‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 62 sur 121 · ÉTRANGER · texte numérisé non relu

ÉTRANGER

Le Journal de Genève, 26 janvier 1903.

Ce livre un peu touffu, et qui gagnerait à être allégé d'une centaine de pages, n'en est pas moins un beau et bon livre et un acte de courage. Il en a fallu, et du meilleur, à un catholique convaincu et pratiquant, pour dire en face à ses coreligionnaires des vérités aussi peu agréables à s'entendre dire que celles qu'illeur adresse, entre autres, à cause de leur attitude dans l'affaire Dreyfus, oii ils se sont lancés à corps perdu dans la mêlée, une mêlée qui ne les concernait point, au moins en tant que catholiques, sous la conduite de quelques soldats qui ne voulaient pas avouer qu'ils s'étaient trompés, parce que leur erreur était accompagnée de forfaiture, et de violations du droit, et sous celle aussi de journalistes de peu de considération dont le contact ne pouvait que les compromettre. Il constate que cette attitude a été la cause première de tout ce qui leur arrive aujourd'hui.

L'affaire Dreyfus a créé le militarisme des « Vive l'armée », les insultes publiques contre le président Loubet, la croyance malsaine à la trahison vue partout oii elle n'était pas ; elle a inspiré l'irrégularité de la procédure, niée avec fureur là où elle crevait les yeux ; elle a habitué la presse, dont nous parlons, à dénoncer et à maudire, et surtout elle lui a recruté des clients là 011 elle n'aurait jamais cru pouvoir en trouver, dans le meilleur monde et aussi dans celui des sacristies, et surtoui dans les bas-fonds où l'on croit avidement tout le mal que la société bourgeoise dit d'elle-même par la plume de ses interprètes attitrés.

C'est pour avoir trempé dans toutes ces choses, c'est pour les avoir approuvées, au cri de <( Vive l'armée ! » — qui n'était point attaquée et qui n'avait chargé personne de la défendre, n'étant pas responsable des actes d'un Du Paty de Clam ni d'un Esterhazy, ni d'un Boisdeffre, c'est pour avoir cru aveuglément à la femme voilée, à la pièce ultra-secrète (la lettre de Guillaume II à Dreyfus), à l'expert Teysonnière, aux révélations de Gribelin, aux indiscrétions de Picquart et à la vertu de ce brave Esterhazy ; c'est pour avoir loué le ministre Lebon et sa double boucle et souscrit à toutes les inventions vraiment insensées mais encore plus criminelles qu'a fait naître cette tragédie, c'est pour avoir marché dans les rangs « de la Patrie française », derrière ces hallucinés, Coppée, Lemaître et Syveton, c'est pour avoir pris pour directeurs de conscience ces experts en mensonges, les Rochefort, les Arthur Meyer, les Judet, les Drumont et des centaines d'autres de même école, c'est pour tout cela que le catholicisme mal conseillé par ses directeurs spirituels, s'est compromis dans une aventure qui ne le concernait point, et cela sans cause, pour pouvoir crier à la trahison et (( mort aux juifs » et avec l'espoir d'entraîner toute la France dans cette folle croisade à l'intérieur.

C'est pour avoir tout cru, tout accepté, pour avoir fait sienne cette triste affaire, que le catholicisme militant, non celui des Lacordaire et des Gratry,mais celui qui approuve encore la Saint- Barthélémy et la révocation de l'Edit de Nantes, s'est mis dans une fâcheuse posture ; et c'est par là qu'il a attiré sur lui des rigueurs que nous n'approuvons pas, parce que nous sommes des libéraux, mais qui réjouissent, à les faire mourir de joie, leurs grands ennemis qui leur ressemblent par leur intransigeance et leurs passions aveugles, c'est-à-dire les radicaux et lés librespenseurs militants. Ils se sont jetés eux-mêmes et de leur propre volonté dans le piège tendu par quelques journalistes et qui était avant tout destiné à prendre non pas des dévots ni surtout des saints, mais ce poisson spécial qui va tantôt par bandes, comme les sardines, tantôt par petits groupes comme les maquereaux, et qui s'appelle l'abonné.

Le rôle que l'abonné, c'est-à-dire le mauvais abonné, celui qui ne demande pas la vérité ni l'honnêteté au journal qu'il lit mais seulement qu'il l'amuse et flatte ses passions et dise des injures

à ceux qu'il n'aime pas, le rôle que l'abonné a joué clans cette afl'aire est énorme, si énorme qu'on ne lui donnera jamais assez d'importance. C'est pour lui que tous ces ridicules mensonges ont été inventés par les écrivains que nous avons nommés : ils connaissaient ses goûts et son appétit et lui ont servi chaque matin les nouvelles et les commentaires qu'ils savaient devoir lui plaire.

