‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 36 sur 121 · LE LIVRE D'UN CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LE LIVRE D'UN CATHOLIQUE

Un catholique lyonnais, M. Léon Chaîne, vient de publier un livre qui mérite de retenir notre attention.

En un style qui s'élève parfois jusqu'à la poésie, avec une admirable bonne foi et une rare conviction, M. Léon Chaîne expose et explique les difficultés auxquelles se heurtent, à l'heure actuelle, les catholiques français.

Il avait, lors de l'Affaire, dit déjà nettement son opinion qui n'était point celle de la majorité des catholiques et essayé de convaincre le haut clergé par une lettre qu'il lui adressa.

Avec quelques encouragements, M. Chaîne reçut iDeaucoup d'insultes ; de pieuses indignations l'accablèrent, les bonnes dames pour qui François Coppée est le prophète qui les entraîna aux luttes électorales, furent exaspérées de cette franchise ; certaines maudirent l'auteur avec grandiloquence, d'autres évitèrent d'aller à l'église où il fréquente assidûment.

Devant la tempête, M. Chaîne ne recula point ; bien plus, elle lui donna l'occasion de scruter les profondeurs d'ignorance, d'incuriosité dogmatique ; l'incurable et sectaire indifférence des ca-

Iholiques. Vaillamment il entreprit,-- c'est l'objet de son livre,— (le leur démontrer que les difficultés qui les font gémir, ce sont eux qui les ont fait surgir, qu'ils ne sont point adaptés à la société d'aujourd'hui, qu'ils sont incapables de préparer celle de demain, parce que leurs pensées sont stérilisées par le passé, parce que leur étroite préoccupation d'en haut les rend inaptes à la vie d'action et de progrès, parce qu'ils n'osent jeter leurs regards en avant, hardiesse coupable d'hérétique qui ne se soumet pas aux immuables desseins de la Providence.

Le passé maintient en effet les catholiques dans un conseiTatisme intransigeant. Le lourd atavisme des siècles écoulés pèse sur leurs doctrines politiques ; ils ne les soumettent pas au libre examen, car ils en ont la défiance ; ne leur est-il pas interdit eu matière religieuse ?

Ce n'est pas en vain que, si longtemps, le trône et l'autel se sont étayés : le trône étant devenu un accessoire inutile, l'autel a chancelé. Et quand tout espoir a été perdu de retrouver un appui nouveau dans une monarchie, les catholiques, sur le conseil du pape, se sont résignés à venir à la République.

Cela n'a pas été sans oppositions hypocrites : les vieilles douairières, tout le clan de ceux dont la supériorité consiste dans une particule, mirent le pape au pain sec, pour le punir de son républicanisme, en tarissant la source de ses petits profits, le Denier de Saint -Pierre.

Récemment ne vit-on pas un curé de Lyon traité, tout ensemble, d'athée, de juif et de franc-maçon, sur des affiches dont de pieuses mains souillèrent les piliers de la cathédrale, parce qu'il fit œuvre légale de républicain !

Un prêtre ne peut pas encore se dire ouveilement républicain sans passer quelque peu pour hérétique.

Les cathohques aspirent au retour du bon vieux temps ; ils font preuve en cela d'une ignorance historique absolue. Il est vrai que l'histoire ne leur a jamais été complètement accessible. Ils ont des livres faits poiir eux, soigneusement expurgés des vérités gênantes : les établissements congréganistes, les séminaires, prodiguent à la jeunesse « on ne sait quelle doucereuse confiture intellectuelle », qui la rend crédule, mais non croyante. Il en résulte une timidité intellectuelle qui fait des catholiques la proie aisée de ceux d'entre eux qui exploitent leur croyance.

Les catholiques ont été les auteurs du nationalisme, cette caricature du patriotisme ; eux qui se réclament de l'Eglise qui est aussi internationale que possible, ils ont suivi aveuglément les patriotes professionnels.

