pensant à tous les petits enfants que leur papa tombe, et qu'// faut que ceux d'entre eux qui perdent [eur papa se montrent toute leur vie dignes du sacrifice (i). »

1. Cité par M. l'abbé Kloin, Correapondanl. 25 jiiillot 1916 Les douleurs qui espèrent p. 332.

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Ce langage, les mères ne le tiendront pas à leins enfants seulement durant quelques années. Le rcMe de la famille, loin de cesser ou de s'amoindrir, le jour nù l'enfant fréquente l'école et enire, peu après, dans la période de l'adolescence, ne fait que grandir à mesure que s'épanouissent son cœur et sa raison.

Trop de parents se croient en règle avec leurs obligations quand ils ont assuré à leurs enfants la fréquentation régulière du catéchisme et de l'école ou choisi pour lui un collège, un pensionnat qui leur offrent les garanties nécessaires. Ils paraissent alors tendre involontairement à se décharger sur le prêtre ou sur réducateiu' professionnel d'une mission dont ils n'ont jamais le dioit de récuser fout le poids. En fait. liMir responsabilité est demeiu'ée entière ; s'ils font appel au concours de collabora leurs nécessaires, ceux-ci restent sous leur contnMe et ne peuvent rien sans leur appui.

Pai- (l'Ile réflexion, nous en arrivons à touchei' l'une des plaies de ce temps, l'une de celles tout au moins donl nous avons eu beaucoup à sonffiir avant la guerre. S'il est vrai (|ue, souvent, l'école s'est dressée contre la famille, il est exact aussi, malheureusement, que la famille a parfois beaucoup gêné l'école.

Celle-ci a ses règles <!<• disciplino ol de travail que la famille faisait inconsciemment fléchir quand elle prenait le parti de l'enfant contre son maître, en intercédant mal à propos, pour suspendre une punition, faire octroyer un congé, faire plier la loi commune devant les exigences de la commodité familiale.

Le mal s'est révélé plus grave encore, quand l'effort de l'école s'est trouvé détruit par le laissej-aller des vacances, quand la piété de l'enfant, que la vie de collège avait exhaussée, a succombé sous l'influence de l'indifférence religieuse rencontrée au foyer, quand une vo cation naissante a été combattue par des parents dont elle gênait les combinaisons égoïstes.

Enfin, des fautes presque irréparables ont été commises, par beaucoup de parents, au moment où leurs enfants traversaient la crise de l'adolescence. C'est alors que la famille perd ordinairement le contact moral avec le jeune homme et la jeune fille et que le divorce s'effectue entre les deux générations, si les plus vieux ne savent pas apprendre aux plus jeunes à profiter de leur expérience et les garder dociles à leurs conseils.

Du seul point de vue psychologique, la crise de l'adolescence est un phénomène qui

demandorail à rfro étudié do foui près. Cette crise prend iiii (lépoiir\ii, dans la plupart des cas, ceux ([ui la subissent et ceux qui la voient s'accomplir. Ces derniers n'ont même pas toujours l'idée d'utiliser leurs propres souvenirs, en se rappelant comment les choses se sont passées pour eux, pour garantir leurs enfants, dans leur foi et dans leur moralité, de tout dommage ou pour les mettre à l'abri de ces déséquilibres aux tendances anarchiques qui atteignent l'adolescent livré à lui-même, jaloux de conquérir son indépendance à tout prix.

Le sujet réclamerait de longs développements. Tout ce que nous pouvons faire, dans ces pages, c'est de souligner le péril et de prier les parents d'aviser aux moyens pratiques d'y parer, en exerçant judicieusement leur droit et leur devoir de surveillance et en mettant, dans cet exercice, tout l'esprit de foi, tout le tact et toute la patience affectueuse dont ils sont capables. Ce qui rend leur tâche délicate, c'est qu'à cet âge l'enfant se ferme aux siens, très vite, et leur devient étranger par ses pensées, s'ils ne savent pas conserver sa confiance ; c'est aussi que l'autorité familiale a besoin de savoir alors se transformer sans abdiquer, de manière à demeurer entière sans devenir un

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