De ce concours de rouerie, de sottise et du plaisir de haine qui est au fond du cœur de l'homme, est née non pas l'affaire Dreyfus, due à des rancunes personnelles, à des rivalités de bureau, à l'ignorance de quelques experts en écritures qui se sont crus infaillibles et qu'on avait crus sur parole, mais l'épouvantable état d'âme qui est sorti de cette affaire, le <( nationalisme » par lequel on devient patriote à bon marché, les scènes qui ont suivi l'élection de M. Loubet et l'attaque du président de la République par de preux gentilshommes armés de gourdins.

Toute cette histoire, qui est d'hier, qu'on ne peut nier, ■ — car il suffit d'ouvrir un journal d'il y a deux ans pour l'y retrouver ou de feuilleter le livre de M. Joseph Reinach ou même les mémoires du félon Esterhazy qui, comme beaucoup de coupables, s'accuse lui-même en croyant accuser les autres — toute cette histoire nous montre, nous ne disons pas le catholicisme, mais les meneurs qui se paraient de l'étiquette catholique, dans les rangs du parti de la violence et du désordre, de celui qui avait pour programme la fin de la République, et le chambardement général ; non pas celui des socialistes, qui procède par la base, mais celui des nationalistes, qui prétendaient commencer le leur par la tête, c'est-à-dire par la destruction de la République et l'avènement du roi.

Tout ce livre est consacré à la démonstration de cette faute, qui a eu, pour le parti catholique — il ne devrait pas y avoir un parti catholique, car le catholicisme n'est pas un parti, mais une religion — qui a eu pour ce parti devenu une faction politique, des conséquences très graves, car il expie aujourd'hui par des vexations qui prennent parfois l'aspect d'une persécution sans effusion de sang, puisqu'elle va jusqu'à l'interdiction d'enseigner, c'est-à-dire de vivre, et jusqu'à l'expulsion du territoire français. Nous n'approuvons pas cette façon de défendre la société laïque par des représailles qui pourront plus tard en jus-

tifier d'autres ; nous croyons que la campagne inaugurée par M. Waldeck-Rousseau, continuée plus violemment après lui par M. Combes, pouvait être menée avec moins de bruit et de violence sur le terrain du droit sans franchir la frontière oîi l'application de la légalité stricte confine à la persécution.

Mais la modération dans la victoire n'est pas une vertu très française — ce n'est à vrai dire la vertu d'aucun peuple — et si les ennemis de la République avaient pu achever la révolution qu'ils avaient commencée à l'aide de l'affaire Dreyfus, nous ne doutons pas qu'ils ne l'eussent poussée jusqu'au bout, c'est-àdire jusqu'au rétablissement de la royauté légitime. Mais où fallait-il chercher cette légitimité ? Là était le point faible du raisonnement. Et où trouver l'armée royale ou impériale prête à marcher au mot d'ordre des conjurés et en même temps sous le drapeau de l'Eglise ? A la fois révolutionnaires et croisés ! Là était le point faible de l'exécution.

Ainsi on a violé le droit et la justice, compromis l'armée en la mêlant à des querelles de partis, décrié la justice des conseils de guerre en montrant — sans le vouloir — qu'elle ne saurait offrir aucune garantie tant qu'elle restera livrée à des juges militaires sans aucune notion de droit ni de procédure, système tout spécial d'ailleurs à l'année française ; on aura créé dans le pays une agitation des esprits, un trouble des consciences sans précédent, et tout cela pour finir par compromettre la religion dans des questions où elle n'avait vraiment rien à faire, uniquement parce que l'accusé sur lequel s'acharnaient tant de haines et de partis pris était de religion juive. Voilà l'état d'âme de ces « chrétiens » qui montraient par leurs actes, par leurs paroles, par la ferveur de leur haine, combien ils étaient loin de la morale et des enseignements du Christ.

C'est cette faute grave, non pas simple faute de conduite, mais faute contre la religion et la morale qu'elle enseigne, cette faute incarnée dans un parti, le nationalisme — dont elle est devenue le programme — c'est elle qui a amené, par une conséquence logique et fatale, la situation que nous voyons aujourd'hui et qui

n'a pas encore révélé tout son secret ; la lutte de la société civile et juridique contre une école dont la morale a paru aussi contraire aux préceptes de l'Evangile que ses idées juridiques étaient contraires aux saines notions du droit et de son dogme capital que l'on doit juger les faits, abstraction faite de la qualité et surtout de la croyance des personnes.

