CHAMBRE DES DÉPITÉS
Compte rendu in extejiso, séance du lundi 16 mars.
A droite. — Parlez-nous encore de saint Antoine de Padoue !
M. Prache. — C'est aux loges maçonniques que vous faites allusion ?
M. Massé. — Vous avez raison de dire que je fais allusion à saint Antoine de Padoue....
M. Aynard. — Encore ?
M. Massé. — Oui, M. Aynard, encore, pour vous dire que vous avez déclaré à la tribune que c'était là des faits mineurs, qui ne devaient pas être pris au sérieux, et pour vous demander la permission d'opposer à votre opinion celle d'un de vos compatriotes lyonnais, catholique fervent qui, dans un livre courageux qu'il vient de consacrer aux catholiques français et à leurs difficultés actuelles, n'a pas hésité à se montrer beaucoup plus sévère que vous ne l'avez été vous-même pour de semblables pratiques. {Applaudissements à gauche.)
M. Aynard. — Il a bien fait.
A gauche. — Lisez !
M. Massé. — Voici comment s'exprime dans son livre M. Léon Chaîne. Je ne parlerai pas de saint Antoine de Padoue dont on a déjà parlé, mais de saint Joseph ; je voudrais vous montrer qu'il n'y a pas qu'un seul saint qu'on honore de cette manière.
M. Ferdinand Rabier, rapporteur. — ^ Il y a aussi saint Biaise.
M. Massé. — « Il n'est jias jusqu'au culte rendu à saint Joseph, dit M. Léon Chaîne, l'humble charpentier de Nazareth, devenu
le protecteur de l'Eglise universelle, qui n'ait été profané par ce mercantilisme grossier. Ce sont des grâces temporelles que l'on implore de sa puissante protection et quelles grâces ! Voici ce qu'on lit dans le Propagateur de la dévotion à saint Joseyh, fascicule de février 1899, page 76 :
« Une pauvre religieuse molestée et persécutée par son curé, s'est adressée à saint Joseph, le priant de procurer au saint homme un avancement avantageux de poste [rires à gauche), qui la délivrerait d'une tyrannie devenue insupportable.... La chose était difficile, le curé n'étant pas précisément de ceux que les paroisses se disputent. » — Il paraît qu'il y en a. — ^ « Le bon saint Joseph s'y prii d'une autre manière. Une belle bronchite est survenue. [Exclamations à gauche.) Le curé, Men confessé, bien administré, s'en est allé dans l'autre monde, et la pauvre petite sœur Claire, en égrenant pour lui son rosaire, ne manque pas de dire après chaque Gloria Patri : (( Merci ! ô mon bon, saint Joseph ! » [Exclamations et rires à gauche et à V extrême-gauche . — Interiiiptions à droite.)
M. Aynard. — Vous pourriez maintenant hre le passage du livre de M. Chaîne sur la loi des congrégations.
M. Gayrai'd. — Permettez-moi de vous faire observer, M. Massé, que le fait que vous venez de citer à la tribune a été blâmé par la Semaine religieuse de Paris, et que le Propagateur de saint Joseph n'est pas une publication congréganiste.
M. Ferdinand Buisson, président de la commission. — • Il s*est très bien passé de l'approbation ecclésiastique ; et bien que M. l'abbé Hemmer ait, en effet, très correctement signalé ces imrhbndices, le Propagateur de saint Joseph a affiché une prospérité de plus en plus grande, et ses recettes se sont accrues.
M. Henri Michel (Bouches-du-Rhône). — Le fait a été blâmé, mais il n'a pas été démenti.
M. JuMEL. — Chassez donc les vendeurs dn temple !
A droite. — C'est la liberté de la presse.
M. LE président de la commission. — C'est la liberté de l'escroquerie.
M. DE Baudry d'Asson. — Veuillez me permettre un mot, M. Massé. Je suis convaincu que si, par l'intercession de saint Joseph, vous obteniez votre conversion à l'heure de la mort, vous lui diriez grand merci. [Rires.)
M. Massé. — Je voudrais répondre très brièvement aux deux observations de M. Aynard et de M. Gayraud.
M.Aynard me demande de faire connaître l'opinion de M.Chaine en ce qui concerne la loi sur les congrégations. M. Chaîne, je l'ai dit, est un catholique fecisent, et je n'ai pas eu l'intention, M. Aynard, de faire croire à la Chambre qu'il était partisan du refus des autorisations.
M. Aynard. — Cela me suffit.
M. Massé. — La seule chose que j'aie voulu indiquer, c'est que sur cette question spéciale de certains cultes particuliers qui sont, je le répète, l'exploitation de la sottise et de la crédulité humaines, xM. Chaîne se trouve en divergence d'opinions avec l'honorable M. Aynard. {Très hien ! très bien ! à gauche.)
M. Gayraid. — Pas du tout ! Nous sommes tous de l'avis de M. Chaîne sur ce point. [Exclamations à gauche.)
M. Massé, ■ — En ce qui concerne l'interruption de M. l'abbé Gayraud, notre collègue me permettra de lui répondre que certainement il y a des catholiques et des prêtres qui réprouvent de tels procédés.
Et il me suffira de lui citer l'exemple de M. l'abbé Hemmer qui, au congrès sacerdotal de Bourges, il y a deux ou trois ans, a dé-nonce ces pratiques.
M. Gayraud. — J'y étais.
M. Massé. — Mais alors qu'on a dénoncé ces pratiques à ce congrès auquel vous assistiez, j'ai le regret de constater qu'il l'heure actuelle elles existent encore. {Interruptions à droite.)
M. Gayraud. — Il ne dépend pas de nous de supiirimer le Propagateur !
Le Siècle, 18 mars 1903.