‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 6 sur 121 · CATHOLIQUES DREYFUSARDS · texte numérisé non relu

CATHOLIQUES DREYFUSARDS

Dès l'ouverture de la période électorale, le Comité des Droits de l'Homme, fondé par M. Trarieux et autres dreyfusards de marque, a fait afficher sur les murs de Paris un manifeste interminable pour conjurer les Français de soutenir le ministère de <( défense républicaine ». Est-ce le signal d'une reprise de l'Affaire ? Est-ce seulement une manifestation nouvelle des amis de la Justice et de la Vérité, en faveur des principes révolutionnaires et maçonniques dont ils sont les défenseurs patentés ?

Nous ne tarderons pas à le savoir.

On se souvient que la Ligue des Droits de VHomme, composée surtout de huguenots et de francs-maçons, n'a pas dédaigné de s'adjoindre un sous-comité, dit catholique, dans lequel figurent, à côté de quelques universitaires, deux ou trois ecclésiastiques obscurs et un seul religieux : le R. P. Vincent Maumus, dominicain.

Ce sous-comité de la Ligue dreyfusarde va-t-il, lui aussi, entrer en campagne pour la plus grande gloire du « ministère de trahison » ?

Certains indices tendent à le prouver.

Dans son numéro du 29 mars, la Justice Sociale publiait, non sans quelque embarras, une longue lettre d'un de ses « honorables correspondants », M. Léon Chaine, de Lyon, adressée à un (( éminent prélat » dont il ne dit point le nom.

« L'honorable correspondant » de la Justice Sociale estime avec (( l'éminent prélat )> que si les catholiques souffrent dans notre pays, c'est parce qu'ils ont commis de lourdes fautes.

N'avons-nous pas à nous reprocher, dit M. Chaîne, notre attitude inintelligente et coupable dans cette trop fameuse affaire du capitaine Dreyfus qui n'est certes pas terminée ? Et ne peut-on pas voir dans ce qui se passe aujourd'hui l'expiation de la conduite tenue dans cette solennelle circonstance par l'immense majorité des -catholiques français ?

Nos lecteurs se souviennent que M""" Dreyfus-Gonzalès ne tenait pas un autre langage aux religieux qu'elle avait convoqués en son hôtel ad audiendum verbum de M. Waldeck-Rousseau.

M. Léon Chaîne voudrait amener « l'éminent prélat » auquel il s'adresse à faire une déclaration de ce genre.

Il n'est jamais trop tard, écrit-il, pour reconnaître franchement les erreurs commises. Si vous êtes de ceux qui regrettent profondément l'attitude ainsi prise par la grande majorité des catholiques, et si vous pensez que le loyal aveu que l'on en ferait serait à la fois conforme à la vérité et profitable aux intérêts de la cause religieuse en notre pays, pourquoi ne le proclameriez-vous pas de votre voix si autorisée ?

Espérons, pour l'honneur de « l'éminent prélat », qu'il fera à cette lettre la réponse qu'elle mérit-e.

En même temps que paraissait la lettre de M. Chaîne, nous recevions le livre que le R. P. Maumus vient de publier sur la Crise religieuse et les leçons de Vhistoire.

On se plaignait de l'abaissement des caractères et de la pusillanimité des catholiques de ce temps. Le R. P. Maumus n'est pas du nombre de ces trembleurs. De tous les contempteurs fameux des droits de l'Eglise, il n'en est aucun qui trouve grâce devant lui. Il brave les empereurs de Constantinople, il dit son fait à Philippe le Bel et ne fléchit pas devant Louis XIV. S'il ne parle pas de Robespierre et de Napoléon, ce n'est pas qu'il redoute leur vengeance ; il a d'ailleurs plus près de lui des adversaires non moins terribles. Le militansme, par exemple, est le grand péril du moment, sans compter ces « maladroits défenseurs de l'Eglise : Joseph de Maistre et Crétineau-Joly », qui n'ont pas su reconnaître les bienfaits de la Révolution.

On le voit, le R. P. Maumus est un de ces disciples de Torque-

mada qui, selon l'expression d'Edouard Drumont, se sont mis à (( bêler » les principes de 89.