Ils ont été les antisémites aux instincts de cannibales ; dans le clergé, chargé d'enseigner la charité et la fraternité a sévi ia doctrine nouvelle de haine.

De la fureur, les catholiques sont tombés dans l'enfance avec leurs dévotions nouvelles, qui ont pour base ou un banal jeu de mots, ou un marchandage honteux, mais lucratif pour ceux qui l'exploitent. C'est la dévotion à saint Expédit qui a la spécialité de terminer rapidement les affaires ; c'est saint Nicolas évêque qui montra une précocité remarquable 'd'obéissance aux commandements de l'Eglise en refusant de prendre le sein de sa nourrice les vendredis et samedis, jours de maigre et d'abstinence. C'est l'adoration de saint Antoine de Padoue, qui n'accorde rien sans être payé. Ce sont les reliques fausses, les marques de piété aux ossements, pauvre poussière de phosphate de chaux.

Nous n'en finirions pas si nous voulions analyser le réquisitoire fortement documenté par les faits et par l'histoire que dresse M. Chaîne, en l'agrémentant de silhouettes et de souvenirs locaux intéressants.

11 est tout à hre ; cependant, qu'on ne croie pas que l'auteur en tire une condamnation contre le catholicisme ; au contraire, il l'en aime davantage, comme on s'attache à un malade auquel on prodigue ses soins. Pour le sauver, il porte le fer et le feu dans les plaies et les vendues.

M. Chaîne veut émonder l'arbre séculaire de l'Eglise, qui a porté si haut sa cime, étendu si loin son ombre, des végétations parasitaires qui en sucent toute la sève. Il semble ne voir qu'un moyen, c'est de couper l'arbre au pied, de reprendre la sève à la racine. M. Chaîne pourrait appartenir au catholicisme américain, qui revendique et affirme hautement les droits de la conscience individuelle, l'indépendance et l'autonomie personnelle du chrétien.

Combien il nous paraît ainsi loin du catholicisme romain, qui est précisément le contraire, qui veut des fidèles soumis, qui fait de l'obéissance servile une vertu et de l'abdication 'de toute personnalité, de toute confiance en soi-même la perfection absolue.

M. Chaîne aime la liberté, il la veut pour tous ; le catholicisme ne peut l'admettre pour d'autres doctrines que les siennes. Le pape l'a déclaré dans une de ses circulaires. « Telle qu'on l'entend aujourd'hui, dit-il, c'est-à-dire accordée à la vérité et à l'erreur, au bien et au mal, la liberté n'aboutit qu'à rabaisser tout ce qu'il y a de noble, de saint, de généreux, et à ouvrir plus largement la voie au crime, au suicide, à la tourbe abjecte des passions. »

L'erreur et le mal, ce n'est pas autre chose que la pensée libre ou les religions dissidentes ; pour elles, point d'indépendance, pour leurs manifestations, point de respect ; les prêtres en donnent tous les jours une preuve qui est la plus révoltante insulte à la majesté de la mort et qui, maintes fois, a soulevé mon indignation. Ils ne se découvrent point lorsqu'ils croisent un convoi funèbre à la tête duquel ne marche pas un des leurs.

Que serait la liberté entre leurs mains ?

Ce sont là questions irritantes ; le livre de M. Chaîne n'est point fait pour les soulever ; une œuvre de bonne foi est toujours apaisante. Je doute qu'elle produise cet effet sur les catholiques; j'affirme qu'aux mécréants, comme les appelle l'auteur, elle donne l'impression de la vérité, du bon sens, du haut idéal moral qui l'a inspirée. Et ils ne peuvent que souhaiter à M. Chaîne ce qu'ils demandent pour eux : la paix, celle qu'il promet, au nom de celui qu'il dit son Maître, aux hommes de bonne volonté.

Justin GODART.

Progrès de Lyon, 19 février 1903.

A M. Léon Chaine, à Lyon.