C'est pour avoir attaqué de front avec une grande violence ce principe du droit moderne que le catholicisme français s'est attiré l'impopularité et les difficultés de toute sorte contre lesquelles il se débat aujourd'hui. Il doit se repentir de n'avoir pas suivi les conseils de prudence et de modération que lui donnait le plus politique des souverains pontifes. En se mettant en opposition ouverte avec les institutions de leur pays, ses chefs ont donné sur eux une prise terrible. Ils auraient dû suivre, comme le fait justement observer l'auteur de ce livre, l'exemple des catholiques allemands, <( dont le loyalisme à l'égard des institutions acceptées par leur pays devrait, dit-il, nous servir d'exemple ».

Mais tout, en France, devient question de personnes. Et tandis qu'ailleurs on s'occupe d'améliorer les institutions du pays, ici, on songe avant tout à les décrier, à insulter les ministres et les gendarmes, à moins que ce ne soit à aller dans un lieu public, sur une estrade de fête, attaquer à coups de canne le chef élu de l'Etat. En tout 'autre pays, celui qui se serait permis cet acte inqualifiable eût été enfermé dans une maison de fous ; en France, on en a, pendant quelques jours, fait presque un grand homme, quelque chose comme un chevalier d'Assas ou un Godefroy de Bouillon.

Et comme l'intolérance est contagieuse, il se trouve que les congrégations religieuses ont payé les frais de cette lutte si mal engagée et que, demain, l'on verra la ixrotestante Allemagne et la schismatique Russie offrir l'asile de leur sol et de leurs lois aux congrégations chassées de France, victimes de leurs ennemis, mais plus encore de leurs amis qui les ont si mal défendues.

A ces hommes à courte vue, attardés dans d'antiques formules, l'auteur de ce livre oppose l'exemple de Mgr Lavigerie, le prélat à la fois militant et bon politique qui faisait jouer la « Marseillaise » à l'orchestre de ses Pères Blancs, ne pensant pas par là manquer de respect envers l'Eglise. Ce n'était pas, certes, à titre de chant révolutionnaire trop souvent entonné au pied de la guil-

lotine, mais comme chant national, le seul que la France ait spontanément adopté, quoique les paroles en soient ua cri de colère chanté sur un air d'une violence entraînante. Les autres peuples ont adopté pour chants nationaux des airs moins frénétiques sur des paroles plus belles. La France en avait trouvé un superbe dans ce « Chant du départ » qui n'était point lui un cri de haine, mais un cri d'enthousiasme patriotique ; elle lui a préféré l'autre, celui qui, né en pleine guerre civile, en rappelle encore les passions et les sanglants souvenirs.

Nous ne pouvons songer à suivre pas à pas l'auteur de ce livre dans les questions nombreuses et variées qu'il traite sans sortir de son sujet. Son livre sera lu par ceux que ces questions intéressent, et apprécié comme l'œuvre d'un bon, ferme et loyal esprit, qui a pour la vérité et la justice la même passion que d'autres mettent à senir l'iniquité et le mensonge.

Cette affaire, l'affaire Dreyfus, a eu, au milieu de ses angoisses et de ses douleurs, cet avantage d'être la pierre de touche morale des consciences, de distinguer nettement ceux qui ont la passion de la justice, et ceux qui ne considèrent comme juste que ce qui sert leurs préjugés ou leurs haines, et qui décident de la criminalité d'un homme non par la force des preuves qu'on en a fournies, ni par la compétence de ceux quii'ont jugé, mais par la religion dans laquelle il est né. C'est l'espèce de justice dans laquelle est élevée une trop nombreuse partie de la société française, celle malheureusement dans laquelle se recrutent les hommes chargés des responsabilités les plus hautes, dans la magistrature, dans la politique, dans l'armée. C'est ainsi qu'ils sont appelés à juger dans les conseils de guerre et qu'ils ne savent pas ^e que tout le monde sait ou devrait savoir, c'est que juger un homme sur des pièces secrètes idont il n'a aucune connaissance, c'est une forfaiture.

Mais comment leur reprocher cette ignorance alors que nous l'avons rencontrée chez des jurisconsultes professionnels et lorsque nous avons vu, chose plus étrange encore, un ministre ordonner de mettre un prisonnier au régime de la double boucle de

nuit et de la séquestration absolue, non pas qu'il eût fait aucun acte de révolte ni aucune tentative pour s'échapper, mais seulement parce qu'une dépêche lancée par une feuille de mensonge avait parlé d'une tentative d'évasion qui n'avait jamais existé.

