VAINE TENTATIVE
Un écrivain catholique de Lyon, M. Léon Chaîne, qui s'était fait connaître, il y a un an environ, par la Lettre d'un catholique lyonnais à un évêque, vient de publier, ces jours derniers, un curieux et intéressant volume intitulé : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles.
Intéressant et curieux volume, disons-nous, en ce sens qu'il émane d'un catholique pratiquant et convaincu et que l'auteur n'hésite pas à désapprouver, à blâmer avec une loyale vivacité l'attitude observée, au cours des événements récents et particulièrement au cours de l'affaire Dreyfus, par ses pieux coreligionnaires.
M. Chaîne n'est pas tenare pour le nationalisme qui n'est, dit-il avec raison, que la caricature du patriotisme, (c Nous ne voulons pas, écrit-il, de la patrie un culte étroit, puéril et grossier. Le progrès serait un vain mot si nous gardions du patriotisme la conception qu'en ont eue les nations de l'antiquité ou les peuplades préhistoriques. Le sentiment patriotique doit de plus en plus s'élever et s'épurer. »
Ce que M. Chaîne pense du militarisme n'est pas moins juste, et il n'hésite pas à blâmer des discours connue ceux du père jésuite Coubé, qui constituent de véritables appels à la guerre
civile. « Les orateurs les plus en renom de la chaire, — dit-il, — ne savent pas se soustraire à cette fâcheuse tendance de mêler le sacerdotal au militaire. Nous nous souvenons d'avoir entendu le père Coubé dans notre vieille cathédrale de Saint-Jean »
On voit que la critique de M. Chaîne n'est pas dénuée de verve. Son exécution de l'antisémitisme est également à retenir. A l'occasion, M. Chaîne raille agréablement ces prêtres antisémites qui, comptant dans leurs paroisses un juif ou une juive, n'hésitent pas à faire appel à leur bourse en faveur des œuvres paroissiales et de la cassette de M. le curé.
Il y a ainsi dans le livre de M. Léon Chaîne les plus précieux renseignements et il convient de rendre hommage à sa sincérité. Les croyances religieuses, si rétrogrades soient-elles, ont droit au respect, quand elles sont sincères.
Mais M. Chaîne peut-il croire sérieusement que les catholiques français, — qui, en même temps que catholiques, sont tous .cléricaux, — sont capaljles de se débarrasser de leur bagage antisémite, nationaliste et militariste ?
Est-il possible que l'Eglise renonce ainsi à ces manifestations politiques brutales et jjruyantes qui provoquent à si juste titre l'inquiétude de quelques rares catholiques comme M. Léon Chaîne, au moins aussi sincères et en tout cas plus clairvoyants ?
Nous ne le croyons pas — et l'expérience de ces dernières années n'autorise guère M. Chaîne à l'espérer.
Au cours de l'afTaire Dreyfus, il y a eu, avec M. Hervé de Kérohant et M. Viollet, un petit groupe de catholiques pratiquants qui n'ont pas hésité à revendiquer hautement les garanties de justice indispensables en faveur d'un accusé, fut-il Israélite. Ces quelques catholiques courageux n'ont pas été suivis : ils ont été hautement et universellement désapprouvés par tous leurs amis politiques, par tous les partisans des mêmes croyances religieuses. Toutes les preuves en faveur de l'innocence de Dreyfus ont pu être accumulées : leur croyance dans la culpabilité faisait pour eux partie du dogme immuable de l'Eglise.
D'autre part, si l'Eglise catholique descend ainsi à la plus basse démagogie antisémite ou nationaliste, c'est qu'elle espère par là rallier à sa cause — de plus en plus perdue — un certain nombre de ceux qui n'ont pas la foi naïve. Elle cherche à canaliser à son profit tous ces mécontentements d'origine politique, économique
OU sociale ; elle voit en eux un moyen de règne, auquel elle n'est pas prête à renoncer.
Aussi, malgré les elîorts loyaux, malgré les tentatives audacieuses d'évrivains comme M. Chaine, le divorce ira croissant entre la démocratie et l'Eglise, et l'antagonisme ne pourra prendre fin qu'avec le triomphe de l'une.
Ceci tuera cela, et la démocratie qui représente un avenir dlibération matérielle et morale aura raison de l'Eglise, de toutes les Eglises, — synthèses surannées de toutes les réactions du passé. Alexandre Zévaès.
Le Phare de la Loire (Nantes). 21 février 1903.
M. Léon Chaine vient de publier un livre qui a déjà obtenu un légitime succès.
Nous le lui souhaitons plus grand encore et nous voudrions voir entre les mains de tous les catholiques de France les Catholiques français et leurs difficultés actuelles.
C'est que ce livre, écrit avec une ardente bonne foi, est de nature à convaincre bon nombre de ceux à qui il s'adresse qu'ils font fausse route en s' organisant en parti politique. Comme le dit fort bien notre confrère V Aurore, dont le jugement en l'espèce mérite quelque attention, l'auteur veut être chrétien en dehors des luttes et des bassesses d'une politique de circonstance ; il veut que sa théorie religieuse jouisse d'une complète liberté, mais ne prétend pas que cette liberté entraîne une persécution fanatique à l'égard de ceux qui professent une philosophie différente.