Monsieur,

Vous êtes catholique, <( entièrement soumis aux directions de la sainte Eglise », et pourtant, malgré l'attitude qui vous avait été proposée par l'immense majorité des catholiques français au cours de l'affaire Dreyfus, vous n'avez ipas craint de suivre l'inspiration de votre conscience, et de joindre votre protestation à celles qu'élevaient alors les défenseurs de la justice et du droit.

Et, non content d'avoir, avec Paul Viollet, l'abbé Pichot, l'abbé

Brugerette, réclamé la réparation de l'erreur judiciaire, vous venez aujourd'hui, par un livre d'une haute sincérité,mGntrer aux catholiques français les conséquences de leur faute, et, dépassant le cadre des incidents actuels, fixer leur attention sur une série lie questions sociales où vous jugez qu'ils font fausse route.

Souffrez que, pour cet acte d'indépendance et de bonne foi, quelqu'un qui n'est ni catholique, ni croyant, vous présente, après bien d'autres, ses félicitations respectueuses.

Le militarisme est la première des erreurs dont vous vous préoccupez. Vous avez su en montrer les œuvres en quelques pages fort explicites, où, avec une modestie qui n'est pas sans habileté, vous avez fait précéder votre opinion personnelle de citations emipruntées à de grands catholiques : Bossuet, Fénelon, et tout près de nous, un autre (( intellectuel », le P. Maumus, des frères prêcheurs.

Laissez-moi citer à mon tour. « Le militarisme, dit le P. Maumus, c'est-à-dire le culte de la force pour la force, n'a rien à voir au respect dû à l'armée et à l'amour de la patrie. Il est un instinct dépravé qui pousse les peuples à se ruer les uns contre les autres, une excitation perpétuelle à la guerre de conquête, une conception fausse de l'honneur national qui exalte outre mesure la gloire militaire au détriment des autres gloires que recueillent les peuples dans les travaux féconds de la paix. »

Dans ce chapitre, que les amis de la paix pourraient prendre comme déclaration de principes, vous avez su. Monsieur, non seulement dissiper le sophisme de la guerre nécessaire, mais condamner, en termes que des républicains avancés ont eu seuls jusqu'ici la franchise d'employer, la barbarie de nos expéditions coloniales.

Et tandis que tant des vôtres, imbus de la littérature de bête fauve d'un de Maistre, ou des divagations guerrières d'un Père Coubé, invoquent le Dieu des armées en rêvant à je ne sais quels massacres, vous dites : « Il ne faut pas que l'armée soit au-dessus de la nation... nous tenons à la réduction du service militaire, et pour diminuer d'une année au moins la durée de cette écrasante servitude, nous ne nous laisserons pas arrêter par les arguments des réactionnaires hostiles à cette réforme... nous sommes antimilitariste... nous sommes avec ceux qui crient : Guerre à la guerre ! »

C'est dans un esprit également libéré des servitudes traditionnelles que vous envisagez la question du nationalisme et des rapports entre les peuples. Et de même, est-il besoin de le dire, vous avez tenu à faire justice de l'antisémitisme, des diverses doctrines de circonstance et des divers procédés électoraux du parti nationaliste. Cette partie de votre livre, où devaient nécessairement se trouver des exemples actuels, vous a donné l'occasion de faire un juste éloge de Francis de Pressensé. Malgré les divergences qui vous séparent, cet éloge n'étonne ipoint sous votre plume, non seulement parce qu'il repose sur des aspirations qui vous sont communes, mais encore parce que, même au point de vue des doctrines sociales, vous êtes peut-être, permettez-moi de le dire, plus avancé que vous ne le croyez vous-même aujourd'hui.

Vous avez peu fréquenté, dites-vous, les écrivains socialistes, et leurs démonstrations vous sont, pour la plupart, demeurées étrangères. Tant mieux,puisque ainsi c'est uniquement dans votre raison et dans votre cœur que vous avez trouvé ces paroles de justice par lesquelles, en plusieurs passages, vous légitimez les revendications ouvrières, et spécialement le droit à la grève, « cette nouvelle ultima ratio de la misère et du travail ».