Ceux qui ont été témoins de cette épidémie effrayante de trouble moral, de faiblesse et de lâcheté ne l'oublieront jamais, et les noms de tous ceux qui ont donné de si tristes exemples resteront inscrits dans la mémoire des hommes pour leur être un juste châtiment, pour être à d'autres un enseignement salutaire. C'est dans ce dernier but, le seul utile, qu'a été écrit ce livre oii la conscience morale inspire la main qui tient la plume ; non pas cette conscience qui s'étale dans les journaux à sensation en tirades retentissantes et vides, mais la vraie, celle qui, au fond le plus intime de notre être, fait le départ entre le bien et le mal, le juste et l'injuste, le faux et le vrai patriotisme ; entre la religion qui prêche la paix et la tolérance — c'est la seule vraie — et la religion qui pousse à la haine, à la proscription violente, au besoin à la persécution ; celle-ci, qu'elle soit théologique ou laïque, qu'elle vienne d'en haut ou d'en bas, du moment qu'elle manque au devoir de la charité, qui est le premier des devoirs, elle se caractériise elle-même non comme une religion, mais comme le contraire de la religion qui porte le nom de Jésus-Christ, le docteur de justice et de miséricorde.

Si notre rapide et très incomplet compte rendu peut encourager quelques-uns de nos lecteurs à lire cette critique modérée dans la forme, très ferme. dans le fond, de la nouvelle école et de ses chefs, par un feintent catholique qui fut, aux jours de la crise terrible de la conscience française, un partisan convaincu de l'innocence de la victime des conseils de guerre, nous ne regretterons pas le temps que nous avons consacré à lire et à résumer ici le contenu de ce volume.

National Zeitung (Berlin), 31 janvier 1903.

Gegenûber den unabliissigen Klagen der franzôsischeu Klerikalen ûber die angeblichen Verfolgungen, von denen die geistlichen Genossenschaften betroffen werden sollen, obleich es sich in

Wahrheit nur uni die Wahrung der Rechte der Staatsgevalt liandelt, muss auf ein soeben erschieiienes Werk eines franzôsischen Katholiken : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles, von Léon Chaîne (Paris, A. Storck), hingewiesen werden. Eine ganze Reihe zu beherzigender Wahrheiten findet sich in diesem Werke, in den Klerikalen und den Nationalisten ihr ganzes Sùndenregister vorgehalten wird. Insbesondere wird die tragishe Schuld erlaùtert, die von dem mit den Nationalisten verbûndeten Klerus in der Dreyfusaffaire leichten Herzens allen an dem Justizniorde Betheiligten aufgebùrdet worden ist. Einer der ausgezeichnetsten Publizisten, Marc Debrit, dem auch das Verdienst gebiilirt, mit aller Entschiedenheit fUr J. Cornély, den von den Reaktionâren aller Schattirungen verfolgten Vertheidiger des Redits und der Wahreit, eingetreten zu sein, fasst den Inhalt des Bûches ini Jowmal de Genève treffend zusammen. Er erinnert an das Schlagwort : « Vive l'armée », mit dem aile Ungerechtigkeiten begriindet werden, und fâhrt dann fort :

(( Weil man blind an die verschleierte Frau, an das besonders geheime Aktenstûck (den angeblichen Brief des Kaisers Wilhelm II an Dreyfus) glaubte, ... weil man in den Reihen der « Patrie française » hinter den wahnwitzigen Coppées, Lemaitres und Syvetons marschirt€, weil man die Sachverstândigen auf dem Gebiete der Liige, die Rocheforts, Arthur Meyers, Indets, Drumonts und hundert andere derselben Richtung als Leiter des eigenen G^wissens annahm ; aus allen diesen Grûnden hat sich der schlecht berathene Katholizismus bei einem Abenteuer kompromiltirt, das ihn nichts anging, blos uni : Verrath schreien zu kônnen. »

Mit Recht fûhrt Léon Chaîne, ein geschàtzter Advokat in Lyon, aus, dass der Klerus nun auch die Folgen seiner eignenen Lng^rechtigkeit tragen miisse. Nicht der Katholizismus eines Lacordaire und eines Gratry wird auf dièse Weise getroffen, sondern derjenige, der heute noch die Vorgànge der Bartholomâusnacht in Frankreich, sowie die Aufhebung des Edikts von Nantes billigt. Die besonnenen Ausfiihrungen Léon Chaine's werden jedenfalls im republikanischen Feldlager Frankieichs einen lebhaften Widerhall finden.

Gazette de Lausanne, 4 février 1903.

