LA VIE DE QUARTIER
La Ligue des Droits de l'Homme depuis sa fondation, mais surtout depuis quelque temps soulève de grandes colères, et, à en croire certains, c'est toute une campagne qui s'organiserait contre elle. Comment s'en étonner ? La Ligue ne compte-t-elle pas nombre de juifs et de protestants ? Premier crime.... Il est vrai qu'elle est également ouverte aux catholiques, à tous les Français, sans distinction de race ni de religion. Second crime, pour ceux qui justement prétendent distinguer. Et comment dès lors, ne l'accuserait-on pas de n'avoir rien fait qui vaille, depuis qu'elle existe, puisqu'elle a l'audace do considérer tous les citoyens, même les protestants, môme les juifs, comme égaux devant la loi ?
Par un ouvrage récent et du plus grand intérêt. . . . qui a pour titre : les CalhoUqves français et leurs difficultés actuelles — ■ j'apprends avec joie qu'il existe à Paris un Comité catholique pour la Défense du Droit, composé exclusivement de catholiques et qui déclare <( s'appuyer sur les principes de 1789, dont l'application loyale pourra seule, après le triomphe définitif de la Justice et de la Vérité dans la crise actuelle, assurer en France la
paix intérieure, avec la pleine liberté religieuse » ; il dénonce, ajoute M. Léon Chaîne, le mal profond causé au pays, notamment par ces deux fléaux : l'antichristianisme, l'antisémitisme.
Je n'ai qu'un regret, c'est d'avoir ignoré juqu'à ce jour l'existence de ce Comité et que tous les catholiques n'en soient pas. J'ai tenu à le signaler dans V Aurore, M. Léon Chaîne affirmant que le grand public n'a pas connu ces avocats catholiques de la cause de Dreyfus, parce que, dit-il, les journaux des deux partis en présence leur refusaient obstinément et presque d'une façon absolue la publicité de leurs colonnes.
Pour en revenir à notre Ligue, je veux bien reconnaître que l'œuvre accomplie par elle jusqu'ici fut avant tout et presque exclusivement morale, en ce sens qu'elle n'a guère fait — et c'est déjà iDeaucoup — que soutenir l'esprit républicain en groupant les hommes de progrès, les forces de l'avenir, en constituant des cadres, todte une armée prête à faire face aux fauteurs de réaction.
Paul BRULAT.
V Aurore, 30 janvier 1903.
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