Le jour où la grande majorité des catholiques pensera comme lui, il sera facile de s'entendre.
Le Petit Var (Toulon), 27 février 1903.
UN BON LIVRE
Ce livre a pour titre : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles. M. Léon Chaine, de Lyon, en est l'auteur... J'ai
parcouru hâtivement son livre ; je le relirai, parce qu'il est sainement pensé et courageusement écrit.
M. Léon Cbaine est un catholique sincère et pratiquant, ce qui est de nature à interloquer mes lecteurs, qui savent que les catholiques n'excitent ordinairement pas à ce point mon admiration. Pour si étrange que cela paraisse, cela est. J'engage vivement les républicains à lire ce livre, je souhaite que les cléricaux le lisent également, et j'aurais quelque joie à savoir ce qu'en pense la Croix, qui voudra bien être assez aimable pour satisfaire ma curiosité.
M. Léon Chaîne aborde les^ questions les plus brillantes du jour et les examine au point de vue chrétien.
Les chapitres de son livre portent des titres tels que les suivants
Ces titres suggestifs vous disent assez le sujet du livre, mais ne vous en révèlent pas le fond. Or, de l'étude de ces questions et de l'attitude de l'Eglise et de son parti dans chacune d'elles, il ressort que l'Eghse et ses fidèles ont une attitude généralement antichrétienne. Et M. Léon Chaîne le démontre, l'établit par des faits et par des autorités que nul croyant n'oserait contester.
Ce serait trop peu de publier des extraits de ce livre, il le faudrait reproduire en entier. Mais j'aurai certainement, au cours des événements, de nombreux emprunts à lui faire.
La Croix du Var (Toulon), 28 février 1903.
UN BON LIVRE
(( Un bon livre. » — Sous ce titre Petit Var annonce qu'un Lyonnais vient d'écrire un livre dont il est ravi. Ce livre a pour titre : les Catholiques français et leurs difficultés
... L'auteur est « un catholique sincère et pratiquant ». C'est du moins Petit Var qui l'affirme.
Nous ne demanderions certes pas mieux que de l'en croire sur parole. Mais comme garantie d'orthodoxie cette caution nous paraît tout de même un peu faible. Au fond, c'est bien l'avis de Petit Var lui-même, car, pour plus de sûreté, il sollicite notre avis en ces termes engageants :
(( J'aurais quelque joie, dit-il, à savoir ce qu'en pense la Croix, qui voudra bien être assez aimable pour satisfaire ma curiosité. »
Mon Dieu ! qu'à cela ne tienne ! Que ne ferions-nous pas pour donner cette satisfaction à un journal dont la courtoisie et l'amabilité nous sont si connues ! Que son ami, le catholique pratiquant de Lyon, nous adresse donc un exemplaire de son livre..., nous le lirons, et en toute sincérité, nous en donnerons notre sentiment à Petit Var.
Le Réveil du Beaujolais (Villefranche-s. -Saône), 10 mars 1903.
ENCORE LE <c MARTYR »
Jaurès veut galvaniser V Affaire qui, après avoir ébranlé l'univers et accumulé en France tant de désastres, semblait s'éteindre.
Cette tentative avortera ; les documents décisifs dont nous menace le châtelain de Bessoulet n'ont probablement pas la valeur qu'il leur attribue.
Malgré les efforts de Jaurès et de tous ceux qui ont défendu avec tant d'acharnement la cause de Dreyfus, il n'est pas prouvé, mais pas du tout, que cet homme soit un martyr.
Nous reconnaissons cependant que parmi les défenseurs de Dreyfus il se trouve des hommes d'une bonne foi absolue,
M. Léon Chaîne qui vient d'écrire un livre très courageux, est de ceux-là.
L'auteur donne aux catholiques d'excellents conseils ; nous aurions tout profit à les mettre en pratique.
Cependant M. Chaîne nous permettra de ne pas être de son avis lorsqu'il prodigue aux chefs du dreyfusisme des éloges immérités.
Nous ne croyons pas que Zola (( a essayé un jour d'abreuver les foules à des ondes de vérité ».
Le malfaisant personnage est mort en mettant la dernière main à une œuvre ténébreuse.
L'ouvrage posthume qu'on vient de publier réédite en l'aggravant l'ignoble calomnie dont fut victime un modeste religieux.
Ce « Moïse » n'a fait jaillir, jusqu'à sa fin, que la corruption et le mensonge.
Quant aux autres « héroïques défenseurs de la Vérité, du Droit et de la Justice », écoutons ce qu'en dit le terrilile Urbain Gohier.
(( Nous avons fait la campagne dreyfusarde, a dit Gohier, parce qu'on avait promis, comme salaire, une révolution qui nous débarrasserait du clergé et de l'armée. »
Le martyr n'était qu'un « bélier rembourré » avec lequel on a ébranlé les pierres angulaires de la patrie.
