PUCK
L'Avenir de Rennes, 7 avril 1904.
UN ABBE DBEYFUSARD
Notre ami, M. Armand Charpentier, dans un article intitulé : « Les Catholiques dreyfusards » au sujet d'un ouvrage de l'abbé Henri de Saint-Poh : V Affaire Dreyfus et la Mentalité catholique en France fait des constatations bien intéressantes.
(( Quelques catholiques, dès 1898, ont eu le courage peu banal de résister à la tempête antisémite. C'est ainsi que des hommes comme MM. Aynard, Paul Viollet, Léon Chaîne, catholiques militants, et des prêtres, comme les abbés Frémont, Pichot et Brugerette n'hésitèrent pas à prendre parti pour Dreyfus, lui reconnaissant le droit d'être innocent, bien que juif. »
Nous approuvons ces paroles de M. Armand Charpentier ; elles sont vraies, nous rendons justice aux catholiques qui se sont montrés dreyfusards et nous n'insisterons pas comme 1*^ fait l'auteur de cet article sur l'antinomie qui existe dans l'esprit de ces catholiques qui n'ont pas soumis (( au crible de la critique l'affaire Jésus-Christ comme ils ont fait pour l'affaire Dreyfus ».
Le hasard voulait que Dreyfus, ce juif, souffrît des tortures effroyables de la part des hommes, n'était-ce pas à la très grande gloire de Dieu, et puisque l'Eglise militante avait ratifié le verdict des juges militaires, M. Léon Chaîne comme l'abbé Henri de Saint-Poli ne devaient-ils point s'incliner ?
Ils ne l'ont pas fait. La Raison, que cependant leur Foi aurait dû anéantir, s'est révoltée en présence d'une telle iniquité ; ils ont fait usage de leur esprit critique. Ils sont de la lignée du colonel Picquart et de ces autres officiers qui n'ont pas pu s'inchner devant la chose jugée parce que le jugement était une ignominie et que l'on avait tout violé, même les formes, même les droits de la défense ! Ils ont proclamé bien haut ce droit de la liberté individuelle auquel s'est toujours opposée la raison d'Etat.
Le Signal, 10 avril 1904.
LA VIE CATHOLIQUE
Bien peu nombreux sont dans le catholicisme les laïques indépendants ou les prêtres éclairés qui ont su en s' affranchissant du prestige qu'exerce encore dans l'Eglise romaine (( l'argument d'autorité et ses déplorables abus », garder leur complète liberté de jugement pour exercer leur esprit critique dans ce l'Afïaire » qui a divisé la France en deux camps. D'un côté se sont rangés ceux (( qui font relever la vérité historique du libre examen », suivant en cela la méthode protestante ; de l'autre ceux qui, avec l'orthodoxie catholique, ont fait une opposition presque unanime à l'examen des preuves et à la critique des témoignages.
Dans les deux camps protestant et catholique, nous pouvoas relever des exceptions, plus nombreuses même chez les premiers que chez les seconds, car chez ceux-ci on compte et on nomme les hommes de caractère qui ont lutté avec M. Léon Chaîne, avoué à Lyon, et son livre de bonne foi auquel nous avons rendu hommage en son temps : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles, M. Paul Viollet, le président du Comité catholique pour la Défense du Droit, Hervé de Kerohant, le distingué directeur du journal Le Soleil et enfin les abbés Frémont, Pichot et Brugerette, ce dernier membre du clergé lyonnais et faisant partie, avec M. Chaîne, de cette Ecole de Lyon qui se caractérise par un effort très réel et très louable d'émancipation intellectuelle, une foi ferme et raisonnée aux vérités chrétiennes avec un sincère attachement à l'Eglise cathohque.
Le livre que nous venons de recevoir et qui porte pour titre : r Affaire Dreyfus et la Mentalité catholique en France, par l'abbé Henri de Saint-Poh, poursuit cette campagne loyale et courageuse et vient à son heure au moment de la revision du procès. . .