Vous n'avez pas seulement. Monsieur, critiqué, comme elle mérite de l'être, l'attitude politique des catholiques français dans ces dernières années. Dans un chapitre intitulé : l'abus des dévotions nouvelles, et qui n'est pas l'un des moins remarquables de votre livre, vous avez mis le doigt sur l'une des plaies dont le catholicisme meurt. « Ce trafic de faveurs temporelles demandées contre argent comptant à tel ou tel saint dont on a spécialisé l'emploi au paradis, toutes ces petites dévotions, toutes ces petites niaiseries auraient singulièrement répugné aux contemporains du grand Pascal, chrétiens solides, à la forte santé intellectuelle. »

Il vous a paru nécessaij^e de dégager la religion romaine et son chef de ces usages mercantiles et de cette idolâtrie ridicule qui vont à rencontre de la morale chrétienne. Vous l'avez fait sans hésitation et sans faiblesse.

Puis, ayant terminé votre mercuriale à vos coreligionnaires par une affirmation très nette des droits de la science, vous vous êtes retourné vers nous, les républicains du « Bloc », et au nom de ce libéralisme dont vous veniez de nous donner d'incontestables gages, vous nous avez adressé un T)laidoyer souvent éloquent

contre la législation sur les congrégations, et en faveur de la liberté d'enseignement.

Vous me permettrez, Monsieur, de ne point reproduire ici votre argumentation. Elle tient tout entière dans un mot : Liberté. Je n'ai aucune speine à reconnaître qu'au point de vue purement philosophique, la liberté subit une grave atteinte du fait des lois nouvelles, et je comprends qu'indépendamment des questions confessionnelles, des esprits comme celui de Gabriel Monod, de Clemenceau, comme le vôtre, s'en affligent et s'en irritent.

Mais vous le savez mieux que moi, votre livre courageux et franc en est la preuve, la question n'est pas entière : si depuis quelques années les catholiques français avaient été, comme vous, épris de justice et de vérité, l'anticléricalisme ne s'imposerait pas, comme à l'heure actuelle, à l'attention inquiète des républicains menacés.

Vous nous reprochez, à nous qui avons un pareil souci de libéralisme, d'être maintenant en face de vous, dans un camp où se trouvent des sectaires, — moins que vous ne croyez, cependant.

Mais est-ce notre faute, à nous, si depuis cinq ans les doctrines de haine ont soufflé en tempête aux quatre coins du pays, si les moines ligueurs et les moines d'affaires ont suscité cette crise où a failli sombrer cette liberté dont ils se réclament aujourd'hui ?

Vous élevez la voix en faveur des dominicains, et vous citez les paroles du P. Gaffre à l'inauguration de la statue du P. Didon — mais comment empêcherez-vous que ces paroles de paix réveillent dans ce même parc d'Arcueil les cris de guerre que trois ans plus tôt le même P. Didon lançait à la société républicaine, devant le généralissime de nos armées ?

Est-ce notre faute, à nous, si les falsifications de l'histoire que votre livre rapporte, si les procédés de cette odieuse morale des jésuites nous ont rappelé qu'il existait un droit de l'enfant à l'hygiène de l'esprit ?

Est-ce notre faute, à nous, républicains et socialistes, si voyant l'armée dressée par l'Eglise contre la nation, et celle-ci empoisonnée et abêtie par le cordicolisme, nous avons retrouvé la parole de Leibnitz : « Laissez-moi l'éducation de deux générations et je me charge de refaire le monde » ?

Est-ce notre faute, à nous, si nous avons dû, si nous devons

encore défendre notre idéal contre l'intolérance violente de fidèles à saint Expédit ou à saint Joseph de Cupertino ?