Ce résultat, dirons-nous, avec un de nos excellents confrères lyonnais, le Salut Public, quel remords ne doit-il pas causer aux gens de bonne foi qui y ont contribué, lorsqu'ils voient aujourd'hui en faveur de qui et avec l'appui de quelles gens ils sont arrivés à l'obtenir.
D. Gll LIANI.
Le Stéphanois, 13 et 14 mars 1903.
Chez nous, dans le bassin de la Loire, on ne lit guère, sauf les feuilletons de Jules Marv et de Ponson du Terrail. Les études de sociologie, les essais philosophiques, les ouvrages de polémique demeurent inconnus et presque méprisés, nos bourgeois ayant trop d'occupations et de... suffisance pour s'amuser à ces balivernes et nos ouvriers ayant leur siège fait par le socialisme, c'est-àdire étant convertis, d'nvan<ce et exclusivement, à, toutes les
âneries dont on leur emplit le cerveau dans les parlottes politiques. C'est dire que l'esprit critique et le désir de connaître les idées nouvelles sont les moindres ides soucis de nos braves gens de concitoyens. Il est inutile donc de demander, même à nos « intellectuels »>, s'ils connaissent l'ouvrage de M. Léon Chaîne, dont le titre est aussi celui de cet article. Je vais me contenter d'en parler, en toute franchise, sans me préoccuper de savoir si j'intéresserai le public, écrivant ce qu'on va lire pour le seul honneur de discuter des idées qui valent d'intéresser les rares penseurs, parce qu'elles ont été exprimées noblement par leur auteur, et que les écrivains de <( bonne foy » comme l'honorable M. Chaîne méritent l'attention des honnêtes gens. Aussi bien j'arriverai un des derniers parmi mes confrères, puisque le livre dont il s'agit a déjà fait grand bruit dans notre pays et à l'étranger et que dans tous les journaux où l'on se préoccupe d'autre chose que de vendre du papier noirci de faits divers, de réclames et de romans à l'usage des portières, des articles de critique ont été consacrés à cet ouvrage, paru depuis six semaines.
Sous ce titre :les Catholiques français et leurs difficultés actuelles, W Chaîne, avoué à Lyon, un cathohque libéral, a passé en revue tous les grands problèmes politiques et religieux de notre temps ; l'affaire Dreyfus, le militarisme, le nationalisme, le rôle des femmes dans la politique, l'antisémitisme, le christianisme social, l'attitude des conservateurs, la loi sur les associations, les congrégations et le clergé séculier ; sur toutes ces questions brûlantes, l'auteur a donné son avis avec une franchise et une loyauté auxquelles tout le monde a rendu hommage, et ce avec une courtoisie et une bienveillance toutes chrétiennes.
Sous le bénéfice de ces observations et après avoir constaté que le livre de l'honorable M. Chaîne aurait gagné à plus de méthode et notamment à une division logique en deux parties, la partie politique et la partie purement religieuse, j'entrerai précisément dans l'examen successif des diverses questions traitées dans son livre et qui doivent être rangées sous chacune de ces rubriques.
L Partie politique. — M. Léon Chaîne est un catholique militant et pratiquant et c'est en outre un dreyfusard de la première
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heure. Il fut l'auteur d'un manifeste en faveur de Dreyfus qui fit quelque bruit le 29 mars 1902, lorsque la Justice Sociale, journal catholique dirigé par un abbé démocrate, M. Naudet, le publia. Dans son livre, non seulement il a inséré son manifeste, mais il témoigne fréquemment et à tout propos de son indignation contre les catholiques qui, à son avis, ont montré dans l'affaire Dreyfus » des défaillances multiples de conscience ou d'intellect ». Si je comprends bien, l'écrivain cathohque estime que ses coreligionnaires qui n'ont pas épousé la cause du capitaine Dreyfus sont des coquins ou des imbéciles. Une défaillance d'intellect est, en effet, une preuve d'affaiblissement de l'intelligence, c'est-à-dire de sottise ; une défaillance de conscience est une lâcheté, une malhonnêteté.
Sans être un aussi bon catholique que M. Chaîne, sans avoir une aussi haute notion que lui de la justice évangélique, avec un peu plus de scepticisme en matière dogmatique et surtout en ce qui concerne les faits et les concepts soumis au sens critique de la raison, on peut estimer que ce n'était faillir d'aucune sorte à l'intellect et à la conscience que de ne pas croire à l'innocence ;de Dreyfus, même après le procès de Rennes, même après la découverte du faux Henry, même après l'établissement de la complicité d'Esterhazy. Il est toujours des quantités de citoyens français, catholiques, libre-penseurs et indifférents qui n'ont pas encore compris en quoi le Droit et la Vérité ont pu se trouver intimement liés au sort de M. Dreyfus, coupable ou non. Ces mêmes gens — et ils sont légion — qui n'ont pas voulu avoir d'opinion dans cette affaire parce qu'ils pensaient qu'il est coupable de lier le sort d'une République à celui d'un individu et de bouleverser une nation pour le crime ou l'innocence d'un seul homme ; ces mêmes gens, dis-je, sont également surpris de constater qu'on revienne encore sur cette histoire déplorable pour reprocher, d'une part aux catholiques et aux indifférents d'avoir trahi la République en ne prenant pas parti pour Dreyfus avec les francs-maçons et les sectaires du radicalisme ; et d'autre part pour rendre responsables ces mêmes catholiques de toutes les mesures récentes ou prochaines contre les congrégations, l'Eglise et l'enseignement libre, parce qu'ils ont « laissé à d'autres Vhorineur de défendre le Droit et la Vérité ».
