‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 41 sur 121 · DÉPARTEMENTS · texte numérisé non relu

DÉPARTEMENTS

Echo du Centre (Blois), 20 janvier 1903.

La thèse de cette étude religieuse, politique et sociale est la suivante : les catholiques, en général, agissent par esprit de coterie, comme en vertu d'un mot d'ordre mondain. Ils ont une mentalité étroite et peu raisonnée ; ils seront bruyamment antidreyfusards, militaristes, nationalistes, antisémites, anti-interventionnistes, moins par conviction que par esprit moutonnier.

Dans ses lignes générales, et en tant qu'elle vise plus encore les conservateurs catholiques que les catholiques sans épithète, la thèse est exacte : il a fallu cependant à l'auteur une conviction bien assise, une fière indépendance et une forte dose de courage pour la développer comme il le fait.

Je cite quelques titres de chapitre

Dans ces pages, l'auteur se déclare catholique, dreyfusard, antimilitariste quoique respectant l'armée (antiguerrist€ serait plus exact, si le mot était français), antinationaliste, quoique patriote sincère, enfin, sans se dire sémite, il condamne l'antisémitisme.

Quel jugement porter sur ce livre écrit par un homme manifestement sincère et convaincu ? Nous allons essayer de le faire aussi impartialement que possible.

La pensée sur laquelle revient souvent M. Léon Chaîne est celleci : la cause de la persécution dont souffrent les catholiques est l'attitude prise par ces derniers dans l'affaire Dreyfus.

Nous lie partageons pas la manière île voir de l'auteur sur l'alfaire Dreyfus ; en cela, nous ne nous sommes pas demandé si Dreyfus était ou non juif.

Nous avons ici trop de respect pour la vérité et la justice, et l'on nous reproche assez souvent d'avoir applaudi à telle ou telle mesure de M. Millerand, pour que nous n'ayons pas la conscience bien tranquille.

Que l'attitude des catholiques dans l'affaire Dreyfus soit pour quelque chose dans la persécution que nous subissons, je l'admets ; que ce soit la principale cause, je ne le crois pas.

La vérité, c'est que les catholiques, depuis longtemps boudeurs, grincheux, toujours anti quelqu'un ou anti quelque chose (pas tous, grâce à Dieu, mais en grand nombre, hélas !j ont perdu contact avec le reste de la nation et sont devenus des étrangers dans leur propre patrie. La vérité encore, c'est que des politiciens sans scrupules ont profité de cette faute qu'ils ont encore exagérée pour escalader le pouvoir ; la vérité enfin, c'est que nous assistons à l'un des épisodes de la lutte éternelle du mal contre le bien.

Ce qui est vrai encore, c'est que beaucoup parmi nous ont perdu la mentalité catiiolique, mentalité essentiellement large, généreuse, rayonnante. Ils ont constitué de-petits cercles fermés pour y pleurer en commun sur les malheurs de Sion et y critiquer tout ce qui se faisait même parmi leurs frères, et sous cette influence déprimante, leur esprit s'est rétréci et leur cœur s'est atrophié ; ces hommes n'ont pas compris qu'autour d'eux vivait une masse qui, si elle ne croyait pas comme nous, sentait du moins comme nous ; à côté du corps de l'Eglise, il y avait l'âme de l'Eglise ; ils n'ont pas assez compris ces choses.

En déchirant bien des voiles, dans son livre, M. Léon Chaîne a fait œuvre utile sur ce point.

Mais pour prouver cette thèse trop vraie malheureusement, l'auteur n'a-t-il pas été trop loin ? Je le crois.

Il (lit vrai lorsqu'il maudit la guerre qui serre le cœur des pères, et fait pleurer les mères et les fiancées, mais son rêve de fraternité universelle est un rêve que dissipent chaque jour les réalités de la vie.

Il faut une année forte, compacte, disciplinée, non seulement pour défendre les frontières de la patrie mais pour défendre les

faibles attaqués au delà de ces frontières, et c'est la rougeur au front que nous nommons le Transvaal écrasé par la force sans que les appels des libres burghers aient agité les plis de nos drapeaux.

