‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 79 sur 121 · POURQUOI LES CATHOLIQUES ONT PERDU LA BATAILLE · texte numérisé non relu

POURQUOI LES CATHOLIQUES ONT PERDU LA BATAILLE

par l'abbé Naudet, un vol. in-18, Paris, 1904.

Autour des nôtres une sorte de pacte explicite ou implicite organise la conspiration du silence, et pour émerger il faut aux catholiques une supériorité qui s'impose dix fois. Cela ne date pas d'aujourd'hui. <( Lacordaire, écrit Louis Veuillot, était à peine regardé comme un écrivain ; on n'aurait pas su que Montalembert avait du talent s'il n'avait été pair de France. » Ozanam n'a eu pleine justice qu'après sa mort, et <( on couronnait Gratry de silence », selon le joli mot d'Augustin Cochin. Si Ollé-Laprune n'eût pas été catholique, il fût entré bien plus tôt à l'Institut, et Fonsegrive serait professeur au Collège de France s'il avait voulu oublier Jésus-Christ et sa foi.

Dans ces conditions notre devoir est évidemment de prôner, de célébrer en toute occasion nos homm.es de valeur, ceux particulièrement qui peuvent être écoutés des gens du dehors et exercer

sur eux quelque influence. Quelques-uns l'ont compris, mais il en est d'autres qui se sont donné la mission d'aider les adversaires à ruiner toute action intellectuelle catholique, s' imposant le devoir de mal dire, à peu près chaque jour, de ceux qui se montrent capables d'exercer cette action. Comme documentation dans cet ordre d'idées, qu'on me permette de citer quelques lignes d'une lettre adressée à l'excellente revue La Quinzaine

(( Les catholiques qui vous suivent, disait le correspondant « anonyme, sont bien imprudents. Ils devraient savoir que rien de (( bon ne peut venir de l'Université, car, selon la parole évangé- « lique : Quelque chose de bon peut-il sortir de Samarie ? Vous <( nous apportez des idées, des méthodes, une philosophie qui ne <( sont pas les nôtres. L'invasion des universitaires dans le catho- (( licisme est un grand malheur : M. Georges Goyau a des doc- (( trines qui sentent le socialisme, M. Brunetière est un fidéiste, « M. Blondel n'est qu'un subjectiviste kantien ; et pour vous, je « vois que vous nous recommandez sans cesse de faire tout ce qui « nous est défendu »

Et on comprend alors cette protestation, sévère, mais combien juste, de l'un des « excommuniés » universitaires (1) sur lesquels nos inquisiteurs modernes entassent les anathèmes :

(( Dire que nous sommes, parmi les professeurs de l'Université, (( une poignée de catholiques croyants et pratiquants, qui nous (( efforçons d'apaiser les haines antichrétiennes, qui répétons à « ceux qui nous entourent, à nos maîtres, à nos collègues, à tous (( ceux que nous estimons et que nous aimons pour la dignité de « leur vie, pour leur science et leur libéralisme, que le temps du (( fanatisme est passé, que le clergé catholique de France est ins- « truit, sage, modéré, que le vrai catholicisme est une doctrine de <( douceur, de bonté intelligente, de paix sociale ; dire que nous (( travaillons tous les jours, chacun dans notre modeste sphère, (( à réconcilier la science et la foi, la liberté et le dogme, la dé- (( mocratie et l'Eglise ! Et pendant que nous autres, humbles laï- <; ques de bonne foi, nous travaillons à réaliser l'angélique pro- (( messe : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, certains <( prêtres persistent à réveiller les colères, et par des paroles ou « des écrits marqués au signe d'impnidence et d'erreur détruisent

(1) Olivier BnxAz.

<( tout espoir de réconciliation entre les hommes d'une même

« patrie »

(Cité par Léon Chaîne dans son volume si suggestif : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles.)

POLEMIQUE ET HISTOIRE, par A. Aulart, professeur à l'Université de Paris. Edouard Cornély & C", éditeurs.

Sous ce titre,M.A.Aulard,réminent professeur de la Sorbonne, a réuni en trois voliunes une partie de ses articles, de ses conférences, de ses écrits polémiques sur : 1° Les questions politiques sociales, historiques ; 2° Les questions religieuses ; 3° Les questions d'enseignement. Nous avons trouvé au chapitre XIX du second de ces volumes, l'article que le célèbre historien a fait à notre livre le grand honneur de lui consacrer dans la Dépêche de Toulouse, sous ce titre : Un catholique tolérant.

M. A. Aulard revient encore sur notre livre dans son chapitre XX au sujet de la Déclaration des Droits de V Homme.

Suivent des articles qui ont paru après le 31 mars 1904, date à laquelle tout le surplus du volume avait été envoyé déjà à l'imprimerie Storck.

Le Matin (Anvers), 4 avril 1904.

Page 1