Après avoir condensé, en quelques pages, tous les empiétements des (( princes chrétiens » sur les droits de l'Eglise, toutes les guerres, les pestes, les famines qui ont désolé l'Europe, de Constantinople à Londres, de Lisbonne à Varsovie, au cours de quinze siècles d'histoire, le P. Maumus conclut triomphalement que nos pères ont plus souffert du gouvernement des princes que nous n'avons à souffrir de celui de M. Waldeck-Rousseau.

Un pareil procédé de discussion n'est pas digne d'un théologien, et c'est un des plus douloureux symptômes du désarroi des esprits que de voir un prêtre et un religieux dresser contre la société chrétienne un véritable réquisitoire, tel qu'on n'en avait entendu jusqu'ici que dans les loges maçonniques.

dette partialité révoltante qui fait accepter, sans examen, à l'auteur, tout ce qui peut noircir les siècles chrétiens, lui cache, en même temps, le caractère satanique de la Révolution.

Certes, nous ne nions pas qu'il y ait eu des misères et des crimes dans l'ancienne société, surtout depuis la Renaissance (sans cela il n'y eût pas eu de Révolution), mais au lieu de voir, comme nous, dans la Révolution la conséquence, l'aggravation et le châtiment de ces misères et de ces crimes, le P. Maumus salue en elle, le « jour où le vieux peuple franc, ému de tant d'ignominie, jeta par terre cette société tombée dans l'apostasie de la vertu ».

De là sa conclusion que « les prêtres doivent pactise}' avec les fils de la Révolution, sur le terrain de la liberté et de la démocratie ».

Il est humiliant pour les catholiques d'entendre un pareil langage tenu par un membre d'un grand ordre, en présence des attentats dont souffre l'Eglise et spécialement l'état religieux.

Combien différent est le langage de Léon XIII en sa récente Encyclique jubilaire !

Lui aussi fait un tableau des origines de la crise religieuse et des enseignements de Vhistoire. Ce n'est pas pour faire l'apologie de 1789.

Tandis que le P. Maumus voit dans le dogme de la souveraineté du peuple un retour au droit chrétien, Léon XIII le stigmatise en ces termes :

(( Avec la famille, rurdre social et politique est, lui aussi, mis en danger, surtout par les doctrines nouvelles qui, assignant à la souveraineté une fausse origine, en ont corromvu par là même la véritable idée. Car si Vautorité souveraine découle formellement du consentement de la foule et non pas de Dieu, principe suprême et étemel de toute puissance, elle perd aux yeux des sujets son caractère le plus auguste et elle dégénère en une souveraineté artificielle qui a mur assiette des bases instables et changeantes comme la volonté des hommes dont on la fait dériver. »

Tandis que le P. Maumus voit dans la liberté et le droit commmi la meilleure sauvegarde des droits de l'Eglise, Léon XUI, qui a déjà maintes fois condamné cette erreur, nous dit dans sa nouvelle Encyclique :

(( La liberté et ses bienfaits, voilà d'abord ce que nous avons entendu porter jusques aux nues ; en elle, on exaltait le remède souverain, un incomparable instrument de paix féconde et de prospérité. Mais les faits ont lumineusement démontré qu'elle ne possédait pas V efficacité qu'on lui prêtait. Des conflits économiques, des luttes de classes s'allument et font éruption de tous les côtés, et Von ne voit pas même briller V aurore d'une vie publique où le calme régnerait. Du reste, et chacun peut le constater, telle qu'on l'entend aujourd'hui, c'est -a- dire indistinctement

ACCORDÉE A LA VÉRITÉ ET A L'ERREUR, AU BIEN ET AU MAL, LA LIBERTÉ n'aboutit QU'A RABAISSER TOUT CE QU'iL Y A DE NOBLE, DE SAINT, DE GÉNÉREUX ET A OUVRIR PLUS LARGEMENT LA VOIE AU CRIME, AU SUCIDE ET A LA TOURBE ABJECTE DES PASSIONS. »

Nous livrons ces lignes aux méditations du R. P. Maumus et de ses collègues de la Ligue des Droits de l'Homme. Ils y verront que la fréquentation des dreyfusards n'est pas le meilleur moyen de se pénétrer de l'esprit de l'Eglise.

Charles Maignen.

Extrait de la Vérité française du 19 avril 1902 :

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