L'alliance du trône et de l'autel ou la confusion voulue et persistante de la religion et d'un parti politique alimentèrent et développèrent l'antisémitisme qui suspectait les origines d'un Français parce qu'il n'était pas catholique et le nationalisme qui contestait tout patriotisme à qui pensait et disait que pour porter un
uniforme on n'en était pas moins sujet à l'erreur ou au faux patriotisme. L'un entretient les haines de races au détriment de l'amour chrétien, l'autre (( entrave l'idée si chrétienne de solidarité humaine ».
Aussi, le catholicisme, si odieusement mystifié par l'histoire de Diana Vaughan et les hâbleries d'un Léo Taxil, devait encore se laisser duper par les meneurs de la campagne antidreyfusiste
Résultat : les mesures prises contre les congrégations, atteignant la religion catholique elle-même, qui sembla un moment s'être solidarisée à jamais avec le mensonge et le faux pour
bâillonner la vérité et bafouer la justice
Paul Aymon.
Gazzetta del Popolo (Turin), 14 avril 1904.
POLITICA ED AMMINISTRAZIONE
LES CATHOLIQUES FRANÇAIS ET LEURS DIFFICULTES ACTUELLES, par Léon Chaîne.
L'autore, un cattolico comdnto, ma aperto aile dis-
cussioni, dice schiettamente gli errori commessi dai cattolici francesi, specialmente nell'affare Dreyfus e nella questione sociale, ed invita a mutare indirizzo se i cattolici non vogliono perdere ogni ascendente sul popolo.
Le Chrétien Français (Paris), 16 avril 1904.
LES CATHOLIQUES FRANÇAIS ET LEURS DIFFICULTES ACTUELLES, par Léon Chaîne.
L'AFFAIRE DREYFUS ET LA MENTALITE CATHOLIQUE EN FRANCE, par l'abbé Henri de Saint-Poli.
Ces deux volumes, édités par la maison Storck, appartiennent à la série d 'œuvres magistrales que la littérature libérale reli-
gieuse doit déjà à la jeune et vaillante Ecole de Lyon. C'est sous ce nom signifiCc-tif que commencent à être connus les catholiques éclairés et courageux qui, nourris de fortes disciplines dans les Facultés libres de la seconde ville de France, osent dire tout haut ce qu'ils pensent des intransigeances cléricales et présenter au pubhc, dans un esprit exempt de tout sectarisme, de saines et libres pensées sur les questions du temps présent.
Le premier volume de ces ouvrages est bien connu de nos lecteurs. Nous en avons longuement parlé lors dés premières éditions. Aujourd'hui encore nous empruntons à l'édition nouvelle, revue et augmentée, l'un de ses plus intéressants chapitres pour en faire un de nos deux feuilletons.
Quant au second» il donne certes bien plus que ne promet son titre car on y trouve presque à chaque page des aperçus généraux, lumineux et élevés, qui dépassent de haut le cadre de FAffaire dont la récente reprise a inspiré l'auteur.
La place nous manque ici pour tenter même une rapide analyse. Nous ne pouvons que renvoyer à ce petit livre dont la lecture attache en instruisant.
Souhaitons que, de plus en plus, l'Ecole de Lyon affirme ses fécondes doctrines et que son influence s'étende parmi les catholiques de France.
Qui peut dire quel avenir de réforme et de grandeur elle porte dans ses flancs ?
f^'Espit d'égalité et d'humilité dans VEglise.
C'est le titre que M. Léon Chaîne donne au chapitre XI de son beau livre, les Catholiques français et leurs difficultés actuelles. Nous avons pensé être agréables à nos lecteurs en reproduisant presque entièrement ce chapitre, l'un des meilleurs de l'ouvrage dont nous annonçons d'autre part, en bibliographie, l'heureuse fortune : il a atteint son septième mille et il y a moins d'un an que nous l'analysions ici même à son apparition.
[Suit la p'emière partie du chapitre XI.)
VEclaireur de VEst (Reims), 17 avril 1904.