M. Léon Chaîne, qui publie ce livre de courage et de bonne foi, est l'auteur d'une Lettre éun catholique lyonnais à un Evêque, sur l'attitude de la grande majorité de ses coreligionnaires dans l'affaire Dreyfus, qui a été publiée par la Justice Sociale du 29 mars 1902, et qui a fait quelque bruit alors.

Livre de courage et de bonne foi, disons-nous, car il en faut pour soulever tant de questions sur lesquelles, au gré de beaucoup de puissants, — • puissants par l'opinion qu'ils régissent — il est bon de garder le silence. Ces questions sont celles qui ont trait à l'attitude observée par les chefs actuels du catholicisme français en matière politique, sur le rôle des laïques dans l'Eglise, sur les réformes qu'il importerait à Rome de pratiquer dans la discipline, dans les habitudes, dans la manière de penser, dans les idées et en matière de cosmogonie du haut et du bas clergé, et beaucoup d'autres qu'il nous serait impossible d'énumérer toutes.

Ce livre, en effet, a un défaut : il est trop long ; il touche à trop de choses ; il aborde trop de sujets, et il les aboixle sans une classification méthodique de la matière. Cependant, la lecture n'en est nullement ingrate. Si le penseur est abondant et vaste, il n'est pas proprement diffus. Il intéresse à tout ce qu'il dit. Le sérieux de sa pensée, la largeur de son esprit, la bonté de son cœur entraînent à le lire ; c'est alors qu'on a quelque peine à ranger par ordre tout ce dont on s'est enrichi en sa compagnie. Cela soit dit afin d'expliquer pourquoi nous ne pouvons donner un compte rendu, dans le sens strict du terme, de ces quatre cents pages si saines et si fortes. Ce que nous pouvons dire, c'est que leur lecture est bienfaisante par la révélation qu'elle donne d'un homme de bien, sincère et généreux. Il aborde les questions du jour avec ingéniosité, et la solution qu'il préconise est toujours courtoise et bienveillante. Même quand il n'emporte pas la conviction, il conquiert par la sympathie.

Puisse M. Léon Chaine révéler à eux-mêmes beaucoup d'hommes qui veulent le bien, l'union et le respect des personnes, et qui en sont empêchés par mille préjugés et préventions d'ordre social, politique et religieux, dont ce li^Te les aidera à se débarrasser.

UAovenire d'Italia (Bologne), 12 février 1903.

QUESTIOiNI ARDENTI

Edito dallo Storck di Parigi, nome ben noto agli studiosi pubblicazioni social! , è apparso di questi giorni un intéressante volume di Leone Chaîne, les Catholiques français et leurs difficultés actuelles il quale affronta con molta franchezza le più ardenti questioni clie lianno agitato ed agitano ancora l'odierna vita politica délia Francia,esaminando il contegno tenuto dai cattolici di fronte ad esse, esprimendo senza retizence il proprio parère sulla opportunité maggiore o minore di quella condotta, sugli errori di tattica commessi e sulle deficienze che viziano — seconde l'opinione dello scrittore — il pensiero e l'azione dei suoi connazionali et coreligionari. Basterà ch'io indichi l'argomento dei capitali di questo volume per mostrare lo interressamento che la sua lettura puô e deve suscitare : Bel militarismo ; dei nazionalismo ; le donne et la politica ; l'antisemitismo ; eattolici e il buon tempo antico ; la timidità intellettuale di cert cattolici ; Tabuso délie devozioncelle ; il cristianesimo sociale e conservatori ; la legge dei 1. luglio 1901 e i dreifusardi ; lo spirito d'eguaglianza nella chiesa ; i cattoHci e la chiesa ecc.

Leone Chaîne è l'autore di quella Lettre d'un catholique lyonnais à un Evêque che, pubblicata nella Justice sociale dell'abate Naudet in uno dei numeri dello scorso marzo, e diramata a tutto l'episcopato francese, sollevô parecchio rumore e fu abbastanza largamente discussa dalla stampa per quanto su di essa facessero silenzio molti organi autorevoli dei giornalismo cattolico francese o parecchi la rilevassero con parole non troppo bénévole : in essa lo Chaîne prendeva in esame l'atteggiamento assunto e conservato dalla grande maggioranza dei cattolici dei suo paese in occasione deiraffare Dreyfus, e nettamente dichiara che il sistema da essi seguito, recisamente contrario alla revisione de! processo e rimorchiato dalle intemperanze dei nazionalisti e dei militaristi, fu un grande errore.