Est-ce notre faute, à nous, si les catholiques français ont oublié Lacordaire que vous leur opposez si justement : <( Catholiques, entendez-le bien : si vous voulez la liberté pour vous, il vous faut la vouloir pour tous les hommes et sous tous les cieux... » Lacordaire à qui vous prêtez cette apostrophe : « Catholiques ! vous avez laissé sans protestation voiler la statue de la Justice, ne vous étonnez donc pas de voir renverser celle de la Liberté ! )>

Vous pensez, Monsieur, que les mesures prises contre les congrégations témoignent d'un esprit de représailles et de guerre à la religion. Détrompez-vous ; il s'agit simplement pour la République de se défendre ; elle ne connaît pas la reUgion. Quand sera réalisé dans les esprits le divorce entre la vie publique et la vie spirituelle, le catholicisme n'offrira pas plus de dangers — n'excitera pas (plus l'attention de l'Etat que telle ou telle doctrine philosophique.

Nous souhaitons que cette heure soit proche. Quoi qu'on vous en ait dit, il n'y a pas beaucoup de sectaires parmi nous — et nous les blâmons comme vous-même. Vous craignez que votre livre soulève de la part des républicains avancés des railleries et des attaques, en raison des dogmes auxquels vous demeurez attaché. Vous verrez, j'y compte bien, que nous aussi nous disons : Paix aux hommes de bonne volonté.

C'est plutôt de votre côté que seront les obstacles à cette paix religieuse que nous voulons en commun. Des âmes généreuses vous suivront ; mais laissez-moi croire qu'elles seront en petit nombre, tellement est profond l'aveuglement de la masse.

Et puis, pour tout dire, car je vous dois. Monsieur, une franchise entière, je ne pense pas que ces recrues, si vaillantes soientelles, puissent jamais rendre au catholicisme la direction morale du pays. Quand même il saurait s'alléger des superstitions, quand même des Léon XIII, sentant le danger, viendraient débarrasser les dogmes de tout ce qui est démontré absurde, un jour viendra où la barrière tombera entre le domaine de la foi et celui de la raison, où des esprits comme le vôtre ne pourront plus retrouver, dans le grand ciel tout illuminé par la science, le petit coin de mysticisme obscur où ils aimaient se réfugier.

Mais tant que les religions auront plus qu'un intérêt historique,

tant qu'elles serviront à guider les générations parmi les détours de la soulï'rance humaine, elles auront droit, comme ceux qui les défendent, comme vous-même. Monsieur, au respect de ceux qui s'en sont affranchis.

Jean Léplne.

Instituteur Républicain, 26 février 1903.

Voilà un livre comme seul un Lyonnais à l'âme pratique et mystique pouvait l'écrire. Au lieu de s'apitoyer à la manière accoutumée sur les difficultés que subissent ses coreligionnaires, de crier à la tyrannie, de gémir sur l'impiété actuelle, d'invoquer tous les saints du paradis, de montrer les diables déchaînés pour punir la France d'avoir soumis la congrégation à la loi, M. Chaîne, très sainement, avec une vigueur courageuse et une complète bonne foi, dit aux catholiques : « C'est votre faute. »

La franchise de M. Chaîne s'appuie sur une réelle conviction chrétienne : il se proclame catholique et son œuvre est, par cela, plus qu'une opinion, elle est un document de psychologie.

Les catholiques, ceux qui se disent les vrais, ont fait au livre de M. Chaîne un accueil plutôt froid ; la critique qu'ils ont dirigée contre lui, c'est qu'il y a des choses qu'il vaut mieux ne pas dire, et ils se jugent ainsi et non pas M. Chaîne.

(^elui-ci en a assez des hypocrisies, des mesquineries, des inégalités scandaleuses qui régnent dans l'Eglise arrivée à la richesse, et il le dit bien haut. Nous devons l'en féliciter et admirer sa foi robuste qui domine tout et ne se révolte point devant les inconséquences rationnelles du dogme, et la bassesse ou l'insuffisance intellectuelle et morale de ceux que l'Etat paie pour l'enseigner.

Le Monde Lyonnais, 8 mars 1903.