Il ne faudrait pas, en effet, nous prendre complètement pour
des imbéciles en voulant nous faire accroire qu'il ne s'est agi dans toute cette affaire que du Droit et de la Vérité. La politique seule était en jeu, et la politique radicale ; quant aux libéraux, ils sont bien naïfs, à quelque parti qu'ils appartiennent, s'ils s'imaginent que nos politiciens ont marché pour Dreyfus. La cause du trop célèbre capitaine n'a été qu'un prétexte habilement exploité par les radicaux et les socialistes pour s'emparer du pouvoir, entreprendre la ruine de la liberté d'enseignement et préparer la séparation des Eglises et de l'Etat. C'est la seule (( Vérité » qui soit constante dans ce cycle d'événements et M. Jaurès en a fait publiquement l'aveu dans ses articles et ses discours. M. Briand, député de la Loire, ne s'est pas gêné non plus pour proclamer que l'affaire Dreyfus avait été le moyen dont le parti socialiste s'était servi pour gagner du terrain.
Les dreyfusards libéraux et catholiques ont d'ailleurs reçu déjà leur châtiment pour s'être laissé entraîner par ce que j'appellerai leur générosité et leur amour inconsidéré de la Justice et de la Vérité, deux concepts essentiellement subjectifs et dont la conception relative relève des spéculations et des hypothèses de la raison ; les républicains du bloc ne leur ont même pas fait l'honneur de les accueillir favorablement et ils les ont laissés à la porte de la chapelle des Droits de l'Homme et du Citoyen, dans laquelle ne sont admis que les athées bon teint, les dreyfusards radicaux et socialistes et dont les catholiques comme l'honorable M. Chaîne seront à jamais bannis, quoi qu'ils fassent ou écrivent en faveur du Droit et de la Vérité. Le Rappel, le Siècle, la Lanterne et le Radical ne le leur ont pas caché !
Et ma foi, c'est bien fait ! Qu'allaient-ils faire aux abords de cette galère, ceux qui invoquent la charité chrétienne en faveur d'un homme accaparé par les politiciens les moins soucieux de la Liberté, de la Justice et du Droit des autres, ces hommes qui ont fait leur règle de conduite gouvernementale de l'infâme maxime de Louis Veuillot : <( Nous vous demandons la liberté au nom de vos principes ; nous vous la refusons au nom des nôtres ? »
Comment des hommes aussi clairvoyants et aussi sensés que M. Chaîne ont-ils pu être dupes un seul instant de cette colossale comédie de justice que le radicalisme et le socialisme ont jouée ces dernières années sur le scénario de l'affaire Dreyfus ?
Et comment M. ClmiiiL', qui a su parfaitement dégager les causes toutes dreyfusardes de la loi contre les associations et la liberté d'enseignenKnt dans un des chapitres de son livre a-t-il pu naïvement croire qu'il s'était agi de Dreyfus dans l'affaire Dreyfus ?
S'il est vrai, connne raffirme l'auteur de ce livre retentissant, que (( les catholiques dreyfusards aient été, à quelques exceptions près, les catholiques libéraux » combien ces libéraux aveugles ne doivent-ils pas se repentir aujourd'hui d'avoir cru sincèrement que les autres dreyfusards, les politiciens et les socialistes, n'envisageaient dans la cause de Dreyfus que le moyen de faire triompher le Droit et la Vérité, en faveur de V innocent comme en faveur de tous les citoyens français.
Quant à ceux qu'on accuse de « défaillances de conscience ou d'intellect » pour n'avoir pas manifesté en faveur de Dreyfus, que doivent-ils penser des défaillances de conscience des dreyfusards du gouvernement dans l'application à leurs adversaires de la justice égalitaire et des principes de liberté contenus dans la Déclaration des Droits de l'Homme ? Que doivent-ils dire des défaillances d'intellect des dreyfusards « libéraux catholiques » qui n'ont pas su prévoir la. ti'ahison de leurs frères en dreyfusisme et deviner le véritable but poursuivi par les défenseurs du condamné de Rennes ?
L'écrivain catholique qui s'est laissé ainsi jouer par les politiciens dans l'affaire Dreyfus et qui conserve malgré tout ses licites illusions, a été plus clairvoyant dans son remarquable livre sur nombre d'autres difficultés politiques. Sur le militarisme, par exemple, il a émis des idées remarquables que je trouve condensées dans cette phrase formulaire :
« Le militarisme est la perversion du sentiment raisonnable que l'on doit éprouver pour l'armée... Ce n'est pas aimer l'armée que lui vouer une admiration absurde ; c'est la mieux servir que vouloir y faire pénétrer plus de moralité, plus de raison, plus de justice. »
Pareillement nous sommes de l'avis de M. Chaîne lors(|u"il met en garde les catholi(pies contre cette fausse rhétorique sa-
crée qui représente au peuple le Dieu des ehrétiens comme le Dieu des combats, c'est-à-dire comme un Dieu sanguinaire, conception en opposition absolue avec la doctrine évangélique.
