‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme. Du nationalisme. Les femmes et la politique. Antisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps (volume 2)Chapitre 91 sur 121 · JULES FERRY · texte numérisé non relu

JULES FERRY

Il est intéressant de parcourir le volume que M. Alfred Rambaud, historien distingué, vient de consacrer à la mémoire de Jules Ferry et, par ce fait, à l'histoire politique et sociale de la France, de 1863 à 1893, et de comparer la situation présente à cette époque déjà si lointaine. C'est ce que nous voulons essayer de faire sous la savante direction de l'auteur et en limitant nos remarques à la politique religieuse et scolaire.

Mais, auparavant, jetons un coup d'œil sur les grandes lignes de l'ouvrage de M. Rambaud.

[Suit une étude très intéressante de la remarquable Histoire de Jules Ferry par l'ancien ministre de V inst^-uction publique du cabinet Méline.)

Dans sa conclusion, M. Rambaud rappelle plusieurs traits du caractère de Jules Ferry et, entre autres, l'anecdote suivante. Entre Gambetta et Ferry le contraste était' grand. Le Méridional toujours expansif, gesticulant ; le Lorrain « grave,

réfléchi, un peu froid, d'une réserve parfois hautaine ». Un jour, Gamjjetta lui dit en riant :

« Ferry, vous êtes le meilleur homme du monde, mais il faut le savoir, car, saperlipopette ! cela ne se voit pas. Vous faites l'effet d'un rosier qui ne pousse que des épines. — Oui, répondit en souriant Ferry, c'est une malédiction... Mes roses poussent en dedans. »

La France ne le reconnut que trop tard, mais elle n'en avait pas moins trouvé en lui le plus grand homme d'Etat, parce que le plus complet, de la troisième République.

M. Rambaud, historien exact mais un peu superficiel, n'étudie pas les causes du changement de l'opinion dans les masses profondes du peuple français. Il ne souffle mot de l'affaire Dreyfus qui, en France, a révélé les coupables menées du cléricalisme et a jeté la nation sur les chemins où nous la trouvons aujourd'hui. Malgré les abus de pouvoir conmais par le ministère actuel, malgré une série de fautes, et peut-être d'illégalités, malgré des alliés compromettants et violemment opposés au sentiment religieux, alliés que Jules Ferry n'avait pas et qui, par conséquent, ne pouvaient altérer le caractère très pur de son anticléricalisme, la majorité du peuple français semble donner raison à M. Combes. Pourquoi ? Que s'est-il donc passé depuis vingt ans ? Comment expliquer ce revirement de l'opinion ? M. Rambaud, en omettant de parler de l'affaire Dreyfus et d'en parler suivant la raison, s'e-st placé dans l'impossibilté de nous donner la clef de ce mystère. Une femme de grand mérite. M'"' C. Coignet, que nous n'eûmes pas la joie de sentir complètement avec nous durant la crise de 1897-1899, n'hésite pas cependant à reconnaître que la passion anticléricale a été réveillée chez nous par les procès d'Alfred Dreyfus. Inutile de rappeler ici le beau livre de M. Chaine, l'avoué catholique de Lyon, qui partage la même opinion. Voilà ce que M. Rambaud n'a pas voulu voir, et pour cause.

Il est vrai que dans ses dernières années, Jules Ferry parlait de l'anticléricalisme de 1880 comme d'une <( vieille querehe », qu'il était impossible de réveiller. Mais Ferry est mort en 1893. Il n'a pas assisté à ce déluge d'iniquités que l'antisémitisme, sou-

tenu par l'aristocratie, la haute bourgeoisie et le catholicisme français, a déversé sur le pays. Il n'a pas connu les « listes rouges » en faveur d''Henry

L'Avenir de VOrne (xVlençon), 27 mai 1904.

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