La guerre, la terrible guerre qui fauche les jeunes gens et sème partout les ruines et la mort est encore autre chose, c'est une école de sacrifice qui purifie les hommes comme les nations. Supprimez les guerres étrangères et vous verrez surgir bientôt l'odieuse guerre civile, mille fois pkis triste.

Tout autant que M. Léon Chaîne nous stigmatisons la guerre de conquêtes, mais à l'inverse de lui, nous voyons, avec Joseph de Maistre, dans la guerre comme une sorte de loi mystérieuse qui régit l'humanité deipuis son origine et qui la régira jusqu'à sa dernière heure. Un regard jeté sur cet Extrême-Orient, plein de surprises, nous révèle une organisation latente des Jaunes sous l'impulsion du Japon ; cette organisation, fasse le Ciel qu'elle ne soit pas dirigée contre la vieille Europe, et cependant...

Dans les considérations sur le bon vieux temps, nous trouvons aussi que î' auteur exagère un peu en montrant les seules heures sombres... Si nous sommes républicains démocrates, sans arrièrepensée et sans regrets, nous n'oublions pas que nous avons aimé de tout cœur la vieille monarchie française et son drapeau fleurdelysé. Nous ne sommes pas ici de la race des renégats, comme r ex-abbé Combes, ce que nous avons aimé une fois nous le respectons toujours, et pour faire croire à notre loyalisme bien sincère jamais nous ne consentirons à faire table rase du passé...

Il y a eu sous l'ancienne monarchie des heures joyeuses, des heures de liljerté aussi, et si aujourd'hui la République française, que nous servons fidèlement, tient en mains l'étendard aux trois couleurs, nous y voyons, nous, harmonieusement réunis en un étroit faisceau, la chalpe de Saint-Martin, l'oriflamme de Saint- Denis et le drapeau des Bourbons. C'est des luttes et des souffrances d'hier qu'est formé l'état social d'aujourd'hui.

Nous aimons passionnément notre époque, c'est vrai, mais nous ne la séparons pas des siècles qui l'ont précédée, nous aimons toute la France, celle du passé comme celle du présent, nous nous réjouissons de toutes ses joies, nous nous affligeons de toutes ses tristesses, qu'elles soient d'hier ou d'aujourd'hui.

Il se peut que certains politiciens exploitent ces paroles, peu nous importe, parmi nos adversaires sincères personne ne sus-

pectera notre loyalisme ; seuls, les hypocrites et les traîtres salissent ce qu'ils ont respecté jusque-là afin de faire croire à leur servilisme.

Un dernier re^proche que nous nous permettrons d'adresser à Fauteur. Dans son ardeur à défendre Dreyfus, n'a-t-il pas été amené à traiter peut-être trop favorablement certains de ceux avec lesquels il a fait campagne ? Je le crains un peu. C'est ainsi qu'il qualifie de ravissante et fraîche idylle un ouvrage de Zola intitulé la Faute de Vabbé Mouret. A notre humble avis il pourrait supprimer ravissante, fraîche et idylle; sauf cela, ce serait exact.

Ces réserves faites, et il nous a semblé juste de les faire, nous croyons que ce livre a été écrit par un sincère et un loyal, et que M. Léon Chaîne a fait oeuvre utile en demandant aux catholiques de France d'abandonner les idées préconçues, dont ils se laissent imprégner dans leurs milieux fermés, sans les soumettre à la critique sévère du raisonnement, pour reprendre la grande mentalité catholique.

Emmanuel Rivière.

L'Impartial de l'Est (Nancy), 29 janvier 1903.

M. Léon Chaîne est l'auteur de la Lettre d'un cattwlique lyonnais à un évêque sur l'affaire Dreyfus, lettre publiée en mars 1902 et qui souleva de vives polémiques dans le monde catholique.

Depuis, fort des encouragements qu'il avait reçus d'un certain nombre de prélats et de personnalités catholiques, M. Léon Chaîne a fait un livre : les CatJioliques français et leurs difficultés actuelles, dans lequel l'auteur, avec une sincérité indéniable, malmène fort ses coreligionnaires. Il déplore la timidité intellectuelle de certains catholiques, leur insuffisante éducation historique, leur (pusillanimité politique et sociale. Il leur reproche de mêler la religion à la politique et de manquer de claîn'oyance, de libéralisme et de véritable indépendance.