Il a encore raison, l'écrivain catholique, lorsqu'il s'écrie : « Nous sommes avec ceux qui crient : guerre à la guerre ! parce que ce cri si humain résume à lui seul les principes mêmes du christianisme. Les chrétiens devraient avoir plus que les autres la violente horreur de la guerre. »
Je suis encore avec M. Chaîne lorsqu'il dit : (( Il est ridicule de se proclamer patriotes, comme il le serait de se proclamer vertueux, ou de se dire plus vertueux que les autres hommes. »
Bien plus encore lorsqu'il proclame « qu'il deviendrait dangereux d'abuser de l'argument patriotique auprès des classes laborieuses pour les réduire à l'acceptation d'un travail trop prolongé ou de salaires insuffisants ».
Combien de patrons et de compagnies devraient méditer ces sages paroles et comprendre enfin que ce qui a fait la rapide fortune des doctrines internationalistes du socialisme dans la classe ouvrière, c'est précisément le dégoût inspiré aux travailleurs par ce faux patriotisme au nom duquel on prétend exiger d'eux l'oubli de leurs droits et la renonciation à un (( devenir » meilleur.
Il y a tant de belles et bonnes idées dans ce livre qu'il faudrait vraiment, pour les signaler toutes, écrire un autre livre, qui serait comme le commentaire de celui-ci. Mais je ne veux pas clore ce premier article concernant la partie politique de l'œuvre de M. Chaîne, sans approuver hautement la maîtresse volée de bois vert qu'il administre aux conservateurs, auxquels il reproche très justement d'être restés depuis vingt ans indifférents ou hostiles à l'égard de la classe ouvrière. Il constate que d'une part on a tout fait pour rendre la résignation impossible aux travailleurs en leur enlevant la croyance et que, d'autre part, on n'a pas voulu s'occuper d'améliorer leur sort.
« Sans être, dit-il, un disciple de Karl Marx ou de Proudhon. n'est-il pas permis de penser que le monde du travail a droit à de sérieuses améliorations de son sort et que le prolétariat, tel qu'il est constitué, n'est pas la forme définitive de l'organisation du travail ?
« Ce serait un odieux contresens moral que les catholiques
fussent plus que d'autres réfractaires à cet idéal. Mais que de gens que l'on appelle catholiques et qui ne sont que d'âpres conservateurs !... Il n'est pas une initiative généreuse, une mesure libérale dont ils ne se soient montrés les adversaires résolus. Ils ont accepté, avec une ostensible mauvaise humeur, toutes les lois qui ont pour but la protection des travailleurs...
« Nous ne saurions plus heureusement conclure de l'efficacité de la justice sociale qu'en soulignant l'impuissance politique et la ruine morale des classes aristocratique et bourgeoise, qui l'ont violée ou méconnue. »
Je veux clore ce premier article sur ces implacables vérités et féliciter M. Chaine d'avoir eu le courage de les exprimer si énergiquement.
II. Partie religieuse. — M. Chaine fait partie de cette phalange intellectuelle de catholiques d'avant-garde qu'on appelle les démocrates chrétiens. Il est de ceux qui se sont imaginés avec une certaine ingénuité que la République allait ouvrir ses portes toutes grandes aux ralliés, et, en particulier, aux catholiques dociles aux instructions du pontife Léon XIII. On connaît le grand mouvement d'opinion qui suivit la publication de la fameuse encyclique Reriim noimrum et la formation de ce groupement nouveau détaché du parti conservateur. A sa tête se trouvaient des hommes ardents, ouverts aux idées sociales les plus généreuses, désireux de réconcilier la science et la religion afin de donner droit de cité à la religion dans la République. Il ne s'agissait de rien moins que de ravir le monopole du républicanisme aux opportunistes d'alors et d'appliquer largement la formule de l'esprit nouveau de Spuller. J'ai vécu dans ce milieu à Lyon pendant plusieurs années, sans y être mêlé activement, tenu en suspicion à cause de mes idées libertaires et de mon scepticisme, ne m'occupant à la France Libre dont j'étais un des rédacteurs que de la politique étrangère et de la cuisine ordinaire (lu journal. F.-I. Mouthon rendait alors ses oracles dans ce journal d'avant-garde de la démocratie chrétienne, et le courant d'opinion qu'il rut l'habileté de créer dans la région, principalement parmi les membres du petit clergé presque tous ordinairement portés vers les idées nouvelles, eut à certaine époque une importance telle qu'il inquiéta l'archevêché de Lyon et le parti
conservateur, les irréductibles adversaires de la constitution républicaine. Les ennemis de Marianne eurent en fin de compte raison de l'organe des démocrates catholiques par la famine et les républicains de gouvernement furent les premiers à se féliciter de la disparition d'une feuille chrétienne assez audacieuse pour affirmer hautement son républicanisme. J'ai connu en ce temps-là les plus remarquables personnages du parti nouveau : M. Harmel, l'abbé Sifflet, l'abbé Garnier, l'abbé Naudet, l'abbé Gayraud, l'abbé Lemire et aussi les antisémites de marque qui faisaient cause commune avec eux.
