‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 90 sur 121 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

C'en est fait la « Grande Muette » a perdu l'un de ses plus bruyants représentants. Tel Achille, le colonel Marchand ne veut plus rien savoir et, vexé, se retire sous sa tente.

Motif de cette colère renouvelée des Grecs : on n'a pas voulu envoyer le colonel où il avait envie d'aller.

Colonel à quarante ans et grand dignitaire de la Légion d'honneur, à un âge où tant d'autres attendent encore le quatrième galon et l'étoile de chevalier, le brave colonel aurait dû estimer que la République ne l'avait pas oublié et qu'il avait librement évolué autour de l'assiette au beurre. Que lui faut-il donc à cet enfant gâté de la fortune, nouveau Boulanger au seuil du XX^ siècle ? La présidence de la République ? Qu'il attende au moins que le papa Loubet ait terminé son septennat, ainsi que le demande la Constitution.

Qu'a fait exactement celui vers qui sont allés tant d'honneurs et de distinctions ? Il a accompli la traversée de l'Afrique centrale. Mais Livingston, mais Stanley, mais Trivier en avaient fait autant bien des années auparavant et personne ne songe encore à en faire des demi-dieux. C'est que ceux-là étaient des civils, de simples pékins ; tandis que, pensez donc, le même fait renouvelé par un homme qui a un sabre I

Ces explorateurs civils ont, en outre, accompili leurs expéditions à la tête d'une poignée d'hommes ; le capitaine Marchand, lui, disposait d'un imposant effectif de soldats coloniaux, qui le dispensait de parlementer avec les peuplades hostiles. Vous saisissez la différence

La coalition clérico-réactionnaire lui tressa des couronnes. Quelques-uns cependant résistèrent au besoin de ravaler leurs croyances religieuses au prestige ou au pouvoir d'un sabre et protestèrent ; mais combien peu. Je ne puis, à ce sujet, assister au désir de rappeler l'opinion d'un auteur catholique sur Marchand, dans son remarquable ouvrage :

« Si c'est avoir le caractère mal fait d'apporter tant d'admiration à l'héroïque traversée de l'Afrique par Edgar Foa, dont les coups de fusil tuèrent seulement les fauves, qu'il ne nous en reste plus pour cette même traversée de l'Afrique, accomplie avec un appareil tout militaire, pour cette expédition guerrière dont le commandant a excité chez nos chauvins des sentiments d'une maladive adulation et provoqué dans nos rues une explosion d'apothéoses »

[Les Catholiques français et leurs difficultés actuelles ,^dx Léon Chaîne.)

g. jouaust.

Cet article a été reproduit par VAmhert républicain du 22 mai.

Journal de Genève, 22 mai 1904.

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