M. Léon Chaîne ne se dissimule pas, (hi reste, qu'il va au devant des colères et des injures. Mais, ainsi qu'il le déclare, il n'a eu d'autre but que de dire enfin à haute voix ce qu'il pensait (h'puis longtemps ; en un mot, de libérer sa conscience et son âme.

M. Chaîne est un convaincu. A ce titre, il a droit à la sjTiipathie. Comme écrivain, son œuvre a le mérite d'être bien écrite, en style clair et attachant. Elle sera vivement critiquée ; elle comptera sans nul doute de nombreux adversaires, mais on peut prédire qu'elle n'attirera à M. Léon Chaîne aucun ennemi, à raison de sa sincérité même.

Echo de Vincennes, 1" février 1903.

Un livre fort intéressant vient d'être publié par M. Léon Chaîne, avoué au Tribunal de Lyon.

Il ne s'agit point, comme pourrait le faire supposer la profession de l'auteur, d'un traité de procédure, mais bien d'une curieuse étude d'histoire contemporaine.

Sous ce titre : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles, M. Chaîne qui, tout en proclamant hautement ses sentiments religieux, n'hésite pas à se déclarer l'adversaire « des doctrines de haine » qui se sont fait jour à l'occasion de l'Affaire, étudie successivement diverses questions demeurant, à l'heure qu'il est, d'une brûlante acfualité.

Le militarisme, le nationalisme, les femmes et la politique, l'antisémitisme, l'abus des dévotions nouvelles, le christianisme social, la loi sur les associations, le clergé séculier et les congrégations, etc., etc. : tels sont les sujets traités dans son livre, très documenté, que liront avec un égal intérêt, quelles que soient leurs opinions intimes, tous ceux qui sont comme M. Chaîne « passionnément épris de la justice et profondément attachés à la liberté ».

Le Nouvelliste de Rouen, T"" février 1903.

C'est un livre de bonne foi que M. Chaîne vient d'écrire, c'est en même temps un acte de crânerie qu'il vient d'accomplir. M. Chaîne est catholique, il le dit et il le prouve, mais il est aussi <' dreyfusard '> et ne s'en défend point. Aussi n'est-ce pas dans

le domaine du dogme que nous suivrons l'effort puissant dont témoigne son livre, nous estimons que de telles régions doivent rester inaccessibles à nos querelles. Nous respectons les croyances de M. Chaine, lious les partageons ; nous permettra-t-il de discuter ses théories politiques ? Il se réclame avec trop d'insistance de la « charité intellectuelle », son ouvrage est écrit avec trop de passion, d'ailleurs généreuse, pour que nous en puissions douter.

Son livre, au point de vue qui nous occupe, semljle un défi. Sans rien vouloir ménager, sans laisser à ceux qu'il accable une espérance, M, Chaine fait le procès du nationalisme, il se défie « à bon droit » des <( patriotes professionnels », reprenant un de leurs mots aux jacobins dégénérés qui nous gouvernent, il nie la nécessité de la Ligue des Femmes françaises qui, à Lyon, <( n'eut d'autre résultat que de faire élire M. de Pressensé » et loue <( la charité inépuisable de M""* Dreyfus-Gonzalès ». L'antisémitisme ne trouve pas grâce devant lui ; il compare les juifs aux chrétiens des catacombes et le cri de : A bas les juifs ! lui paraît un « cri de guerre plus grave et plus dangereux que jamais, car jamais peut-être il ne fut poussé avec tant d'ensemble et aussi haut par les braves gens en délire que la presse antisémite a suggestionnés jusqu'à la catalepsie intellectuelle ».

