L'EFFORT CATHOLIQUE
M. le comte de Mun vient de jeter un regard désolé sur son parti. D'une clairvoyance trop élevée pour se payer de mots et
ij'illusioniier sur les faits, le grand leader catliolique, au cours trun important discours prononcé à Besançon devant des jeunes gens, a constaté avec amertume que les temps étaient mauvais pour l'Eglise. Il la voit combattue, débordée, impuissante, et s'il ne désespère pas absolument de ses destins, car la foi le lui interdit, il se demande comment elle pourra reconquérir les situations l)erdiies.
Et, vraiment, ces situations étaient belles. Nous en savons quekpie chose, nous qui aimons à rappeler aux générations moins âgées que la nôtre ce qu'était le régime de Tordre moral. Mais ne pourrait-on pas nous accuser d'exagération ? Aussi conseillerai-je à ceux qui m'écoutent d'ouvrir le livre récent qu'un catholique ardent, M. Léon Chaîne, a consacré aux difficultés au milieu desquelles se débattent ses coreligionnaires. « Quand on songe, dit cet écrivain, que de 1871 à 1875 ils étaient les maîtres de tous les postes de l'Etat, depuis celui de président de la République jusqu'à celui de garde champêtre, que l'armée, toujours zélée, des fonctionnaires de tous grades était à leurs ordres, de quelles fautes, de quelles maladresses ne faut-il pas qu'ils aient été coupables pour s'être fait expulser, jusqu'au dernier, du pouvoir que les circonstances leur avaient donné et dont ils occupaient toutes les avenues. »
Eh ! oui ! ils furent coupables ! On l'est toujours, quand on 'opprime les consciences, quand on prétend courber les citoyens sous le joug de l'arbitraire, quand on s'en prend à toutes les libertés.
Ce désastre, M. de Mun ne s'en dissimule pas l'étendue. C'est un homme trop sensé pour cela. Il s'en est expliqué devant la jeunesse catholique de Besançon, en ce langage remarquable qu'on aime toujours à entendre, car il y a quel(iue joie à écouter l'adversaire quand il se place sur un noble terrain, et lorsqu'il laisse aux esprits bas les discussions injurieuses et lourdes. Rares sont aujourd'hui les grands talents parmi nos ennemis, et souvent, en lisant les journaux qui défendent l'Eglise, je me .suis demandé par quel étrange hasard une cause si puissante n'inspire que si médiocrement ses soldats.
Henry Jagot.
Les Alpes lUpubUraiïics (Gap), 6 décembre 1903.
UN CATHOLIQUE TOLERANT
Un ouvrage qui fait un certain bruit dans la grande presse et dans le monde politique a paru récemment chez A. Storck et C"', 16, rue de Condé, à Paris.
Il est dû à la plume de M. Chaîne, avoué à Lyon, qui l'a intitulé les Catholiques français et leurs difficultés actuelles.
Nous eussions été très désireux d'analyser ici ce livre dont d'éminents critiques disent le plus grand bien, mais nous n'avons en notre modeste feuille, ni la place ni la compétence.
Il nous suffira d'en recomrriander la lecture à tous ceux qu'a pu émouvoir en sens divers la terrible affaire Dreyfus, ce drame qui paraît en être arrivé à son dernier acte.
Nous ne partageons certes pas les idées de M. Chaîne en ce qui concerne les congrégations, mais combien la France serait moins divisée si tous les catholiques avaient su s'inspirer des mêmes sentiments que ceux qu'il exprime dans son livre à l'endroit de la vérité, de la justice et de la tolérance !
Le Pilote de la Somme (Abbeville), 8 décembre 1903.
GRIBOUILLES
Mais les nationalistes les plus gratinés et les monarchistes les plus déplumés ont également, refusé de voter le budget.
Et ces gens, soyez-en persuadés, ont la prétention de défendre, de défendre de leur mieux, seuls, les principes de conservation sociale !
Pour les appliquer, ils s'y prennent absolument de la mèuie façon que les plus farouches révolutionnaires. Et c'est à Gribouille — de fameuse et de fâcheuse mémoire — qu'ils vont demander des exemples, se précipitant, à sa suite, à l'eau de crainte d'être mouillés.
Mais ce n'est point la seule occasion <»ù ils fêtent la Saint- Gribouille. Ils n'en ratent, au contraire, pas une.
L'autre jour, à Besançon, M. de Mun, le grand orateur catholique, disait tout le détriment qu'a subi, dans la France contemporaine, la cause du catholicisme.
II n'est point douteux, en effet, que les catholiques — nous entendons surtout les cléricaux — après avoir, plus souvent qu'à leur tour, abusé de la force contre les non-catholiques et les droits de ceux-ci, subissent maintenant l'expérience contraire.
Mais si, contrairement à notre désir, des républicains se trouvent aujourd'hui pour leur refuser la liberté, n'est-ce point la faute des catholiques cléricaux eux-mêmes ?
N'est-ce point un écrivain catholique, M. Léon Chaine, qui tout dernièrement, dans un livre dont la sincérité n'est pas la seule qualité, s'exprimait ainsi :
(( Quand on songe que de 1871 à 1875 »
Et, pourtant, au lieu de rester sur le terrain de la liberté de conscience, M. de Mun préconise l'action sociale des catholiques et jette la religion dans la mêlée politique entre les partis qui combattent pour la possession du pouvoir et qui font tout servilement pour exercer la domination.
C'est encore la tactique de Gribouille. Et les Gribouilles du catholicisme clérical qui exposent la religion catholique aux hasards de la lutte n'auront pas à se plaindre des coups qu'ils recevront et dont le contre-coup atteindra la religion.
Quiconque se sert de l'épée périra par l'épée.
Léon XIII le savait et Pie X ne semble pas l'ignorer. Mais les cléricaux du genre Cassagnac, c'est-à-dire les catholiques qui font de la religion un tremplin politique, considéraient que l'insurrection contre les doctrines du pape défunt était un devoir, et ils excitaient les vieilles filles à prier pour sa conversion. Ils n'écouteront pas davantage le pape vivant qui professe que le catholicisme doit se borner à n'être qu'une religion, non pas un instrument de domination ou de combat politique.