REFUTATION DE LA « DEPECHE
du mercredi il novembre
Un catholique tolérant, article de M. Allard
M. Aulard veut bien reconnaître (combien nous lui devons de remerciements !) qu'il existe de par le monde un catholique tolérant, mais après nous avoir fait cette concession, il consacre deux colonnes de la Dépêche à nous démontrer que ce catholique tolérant — si rare à son avis — n'a qu'un défaut, c'est que par le fait même d'être tolérant, il n'est plus catholique.
Et ce catholique si exceptionnel qu'il n'existe que d'une façon pour ainsi dire latente et à ses propres yeux, serait M. Léon Chaîne, avoué à Lyon, auteur du livre : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles ; de l'avis de M. Aulard, il mérite tout d'abord les éloges de tous les républicains parce qu'il a fait partie de (( cette courageuse élite de catholiques qui ont marché avec les dreyfusards ». Voilà qui nous dispense déjà de faire à M. Chaîne les mêmes compliments que ceux que lui fait M. Aulard, il est vrai que comme en lui le dreyfusard doit balancer le catholique, il doit préférer de beaucoup les éloges du sectaire de la Sorbonne aux nôtres.
Dans son livre, xM. Chaîne se déclare antimilitariste, internationaliste et pourtant catholique ; nous n'y voyons aucun inconvénient puisque cela fait plaisir à M. Aulard, qui n'en pourra être que gêné désormais lorsqu'il s'avisera maintenant de reprocher au catholicisme son internationahsme.
Mais 011 nous nous inscrivons en faux contre les assertions du docteur en jacobinisme présent, passé ou futur, c'est lorsqu'il affirme gravement qu'il est impossible à un catholique d'admettre les principes de la Déclaration des Droits de l'Homme et de rester catholique.
Nous nous demandons où M. Aulard a pu voir pareille chose dans aucun texte ; il est vrai que ce singulier historien n'est pas embarrassé pour améliorer les documents, au moyen de divers procédés savants qui ont pour but généralement, par addition,
soustraction ou uiultiplicatiou, de leur faire dire le contraire de ce qu'ils disent réellement.
M. Aulard affirme que le pape Pie VI a condamné la Déclaration des Droits de l'Homme ; qu'il nous montre dans quelle encyclique il l'a condamnée au point de vue de l'Eglise ? Il l'a condamnée, en tant que souverain temporel, au point de vue civique, au point de vue politique, ce qui n'est pas précisément la même chose. En effet, M. Aulard ne doit pas ignorer que lorsque le pape sort du terrain du dogme et se prononce sur des questions d'ordre social ou politique, les catholiques peuvent ne considérer ses paroles que comme des conseils, des avis. Jamais l'Eglise n'a eu la i)rétention d'imposer son opinion en dehors de ce qui touche à la foi elle-même, à la charpente du dogme. On peut être royaliste et catholique, impérialiste et catholique, républicain et catholique. A ce titre, M. Chaîne a raison contre M. Aulard.
Avenir liépublicain (Granvilît), 14 novembre 1903.