‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 56 sur 121 · MORT AUX JUIFS · texte numérisé non relu

MORT AUX JUIFS

Un duel vient d'avoir lieu à Paris entre un capitaine de génie, M. Jacob Lévy et un Monsieur à particule du nom de de Malroy.

La rencontre a été motivée par des injures adressées à la race juive par M. de Malroy et ses amis, injures que le capitaine Lévy a cru devoir relever.

Les journaux nationalistes, qui donnent un récit détaillé de l'incident, nous font connaître que lorsque ce dernier eut remis sa carte au bouillant antisémite, un immense cri de <( Mort aux juifs ! » sortit du milieu de la foule amassée en cet endroit.

Et les feuilles s'exclament sur la beauté de ce cri, qu'elles qualifient de patriotique !

Ce n'est pas une dissertation sur l'origine des Français que je veux faire ici.

Une plume plus autorisée que la mienne a déjà scientifiquement démontré que les Gaulois sont les ancêtres du peuple français et non de la noblesse, laquelle descend des races envahissantes venues de Germanie, de Lombardie et d'ailleurs s'implanter dans oe pays.

Mais je veux, au point de vue religieux, — ou chrétien si l'on veut, — démontrer combien le cri de Mort aux juifs que poussent les antisémites est coup-able.

Un écrivain catholique, d'un incomparable talent, M. Léon Chaîne, vient d'écrire sur ce sujet des pages merveilleuses.

Il démontre victorieusement que l'antisémitisme est une monstruosité que la raison et la religion condamnent d'une façon absolue.

Je ne sais si les antisémites ont lu le remarquable travail de M. Léon Chaîne sur les catholiques et leurs difficultés actuelles.

S'ils ne l'ont pas lu, je leur conseille de se procurer ces quelques pages et de les liie sans parti pris, avec le seul désir de peser ce que l'auteur dit de l'antisémitisme.

Ils apprendront, peut-être avec stupeur, que le Christ, au nom duquel ils veulent exterminer la race juive, était juif.

Ils découvriront aussi, avec un étonnement facile à comprendre, que les apôtres étaient juifs.

Ils se convaincront, non sans surprise, que le premier pape était juif, et que ce furent des juifs qui fondèrent la religion catholique.

J'avoue qu'il y a quelque ironie à crier « Mort aux juifs ! » au nom d'un Dieu qui était juif, et au nom d'une religion qui fut implantée dans le monde connu de l'époque par des pasteurs tous issus de la race de Jacob !

M. Léon Chaîne, qui est un pratiquant sincère, s'élève très fort contre ceux qui croient obéir aux lois de l'Eglise en persécutant les juifs.

Il leur démontre que, au moyen âge, l'Eglise prit la défense des juifs et que ceux-ci ne furent jamais tant en sécurité que lorsque, habitant le Comtat Venaissin, ils étaient placés sous la domination des papes.

Cela pourra surprendre nos bons antisémites, qui ignorent tant de choses importantes.

Et poussant plus loin la réfutation des arguments de ces Messieurs, M. Léon Chaîne affirme que nombre de juifs français ont depuis de plus longues années droit de cité en France que beaucoup de cléricaux et d'antisémites de marque.

Cette affirmation de l'écrivain catholique était depuis longtemps connue, et nous pourrions citer, rien que dans l'Ardèche, une foule de cléricaux bon teint dont les arrière-grands-pères étaient des marmitons des cuisines de princes étrangers.

Que les antisémites et les cléricaux lisent le livre de M. Léon Chaîne, ils en tireront grand profit. Jean Mathieu.

La Femme contemporaine (Revue internationale des intérêts féminins, Besançon), T"" janvier 1904.

Il est difficile de parler d'un tel livre, car il y a beaucoup de bien à en dire, et on peut lui adresser aussi des critiques sévères et justifiées. Disons tout de suite qu'il est fait à bâtons rompus, sans ordre logique, qu'il fourmille de digressions inutiles, de notes embarrassantes, et enfin qu'il est écrit sous le coup d'une obsession, celle de Dreyfus. Ajoutons que l'auteur y fait trop de concessions en matière historique, d'inquisition par exemple, qu'il jette trop de fleurs à des adversaires comme M. Zola ou M. Goblet, qu'il prodigue trop d'injures à Alexandre VI, et qu'il est trop osé, pour ne pas dire plus, dans ses jugements sur les questions d'exégèse.

Terminons en affirmant que ce livre contient néanmoins de fort belles pages, des idées neuves et très justes, que des catholiques instruits ou un peu engourdis liront avec grand profit. Quel dommage pourtant que tant de belles et fortes vérités soient parfois présentées d'une manière paradoxale, et presque toujours sous le rayonnement inévitable de Soleil-Dreyfus !

La Gironde (Bordeaux), 3 janvier 1904.

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