L'auteur du livre qui nous occupe procède des mêmes idées générales que ces théoriciens ardents de l'Evangile social nouveau, à cette différence près qu'il n'est pas antisémite, ni au sens rehgieux, ni au sens ethnologique de ce mot. M. Chaîne n'est pas encore revenu des illusions de Mouthon : il a toujours foi dans la possibiUté d'un mariage de raison entre le dogme catholique et la République actuelle. Il nous l'affirme dans la fin de son livre en ces tenues :
<( Nous restons convaincu que la doctrine évangélique n'est pas en contradiction avec les vrais principes de la Révolution française et que ce qu'il y a de légitime dans les revendications de l'esprit moderne n'a rien à craindre de l'Eghse.
« Ils se trompent donc et ils sont injustes, ceux qui font de la guerre à la religion un article nécessaire à leur programme de défense républicaine. Nous craignons, nous, qu'au lieu d'être les défenseurs de la République, ils n'en soient que les fossoyeurs. »
Je ne crois pas qu'on puisse partager les illusions de l'écrivain catholique lyonnais parce qu'il se trompe sur le véritable esprit de la Révolution. Celui-ci ne s'inspirait en rien de la morale évangélique et sa caractéristique était précisément l'athéisme le plus absolu, le rationalisme le plus intransigeant. Il n'y a qu'à lire Taine pour se convaincre que les principes de la Révolution excluaient toute tolérance religieuse, le jacobinisme ayant été la consécration de l'omnipotence de l'oligarchie exerçant sa contrainte non seulement sur les individus et les propriétés, mais aussi sur la religion, les mœurs et les sentiments. La guerre au catholicisme est au contraire le fondement même de la doctrine républicaine actuelle, laquelle procède directement du jacobi-
iiisme (Je la Révolution. A quoi bon faire les yeux doux aux gens de la défense républicaine pour les gagner à la cause du catholicisme perdue d'avance ? Pourquoi garder le vain espoir de triompher par la persuasion et la douceur du sectarisme grossier de nos politiciens actuels ? Il est bien inutile, en vérité, de les menacer d'un effondrement impossible de la République radicale socialiste sous la poussée de l'indignation publique. Il y a bien longtemps que l'indignation publique n'existe plus que dans les rêves de quelques penseurs, parce qu'il y a pas mal d'années que l'esprit religieux et les généreuses idées de libéralisme ont été détruites chez nos contemporains par l'indifférence et l'utilitarisme. On ne croit plus à grand 'chose dans le peuple si ce n'est aux satisfactions tangibles que donnent la conquête des bonnes situations, les travaux bien rémunérés et la facilité des affaires. La misère seule serait capable de créer contre le jacobinisme gouvernemental ce mouvement révolutionnaire susceptible de précipiter la République actuelle, et non pas, comme le croit M. Chaîne, un courant d'opinion, un accès de libéralisme populaire ou une juste appréciation de la conformité de la morale évangélique avec les revendications de l'esprit moderne.
C'est en cela que la démocratie chrétienne s'est trompée. Ces prêtres, ces sociologues, ces hommes de foi sincère et de républicanisme ardent n'ont remué que quelques groupes peu nombreux de citoyens. Ils n'ont jamais pénétré dans la masse et ils y pénétreront de moins en moins, par la parole ou par les écrits, parce que leur catholicisme même est une tare originelle aux yeux des simples du populaire habitués à confondre le cléricalisme et la religion, sans qu'il soit possible de les faire démordre de cette idée préconçue.
C'est injuste, me direz-vous, et il importe de dissiper ce malentendu grossièrement exploité par les adversaires de la religion. D'autres avant M. Chaine ont essayé de détruire les préjugés enracinés dans le peuple, non seulement contre la religion catholique, mais contre le protestantisme et ils ont pu constater leur impuissance. Il n'y a plus rien à espérer du bon sens public, et les jacobins qui nous gouvernent le savent bien ; c'est pourquoi les efforts généreux des écrivains et des orateurs de la démocratie chrétienne, tout comme les sarcasmes des sceptiques, les laissent indifférents.
La haine du curé et du bourgeois est tellement vive dans la classe ouvrière et jusque chez nos paysans que tout raisonnement se brise contre les parois de ces cerveaux hermétiquement fermés par de nombreuses années de propagande socialiste et radicale.
Il faut reconnaître que les curés et les bourgeois ont bien fait le nécessaire pour s'entourer d'ennemis et s'aliéner les ouvriers et les agriculteurs. Si l'indifférence religieuse et l'anticléricalisme qui en est la conséquence, si l'impopularité des employeurs de toute sorte se sont développés à ce point qu'il n'est plus de réconciliation possible entre le peuple et l'Eglise, comme entre les travailleurs et les capitalistes, c'est que vraiment le prolétariat a eu à se plaindre des bourgeois et des curés.