L'opéra dello Chaine si ricollega su questo terreno da un lato all'azione dei Comité catholique pour la défense du Droit fondato e presieduto dall'illustre Paul Viollet, membro deU'Istituto e

dall'altro alla voce isolata me non meno franca di quel non troppo numéros! ma eminenti rappresentanti del clero i quali, corne gli abati Pichot, Brugerette, Fremont, tennero in qiiesto malaugurato affare un contegno be ndivcrso da quello seguito dalla grande maggioranza.

(( Il grande pubblico — scrive a questo proposito lo Chaîne — ha conosciuto poco o punto questi avvocati cattolici délia causa del Dreyfus, perché i giornali dei due partit! avversarî loro rifiutarono ostinatamente e con una esclusività quasi assoluta la pubblicità délie proprie colonne. I giornali di destra volevano nascondere ai loro lettori che vi erano dei cattolici dreyfusard!. Quelli di sinistra non avrebbero voluto che si sapesse che vi erano dei dreifusardi. » Cosi accadde che si fini col pensare che un cattolico non potesse e*ssere che antidreifusardo, precisamente corne par la grande massa del pubblico che la pensa a questo modo si crede che debbano quasi essere fuori délia Chiesa coloro che non sono ammiratori entusiasti dell'esercito sino nelle sue esagerazioni più esorbitanti nelle sue minuzie più comiche, o coloro che non faciano dell' antisemitismo ad oltranza per diritto e per traverse con una fraternità di sentimenti tutt'altro che cristiana, ovvero, anche, coloro clie avessero il torto di credersi buoni patrioti senza nutrire tante fisime di chauvinisme e senza considerare come un essere inferiore ogni individuo che viva al di là délia frontiera del suo paese.

Quella lettera, più sopra ricordata, fu appunto la causa occasionale, l'origine logica deirattuale volume dello Chaîne ; il quale nellla prefazione del libro suo scrive precisamente : (( le opposte accoglienze che le sono state fatte nella stampa^ e nel campo nostro ci spinsero a ripigliare la trattazione dei diversi punti suoi per isvolgerli e disent erli più ampiamente. Le controversie d'ogni natura ch'essa ha, del resto, sollevato in certi ambienti cattolici che ci sono famigliari ci hanno pure indotto ad esprimere insieme il nostro penserio su un certo numéro di questioni acoessorie ma d'un interesse di vivissima attualità c veramente urgenti. Vi sono dottrine di odio, piaghe intellettuali. pregiudizi ridicoli ed umilianti, superstizioni, pusillanimité che vegetano come parassiti o come nemici all'ombra delTidea religiosa e alla cui sparizione ed estirpamento la verità cattolica è massimamente interessata.

Ecco perché noi ci permettemmo di modestamente portar la nostra mano su queste maie erbe.

E in questo suo lavoro di sradicatore délia gramiglia e délie cattive radici non si puo proprio negare che lo scrittore lionese procéda con insufficiente energia : egli attacca il militarismo proclaniandosi antimilitarista e negando la pretesa alliance du sabre et du goujnllon ; pure in guardia contro le esagerazioni degli chauvinistes e contro le pretese dei nazionalisti che vorrebbero vantare il monoiX)lio del patriottismo ; protesta contro l'assurdità deH'antisemitismo, la lotta contro l'ebreo per la semplice diversità di razza e di culto, spinta spesso verso limiti incredibili di violenza ; afferma la nécessita di una condotta francamente e accentuatamente democratica e repubblicana da parte dei cattolici francesi. *

L'affare Dreyfus ha avuto per la Francia conseguenze grandi e impreviste, e non è ancora del tutto spento : anzi esso ha avuto di questi giorni una repise de la quale è forse destinata a fornirci nuove sorprese. Anche tutti gli altri argomenti a quello connessi e svolti dallo Chaine sono délia maggiore importanza. L'intéresse e l'attualità di questo volume sono dunque innegabili.

Quanto al valoj'e intrinseco ed alla bontà deH'indirizzo suggerita dallo scrittore non saremo noi certo a lamentarci che si invochi dal clero et dai cattolici francesi una condotta schiettamente democratica e repubblicana : esigere ciô non è esigere altro che l'osservanza e l'applicazione dei consigli e degli insegnamenti délia politica pontificia. Anche per ciô che riguarda il militarismo ed il nazionalismo, non potremmo, in linea teorica, non consentire col modo di pensare dell'autore.

