‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 49 sur 121 · L'INQUISITION MODERNE · texte numérisé non relu

L'INQUISITION MODERNE

Hier, rencontré un ami. Ordinaire prologue des tête-à-tète dans la rue.

— Tiens, c'est vous, comment va ?..

— ■ Très bien et vous ?...

— Pas trop mal, merci...

— De neuf ?

— Rien de neuf. La vie. est une vieille rabâcheuse, tout comme l'histoire, mon cher Le Contour. En 1793, M'"" Roland pouvait s'écrier en toute vérité : « 0 liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »

Aujourd'hui, après Napoléon I". Louis-Philippe, Badinguet et Combes, — j'en passe et des meilleurs, — je ne trouve rien qui rende mieux ma pensée que le vieux mot de cette bonne M"* Roland : « 0 lil)erté, que de crimes on commet en ton nom ! »

— Ah ! bah !

— Mais oui, mon cher, c'est ainsi. Jugez d'ailleurs

Au nom de la liberté — et pour l'affranchissement des consciences — le président du Conseil commet « plus qu'un crime, il commet une faute », la faute d'être mesquin et ridicule.

'on règne sera marqué, non dans la tragédie, mais dans la comédie : « Les fourberies de M. ComlD^s... ou l'Inquisition au XX'' siècle. »

Tenez, je me souviens d'un jugement de Henry Maret — un radical dissident — et qui a d'autant plus son poids, que son auteur ne peut être suspecté d'intolérance cléricale.

S 'adressant à un catholique libéral, Léon Chaîne, qui vient d'écrire un livre sur la liberté de conscience, il dit :

<( Pour les esprits supérieurs, pour ceux qui savent s'élever audessus des passions et des rancunes, le mal fait par les uns ne légitime pas le mal qui leur est fait par les autres. Vous croyez que blâmer des procédés n'est pas une excuse suffisante pour les imiter.

u J'ai toujours eu, moi aussi, l'idée que c'était un raisonnement faible que de dire : « Celui-là a fait quelque chose qui n'est « pas bien, j'ai bien le droit à mon tour de faire quelque chose « qui n'est pas mieux. »

(( Cette façon d'entendre la morale, si elle n'est pas la nôtre, nous devons convenir qu'elle est celle du plus grand nombre. Chateaubriand écrivait déjà en 1826 qu'il y avait deux espèces d'hommes, ceux qui extermineraient philosophiquement les prêtres, et ceux qui brûleraient charitablement les philosophes. Nous qui n'appartenons à aucune de ces deux espèces et qui voudrions qu'on n'exterminât ni ne brtilât personne, je ne vois pas vraiment ce que nous faisons dans ce monde... »

Un propriétaire tenu devant deux juridictions — sans compter la Cour d'appel qui le guette — de prouver sa propriété constatée . par actes notariés. Une servante interrogée sur ce qui se passe au domicile de son maître.

Qu'est-ce donc que tout cela. Seigneur, sinon la contrefaçon des tribunaux de la sainte Inquisition !

Noël Le Coi tour.

Le Beaujolais (Villefranche-s. -Saône), 16 novembre 1903.

UN LIVRE

On parle beaucoup, en ce moment, dans les milieux politiques, d'un livre que vient de faire paraître M. Léon Chaîne, et qui porte comme titre : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles,

M. Léon Chaîne est cet avoué lyonnais, catholique pratiquant qui, au moment de l'affaire Dreyfus, se lança bravement dans la mêlée et combattit pour la justice et pour la vérité. Il fut, à ce moment, fort houspillé par le parti clérical. Dans son livre qui paraît aujourd'hui, M. Chaîne prend sa revanche. En un langage flair et sans prétention, mais énergique et net, il fait le procès des catholiques qui se solidarisent sans cesse avec les partis de droite. 11 s'élève avec indignation contre le nationalisme, le militarisme et l'antisémitisme. Et ce catholique se déclare à la fois patriote et internationaliste. C'est chose assez nouvelle. Partisan de la Déclaration des Droits de l'Homme, il est aussi partisan des congrégations, pour qui il réclame la liberté, et c'est le seul point sur lequel nous sommes en désaccord.

Malgré une chaleureuse défense des moines et de l'enseignement congréganiste, le livre de M. Chaîne nous plaît par son air de franchise et de sincérité. Il démasque le parti clérical, qu'il ne faut pas confondre avec le parti catholique, et cela est très courageux par le temps qui court.

M. Chaîne, en écrivant son livre, a seulement cru libérer sa conscience, il a fait plus que cela, il a accompli une bonne action qui lui vaudra beaucoup de sympathies dans le monde libéral et beaucoup de haines dans le monde clérical.

Journal de Marseille, 17 novembre 1903.

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