Il faut avoir le courage de le reconnaître, et M. Chaîne a eu même l'audace de le démontrer. Hier je citais certain passage de SOL livre sur l'âpreté des conservateurs et sur leur opposition contre toutes les réformes démocratiques. C'est là tout le secret de l'impopularité croissante de la bourgeoisie capitaliste.
En ce qui concerne les causes de l'impopularité du clergé et les abus qui ont contribué à éloigner le peuple de la religion, l'honorable M. Chaîne a mis brutalement le fer rouge sur les plaies. Il signale le caractère offensant pour les gens du peuple de la hiérarchie qui règne encore dans les églises, les distinctions de classes et de fortune qui offensent les idées d'égalité et qui sont contraires à l'esprit de fraternité évangélique.
(( Alors, dit-il, qu'on voit dans les églises certaines dames d'œuvres occuper à elles seules deux chaises »
Ce sont là des petits riens, dira-t-on, des mesquineries qui n'atteignent nullement la majesté sacrée de la religion. Parfaitement, mais ces contingences ont fait plus de tort qu'on ne l'imagine au catholicisme dans l'esprit public et cette sorte d'aversion, de défiance témoignée à l'égard de la masse populaire, cette hiérarchie dans les cérémonies du culte, ces enterrements fastueux ou misérables, pompeux ou bâclés, suivant le prix payé par les familles, ont peu à peu ruiné le prestige de la religion. Ce serait mentir que le nier.
(( Dans certaines paroisses, ajoute M. Chaîne, les curés semblent prendre à tâche de commettre des maladresses et de faire mentir la parole du Christ à ses disciples : « Vous êtes tous frères <( et tous égaux devant mon père. »
Combien d'exemples, tout près de nous, pomTions-nous citer à l'appui de cette affirmation !
Avec sa belle et courageuse franchise, M. Chaîne n'épargne même pas les évèques ; (( Sans être des mécréants, il est bien des catholiques qui trouvent qu'en France nos évèques sont parfois entourés d'un faste presque royal. »
Le pape lui-même, le vicaire de Jésus-Christ, ne trouve pas grâce devant l'énergique écrivain, à cause de son faste tout à fait contraire à la pauvreté évangélique :
« Ce n'est pas sans un certain malaise que quelques rigoristes lisent les comptes rendus pompeux des cérémonies dans lesquelles le pape, entouré des flabelli, porté sur la sedia, suivi par un somptueux et éclatant cortège de prélats et par une brillante escorte militaire, avance dans sa marche triomphale au milieu des cris enthousiastes d'une foule si occupée à acclamer le vicaire du Christ qu'elle paraît en oublier un peu le Christ lui-même.
« Il en est qui s'offusquent du luxe étalé autour de la personne du pontife, des richesses amoncelées dans les palais apostoliques. »
C'est de tout cela qu'est née l'impopularité du clergé et l'indifférence religieuse. M. Chaîne a eu raison de stigmatiser ce pharisaïsme de l'Eglise contemporaine qui attriste d'autant plus les (( croyants » qu'ils se rendent parfaitement compte de l'effet moral déplorable produit sur le peuple par ce luxe scandaleux, ces usages offensants pour les petites gens.
Il est un autre genre d'abus contre lequel l'auteur de ce livre vraiment intéressant s'élève énergiquement : il s'agit du mercantilisme grossier auquel donnent lieu dans les églises les cultes particuliers de certains saints à la mode. Je laisse parler M. Chaîne :
« Tout le monde, hélas ! a entendu parler de la spécialité qu'a saint Expédit de s'occuper des choses pressées »
Je clos ici la série des citations. Dans le même ordre d'idées, M. Chaîne s'élève contre le mercantilisme qui s'exerce à propos <les messes, contre le culte des reliques, plus ou moins authenti(|ues et qui ne sont au surplus que de vulgaires objets naturels.
Bref, l'écrivain lyonnais n'a pas craint de montrer tout ce qui, dans les pratiques religieuses encouragées par le clergé, porte atteinte à la doctrine elle-même et surtout à l'Eglise.
M. Chaîne sera-t-il compris ?
Je crains que non. Il est peut-être trop tard pour dégager la religion catholique de tout cet appareil commercial et aussi pour élever les esprits de tous les pasteurs au-dessus de ces mesquines contingences qui ont contribué considérablement à détruire le prestige du clergé dans l'esprit populaire.
M. Chaîne a montré le mal. 11 aurait fallu faire cet utile travail il y a cinquante ans.
A l'heure actuelle, le matériahsme triomphe de l'idéalisme des religions et une morale utilitaire succède à la morale évangélique. C'est un phénomène de l'évolution de la pensée humaine que nous constatons, sans pouvoir le diriger à notre guise.
Et l'honorable écrivain dont nous avons lu l'ouvrage avec tant d'intérêt devra se contenter de l'honneur d'avoir analysé les états d'âme de nos contemporains, sans pouvoir espérer modifier en rien, en politique pas plus qu'en matière religieuse, le courant des idées contre lequel tout effort individuel reste impuissant.