Rimane la grande questione dell'affare Dreyfus : e perche non crediamo avessero dovuto i cattolici fare il dreifusardo e perché, da'ltra parte, reputiamo che ai cattolici abbia realmente e grandemente nociuto l'essersi essi confusi o lasciati confondere con la massa degli antidreifusardi — mentre la questione Dreyfus avrebl^e dovuto tenersi gelosamente lontana e separata da ogni influenza religiosa, spoglia d'ogni carattere confessionale — cosî non reputiamo inopportuna la presenza di atteggiamenti corne quelle assunto dallo Chaine.

Ad ogni modo la nunva pubblicazione meritava, pel suo valore sintomatico, di essere rilevata. Minimus.

Moming Advertiser (Londres), 16 février 1903.

A Champion of the Ladies

From what opposite points of view the same facts may be observed is exceilently shown by the différent ways in which M. Zola and a contemporary regard the religions influence of women in France. Hère is M. Léon Chaîne, the gallant author of les Catholiques français (Storck) :

« At ail times woman exercises with us her influence upon public affairs. It could not be otherwise in a country where, more than anywhere else, has flourished the cuit of chivalry, of grâce, and of beauty. Her beneficent intervention has made itself felt at every tragic hour in our national life. At every period of crisis our national annals are made bright with gracions and sweet faces. There is St. Geneviève, the humble shepherdess, who stopped before Paris the warlike bands of Attila ; there is St. Clotilde, who converted Clovis and his warriors to the God of the Christians ; there is Blanche of Castille, who gave us a good and holy king ; there is Joan of Arc, daughter of the people, "guardian angel of her country ; there is Jeanne Hachette, and manyanother — noble women, angelic créatures, who should hâve made men cease to doubt of heaven, since they themselves seemed in their own being its divine reflection, pure and mysterious. Alas, it is useless for the Fiench women of to-day to try to repeat the work of the pious Clotilde, a work which would appeal to us with ail the force of a passion if it were only a matter of accomplishing it by persuasion and by love. »

Now see what a jaundiced view of the same state of affairs is M. Zola's. Take this for an instance :

(( But the Church ended by understanding the irrésistible power of woman over man ; and, in spite of its répugnance, in spite of its terror of sex, it decided to employ it as a means to conquer and enchain man. That great flock of women, weakened by an abasing System of éducation, terrorised by the fear of hell, degraded to the status of serfs by the hatred and the harshness of priests, might serve as an army. And as man was ceasing to believe, and turning aside from the altars, an effort, to bring him

back to tliem might J^e attempted with the help of woman's Satanic but ever victorious charm. The Church still refused to take her to wife, for it feared and loathed her as the embodinient of sin ; but it employed her. Thus, at bottom, woman still remained the beast, and the priests merely made use of her to ensure the triumph of their creed. »

Le Genevois, 17 février 1903.

M. Léon Chaine comprend qu'on ne puisse penser comme lui. C'est un avantage. Son livre traite de nombreuses questions, pas très bien classées peut-être ; ces questions sont celles qui ont trait à l'attitude obsen^ée par les chefs actuels du catholicisme français en matière politique, sur le rôle des laïques dans l'Eglise, sur les réformes qu'il importerait à Rome de pratiquer dans la discipline, dans les habitudes, dans la manière de penser, dans les idées et en matière de cosmogonie du haut et du bas clergé.

C'est un livre que l'on peut lire quoi qu'il soit terriblement serré et ne s'adresse qu'à une certaine catégorie de lecteurs disposés à admettre ou à discuter avec un auteur très renseigné.

Osservatore Cattoliœ (Milan), 18 février 1903.

DIFFICOLTA INTERNE

Ha visto recentemente la luce in Francia un libro dell'avvocato Leone Chaine che ha per titolo : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles, su cui noi richiamiamo l'attenzione perché moite délie difficoltà cui si accenna in quelle pagine non sono proprie ai nostri correligionari d'oltr'alpe ma riguardano davvicino le tendenze intelletuali ed il conteguo dei cattolici in génère. 11 lavoro è occasionato dal giudizio sulla linea di condotta tenuta a proposito del famoso affaire dai cattolici francesi, nella gran-

dissima maggioranza antidreifusardi, giudizio assai severo perché quella condotta fu secondo lo Chaîne causa prossima dell'attuale recrudescenza délia persccuzione religiosa in Francia : ma, presa questa occasione, l'autore se ne vale par diffondersi tratteggiando quasi tutto un programma rinnovato di azione cattolica attuûsa e viva, addata ai bisogni del tempo e conformata in guisa da potere efficacemente operare nella \'ita odierna, e toccando parecchie questioni politiche e sociali, scientifiche e religiose, tra le più discusse e ardenti.

