‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 8 sur 121 · DEVANT L'OPINION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

DEVANT L'OPINION PUBLIQUE

En réunissant, comme nous l'avons fait, une grande partie des articles qui ont été publiés, pendant toute une année, sur les Catholiques français et leurs difficultés actuelles, nous avons fait connaître les manifestations publiques des sentiments divers que ce livre a provoquées, mais il ne serait pas non plus sans intérêt d' enregistrer les appréciations particulières dont il a été V objet.

S' il nous était en effet permis [ce à quoi nous ne songeons même pas) de publier un certain nombre des missives que nous avons reçues depuis l'apparition de cet ouvrage, combien ce second livre serait plus instructif et plus intéressant que le premier /

De hauts prélats et d'humbles curés, des princes des lettres et des princes de la politique, des personnages publics et de simples particuliers, des amis et des adversaires, des croyants et des incrédules, des Français et des étrangers, des correspondants et des correspondantes de tout rang nous ont, à notre vif étonnement, fait le grand honneur de nous écrire des lettres d'un tel caractère et en si grand nombre que nous sommes bien obligé de penser que les questions par nous abordées étaient dignes de l'attention générale et que beaucoup parmi nos lecteurs ny sont pas restés indifférents.

Cette correspondance a un caractère essentiellement personnel qui la met à Vahri de toute reproduction.

Cependant, si nous considérons ces lettres comme strictement confidentielles, si nous ne pouvons rien dire notamment de celles qui nous ont été adressées par des archevêques et par des évêques de notre pays, nous ne croyons pas commettre une coupable indiscrétion en faisant connaître quelques-unes des très précieuses lignes dont nous a honoré un prélat étranger, illustre dans la catholicité tout entière, qui est à la fois lune des lumières du sacerdoce chrétien et l un des plus grands hommes de ce temps.

Ce très haut dignitaire de l .Eglise, sans donner pour autant son approbation expresse à toutes les propositions contenues dans notre livre, voulut bien nous écrire, le 5 novembre 1903, ce qui suit :

Cher Monsieur,

Votre livre, je l'ai lu et je Tai fait lire. Que je voudrais pouvoir me promettre que tout catholique intelligent en France l'ait lu et relu !

Oui, sans doute, on a dû crier contre vous ; on a dû faire tomber sur vos épaules, toujours métaphoriquement, des coups de bâton bien violents. Mais, à vous de dire, avec l'ami de vos jours classiques : oc Frappez ! mais écoutez ! »

Que vous ayez provoqué des colères des deux extrémités de la pensée française, des très pieux catholiques

et des très aigus incrédules, voilà votre mérite. In medio tutissinius ibis.

Je connais les très pieux catholiques français, si bons, si prodigues de leur amitié, si prêts pour le martyre, mais enfouis dans les pages

de la Politique sacrée de Bossuet, et dans les récits et les anecdotes de Saint-Simon, comme si le soleil du dix-septième siècle planait encore très haut au-dessus de l'horizon.

Rien ne les fait bouger, ni les rires ricaneurs d'un Léo Taxil, ni les tonnerres du pontife du Vatican, ni le roulement étourdissant des événements autour d'eux.

Que vous et vos semblables parlent, et parlent continuellement. Peut-être le réveil viendra.

La France, certes, vaut bien la peine qu'on la sauve. C'est le monde entier qui a besoin de la France, de sa poésie d'âme, de sa chevaleresque valeur, de sa foi chrétienne et catholique si profondément enracinée dans toutes les fibres de son être malgré les quelques étourderies étranges et étourdissantes auxquelles elle se livre de temps en temps. Si la France ne veut pas se sauver elle-même, Dieu la sauvera malgré elle ,

C'est à certaines âmes candides^ scandalisées^ paraît-il, par quelques-uns de nos chapitres, que nous dédions ces courtes, mais si^nipcatives appréciations. Nous avons pris la liberté de les reproduire tant à raison de V éminente personnalité qui les a émises quà raison de leur portée vraiment générale.

« Que je voudrais pouvoir me promettre que tout catholique intelligent en France V ait lu et relu »/ nous écrit, de notre livre, comme on vient de le voir, notre illustre correspondant. Le nombre relativement restreint des éditions

publiées nous oblige, hélas ! à reconnaître que son vœu nest pas encore exaucé.

Au surplus, lorsque l'idée nous est venue d ouvrir, nous aussi, un modeste sillon dans le terrain aride et ingrat oit nous avons voulu semer quelques idées généreuses, nous avons beaucoup moins songé à des lauriers à cueillir quaux ronces qui nous ensanglanteraient les mains.

Les moissons de raison et de liberté sont à longue échéance. Habent sua fata libelli ; avant quils portent des fruits, de longs hivers passent sur certains livres et sur leurs auteurs; quand ces derniers surtout s'avisent de ne flatter ni les préjugés ni l'imagination du public. Pourvoir un ouvrage de cette nature se disperser en milliers et en milliers d'exemplaires, il faut souvent donner à V illusion et à la fantaisie une part que nous ne pouvions leur faire.

H est certain que, si tout ce que la France compte de « catholiques intelligents » devait nous lire, nous aurions à tirer quelques éditions de plus; mais ce que nous osons espérer, ce n est pas que tous les catholiques intelligents nous lisent, c est que, lorsqu'un certainnombre d'entre eux nous auront lu, la somme de loyauté intellectuelle, de justice et de bonté soit un peu accrue dans notre pays.

L'auteur publie sans commentaires ce qui a été écrit sur ce livre. Il ne prend naturellement pas à son compte tous les Jugements, d'ailleurs contradictoires, formulés par les publicistes qui lui ont fait l'honneur de s'occuper de son œuvre.

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