Quant à nous, nous sommes heureux de saluer en M. Chaine un des derniers libéraux de notre siècle, un écrivain consciencieux et plein de courage. Peu importe, d'ailleurs, qu'il dépense sa bravoure et sa franchise en pure perte. Ce n'est pas le résultat qui modifie la grandeur du geste et comme s'écrie Cyrano avant de mourir :
Que dites-vous ?... C'est inutile ? Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! Non ! C'est bien plus beau lorsque c'est inutile !
Jean Barbier.
Journal de Vernon, 14 mars 1903.
LES CATHOLIQUES ET L'AFFAIRE DREYFUS
M. Léon Chaine est un catholique sincère. Mais il a réfléchi sur les lois de l'histoire. Il pense que les faits se déduisent les uns des autres et qu'ils sont soumis à des règles d'une logique implacable.
Si les catlioliques sont aujourd'hui suspects aux républicains, c'est parce que depuis l'établissement de la République ils ont commis de lourdes fautes.
Après avoir cherché et réussi à renverser M. Thiers, leurs basses alliances avec le boulangisme, avec l'étroit et louche nationalisme et l'ignoble antisémitisme leur en ont enlevé tout leur crédit.
Longtemps ils n'ont pas eu d'autre programme que celui des bonapartistes qui voulaient étrangler la gueuse.
Enfin et surtout ils ont à se reprocher leur conduite inintelligente et coupable dans l'affaire Dreyfus.
M. Léon Chaîne voit dans ce qui se passe aujourd'hui l'expiation de la conduite tenue « dans cette solennelle circonstance par l'immense majorité des catholiques français ».
Les catholiques, dans cette affaire, se sont comportés d'une façon anti-chrétienne.
Ils ont laissé à d'autres l'honneur de défendre le droit et la vérité.
(( Quelques-uns cres chefs du parti catholique auraient dià... »
Les catholiques se disent antisémites, nationalistes et militaristes ; ils fomentent des complots contre la liberté et la République, et puis ils s'étonnent que la République prenne quelques précautions contre eux !
Ch. Revert.
Moniteur d'Issoire, 18 mars 1903.
Un de nos honorables Lyonnais, et qui vient de prendre la plumée pour la deuxième fois, vient de faire publier un livre retenant l'attention de tous les Français, sans distinction de culte, d'opinions ou d'idées.
Ce livre, les Catholiques français et leurs difficultés actuelles, est l'œuvre d'un vrai catholique, d'un vrai Français, et au pardessus de tout, d'un véritable indépendant .
Il y est traité des chapitres intéressants, concernant le militarisme, le nationalisme, l'antisémitisme, les catholiques d'autrefois et d'aujourd'hui, la timidité intellectuelle des mêmes, les dévotions nouvelles, etc.
On voit dans ces divers chapitres les difficultés qui se dressent devant les catholiques français et que ces mêmes difficultés sont créées par ceux-là mêmes qui en sont les victimes.
M. Léon Chaîne est un amant de la liberté, dans toute l'acception du mot, mais il la veut pour tous. Si je puis exprimer toute ma pensée, je dirai que M. Léon Chaîne veut faire comme le jardinier voulant obtenir de son arbre de beaux et bons fruits, et pour cela, il élague tout ce qui peut être nuisible, tout ce qui peut entraver la pousse, la liberté de son arbre.
M. Léon Chaîne fait de même et veut tenter à son tour d'élaguer l'arbre de la religion, dont la racine est à Rome, et dont les rameaux s'étendent de partout.
M. Léon Chaîne traite toutes ces questions, bien souvent terriblement irritantes, avec la bonne foi sincère que les Lyonnais qui le fréquentent lui connaissent.
Cet homme au cœur large, à l'âme idéaliste, n'a fait son livre qu'après mûr examen et avec un bon sens et une équité ne permettant pas le moindre soupçon, car M. Léon Chaîne est, je le répète encore, un fervent et si dans son réquisitoire on voit les coups portés à droite ou à gauche, à tous sans distinction, on ne peut lui en garder rancune
Enfin l'auteur termine ainsi : « Et maintenant qu'il s'en aille, notre cher livre, — si de par le monde, il ne doit pas rencontrer d'amis, s'il ne doit susciter autour de lui que la froide indifférence, il est quelqu'un auquel il restera toujours cher, c'est l'auteur. »
Eh bien, mon cher auteur, les Catholiques français et leurs difficultés actuelles seront de partout accueillis, et si au premier moment on vous adresse un reproche, ce sera pour bien vite l'effacer, en vous remerciant d'avoir fait voir le beau, le bon, le vrai et l'idéal de la vérité dite au grand jour, et vous pardonnerez à ceux qui voudront être malgré tout vos ennemis, en vous rappelant que Jésus le Nazaréen a pardonné à ses ennemis.
Les anciens préceptes du Christ avait besoin d'être rappelés — pour amener en notre France l'apaisement qui lui est si nécessaire — et j'ajoute que l'auteur a reçu de nombreuses félicitations pour cet ouvrage, dont les journaux de France et de l'étranger ont fait l'éloge. Annequin.
Le Nouvelliste de Bordeaux, 11 avril 1903.