‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 34 sur 121 · ENCORE LE VOYAGE · texte numérisé non relu

ENCORE LE VOYAGE

Le double défaut de la manifestation parlementaire à propos du voyage de M. Loubet à Rome sautera aux yeux du lecteur le plus innocent. D'abord, cette manifestation a permis de voir le nombre infime des parlementaires qui ont trouvé bon de se mettre en travers des vœux de leur pays. Ils sont une douzaine à la Chambre et deux au Sénat.

Ensuite, elle a réintroduit dans la discussion courante un sujet qui en était sorti et qu'il est de l'intérêt des catholiques mêmes de maintenir dans l'ombre : celui du pouvoir temporel.

Je sais tout ce qu'on peut dire en faveur du pouvoir temporel. On dit qu'il est nécessaire à l'exercice de la puissance spirituelle de la papauté. C'est là le grand argument de ses partisans. Par malheur, les faits leur donnent fort. Voici trente-quatre ans

que le pape n'est plus souverain temporel, et jamais sa souveraineté spirituelle n'a été aussi considérable qu'aujourd'iiui.

Pour négliger les succès qu'il a remportés sur d'autres points du monde, contentons-nous de faire remarquer qu'en France toute trace de dissidence et d'insubordination a disparu. Léon XIII et Pie X n'ont jamais eu à s'occuper du gallicanisme, que déplorèrent leurs prédécesseurs et qu'entretenaient so,igneusement les souverains français surnommés fils aînés de l'Église. Cette vérité n'est pas perceptible aux indifférents seulement. Un certain nombre de catholiques s'en sont rendu compte, et je n'en veux pour preuve que la seconde édition d'un ouvrage qui a été accueilli comme un événement à la fois religieux et littéraire : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles. Son auteur, M. Léon Chaine, avoué à Lyon, catholique convaincu et pratiquant, écrit :

(( Pour beaucoup de nos contemporains, et, aujourd'hui, nous serions de ceux-là, le pontificat de Léon XIII est la vivante démonstration que la papauté, dépouillée de son pouvoir temporel, ne perd rien de sa grandeur et de son prestige. »

Les partisans du pouvoir temporel ne manqueront pas d'excommunier ce brave et clairvoyant citoyen. Il n'en est pas moins vrai qu'ils n'avaient aucun intérêt à porter la question devant l'opinion publique en un pays de logique comme le nôtre, qui ne favorise pas les solutions intermédiaires et pour lequel il sera très facile de transformer le voyage de M. Loubet à Rome en une sorte de démonstration anticatholique.

Ces gens-là prétendent au monopole du patriotisme, et ils ne connaissent même pas leur pays.

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