M. Léon Chaîne vient de publier un ouvrage qui a provoqué, dès le lendemain de son apparition, d'ardentes polémiques....

L'au-

leur se révèle, en effet, un très libre esprit, une novateur ardent en matière de politique religieuse. Il rejette sur les catholiques eux-mêmes la responsabilité de toutes les ruines qui les écrasent à l'heure actuelle et du régime d'oppression auquel les ont soumis leurs adversaires.

L'erreur initiale a été le manque d'union et l'attachement des catholiques aux anciens partis ; mais la cause immédiate n'est autre que leur attitude dans l'affaire Dreyfus, attitude qu'ils expient cruellement aujourd'hui. L'Eglise se meurt, parce qu'elle s'est alliée avec l'armée que l'évolution sociale tend à faire disparaître comme un organisme devenu inutile dans une société supérieure, parce qu'internationale et ennemie de la guerre. Ce sont là des questions bien brûlantes ; nous nous contentons de les signaler, sans entrer dans une discussion que ne comporte pas le caractère de ce journal et en renvoyant à l'ouvrage lui-même ceux de nos lecteurs qu'intéressent ces graves problèmes.

Le Tout-Lyon, 15 mars 1903.

Tout arrive ! Et le Palais en commet de belles ! Figurez-vous que nous apprenons des sources et par les organes les plus autorisés, y compris même, si vous y tenez, par une coupure de la National Zeitung de Berlin, que le sympathique avoué lyonnais Léon Chaîne est un écrivain de talent. Renseignements pris, on me répond qu'il m'aurait suffi pour m'en convaincre de lire les articles consacrés à l'œuvre de ce surprenant officier ministériel par la presque unanimité de nos confrères.

Comment concevoir, en effet, qu'un homme assez favorisé du destin pour recevoir quotidiennement dans son cabinet les confidences des l>elles plaideuses, désireuses de connaître les armes que la galante législation français leur met en mains contre MM. leurs éjpoux, interrompe œs savoureuses consultations pour s'occuper de la détestable chose publique, surtout par le temps de carnaval qui court ? Je suis donc bien excusable.

Mais enfin, c'est notoire et je le confesse aujourd'hui : l'honorable compagnie des avoués lyonnais compte, en matière fort

grave d'ailleurs, un original et piquant écrivain. M. Léon Chaine s'est amusé à jeter des poignées de sel et de poivre à la figure de ses contemporains. Quelques-unes de ses contemporaines en ont même été, par mégarde, éclaboussées. Mais, en général, il a fait grâce au beau sexe, même dans le plus vilain, je veux dire le seul vilain de ses gestes. Car ces dames, l'an dernier, se sont occupées de politique. Et M. Chaine, dans son livre à la fois austère et juvénile, le leur a, pas tout à fait innocemment, mais en tout cas fort galamment, rappelé.

Quoi qu'il en soit, j'espère qu'eu égard à la forme primesautière de ce jeune écrivain qui s'accuse audacieusement d'avoir dt^passé la cinquantaine, nos aimables lectrices voudront bien lui pardonner ses ironies et ses mauvais propos et ne pas prendre trop impitoyablement parti contre lui dans les controverses jalouses et passionnées que son œuvre, me dit-on, a déchaînées, ces temps derniers, en maints salons lyonnais où l'on se pique de théologie.

— Alors, à vous en croire l'œuvre de M. Chaine serait donc appétissante à l'égal du dernier roman à la mode ?

— Je me porte garant, en tout cas, sinon d'aimables aventures bocagères ou de flirts palpitants, du moins du style pimpant, facile et savoureux qui eût si galamment habillé ces charmantes choses, s'il ne se fût égaré sur le dos d'un sermon. N'importe d'ailleurs, belles dames, lisez le livre de notre auteur, ne fût-ce que pour charmer les longues heures de carême et vous distraire congrûment, sinon vous sanctifier par la pratique des <( dévotions nouvelles » (saint Expédit, pardonnez-le-lui !) que ce redoutalile iconoclaste proscrit sans pitié.

Joyeux.

Le Réveil Réjmblicain, 23 mars 1903.

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