Non ci occupiamo delV affaire, questione essenzialmente francese e che noi lasciamo alla libéra discussione dei nostri vicini, non senza per altro osservare che al disopra di qualsiasi opinione su la innocenza o la colpabilità del deportato délia Isola del diavolo awebbe dovuto stare nella mente di tutti il rispetto alla stretta os&ervanza délie norme di giustizia e délia procedura la quale non ha invano sancito nella legge le garanzie di un retto giudizio. D'altra parte non intendiamo neanche di esprimere un parère favorevole a tutte le dottrine ed a tutte le teorie sostenute dallo Chaîne, specie là dove si parla dei rapporti logici tra il cristianesimo e i principii dell'ottantanove, per quanto su questo terreno egli possa vantarsi di esserre: in buona compagnia adducendo il nome e l'autorità del Maumus, il domenicano che scrisse or non è molto quel libro La crise religieuse et les leçons de rhistoire che destô tanto chiasso e tanto scandalo tra i conservatori délia Vérité Française. Limitiamo il nostro cenno a pochi punti : mihtarismo, nazionahsmo, antisemitismo, conservatorismo, timidità intellettualle, deviazioni spiritual!.

Riguardo al primo punto lo Chaîne non esita a proclamarsi antimilitarista : amico sincerodell'esercito egli crede che uno dei più grossi guai sia quel feticismo che trascina molti a non veder piii niente a non ascoltar più ragione alcuna quando si tratti dell'esercito, feticismo da cui sono affiiti mohissimi tra i cattolici e che ha dato luogo aile famose invettive contre r alliance du sabre et du goitpillon. Cosi pure, riguardo al secondo e terzo punto, l'autore spezza più di una lancia contre lo chauvinisme esagerato e irrazionale e contro l'antisémitisme esclusivo e furibondo, non consoni entrambi a quel largo spirito di fraternità umana che forma il substrate di una coscienza veramente e realmente cristiana. Ma anche queste non sono, fortunatamente, questioni tanto

ardenti e di cosi viva attualità per noi come lo sono pei nostri vicini di Francia : e davvero non sarebbe il cosa di scalmanarsi per raccomandare ai nostri di non essere eccessivamente militaristi 0 nazionalisti e di non fare troppo deirantisemitismo.

Di maggiore e più générale interesse sono quel capitoli che mirano a combattere il conservatorismo incurabile di molti cattolici francesi, refrattarî alla saggia politica vaticana ed ai mirabili consigli di Leone XIII, brava gente che potrebbe essere un ottimo elemento per la restaurazione cristiana nel suo paese se non si trovasse inceppata e fossilizzata in una quantité di pregiudizi del buon tempo antico e non gettasse le più alte grida al solo sentir parlare di liberté i^olitica, di giustizia sociale, di democrazia, di toUeranza di idée, di adesione sans arrière-pensée aile forme di governo esistenti, di tutto insomma che trapeli, secondo il detto del signor xMeignen e compagni, lo esprit satanique délia rivoluzione.

Ne meno importanti ed interessanti sono le pagine che riguardano la timidité intellectuelle de certains catholiques, propugnando calorosamente la nécessita pei cattolici di procurare con sempre maggior calore l'incremento délia propria cultura scientifica, lo studio dell'odierno-movimento intellettuaile, l'esercizio di una sana critica ; e nel campo spirituale, eliminando rigorosamente dalle pratiche del culto certe assurde devozioncelle che non fanno altro che sminuirne la grandezza e intorbidame l'adamantina serenità, non lesinando una parola grave di rimprovero a chi su queste delicatissimo campo si fa lecito, forsanco con le migliori intenzioni, di spargere délie fandonie, délia quisquilie vacue, délie ridicolaggini anche, talvolta, che non fanno che attirare sulle cose più sacre e solenni la disistima o il dileggio. A questo proposito l'autore si diffonde citando esempi che parlano molto eloquentemente : e tra noi, altri e non meno numerosi e recenti esempi potrebbersi citare all'uopo in sostegno délia sua tesi, ma l'argomento è tanto doloroso che preferiamo non soffermarvisi, pure deplorando francamente la grossièreté di chi in questioni ed in argonienti cosi delicati, concernenti la nostra conscienza e la nostra spiritualità in quanto ha di più squisito e sensibile, si permette di procedere con si scarsa delicatezza e con una spiritualità cosi poco spirituale.

Taie è il contenuto del libro di cui facemmo parola : ora pur

questo nostro brève œnno basta per indicare di quanto interesse esso sia. Ed è un libro non solo intéressante ma anche utile, sotto parecclii punti di vista.

(gm.)

Frankfurter Zeitung, 20 février 1903.

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