-M. Chaine est catholique, il est en relations avec tout l'épiscopat ; il sait avec quelle perfide hypocrisie les vérités catholiques sont dénaturées, puis exploitées contre sa foi par les sectes et il ne craint pas de reprocher à certains antisémites d'imputer à K l'universalité des juifs actuels quelques fantaisies odieuses contenues dans ce ténébreux recueil de lois, de préceptes, de coutumes, de morale en action et de rites qui se nomme le Talmud ». M. Chaine est bon, d'une bonté infinie, mais quand cette bonté en arrive à approuver ceux qui ont écrit : « Ce n'est point un péché « de ravir le bien du gentil », elle s'égare au détour d'une miséricorde trop apitoyée. Et elle devient vraiment dangereuse quand elle trouve des excuses aux crimes les plus abominables. Au moment où M. Lenôtre vient de faire revivre, dans son livre la Guillotine, les monstruosités de la Terreur, M. Chaine ne craint pas d'écrire: « 1793 fut pour la nation une crise aiguë, terrible, mais salutaire ; cette crise la réveilla du mal chronique qui l'épuisait et dont elle mourait. La pourpre des aubes rougissantes n'effraye pas le voyageur matinal ; des aurores sanglantes annoncent le

plus souvent de beaux jours. » La France mise à feu et à sang, la guillotine en permanence, la guerre sur toutes les frontièresi, une banqueroute de soixante milliards, telles sont les atroces réalités éclairées par (( les aubes rougissantes » dont M. Chaîne salue Tapparition à l'horizon de la patrie.

C'est un défi, dira-t-on avec nous ? Non, M. Chaîne est de bonne foi. Il croit. Mais il croit aux mots. Ah ! ce n'est pas à notre auteur qu'on pourra reprocher une adhésion au positivisme. Il est épris de (( charité intellectuelle », de sociologie et de libéralisme et ne craint pas d'écrire un chapitre entier pour prouver qu'au <( bon vieux temps » le peuple se nourrissait d'écorces d'arbre et ressemblait aux bêtes, ce qui paraîtra surprenant pour un peuple qui a produit Bossuet, Colbert, Pascal, et a fourai à la Révolution ses armées, les anciennes armées royales, qui vainquirent le monde !

M. Chaîne croit à la démocratie, paraissant oubher qu'elle ne peut exister : les tribunaux de prud'hommes eux-mêmes constituent une aristocratie organisée. Partout où il y a agglomération, il y a aussitôt sélection et par conséquent aristocratie. Ainsi abandonné à la puissance dangereuse des vocables, M. Chaîne ne s'arrête plus et défend un traître, « justement et légalement condamné ». Nous ne lui en ferons pas grief, tant sa bonne foi est évidente ; tant est ardente, éloquente, son invocation à la justice qu'il cherche, à la lumière qu'il ne voit pas. Il nous est permis de penser que si le talent, la foi, que son livre atteste, se conformaient à la seule doctrine intégralement française : « N'agir et ne penser que dans l'intérêt exclusif de la France », ce serait un heureux résultat. C'est la doctrine nationaliste, mais M. Chaîne ne cachant pas son désir de convertir, nous ne devons pas désespérer de convaincre. Et si une telle recrue était assurée à notre cause nous en aurions, à coup sûr, réconfort et édification.

Bulletin Religieux du diocèse de Tarentaise, 1" février 1903.

Si vous voulez deviner le puissant attrait de ce livre, jetez d'abord un coup d'œil sur les têtes de chapitres : Militarisme. —

Nationalisme. — Antisémitisme. — Les catholiques et le bon vieux temps. — De certaines dévotions nouvelles. — L'éducation historique des catholiques. — La loi du 1" juillet 1901 et les dreyfusards. — Autour des décrets Combes. — Du clergé séculier et des congrégations, etc. Je certifie que lorsque vous aurez commencé cette lecture empoignante comme le roman le plus dramatique, vous irez jusqu'au bout des quatre cents pages du volume. Seulement, attendez-vous à être quelque peu bousculé par l'auteur, si vous êtes réactionnaire, c'est-à-dire ami des vieux préjugés, des routines d'antan et des opinions injustifiées. Toutes ces vieilles choses, pas vénérables du tout, volent en éclat sous les coups de massue de M. Chaîne.

Nous croyons (ce livre) appelé à réformer la mentalité de beaucoup de braves gens.

La Croix du Jura (Lons-le-Saunier), 1^' février 1903.

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